Le Point Chiffon : Tyrion, part 1. Le lion de Castral Roc.

Tel un aigle noir

Il surgit de nulle part

Le Point Chiffon

Sur le nain Tyrion

Le dernier vers ne fonctionne que si vous prononcez le nom à la française. Je vous remercie pour l’amour des rimes, mais quand même, honte à vous.

Amis de la poésie, bonjour et bienvenue sur ce nouvel article dans la catégorie Point Chiffon, qui revient, largement après la bataille, sur notre série chériechérie malgré tout, avec notre personnage préféré malgré tout aussi, j’ai nommé l’inénarrable Tyrion Lannister.

Tyrion, mal servi par une écriture qui dans le run final, se contentait de le réduire à une sorte d’avatar mou d’un public trochoquay tavu caylaguerre çatulégen OMG, aura pourtant été un des personnages les plus emblématiques de la série durant facile 5 bonnes saisons, porté par un interprète magistral.

Damn, les Lannisters avaient vraiment les meilleurs acteurs de tout le casting… (si, si, repensez à toute la smala, de Tywin à Tommen et dites-moi, les yeux dans les yeux, que cette famille ne concentrait pas le plus de talents dans tout Westeros. Mooookay, les Tyrells aussi se défendent bien, mais ils sont moins nombreux, ça ne compte pas).

Mais trêve de bavardage en forme d’encensoir pour gens de Castral Roc, penchons-nous donc sur l’éloquente garde-robe de Tyrion, une garde-robe qui ne convoie au final qu’un seul et unique message :

To be or not to be a Lannister ?

Saison 1.

Notre tout premier aperçu de Tyrion se fait dans un bordel de Winterfell. Bam, veux-tu bien poser ici sans ambiguïté ta caractérisation de malicieux jouisseur à la langue bien pendue ?

Merci.

Alors que le train royal vient d’arriver en gare de Winterfell, Cersei envoie Jaime en quête de leur cadet, pressentant des galipettes dans le stupre de mauvais alois compte tenu du sérieux de leur mission, mayrde, tu représentes ma mifa Lannister, c’est le PRESTIGE, okay ?

Et précisément, en matière de représentation de la famille, Tyrion se pose déjà en décalage d’avec son frère et sa sœur.

En sous-vêtements, dans une chemise anthracite mais les doigts couverts de l’or du Roc, Tyrion arrive dans la série comme un Lannister de seconde zone.

Jaime est en arme de la Garde Royale, blanche et or, Cersei dans un manteau d’or sur une robe rouge.

 Les Lannisters sont des lions dorés, des pieds à la tête. Sur Tyrion, il n’y a guère que la chevelure qui semble le rattacher visuellement à son frère et sa sœur.

Au banquet de bienvenue, des choses se précisent davantage. Si Jaime continue de porter son arme de la Garde, ayant renoncé par ses vœux à l’héritage de sa maison, Cersei affiche ses couleurs, bien que donnant la part belle à l’or, seule teinte de connexion avec celles de son époux Robert Baratheon (qui sont le noir et l’or).

Dans ce passage du pilote, ce qui isole à nouveau Tyrion de sa fratrie n’est plus le vêtement mais bien la position géographique. On le retrouve en effet non pas au banquet, mais dans la cour, en compagnie de Jon Snow. Pourtant, malgré sa séparation d’avec le reste de sa famille, Tyrion porte une tenue pour le moins cocardière.

Le Lutin est tout de cuir vêtu, un cuir rouge qui plus est, décoré de broderies d’or. Nous avons là vraisemblablement deux pourpoint superposés afin de supporter les rigueurs du Nord : un noir à manches longues et un rouge à manches courte absolument somptueux.

Une tenue qui pue légèrement le fric, en contraste notable d’avec les cuirs bruns ou noir des Stark, sans ornements aucun.

Ce costume restera d’ailleurs celui de Tyrion pour la majeure partie de la saison 1. Quant à la silhouette que lui confère cet habit, dites vous bien une chose : cela restera la sienne jusqu’à la fin de la série, à quelques rares exceptions prêt.

Il n’est pas anodin de voir Tyrion dans ce pourpoint rouge, qui est ce qu’il portera de plus Lannister sur l’ensemble de la série (mis à part ses armures), servir à Jon un discours sur la bâtardise qui amorce sa relation conflictuelle avec son père.

Tyrion a conscience, contrairement à Tywin, d’être le seul de ses enfants qui soit son digne héritier. Mais la mort de sa mère à la naissance et son nanisme ont suffi à en faire un paria au sein de sa propre maison. Le voir ainsi afficher avec arrogance ses couleurs est une forme de déclaration, de légitimation par le vêtement, ainsi sans doute que de stratégie de défense contre le reste du monde. 

Tyrion est un nain et sa condition est perçue extrêmement négativement par le monde dans lequel il vit. Dans sa discussion avec Jaime sur le handicap, au lendemain de la chute de Bran, il est manifeste que la société dans laquelle Tyrion a grandi aurait pu voter à main levée pour donner la mort à un nourrisson atteint de son handicap. La chance de Tyrion est d’être né dans une des maisons les plus riches et les plus puissantes des Sept Couronnes. Proclamer constamment en se couvrant de rouge et d’or son lignage n’est pas qu’un moyen pour lui d’afficher la puissance de sa maison. C’est aussi une question de survie.

Sur la Route Royale, alors qu’il chemine vers le Mur, Tyrion fait justement une démonstration de sa manière d’adapter son vêtement à son environnement dans un but d’intégration et de protection. Très admiratif de la Garde de Nuit, fasciné par les récits de leurs luttes contre des ennemis légendaires, Tyrion adopte tout de suite le noir, se fondant ainsi dans la masse des Frères Jurés.

Tyrion, homme intelligent et fin s’il en est (du moins à ce stade de la série), abandonne aussi ses ors dans le but de rendre hommage à un ordre qu’il respecte sincèrement. Ici, au Mur, plus personne n’a de titre, les hommes sont mis (sur le papier) à égalité. Tyrion rend ainsi un hommage discret mais sincère aux hommes protégeant les royaumes.

Au début j’ai pensé qu’il s’agissait d’un nouveau vêtement, mais après réflexion, je pense qu’il s’agit simplement du pourpoint de cuir noir que Tyrion porte sous son rouge, qu’il a donc tombé pour l’occasion.

Mais sitôt le Mur dans son dos, le voilà qui remet son habit Lannister.

C’est dans ce vêtement qu’il se fait arrêter par Catelyn Stark et dans ce vêtement qu’il sera conduit aux Eyriés.

Paradoxalement, même si Cat l’accuse d’être l’agresseur de Bran sur la foi des révélations de Littlefinger, le fait que Tyrion passe tout son séjour chez les Arryn dans un vêtement lannistérien en diable sert aussi le propos de cette saison qui fait des seigneurs de l’Ouest l’ennemi numéro 1. Si l’on sait à ce stade que Tyrion est innocent, on sait aussi que son frère est le véritable coupable. On sait que Cersei hait les Stark et que son fils est une petite raclure. Bref, on identifie aisément les Lannisters comme une sale engeance dont Tyrion fait malgré lui partie. Et sa seule appartenance à cette famille, si elle pouvait jusqu’alors le protéger, en fait désormais une cible.

Son pourpoint de cuir rouge en devient presque ironique car il l’associe désormais aux crimes de ses parents, au risque de le faire exécuter pour une tentative de meurtre qu’il n’a pas commise.

Confronté à Tywin, Tyrion a beau avoir échappé aux griffes de Lysa Arryn, le voici qui tombe dans les rêts plus redoutables encore de son propre père. L’hostilité de Tywin envers son benjamin est palpable et le pourpoint de cuir devient à nouveau un moyen pour le fils de rappeler à son père qu’il est bien son héritier et de sang et d’esprit. Un message que Tywin reçoit plutôt mal tant il ne peut tolérer l’image de Tyrion ou lui pardonner la mort de sa mère.

Ainsi, Tyrion s’accorde la veille de la bataille un moment de délannistérisation avec Bron et Shae.

C’est le retour des sous-vêtements, donc de la chemise grise. Tyrion tombe la peau de Lannister, une peau qui vient de lui valoir une condamnation à mort de la part de son propre père qui l’a sommé de tenir l’avant-garde dans la bataille à venir.

Le pourpoint rouge n’est pas pour autant aux oubliettes puisqu’il habille désormais Shae. Tyrion la marque ainsi comme sa propriété, achetée avec l’or Lannister.

La bataille, à laquelle il ne participera même pas, l’oblige à revêtir une armure Lannister. Difficile de savoir si cette armure a été faite spécialement pour lui ou s’il s’agit d’un assemblage à la va-vite. Je penche plutôt pour la seconde option. Cette armure me parait assez peu harmonieuse. Les épaulières sont trop grandes pour Tyrion, le plastron ne va pas tout à fait non plus, les jambes ne sont pas bien protégées, bref, si on compare cette armure avec celle de la Bataille de la Néra, il est manifeste que cette dernière est adaptée au corps et aux proportions de Tyrion alors que celle-ci ne l’est pas.

Survivant contre toute attente, Tyrion se confronte à nouveau à Tywin dans son pourpoint de cuir. Son père lui ne semble pas décidé à quitter l’armure. Les deux hommes trouvent une sorte de terrain d’entente quand Tywin nomme Tyrion Main du Roi en son absence, lui accordant ainsi une confiance à laquelle son fils n’est pas habitué.

Dans cette scène, Tyrion en rouge et or est posé au milieu d’une tente aux mêmes couleurs. Cet environnement fait écho aux paroles de Tywin : « Tu es mon fils ».

Saison 2.

A ce stade, il faudrait peut-être faire un point sur les influences entourait le style vestimentaire de Tyrion. Et il se trouve que ses costumes, qui possèdent tous la même silhouette, on une influence historique assez évidente concernant leur partie supérieure qui est clairement la Renaissance.

La mode masculine de Port Réal puise assez largement dans cette inspiration en twistant la partie inférieure du pourpoint, soit en lui donnant de la longueur, lui donnait ainsi un air plus médiéval, soit en y ajoutant une jupe d’inspiration japonaise, comme c’est justement le cas avec Tyrion pour une majorité de ses costumes.

Version longue sur Joffrey…

Avec la jupe style samouraï sur Tyrion

L’intérêt de cette forme de pourpoint est d’être assez flatteuse. Les épaules très accentuées élargissent la silhouette, tandis que la forme en V du vêtement afine le buste et la taille. Ce genre de vêtement s’adapte bien à diverses morphologies, du longiligne Joffrey au massif Robert.

Voilà pour la minute référentielle, rendons-nous à présent sans transition dans le vif du sujet de la saison 2.

On va pas se mentir, l’arrivée de Tyrion à Port Réal est une démonstration de force, une baffe dans la goule de son petit con de neveu ainsi que dans celle de Cersei.

Cette armure, c’est n’importe quoi.

La Main par intérim a eu le temps, pendant son voyage vers la capitale, de se faire faire des pièces d’armures adaptées ou du moins d’en trouver qui soit à sa taille.

Jusque-là, rien de délirant.

Ce que je trouve délirant, c’est l’allure générale de la Main.

Tyrion n’a participé à aucune bataille. Il s’est fait assommer, Bilbon Saquet style, juste au début de l’unique affrontement auquel il était supposé participer. Il s’est réveillé, couvert de boue, une fois l’affaire terminée.

Puis, il a voyagé le long de la route royale, sans sortir une seule fois les armées, avant d’arriver à Port Réal pour se rendre directement à la cour et paraitre devant le roi et la douairière. Fils de Tywin Lannister, Main par procuration, Tyrion a le temps et les moyens de faire astiquer son armure avant de paraitre devant Joffrey et Cersei. Bronn, qui a pourtant participé véritablement à la bataille, est plus propre que Tyrion.

Pourtant, c’est couvert de poussière et de boue qu’il déboule à la fête d’anniversaire de son neveu. Comme s’il était un homme d’arme aguerri venant de disputer un âpre combat juste devant les portes du palais.

Or il n’en est rien.

Cette tenue c’est de la flûte, de A à Z. Si elle est plus ajustée, si elle est sale, c’est pour lui conférer un aspect réaliste, pratique. C’est une façon de dire : j’ai participé au côté de Père à une bataille, j’ai mouillé ma chemise, et maintenant, je viens vous apprendre la vie, bande de planqués.

Le contraste entre Tyrion, sale et comme assoiffé par la route et les vicissitudes du chemin et Joffrey, dans une de ses nombreuses splendides tenues, est saisissant. D’un côté un homme blanchi sous le harnais de la guerre, conscient des réalités du monde extérieur, de l’autre, un paltoquet qui s’amuse de simulacres de combats sanglants dans un pourpoint chatoyant, propre comme un sou neuf.

Cette mise en scène n’est toutefois pas à mettre au discrédit de Tyrion, bien au contraire. Il sait l’amour que lui portent Cersei et Joffrey, il sait aussi que sa réputation d’épicurien avec une carte de fidélité dans tous les bordels du continent le précède. Pour s’imposer à la cour, pour endosser rapidement le rôle de la Main de Roi, il doit frapper vite et fort, donner une image éloquente de crédibilité. Et jouer de l’indolence de Joffrey et de la pompe de Cersei pour se définir, en contraste comme un homme d’action et de compétences.

Face à Cersei, le costume fonctionne exactement de la même manière. Il offre même un contraste plus saisissant encore, la reine portant sa robe porte-feuille verte, une couleur douce qui renvoie à ses enfants et à sa relation avec Jaime. Tyrion dans son armure sale, or et rouge, s’oppose à sa sœur, dans des atours très féminins, agrémentés d’un simulacre d’armure avec sa ceinture de métal.

La reine est presque immédiatement discréditée et par l’allure et par l’attitude triomphante d’un Tyrion qui écrase l’orgueil de sa sœur en même temps qu’il envoie au tapi ses velléités à gouverner. Tout dans ce costume appuie, renforce son discours qui démontre à Cersei l’étendue de son incompétence.

Tyrion ne reportera cette armure que pour la Bataille de la Néra et j’aurai l’occasion d’y revenir.

Cette saison est pour le personnage l’occasion de faire démonstration de son talent à gouverner en temps de crise, à savoir identifier ses adversaires de ses potentiels alliés, et à naviguer entre Cersei et Joffrey, ses véritables contre-pouvoirs.

Main du Roi en l’absence de son père, Tyrion porte haute les couleurs de sa maison dont la légitimité est contestée par les Baratheon, les Stark et les Tyrells. Il va donc adopter une stratégie similaire à Cersei, consistant à arborer le rouge le plus régulièrement possible, particulièrement dans les scènes où il fait démonstration de son pouvoir.

Ce pourpoint, rouge aux attaches d’or, est une réplique des tenues masculines de Port Réal. On les avait déjà observées sur Joffrey ou Robert.

Sur la photo ci-dessous, il est intéressant de noter qu’assis à côté de sa sœur, Tyrion fait du power play avec une simple nuance. S’il est en rouge sombre, une teinte forte et affirmée, sa sœur, elle, porte une robe dont le rose pâle tire sur le gris. Une teinte faible, comme éteinte, qui marque sa perte d’influence, de crédibilité.

Le rouge est la couleur du pouvoir Lannister. Elle est utilisée indifféremment pour soutenir leur légitimité, proclamer leur importance, comme un manifeste de soutien politique, et comme un instrument performatif de puissance.

Symboliquement, le rouge est rattaché à la force, à la violence, à la passion. C’est une couleur puissante, une couleur de puissance.

Tout le jeu politique de Tyrion en saison 2 tourne autour de cette idée, imposer la force vers le valium la maison Lannister comme unique puissance régnante de Westeros.

Dans la catégorie des jeux de couleurs entre Tyrion et Cersei, il faut aussi placer celui-ci. Contexte : la reine assiste au départ de sa fille, Myrcella, pour Dorne, où Tyrion a négocié pour elle un mariage. Cersei est dévastée et porte sa robe verte, qui symbolise sa famille, la vraie, ses enfants et son amant Jaime. Elle exprime là sa douleur de mère, profonde et viscérale. En opposition à ce vert, Tyrion porte un pourpoint de cuir orné ton sur ton, rouge, évidemment. Les motifs sur leurs vêtements se répondent, et pourtant, le frère et la sœur n’ont jamais été aussi éloignés. Tyrion aime Myrcella lui aussi, mais il sacrifie sciemment sa nièce sur l’autel de la politique en la faisant l’instrument d’une alliance avec Dorne. Sa manœuvre est politique, purement politique, destinée à sécuriser un front en même temps qu’à distinguer les membres de la cour en qui il ne peut avoir confiance. Il est donc en rouge Lannister, agissant pour le bien et la gloire de sa maison.

Rouge et vert s’opposent assez bien symboliquement et dans cette scène, le jeu des contraires est éclatant.

Les motifs floraux de la robe de Cersei font de plus pâle figure en comparaison de ceux en cuir de Tyrion. Positionné sur une marche élevée, il domine Cersei, à la fois par sa posture et par son vêtement lourd.

Pour info, une autre célèbre saga utilise les polarités inversées de ces deux couleurs : « Harry Potter ». La teinte dominante des nobles Gryffondors est le rouge, tandis que celle de leurs ennemis Serpentars est le vert (opposition à laquelle s’ajoute celle des métaux, or pour Gryffondor, argent pour Serpentar). Les yeux de Harry sont verts quand ceux de Voldemort sont rouges.

Regrets éternels pour ce pourpoint en brocard, qui est une somptuosité totale et que l’on ne voit qu’en passant, sous un éclairage moisi, le temps pour Tyrion de claquer le beignet de son cousin Lancel.

Si l’on devait dessiner une tendance concernant les tenues rouges de Tyrion durant cette deuxième saison, il faudrait parler d’une valse de pourpoints rouges sur des chemises noires.

Et ne pas oublier de mentionner que de temps à autre, il fait exactement l’inverse.

Lorsque Tyrion est en conflit ou se met en danger, son costume inverse le code couleur. Le noir prend le dessus, le rouge se cache sur les manches et au col.

Contesté dans son pouvoir, volant au secours de Sansa dans la salle du trône où menacé par Cersei de s’en prendre à Shae, Tyrion est visuellement renvoyé à sa position réelle, aux yeux de tous : le paria, le nain avant le fils de Tywin, le monstre avant l’homme politique.

Cette inversion des couleurs renvoie bien à la nécessité pur Tyion de constamment surjouer son identité de Lannister. Le rouge triomphant de ses tenues est un instrument de survie pour lui. Puisqu’il ne peut faire oublier qu’il est un nain et donc un être jugé moindre, inférieur, il n’a guère d’autre choix que de jeter le plus possible au visage de ses interlocuteurs qu’il est le fils de Tywin, un lion du Roc. Cependant, tout ce travail ne peut constamment le protéger. En conflit permanent avec sa famille, sa position, son autorité, son pouvoir sont régulièrement constestés. Et dans ces moments-là, quand il s’oppose frontalement à Cersei ou Joffrey, c’est le noir que l’importe. A leurs yeux, il n’est qu’un nain, un avorton gênant et honteux.

L’armure que porte Tyrion pour la Bataille de la Néra est la même que celle de la bataille de la Verfurque, avec quelques ajustement substanciels. Elle affiche aussi son statut, loin d’un assemblage d’élément issu des productions de masse pour soldat Lannister qu’il porte au début de la saison.

Dorée, rouge aux épaulières, ornée du lion de sa maison, l’armure de la Néra arbore aussi un collier au motif de la main, marquant le statut de Tyrion.

Simple, efficace, protégeant cette fois les jambes de Tyrion et sans ostentation inutile, l’armure de la Main offre une fois encore un contraste saisissant d’avec celle du roi Joffrey.

Toujours dans l’excès, Joffrey se pavane dans une armure aux motifs complexes et envahissant, où se cabrent des lions par centaines (j’exagère A PEINE), là où son oncle résume ses ornements à un moyen d’identifier son lignage et sa fonction.

Dans cette armure, Joffrey ne combattra pas. Il ne l’a du reste jamais fait et ne le fera jamais.

Tyrion au contraire, risquera sa vie en première ligne, sur la plage, au contact direct de l’armée de Stannis.

C’est dans cette armure qu’il prononcera un discours motivant pour des troupes désespérées, les exhortant à lutter pour leurs familles, leurs maisons face à des hommes de bien et d’honneur, comme eux. Dans son armure dépouillée d’artifices inutile, il est crédible, mille fois plus qu’un Joffrey ou un Lancel, bouffis de suffisance et d’orgueil mais incapables, surtout pour le premier, d’assumer leurs responsabilités.

L’intervention providentielle de Tywin et Loras Tyrell ayant fait basculer la bataille de perdue d’avance à la victoire éclatante, Tyrion, blessé par un garde royal à la solde de Joffrey se réveille avec la certitude de voir son rôle pourtant déterminant dans la préparation du siège et la bataille, relégué aux anecdotes cocasses de l’histoire militaire de Westeros. ‘tin, tout ce feu grégeois gâché…

Menacé par sa propre famille et dépossédé de l’autorité qui était la sienne par le retour de son père, c’est un Tyrion au plus bas de sa déchéance familiale que l’on retrouve. Que pouvait-il alors porter d’autre que sa chemise anthracite, ce vêtement de paria dans une situation de vulnérabilité extrême ?

Saison 3.

La saison 3 est la saison du noir pour Tyrion. Menacé par son père et sa sœur, déchu de ses responsabilités, il est renvoyé à sa position de bâtard supposé, de mouton noir (ahah), de paria. Le choix du noir est toutefois plus complexe que cela.

Premièrement, s’il est un autre personnage dont l’identité s’est définie sur la bâtardise et le statut de paria, c’est bien Jon Snow. Jon dont la couleur a toujours été, de son propre aveu, le noir.

L’emploi de cette couleur quand Michel Clapton souhaite renvoyez Tyrion à son statut n’est pas innocent. Il permet de le lier à Jon Snow, avec lequel une connexion a déjà été établie en saison 1.

Mais il en est un autre auquel le noir colle à la peau.

Tywin Lannister est un homme en noir. Toujours. Mis à part son armure, la couleur qui le définit encore et encore est la plus sombre de toutes. C’est pour mieux mettre en valeur son âme, j’imagine. Tywin est tellement Lannister qu’il n’a aucun besoin de porter les couleurs de sa maison. Personne ne conteste jamais sa légitimité, son autorité, son pouvoir. Tywin a tellement de charisme qu’il pourrait porter les vêtements de Mace Tyrell que les gens rugiraient toujours sur son passage.

Non, Tywin n’a pa besoin, au contraire de Cersei ou de Tyrion, de porter les couleurs Lannister pour se faire reconnaitre comme un membre de cette maison. Tywin EST la maison Lannister. Point final.

Lors de sa tentative pour se faire nommer héritier de Castral Roc, Tyrion, au plus bas de sa puissance et de sa crédibilité, porte ce pourpoint rouge déjà vu la saison précédente.

Tywin portera, dans la même scène, un pourpoint noir de coupe et de forme similaire. Si le père n’a, comme on l’a vu, nul besoin de se faire reconnaitre comme le seigneur de l’Ouest, Tyrion lui, vient à son paternel dans le but d’obtenir la reconnaissance ultime de la part de sa maison. Mais il sera débouté, malgré le port du rouge et de l’or de Castral Roc.

Ses manches, noires, montrent la fragilité de son statut. Il ne peut porter une tenue entièrement rouge.

Dans la suite de la saison, Tyrion ne portera presque plus le rouge. Ou du moins, il le fera d’une manière presque pathétique. Pourpoint noir, manches noires, il ne conserve de sa famille qu’un simple foulard rouge. Un rouge très vif, presque criard, comme une manière dérisoire de clamer son appartenance au clan du lion.

Il se distingue en cela de Cersei, qui affiche de plus en plus l’écarlate Lannister, jusqu’à en faire son unique couleur en cette saison 3 où son statut est constamment menacé par Margeary Tyrell. Le frère et la sœur ont des préoccupations similaires à présent que leur père est revenu dans le jeu avec son propre agenda politique dont ils font les frais. Leurs stratégies se répondent dans la mesure de leurs moyens. Si Cersei continue de jouer la carte Lannister, Tyrion lui se positionne en marge de sa famille, ayant compris qu’il n’y aurait jamais vraiment sa place.

Le rouge fait un évident retour en force à l’occasion de son mariage avec Sansa. Il est là question de la gloire de la maison Lannister qui en liant son sang avec celui des Stark, se proclame maîtresse de Winterfell et du Nord.

Tyrion comprend parfaitement les enjeux de ce mariage politique et porte donc un pourpoint de cuir ajouré fermé par des têtes de lion rugissantes. Ce costume, bien que simple en comparaison de ceux de Joffrey, affiche tout le luxe possible.

Bien qu’il réprouve l’idée d’épouser Sansa, Tyrion sait que ce mariage est une occasion inespérée pour lui d’acquérir un statut de prestige au sein de sa famille. Et s’il va à reculons jusqu’au septuaire, il ne peut le faire sans proclamer, par le vêtement, à quel point son union participe à la grandeur de sa maison.

Les tenues de mariage de Sansa et Tyrion se répondent. Il est rouge, elle est or. Tous deux sont couverts de représentations de lions, qui les marquent différemment. Pour Sansa, dans une robe conçue par Cersei, il s’agit de la marquer comme une propriété. Pour Tyrion, on l’a vu, l’enjeu est de montrer le pouvoir et l’influence de sa maison, mais, si on veut pousser l’analyse dans cette direction, la présence des lions peut également revêtir le même sens que pour Sansa. Comme elle, Tyrion est un instrument politique entre les mains de son père, forcé dans une union dont il ne veut pas. Enfermé dans ce vêtement rouge et or, Tyrion n’est pas maître de son destin, mais outil des manigances de son père.

Après leur mariage, Tyrion en revient donc logiquement au noir intégral. Il n’a plus rien à attendre de sa famille et ne souhaite pas, de toute façon entrer dans leur jeu, en respectant l’absence de désir de Sansa plutôt que de la forcer pour produire l’héritier de Winterfell tant attendu.

Tyrion se dissocie des agissements de sa famille et se positionne désormais radicalement comme un paria.

C’est tout pour cette première partie du Point Chiffon consacré à Tyrion Lannister. On se retrouve très vite avec un prochain billet !

3 commentaires Ajoutez les votres
  1. Owi un nouveau point chiffon ! D’autres sont-ils prévus pour les personnages masculins de la série ?

    La « jupe » venant compléter le pourpoint me fait plus penser au bas des tuniques des XIe/XIIe siècles, comme on peut le voir ici sur la broderie de Bayeux https://www.paris-normandie.fr/binrepository/1018×654/0c71/1018d511/none/10904/JNMH/tapisserie-turold_25451601_20190606134026.jpg ou ici sur de nombreuses enluminures (avec une reconstitution d’un modèle long à la fin !) http://www.hrafnheim.fr/hervaldsheim/couture-tissu/realisations/12-costume-de-noble-debut-xiieme-est-de-la-france?showall=1&limitstart=
    En tous cas, le résultat qui mélange plusieurs influences et plusieurs époques laisse un rendu très homogène, donc comme d’hab gg à Michelle Clapton !

    1. Oui, c’est en effet très proche ! Je ne sais pas si Michele Clapton s’en est inspirée. Elle ne parle que de l’influence japonaise en la matière.

      Pour les autres personnages masculins, je pense évidemment à Joffrey, qui mériterait un billet à lui seul !

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