The Witcher : Of Banquets, Bastards and Burials

Pour le karaoké, clique :

Lorsqu’une humble prof

Retourne à l’école

Dans son lycée pro,

D’étranges choses arrivent :

Traquée par ses élèves

Infestés de gastro,

De toux et de glaires,

Grippe et microbiennes infections…

Ils s’en prirent à moi,

Avec sauvagerie

Ils brisèrent mon repos

Mes gonades aussi !

Les secondes bac pro

brâmant dans les airs,

La professeure cria

« Vont-ils se taire ? »

Jette un sou aux professeurs

Oh gentille société

Oh gentille société

Ohohohooooooh !

Jette un sou aux professeurs

Oh gentille sociétééééééééééé(çapartdanslesaigus)éééééé !!!!!!

Et sans transition….

Cintra.

Une taverne, quelque part en hiver.

Sous la prise de note attentive de Jaskier, un homme raconte, avec force émotion et moult gestes, la quête du Serpent Géant du Lac de l’Ombre. Vachement plus épique que dans la version avec Perceval et Karadok, ce qui ne devrait étonner personne. Normalement.

Couvert du contenu des entrailles du défunt serpent géant, Geralt vient collecter son dû, qui lui tombe dans la poche avec d’autant plus d’aisance que le plan de Jaskier pour booster sa popularité semble fonctionner à merveille.

Et vous savez ce qui fonctionne aussi à merveille ? Ce duo. Geralt et Jaskier. Le mutique sorceleur et le verbeux barde, qui semble convaincu d’être le meilleur ami du Loup Blanc, quand ce dernier doit encore se demander si son remède à la solitude doit vraiment revêtir cette forme et posséder ce ramage.

Remercions Jaskier en tout cas de nous servir une scène de bain, ça fait jamais de mal surtout quand cela sert le propos d’une scène.

« Haaaaan, geeeeeenre… PIRE. JUSTIFICATION. DETOUSLESTEMPS. »

Même pas vrai, d’abord. Et je m’en vais vous le prouver.

Dans cette scène, Jaskier achève de convaincre Geralt de se rendre avec lui à la cour de Cintra. Il a déjà piqué sa curiosité en lui promettant de la nourriture, des femmes et de l’alcool, mais il doit encore ferrer le poisson. Pendant que Geralt se lave, il lui explique donc pourquoi il a besoin de sa protection. Nu et assis, Geralt est visuellement dans une position de vulnérabilité vis-à-vis du barde qui domine l’échange. Non seulement le sorceleur lui doit l’amélioration de son sort, mais ne peut-il refuser la promesse d’un peu de bon temps après un séjour dans les intestins d’un monstre. Jaskier a ainsi l’ascendant sur lui et leurs situations respectives le traduit visuellement. Le barde est mobile, il domine l’échange, tandis que Geralt, dans sa baignoire, semble impuissant, subissant.

Mais le point le plus intéressant est encore à venir, quand le sorceleur dit à Jaskier qu’il ne veut pas s’impliquer dans ses affaires et qu’il n’interviendra pas si un problème survient. Car que répond Jaskier ? « Bien sûr que si tu t’impliqueras. Tu dis tout le temps que tu ne veux pas le faire et puis tu finis par te mouiller quand même ».

Geralt de Riv, mis à nu, physiquement et psychologiquement. BAM.

Croyez-le, croyez-le pas, mais cette scène fonctionnerait moins bien avec ces deux personnages dans la même pièce, habillés et debout.

Toujours pour renforcer l’idée de la vulnérabilité, la conversation dérive vers la retraite de Geralt : préfèrerait-il un régime avec répartition ou à points ? Aucun des deux, Gege ne veut pas prendre sa retraite. Il veut mourir sur scène, comme Dalida.

Et Jaskier de lui demander s’il n’aurait pas besoin d’autre chose dans sa vie. Quelqu’un par exemple. Une question qui fait écho aux propos de Triss un épisode plus tôt quand elle évoquait ce « something more » manquant à la vie de Geralt. Un Geralt qui mis à nu et vulnérable, se confie à Jaskier, entérina par là qu’il le considère comme un peu plus qu’un parasite chantant, en lui avouant qu’il ne souhaite s’attacher à personne et encore moins que qui que ce soit s’attache à lui. Les monstres et l’or. Et puis c’est marre.

Au banquet de Cintra, alors que Jaskier voulait un peu jouer la discrétion, il s’avère que Geralt, EXCUSEZ-MOI JE SUIS OBLIGEE DE LA FAIRE est connu comme le loup blanc. L’arrivée au banquet nous permet de découvrir les somptueux skills sociaux du sorceleur qui a l’air de vouloir mettre des coups de boule à absolument tout le monde.

Vous pouvez reprendre la scène et faire des arrêts sur image toutes les deux secondes : chaque plan sur Geralt est absolument magique et fabuleux. Vous pouvez également vous en servir pour illustrer le concept du lundi matin, ça marche du tonnerre.

Notre lundi matin fait homme déhambule dans la salle de banquet avec un Sac à Souris le druide lui faisant fort diligemment de l’exposition. Pourquoi cette fête ? Et bien la princesse est à vendre. Au prix d’une très jolie et profitable alliance avec le puissant et riche royaume de Cintra. Les mieux placés pour remporter le royal vagin ? Les îles Skellige, avec le jeune Crach an Craithe, que tu connais plutôt bien si tu as joué à « Wild Hunt », soutenu par son oncle, Eist Tuirseach, qui non content de placer sa famille dans les parages de la reine Calanthe, lorgne ostensiblement sur la-dite reine.

Reine qui est veuve et n’a guère envie de convoler à nouveau, et pour cause… Calanthe a longtemps souffert de son défaut majeur : être une femme. Dans un monde aussi sévèrement burné que celui dans lequel elle vit, la reine a été tout le temps de son premier mariage, considérée comme une caution par son époux Roegner, qui était roi de fait quand elle ne faisait que lui apporter la légitimité nécessaire. Pas questions que Cintra parte en quenouille. A la mort du roi, Calanthe a carrément fait le choix de s’imposer à la tête de l’état, refusant obstinément toute offre de mariage de crainte de retomber aussitôt au second plan et de se voir dépossédée de ses droits de naissance par la seule magie ancestrale d’avoir un compagnon disposant d’un pénis. Demandez à Mary Stuart comme ça s’est passé après son second mariage : un jour, son époux a carrément fait irruption dans sa chambre avec tout un tas d’autres mecs pour butter sous ses yeux un membre de son entourage. Reine, oui, mais une fois mariée, la souveraineté est immédiatement transférée au propriétaire de chromosome Y qui partage ton lit pour y produire un royal héritier. Yeah…

Cependant la farouche indépendance de Calanthe ne la dispense pas d’avoir à jouer avec des règles qui la débectent au plus haut point. Marier Pavetta n’est pas un luxe qu’elle peut se permettre, mais une nécessité. Non seulement le royaume le demande, mais elle ne peut guère se soustraire à la règle si elle veut assurer la pérennité de sa dynastie. Si la reine tente de rationaliser la perspective du mariage, Pavetta, elle, éprouve plus de difficultés à se convaincre. Dans leur échange, après l’entrée remarquée de la reine dans le grand hall, les deux femmes s’opposent en tout : Calanthe en armure, Pavetta en robe. Calanthe brune, Pavetta blonde. Calanthe couverte de sang, Pavetta immaculée. Calanthe debout, sa fille assise… Il est évident dans cette confrontation, au-delà de leur dialogue de sourdes, qu’elles ne sont absolument pas sur la même longueur d’onde et divergent fondamentalement sur l’objet de leur échange.

C’est un peu le thème de cet épisode en réalité : la frustration des femmes qui bien qu’en position de pouvoir ne peuvent se soustraire aux règles que les hommes leurs imposent. Calanthe, Pavetta, Yennefer et la reine d’Aedirn, toutes sont entravées dans leurs mouvement et limitées dans leurs options parce qu’elles sont définies en tant qu’objets, soit perçues comme des anomalies dont il faut limiter l’influence.

Fait extrêmement révélateur chez Calanthe, son entrée en scène durant le banquet diffère de manière radicale d’avec sa présentation dans le premier épisode. Dans celui-ci, elle était une figure hiératique et digne, une représentation parfaite de la noblesse de la reine, l’image même du devoir monarchique.

Dans ce quatrième épisode, Calanthe déboule couverte de sang, en armure, à moitié ivre (d’alcool ou de bataille, c’est difficile à dire).

Ces deux arrivées sont révélatrices de la difficulté de Calanthe à trouver une définition qui soit acceptable pour elle-même dans un monde où on lui conteste sans cesse sa légitimité en raison de son sexe. Elle oscille donc perpétuellement entre la vision statufiée de la reine, presque divine dans sa robe d’or et l’image du roi guerrier, paillard et implacable.

Qu’elle se présente au banquet de fiançailles de sa fille sous cet avatar n’a rien de fortuit. Pour la reine, il s’agit d’imposer dans les esprits son pouvoir et son autorité. Puisqu’il s’agit de conclure une alliance matrimoniale politique et que telle tractation est affaire d’homme, alors c’est en homme qu’elle fait son entrée. Et en homme qu’elle continue de jouer un peu quand elle se plaint d’avoir à porter une robe plutôt qu’une armure.

Comment ça « pas de comparaison » ? Ben je vais pas me gêner. Une grosse partie de l’évolution de la garde-robe de Cersei et Sansa visait justement à la faire transiter des représentations traditionnelles féminines vers des formes hybridant des éléments caractéristiques des éléments de costume martial masculin. Mais pour autant, aucune des deux n’a jamais pris les armes, appris à s’en servir ou mieux, commandé des hommes au combat. Leurs robes sont des moyens d’affirmer leur autorité alors qu’elles sont amenées à gouverner par elles-mêmes (Sansa le fait plus en suppléant Jon mais elle ne fait pas mystère de penser qu’elle serait bien meilleure que lui pour le job). Toutes deux jouent des marqueurs de l’autorité masculine pour montrer leur légitimité dans un monde qui ne fait que tolérer les femmes de pouvoir et uniquement en période de crise.

Calanthe elle aussi utilise ces marqueurs pour asseoir son règne et rester autonome dans un monde où l’on considère qu’une femme, même si elle est reine, doit demeurer sous la coupe d’un homme.

Ainsi, au moment de donner sa fille unique en mariage, Calanthe entre t’elle dans le jeu en homme, affichant tout le panel des comportements virils du guerrier et obtenant l’approbation des virils guerriers de l’assistance.

Dans cette arrivée, où elle affiche clairement avoir fait couler le sang, il y a aussi quelque chose de plus désespéré. Que Calanthe ait choisi ce jour entre tous pour aller se battre et arroser sa victoire avant de se rendre à la cérémonie de vente du vagin de sa fille, n’est absolument pas fortuit. Au contraire. Plutôt que de passer la journée dans les murs du palais à se préparer à livrer son enfant, la reine a choisi la distraction de la guerre. Un passe-temps que Pavetta lui reproche à juste titre (il s’agissait, guess what, d’aller une fois de plus massacrer des elfes).

Pendant que Calanthe se faire reprocher son manque d’être Charlie, Crach an Craite et un random Cintran ont une altercation à propos d’une manticore qui permet de mettre notre Gege national sous le feu des projecteurs alors que lui, tout ce qu’il voulait c’était « hmmmm », ce qui en langage geraltien signe « rester pénard avec ma bière contre mon coin de mur ».

Sous la supplique muette des yeux de cocker de Jaskier, Geralt fait genre deux minutes semblant d’être un mec courtois, avant que sa nature ne revienne au galop et le pousse à raconter la vraie version de l’histoire derrière « Toss a coin to you witcher », version qui ne sera évidemment pas crue. Piqué au vif par un auditoire un peu trop con pour ses préférences personnelles, le sorceleur se met à balancer des punchlines digne de Mrs Maisel dans le secret espoir, peut-être de déclencher un bagarre générale qui lui permettrait de s’éclipser avec un tonnelet sous le bras. Enfin moi, c’est ce que j’aurais fait à sa place.

Repéré par Calanthe qui apprécie sa franchise, il se fait inviter à sa droite, ce qui est top prestige prestigieux et lui garantit une colonne dans Gala dès demain. « Hmmmm », commente Geralt, ce qui signifie « non non toutmépaça ! ».

Regardez bien au dessus de l’épaule de la reine, cette étole bleu vert. Mettez un post it dessus, on en reparle plus tard.

Une fois installé, Geralt peut échanger avec Calanthe dans une discussion passionnée sur les armures que c’est trop bien et on sent le sorceleur à ça de lui sortir un exemplaire de sa revue préférée « Armure de Cuir Rivetée Magazine », un enthousiasme communicatif qui se traduit chez le Gege moyen par un commentaire laconique sur le fait que comme la reine, il serait plus à son aise dans son armure.

Reine qui ne perd pas trop de temps pour lui révéler les véritables raisons l’ayant poussée à l’inviter à sa table. C’est un brin capillotracté, je trouve.

Geralt est là sur l’invitation de Jaskier. Il n’aurait jamais dû être présent à cette fête. Dans les livres, la chose est présentée de manière fort différente, plus logique, mais passons.

Calanthe entend profiter de son savoir faire en matière de découpage des escalopes, ce soir. Et elle ne parle pas du pauvre cochon décédé qui git sur sa table, pourtant, Geralt aurait préféré. Leur échange montre combien Calanthe est rouée, même si Geralt lui oppose un refus catégorique. On sent rapidement qu’il aura du mal à se soustraire à sa volonté.

Mais à peine le temps de s’amuser de ce bras de fer que les prétendants commencent déjà à défiler façon reality show, avec les humiliations publiques qui vont bien, comme quoi, la TNT n’a rien inventé.

Le premier à se présenter est le seigneur Peregrin de Nilfgaard. PEREGRIN, quoi. Qui avec sa bouille de ravi de la crèche donne évidemment l’envie de lui donner le surnom de Pippin et de l’appeler en toute occasion « crétin de Took », mais ça vient peut-être juste de moi.

Les mecs de Skellige ont eux leur manière personnelle de régler la question nilfgaardienne, en usant de la technique dite de la « diplomatie de la cornemuse ».

Au début, tu plains un peu Peregrin, comme le fait Calanthe, d’ailleurs. Pauvre loulou, il vient dans l’espoir d’un mariage royal, et il sait sans doute qu’il n’est pas le prétendant le plus en vue. Donc tu as envie de lui laisser sa chance, quand même. Jusqu’à ce que sa présentation très polie s’achève sur un panégyrique sur son puissant sperme.

On est à un degré de bêtise assez confondante, là.

Je ne reproche pas à Peregrin d’être un gros masculiniste dans une société masculiniste. J’ai plus haut assez parlé de ce monde qui survalorise le masculin au détriment du féminin. Et dans un contexte normal, mettre en avant une caractéristique familiale qui favoriserait la production d’héritiers mâles n’est pas incongrue, au contraire. C’est même un argument parfaitement recevable dans ce genre de société.

Là où c’est idiot +3000, c’est quand Peregrin s’affiche en sauveur de la dynastie de Cintra avec ses promesses de ribambelles de balls, au visage de la reine Calanthe. Elle qui lutte en permanence pour conserver son autorité sur son royaume malgré son statut de femme, se voit jeter qu’elle n’est qu’une anomalie qu’un petit Nilfgaardien se fera une joie de corriger.

Accessoirement, Peregrin omet dans son discours de parler un seul instant de Pavetta, sauf par le truchement de son four à rejetons, mâles, comme de bien entendu.

Si Calanthe avait une once d’indulgence pour le candidat, celle-ci a fondue comme neige au soleil et la voilà qui insulte copieusement Nilfgaard et Peregrin par la même occasion. Ce qui en dit très long sur le statut de ce royaume à ce moment de l’histoire, puisqu’on peut se permettre de l’humilier sauvagement en plein évènement public. Personne ne craint Nilfgaard et quelque part, cet échange explique la condescendance de Calanthe quelques années plus tard quand l’armée du sud pointe à sa porte. Elle pense sans doute encore à ce royaume comme à une petite entité politique bouffie de sa propre importance, qu’elle méprise et ne craint pas. Entre cette remarque et les commentaires acides de Yennefer au sujet de Nilfgaard, nous avons décidément là un portrait plutôt solide de l’insignifiance de ce pays dans deux timelines sur trois.

Pour détendre l’atmosphère, Jaskier entonne une subtile mélopée habillant en finesse une douce poésie scaldique : « Des poissonnières, qui baisent des farfadets, oh yeah !!!! ». Non, j’exagère, il y a deux métaphores que si Jaskier était un scalde, pourraient être qualifiées de heiti, mais on va pas faire de la littérature scandinave maintenant en expliquant que « corne » est une image poétique pour dire la bite, merci.

On va plutôt s’occuper de Calanthe et Geralt, saoulés comme jamais, et par la fête qui n’en finit pas, et par les chansons de Jaskier, qui il faut bien le dire, si elles sont toutes de cet acabit, me donnerait moi aussi envie de passer de vie à trépas en un claquement de doigt. Et encore, Calanthe, là, ce ne sont que les fiançailles, le pire reste à venir avec le mariage !

«-Bon Geralt, veuillez couvrir les brames de votre ami ménestrel en m’expliquant pourquoi les sorceleurs sont un peu les pandas de la chasse aux monstres.

Hmmm ?

Pourquoi les sorceleurs sont-ils une espèce en voie de disparition ?

Ah ! Hmmm…

Je vois, oui, le sac de Kaer Morhen. Merci pour cet élément de contexte jeté négligemment sur la table.

Hmmm.

Non, vraiment, merci. »

Alors que Crach an Craite, le favori et bien connu des joueurs de The Witcher 3 s’apprête à venir faire sa cour à la reine pour la main de la princesse, un chevalier entre dans la grande salle, même pas il était invité, genre, c’est pas poli DUTOU.

«-Dites, donc, chevalier, c’est pas poli DUTOU de rentrer chez moi sans être invité !

Je suis le Hérisson d’Erlenwald et je viens demander la main de votre fille.

Oooouuuhla, jeune paletoquet !!! On se calme… Déjà, c’est une soirée privée pour gens de la haute, pas un bal musette pour les pécores du canton d’à côté.

J’aurais pourtant juré croiser un Nilfgaardien dans le couloir.

… Ahah, ok, elle était bien drôle, je vous l’accorde, mais je maintiens mon argument : déjà donc les nobliaux de province, c’est non, ensuite, les nobliaux de province avec de blazes créatifs du style Hérisson ou Jean-Kevin, c’est encore plus non, et pour finir les nobliaux de province avec des blazes créatifs du style Hérisson ou Jean-Kevin et qui retire même mais leur casque dans les bâtiments c’est NO WAY.

Hmmmm.

Quoi, Sorceleur ? Qu’est ce que vous avez à hmmmer ?

Vous savez, je l’avais déjà expliqué en Témérie mais à Kaer Morhen, on me surnomme « Rantanplan ». En Rédanie c’est « Christophe Castaner ».

Et à Riv ?

Hmmm.

Je me disais aussi. Mais du coup, ça ne répond pas à ma question…

Si j’ai hmmer, votre majesté, c’est que je sens que votre agacement dépasse un peu le contexte du mec qui s’appelle Hérisson et s’invite chez vous pour réclamer la main de votre fille. Genre, c’est personnel. J’ai le pif pour ces trucs-là.  

Damn it, Geralt… Mais je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler…

Hmmm.

Euh, sinon, votre majesté, je m’en voudrais de vous interrompre vous et votre si perspicace invité, mais pour l’histoire du casque, c’est juste que j’ai fait le vœu de ne jamais le retirer et…

Woooputain c’est un Mandalorien ! »

Mais point de baby Yoda sous la cape du sieur Hérisson, non, juste un authentique Hérisson sous son casque, gaillardement retiré par Eist.

Sidération, toussa, même Geralt est drôlement impressionné, tellement qu’il refuse de tuer le pauvre chevalier, malgré l’insistance de Calanthe.

Le Hérisson proclame alors que Pavetta est son droit de surprise, ce qui fige immédiatement toute l’assistance, Calanthe comprise. Ses gardes finissent par attaquer le chevalier et comme de bien entendu…

« Hmmm. Je ne prendrai pas parti. »

« Hmmm. La loi du moindre mal, j’y crois pas. »

« Hmmm. Je reste en dehors des histoires de autres moi. Hmmm. »

Geralt décide de venir en aide au Hérisson dans un combat épique à deux contre la garde où comme d’hab dans cette série, les chorégraphies sont foutrement plaisantes à regarder, même si en revoyant l’épisode pour les besoins de la rédaction de ce billet, je n’ai pas pu m’empêcher de me marrer un peu en voyant deux trois gardes s’écrouler au sol, terrassés par une pichenette du Geralt avec sa garde ou une frappe de taille dans l’armure.

Non parce que, à moins qu’ils soient formés comme des stromtroopers, c’est-à-dire inaptes au tir et protégés par des armures en pâte à modelée, y’a difficilement moyen qu’un mec, même un sorceleur, puisse envoyer au tapi des mecs dans ce genre d’armure en un coup. Ce genre de truc a tendance à te transformer en mecha et c’est pas en tapant dans le milieu du bonhomme que tu vas obtenir des résultats. Ce qui rend ces armures très efficaces c’est justement que pour sérieusement être blessé, il faut que l’adversaire aille chercher les ouvertures aux articulations ou au cou et que dans un combat, quand les deux bougent, c’est pas une promenade de santé.

C’était la remarque pour rien, parce que ce n’est absolument pas grave, parce qu’heureusement qu’on ne se tape pas des combats ultra réalistes tout le temps sinon on s’ennuierait. Mais voir des gardes de Cintra s’écrouler en faisant « aaahhaaaah !! » parce que Geralt leur a mis un coup du plat de la lame dans le dos, ça reste savoureux, quand même.

Etrangement, Geralt et Hérisson reçoivent le soutien d’Eist qui s’interpose entre les invités et la mêlée. Pourquoi je dis « étrangement » ? Parce que depuis le début, Eist, est tout lØve de Calanthe et que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’il aille dans son sens. Sans parler du fait que son grand couillon de neveu est le mieux placé pour épouser Pavetta. Mais non, Eist, ce mec droit, préfère respecter le caractère sacré du droit du surprise plutôt que de privilégier son intérêt direct. Quelque part, ça se respecte. Et c’est sans doute d’ailleurs en partie le fait de voir Eist prendre cette décision qui pousse Calanthe à intervenir elle-même pour que cesse ce joyeux fouilli. Le moment où après d’être emparée d’une épée, Calanthe fond droit sur Eist qui la regarde comme si c’était le plafond de la Chapelle Sixtine sur le Taj Mahal sur les pyramides de Gizeh était assez savoureux, aussi.

 Et puisqu’on parle de regard enamourés, voici Pavetta qui se jette au cou du Hérisson, Duny, donc.

«-Donc, vous vous connaissez…

Oui et laissez-moi vous conter comment j’ai été môôôôôdit.

Oh ben, allez-y, au point où on en est…

Non, en fait c’est chiant. Laissez-moi plutôt vous conter comment j’ai obtenu votre fille par droit de surprise : tout commença le jour où je sauvai votre mari, le roi Roegner, d’une mort certaine. Il voulut me remercier, mais comme je suis un garçon modeste et désintéressé avant tout, j’ai invoque le droit de surprise. La vérité, votre majesté, je pouvais pas savoir que vous aviez un polichinelle dans le tiroir et que votre mari l’ignorait. Tout ceci n’est que fortuitude.

Oui ben ça va, je la connais, l’histoire.

Parce que vous saviez ?

Votre gueule, Geralt. C’est un complot.

Calanthe, les chances pour que le mec invoque le droit de surprise précisément quand vous étiez enceinte et que votre mari l’ignorait étaient tout de même…

Foutrement élevées, Eist !!! On vit au Moyen-Âge je vous rappelle, j’étais jeune et dans ma condition, les dames sont tout le temps enceintes !!!

N’exagérez pas non plus…

Je peux finir mon histoire ?

Hmmm.

Je disais donc, je faisais mes affaires de hérisson, tranquille, quand j’apprends que la reine est enceinte et que donc, son enfant est mon droit de surprise. Là je me dis, « Duny, c’est mort, avec ta tronche d’oursin, y’a que la sœur de Darth Maul que tu pourrais espérer serrer, lâche l’affaire, gros ! »

Wow. Wow wow wow. Minute, papillon. T’es en train de me dire que tu voulais te faire ton enfant surprise ? C’est quoi que t’as pas compris dans le mot « enfant » ? T’as été au lycée Gabriel Matzneff ou bien ?

… Je. Ahem… Bref. Donc, un jour je me dis, « bon, quand même, Duny, va au moins voir à quoi ressemble ton enfant du destin » et puis là, bam, la fatalité quoi. Je la vois, elle me voit, crac, ça fait des Chocapic.

Des Chocapic ?

Des Chocapic, votre majesté.

Avec son « enfant » surprise, hein, excusez-moi d’insister.

Arrêtez de me juger, Geralt, vous ne savez pas ce que c’est l’amour.

De toute façon, la situation est assez claire : y’a dette à payer, y’a pas à tortiller.

Vous êtes un poète, Eist.

Represent Skellige, wesh.

Mais je ne me laisserai pas si facilement émouvoir ! Je ne vais pas laisser partir ma fille avec seigneur Picpic au motif que le destin pourrait nous exploser au visage ! Et je suis sûre que le sorceleur est d’accord !

Alors autant sur le truc du destin, je dis que c’est autant de la merde que de croire qu’il existe un moindre mal ou de se mêler des affaires des autres, et il est CERTAIN que le reste de ma vie ne me donnera JAMAIS tord sur ce point, autant une promesse, c’est une promesse. »

Ouais, enfin, une promesse faite par un mec qui ne savait pas ce à quoi il s’engageait et qui est mort en enterré depuis longtemps, quoi. Sérieusement, Geralt, il n’y a aucun raison que tu n’ailles pas dans le sens de Calanthe sur ce coup-là. Les promesses de Roegner n’engageaient que lui.

Ainsi, contrainte par son entourage et par sa fille qui ne jure que par Duny, Calanthe cède à cette version tordue de « La Belle et la Bête ».

Du moins en apparence car au dernier moment, la voilà qui se saisit d’un frakking poignard qu’elle avait planqué on ne sait où et tente d’attaquer le Hérisson directement à la gorge mais ce que Calanthe, elle est moins glandue que Geralt qui fouette le cul des mecs en armures du plate, elle vise les points sensibles.

Ou du moins essaye parce que Pavetta l’en empêche en déclenchant son pouvoir de banshee, déjà vu chez Ciri dans le premier épisode, ce qui envoie valser toute l’assemblée.

Pavetta est ce que l’on appelle une Source, à savoir un être disposant d’un pouvoir magique inné. C’est ce que l’on a déjà observé chez Yennefer et chez Ciri. La seule différence est que Pavetta n’a pas été repérée par Arethusa, sans doute parce que son pouvoir ne s’était jamais révélé avant (on l’a vu avec Yen et Ciri, la magie explose souvent sous le coup d’une émotion forte).

Passons les péripéties de cette fascinante séquence ou Geralt fait « Gnéééééééééé » sous les assauts du vent divin de Pavetta, laquelle Pavetta, cause en [langage ancien], un truc que l’on seulement vu les magiciennes employer du coup, je me demande bien quoi le fuck et j’ai vérifié, Pavetta n’a jamais mis les pieds chez Tissaia, mais bon, ADMETTONS que le [langage ancien] soit enseigné aux jeunes dames de la cour pour qu’elles puissent se la péter lors de soirées ésotériques à se tirer les cartes en mangeant des ravioles.

Je sais pas pourquoi j’ai écrit « ravioles ».

Moi, je voudrais tous qu’on se mette deux minutes à la place de Duny. Le gars, il fréquente la princesse depuis un an environ et au soir de ses fiançailles, s’infiltre dans le chastel de la daronne, brave toute la garde, manque de se faire buter par celle-ci, croit qu’il va enfin épouser l’amour de sa vie qui a 15 ans, puis manque de se faire retuer par la reine, découvre que l’amour de sa vie qui n’avait que 14 ans quand il l’a séduite est une putain de BANSHEE DES ENFERS QUI PARLE LE [langage ancien] et voilà t’y pas que la fille, elle les fait tous les deux s’envoler pendant qu’elle met le zbeul dans la grande salle et que tout le monde hurle aussi fort que la tempête qu’elle génère avec la force de sa volonté, mais le gars, LE GARS, il reste parfaitement serein, à planer à dix mètres dans l’œil du cyclone.

Quelque part, ça se respecte, ça aussi.

Pendant ce temps, à Vera Cruz, Geralt tente de mettre une fourchette dans les yeux de Pavetta, ce qui en langage savant s’appelle le signe de Aard, un truc de télékynésie assez basique mais qui marche bien, je veux dire, qui n’a pas Aard la mouille d’un adversaire ou deux le temps de terminer tranquillement son copain ? On est tous passés par là. Enfin, si on a joué aux jeux. Si ce n’est pas votre cas et que vous vous reconnaissez quand même dans cette peinture bucolique du meurtre de son prochain, s’il vous plait, ne levez pas la main, je préfère pas savoir.

Comme la fourchette ne passe pas, coup d’élixir derrière la cravate :

«-Geralt ! Tu crois que c’était vraiment le moment de te faire un whisky ?

Sac à Souris, permets-moi de ne pas y croire mais pourquoi c’est seulement maintenant que j’ai tenté de m’approcher au péril de me faire assommer par une soupière que tu daignes enfin te rappeler à notre bon souvenir ?

Je… Je suis druide, ok ? J’ai pas besoin de me justifier !

What ?

Par le pouvoir du druidisme lunaire ! Regarde ! Je fais un truc avec mes mains !

Et ça a quel effet ?

Je sais, pas c’est pas très clair. Mais le druidisme c’est pas une science exacte. »

Non sérieusement, je sais pas ce que fiche Sac à Souris, sans doute faire baisser le vent en intensité, ou faire redescendre un peu Pavetta et Duny, mais en tout cas, ça permet à Geralt d’avancer assez pour pouvoir lui faire « fourchette ! ».

Tous le monde, sauf les PNJ, se relève pour constater l’étendue de dégâts. Eist demande à Calanthe si elle croit au destin, maintenant.

Mais non, mec, c’est pas le destin qui s’est mis en travers de la route de la reine, c’est juste sa fille qui avait des pouvoirs magiques cachés et qui a choisit le moment où sa mère allait assassiner son trü lØv pour les faire sortir ! Ok, de ton point du vue, je veux bien comprendre que ça fasse beaucoup de coïncidences. Ok. Mais tout de même.

Calanthe n’a désormais plus le choix. C’est le mariage, ou un ouragan Katrina permanent :

«-Ok, royal wedding pour le hérisson ! J’ai parlé.

Ouais ! Et si vous faites genre vous êtes pas d’accord que la princesse épouse lord Picpic, vous allez vous prendre toute la flotte de Skellige sur la goule, même si vous habitez dans les terres ! Parce que maintenant, la reine Calanthe est ma future femme ! Ahah !

[murmures dans l’assistance]

[murmures devant les postes de télé]

[murmures devant les écrans d’ordinateurs]

[murmures sidérés partout]

[langage ancien]

Attendez… Quand est-ce-que ça s’est passé ce truc ?

Quel truc ?

La demande en mariage.

Ben là, tout à l’heure, pendant que Geralt faisant des fourchettes et Sac à Souris des … Trucs de druide.

Vous voulez dire, hors champ ?

C’est ça.

Quand y’avait un vent pas possible à décorner les bœufs ?

Exactement.

Et que donc personne ne s’entendait parler ?

Je…

Genre vous lui avez dit « voulez-vous m’épouser ? », elle a compris « votre fille est possédée ? », vous a répondu « c’est la crise d’adolescence » et vous avez compris « oh oui, séance tenante ! » ?

-…

Non mais genre, c’est nul, on vous a même pas vu avoir l’air d’échanger des regards ou quoi que ce soit durant l’évènement et là, bim, vous allez vous marier ?

… Euh… QUICONQUE S’OPPOSE A CETTE UNION SE PRENDRA LA FLOTTE DE SKELLIGE SUR LA TROGNE

J’habite en Slovaquie, pauvre con ! On a pas d’eaux territoriales, tuvaferkwa ? »

Okay, tout le monde se marie dans cette boutique. Génial. Du coup, on marie direct Pavetta et Duny, un petit handfasting et le tour est joué.

Sur le coup, j’avais été surprise de cette cérémonie quasi improvisée là, sur l’instant et puis en revoyant l’épisode, j’ai remarqué que sur le trône de Calanthe, durant le banquet, il y avait une belle étole bleu vert. Et c’est de cette étole dont elle se sert pour procéder au mariage de sa fille. Sans doute la cérémonie avait-elle toujours été supposée se dérouler dans la foulée des fiançailles.

Alors si tu es passé par l’école « Game of Thrones », tu sais que les mariages, c’est chose risquée. Et voilà que paf, alors que tu te demandes comment tout ceci va mal tourner, Duny se met à tousser façon un chat qui crache sa boule de poil avant se s’effondrer. Alors quoi ? Calanthe a empoisonné la peinture qu’elle lui a mise sur le front avec un répulsif anti-hérisson ?

Désolée de vous decevoir, les gens, mais ici, les gens ne meurent pas dès qu’ils ont prononcé leurs vœux ! Duny se relève tout deshérissonné.

«Finalement, mon répulsif aura servi à quelque chose », se félicite intérieurement Calanthe qui à défaut d’avoir un beau fils mort, aura un beau fils moins urticant.

La malédiction est levée, c’est cool, même si on ne sait toujours pas pourquoi elle avait été posée à la base, hein, moi ça m’intrigue un peu quand même (« tg, c’est une relecture de « La Belle et la Bête » ! On s’en fiche de l’origine exacte de la malédicton ! » Non, moi j’aime bien savoir pourquoi comment pourquoi les gens ont été maudits, excusez), tout le monde en joie, la foule en délire jette des bigorneaux de Skellige par poignée, Geralt se barre en mode lonesome cowboy et c’est alors que Duny le retient.

«-Ah bah non, quand même, tu m’as sauvé la vie, sorceleur, et pris mon parti contre la reine. Je te dois bien une fière chandelle à te retirer du pied !

Non mais c’est bon. J’étais venu ici pour boire de la bière et trousser des filles et j’ai fini ma bière.

Aller, Geralt, sois sympa, je te dois la vie.

T’aurais fait pareil pour moi.

… Admettons, mais quand même.

Hmmm… J’ai déjà une Ablette, donc merci de ne pas m’offrir un nouveau cheval, je suis attaché à celui-là, j’ai déjà deux épées donc on est bon de ce côté, j’aurais peut-être besoin de tune mais franchement, là, j’en ai surtout ras le catogan alors on va dire que je vais faire comme toi, là, invoquer le droit du Kinder Surprise.

Le droit de surprise, Geralt.

Ouais, faisons comme il a dit le druide, le droit de surprise. Vu que t’étais encore un hérisson y’a pas deux minutes, je parie que tu vas te découvrir des puces d’ici demain que tu savais pas que tu possédais, voilà. Maintenant, Geralt out ! »

*WWWWEEEUUUUURRRRRGGGGGGGGLLLLLLLBBBBBBBBBEEEEEEEUUUUUUUUUUAAAAAAAAAAGGGGGGGGGGGGGGG*

«-Il se passe quoi, là ?

Pourquoi la princesse vient de saloper le parquet ?

Et bien, la logique voudrait que l’on pense toute à une intoxication alimentaire, ou à une réaction physique induite par toute la magie qu’elle vient de produire. Mais nous sommes dans une série télé et dans une série télé, quand tu vois une femme vomir, c’est qu’elle est enceinte.

Merci Jean-Sigismond du Quatrième Mur pour cette précision fort utile !

Du coup, on dit Mazletov à Geralt ?

Ouais ! MAZELTOV, GERALT §

… Fuck. »

Allons Geralt, consoles-toi de ton embarras. Oui, sèche tes larmes et le fil de ton épée, car il est grand temps, OHOUI, grand temps, de faire

Aller, faisons un petit point sur la mode de Cintra.

Le style en vogue dans cette cour a pour principale caractéristique et bien la principale caractéristique de tous les costumes de cette série : ils sont très modernes.

C’est une tendance dans le design des costumes en ce moment, consistant à donner des silhouette relativement simples et très dépouillées aux personnages en costumes d’époque / de fantasy / SF.


Tim Aslam, chef du département costumes sur « The Witcher »

On peut observer le phénomène dans « Game of Thrones » (et je vous renvoie à l’intégralité des Points Chiffons sur cette série pour voir un peu de quoi on parle) mais aussi de façon plus éloquente encore dans la série « Outlander » de Ron D Moore, puisque cette tendance est appliquée au personnage de Claire afin de la singulariser et de marquer son caractère anachronique.

Tim Aslam suit donc cette tendance sur « The Witcher », créant des looks très nets pour ses personnages, parfois même un peu trop si je prends Yennefer pour exemple, mais c’est là un autre sujet.

Revenons à Cintra, où l’inspiration assumée du costumier était donc les films noirs et les années 30. Une influence très très marquée et qui saute limite aux yeux dès les premières scènes à la cour de la reine Calanthe.

On notera que l’influence années 30 se retrouve aussi dans le décor épuré fait de lignes claires de la grande salle du palais, qui n’est pas sans renvoyer à l’art déco.

Cette épure pourrait presque donner l’impression que la série est cheap, mais il n’en est rien. Si les costumes sont simples dans la forme, ils sont surtout faits de tissus de très bonne qualité ce qui saute immédiatement aux yeux.

Le malheur du département des costumes, c’est que leur travail est rarement explicitement mis en valeur. Et les éclairages naturels de « The Witcher » ne rendent pas justice aux matériaux choisis pour ces pièces qui sont en fait assez exquises si on y regarde de plus près.

Puiser son influence dans les années 30 pour représenter le royaume de Cintra n’est certainement pas un choix anondin. C’est par Cintra que l’on est confronté au spectre d’une guerre qui va se répandre sur tout un continent, une guerre menée par un empire expansionniste et menaçant. L’idée de convoquer l’imagerie des prémices de la Seconde Guerre Mondiale a du sens ici, dans le sens où l’on nous renvoie à l’idée d’une chute apocalyptique.

Dans l’épisode 4, dont l’action se déroule une décennie avant le premier épisode, on peut remarquer que le design des costumes féminins, même s’il conserve cette ligne claire avec les épaules marquées et des robes fluides, propose davantage de structure et des tailles plus marquées.

Sans lorgner vers la mode des années 20 ou même celle des années 1910, Aslam fait de la retro-mode en restant dans la logique d’une évolution lente. Ce n’est que depuis le 20e siècle que les silhouettes ont commencé à évoluer rapidement et à se diversifier. Si l’on prend la monde féminine dans notre univers, entre le XVe et le XIXe, la silhouette globale a assez peu évolué, malgré la parenthèse du style empire qui a bousculé le combo buste droit, taille marquée, jupes amples qui va demeurer jusqu’au années 20, même si elle connait des variantes sur les 4 à 500 où elle domine la mode féminine.

Avant le XXe siècle, les gens possèdent peu de vêtements. La fast fashion, on ne connait pas, les habits sont de préférence robustes, surtout les pièces coutant cher. On les garde pour ainsi dire toute sa vie en les rapiéçant, en les modifiant un peu suivant les modes (ajout ou retrait d’ornements, longueur que l’on peut faire monter ou descendre). Et ceci était vrai dans toutes les couches de la société. Terry Dresbach, costumière sur « Outlander » et puit de science sur l’histoire de la mode racontait sur Twitter qu’elle avait commandé une pièce rare de redingote du XVIIIe siècle à fin de recherche pour sa série. Il s’agissait d’une très belle pièce ayant appartenue à un homme aisé. Quelle ne fut pas sa surprise et celle de ses équipes quant en la recevant, ils ont constaté que l’intérieur de la veste n’était qu’un patchwork de doublures et de reprises du vêtement qui avait évolué pendant des décennies avec son propriétaire.

Des exemples de cette culture de conservation du vêtement, on n’a pas à aller la chercher très loin. C’était une norme avant la fin des années 60. Mon arrière-grand-mère, née en 1917, a conservé toute sa vie son habit de noces qu’elle a fait reprendre à mesure qu’elle vieillissait, le portant jusqu’au mariage de ses petits enfants, dans les années 70 et 80. Le costume, en parfait état, a été porté par la suite par une ses petites-filles et arrière-petites-filles, et plusieurs fois par la suite lors de fêtes en habit par des gens assez petits pour que la jupe ne leur arrive pas sous les genoux. Aujourd’hui encore, il est extérieurement en parfait état, ceci du aux soins de conservation, à la qualité des tissus et des coutures. Intérieurement, il montre par contre son long vécu.


Le portrait de mariage de mes arrières-grand-parents, prise en 1925 le lendemain de leurs noces (si vous êtes sages et/ou curieux, je vous expliquerai le détail qui trahit la date de la prise de vue dans les commentaires)

Bref, tout ceci pour dire que avant l’industrialisation massive et la société de consommation, les vêtements duraient longtemps et si vous ajoutez à cela la lenteur des communications, la mode n’était pas chose qui changeait souvent, ni très vite.

Aussi, le choix d’Aslam a été pour Cintra de conserver les fondamentaux du look défini pour l’épisode 1, une ligne d’épaules forte et des jupes fluides, en y ajoutant des tailles marquées. Mais on sent bien la parenté entre ces costumes et ceux du moment de la chute. Je remarque aussi que le col de la reine est en V, tandis que celui de Pavetta est en encolure bateau, tout comme celui de la dame de compagne de la reine. De là à y voir une innovation portée par les dames les plus jeunes de la cour qui deviendra à la mode au moment de la chute de Cintra, il n’y a qu’un pas.

Le choix d’une encolure droite pour Pavetta est également pour Aslam un moyen de la lier visuellement à sa fille, Cirilla.

Entre cette encolure, le décor de la grande salle et la couleur de leurs cheveux, on peut facilement connecter ces deux femmes et comprendre qui elles sont l’une par rapport à l’autre.

D’un point de vue plus « étude de personnages », on peut remarquer une première chose : la couleur dominante chez Calanthe est l’or.

C’est la toute preùmière couleur dans laquelle est apparait, et la teinte dominante dans l’épisode 4. De l’armure à la robe, Calanthe est une reine dorée, une couleur seyant à la Lionne de Cintra et affichant la puissance et l’opulence de son royaume.

L’armure dorée de Calanthe est très explicite quant à la manière dont la reine se représente. Le lion héraldique de Cintra orne sa poitrine et les épaulières sont ornées des pattes du même animal. Je ne reviens pas sur l’or, omniprésent, qui renvoie et à la prospérité du royaume et à la couleur du lion lui-même et au prestige de Cintra, le joyau du Nord.

Son armure blanche du premier épisode est bâtie sur le même modèle. On y retrouve les lions cabrés et leurs pattes sur ses épaules, ainsi que ce V caractéristique qui part de ses bras pour rejoindre son ventre, permettant de donner du relief et du dynamisme à son plastron en gardant cette idée de la simplicité et de la ligne claire qui imprègne le style de Cintra. Au-delà de cela, la simplicité relative de ses armures renvoie à l’efficacite de Calanthe, à la manière dont elle se perçoit a combat. Elle est efficace, implacable. L’absence d’ornement est peut-être aussi une volonté pour elle de ne pas évoquer sa féminité. On l’a vu abondamment mais le règne de Calanthe est un subtil exercice d’équilibre consistant à éviter de se faire décrédibiliser par sa féminité.

On notera que par comparaison, Eist, qui vient des îles Skellige, opte toujours pour un maximum d’ornements. Son armure superbe, est recouverte d’entrelacs de type celto-viking (les deux cultures qui ont inspiré très largement la création de l’archipel). Eist est un personnage flamboyant qui affiche son caractère sur ses costumes. Une obligation quand on a aussi peu de temps d’antenne que lui et qu’il faut vendre sa personnalité et sa relation avec la reine en très peu de scènes.

Eist aime les brocards et l’adondance de détails. Regardez ses manches dans l’épisode 4 (ci-dessous) et même dans l’épisode 1 (ci-dessus).

Vous avez vu ce plissé ? C’est pas un peu magnifique ? Et maintenant, petit exercice, comparez Eist et son neveu Crach, le grand roux de bout sur la droite de l’image. Crach porte un pourpoint bien plus simple, que son oncle, se fondant davantage dans la masse des gens de Skellige venus au banquet. Le costume de Eist sert dont et à le caractériser et à le singulariser. L’abondance de l’or et le motif végétal de sa tenue le connecte à Calanthe dont la robe possède ces deux même attributs.

Enfin, on peut se demander pourquoi sa tenue du banquet de fiançailles et celle de l’épisode 1 sont si semblables et bien il faut y voir là des raisons pratiques. Eist n’apparait que peu dans cette saison 1. Le vêtir deux fois de la même manière sert tout simplement à l’identifier plus facilement. Le public de la série ne l’a en effet plus vu depuis 3 heures de programme, programme qui plus est assez riche en personnages et en informations. Tim Aslam fait donc dans l’efficace en conservant les mêmes marqueurs : l’or, le bleu, les détails.

Bien qu’il ait beaucoup été qualifié de médiocre ou de cheap, le travail du chef costumier est beaucoup plus subtil qu’il n’y parait. Les matériaux utilisés dans la confection des costumes de sa série sont tout sauf cheap et le niveau de détail est assez hallucinant que on arrive à trouver une image pas trop crade. Ce qui n’est pas forcément facile.

Nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur Calanthe et Ciri, je pense, alors autant s’en tenir là pour cette semaine. C’était donc

And now, for something completly different…

Aedirn.

Comme un écho aux prétentions de Peregrin de Nilfgaard à n’engendrer que des fils, le segment de Yennefer débute sur la reine Hostie de Kalis d’Aedirn (poke à tous mes lecteurs du Québec, je sais que vous n’existez sans doute pas) rapportant les propos de ceux lui reprochant n’avoir fait que des filles et reprochant au roi de ne voir en elle qu’un ventre destiné à lui pondre un héritier.

Le costume de la reine Kalis démontre à lui seul que non, le travail de Tim Aslam n’est pas cheap. Mattez moi cette richesse, cette texture… Même le bonnet du bébé a été travaillé en finesse.

Hostie de Kalis nous apparait dans une voiture, enfermée dans un lieu clos dont les fenêtres sont grillagées. Elle est une épouse et une mère, tient dans ses bras sa fille nouvelle-née et se fait accompagner de Yennefer, une femme qui ne peut avoir d’enfants.

Ni le cadre, ni la conversation sont innocents ici. Non seulement cette scène comme tant d’autres dans la série reflète parfaitement le point de vue féminin qui est derrière « The Witcher » sur Netflix. Car si les romans de Sapkowski sont notoirement très orientés « male gaze », le travail de Lauren Hissrich a le mérite d’offrir très souvent de ces moments où c’est le regard, la perception féminine qui sont traitées.

Le regard sur la situation ici est un écho à ce qui se produira à la fin du segment, quand Yennefer déclamera son monologue au cadavre de la petite fille, résumant par des mots tout ce qui est exprimé dans cette image de début. Trois femmes enfermées, en mouvement dans un coffre et soumises aux attentes que leur société à d’elles.

Quand Kalis demande à Yennefer de s’exprimer librement sur ce qu’elle pense de sa vie et de sa position en général, Yennefer, loin de lui répondre « oh, vous savez, je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation… », lui balance toute sa frustration au visage, elle qui n’a servi à rien ou pas grand-chose en trente ans, qui découvre à ses dépends n’être qu’une fonctionnaire, et qui commence à sentir l’amertume d’avoir rejeté certaines possibilités pour si peu.

Kalis lui oppose certes que son statut de femme indépendante lui permet d’être vue pour ce qu’elle est plutôt que pour ce qu’elle peut apporter à qui la possède. Ce en quoi, elle n’a pas tort, mais Yennefer clairement, refuse l’idée que les deux trajectoires soient exclusives. Ou du moins elle commence à prendre conscience de cette injustice.

Tout dans l’histoire de Yennefer est une histoire de contrôle et de choix et de la manière dont elle peut bien acquérir les deux. Yennefer veut le pouvoir, mener sa vie comme elle l’entend, être admirée, être mère si elle le désire et elle veut pourvoir décider de tout cela à la fois. Elle ne veut, à aucun moment, abolir, taire, oublier un seul fragment de son être.

Le destin tragique de la reine Kalis illustre parfaitement ce statut de vaisseau que Yennefer décrira plus tard, en même temps qu’il entre en résonnance avec les fiançailles de Pavetta et sa fonction primaire décrite par Peregrin de Nilfgaard : produire des héritiers. Mâles, les héritiers.

Parce que Kalis n’a eu le front de lui faire que des filles, son époux le roi a carrément engagé un putain de dresseur Pokemon et son scarabête pour la tuer.

« Je suis Henry VIII et j’approuve ce message ! »

Coup de bol pour Kalis, Yennefer est une professionnelle de l’improvisation de portails en série, façon Rick Sanchez. Yen est la première à comprendre que le voyage en Lyrie de sa femme a été l’occasion rêver pour le roi de s’en débarrasser en faisant passer la chose pour une mésaventure façon rencontre avec des bandits de grand-chemin.

Je reparlerai en temps et en heure de ce costume de Yennefer, hideux, comme la majorité des trucs qu’elle porte dans cette saison. Mais pas tout de suite, attendons d’avoir plus de matière.

Pour l’heure, Yennefer fait une sacrée démonstration de skills en performant deux sorts en même temps, afin de retenir le scarabête d’une main tout en ouvrant un nouveau portail de l’autre. Sur une colline désertique, la voilà qui se fait traiter de « sorcière » par la reine, un truc qui, on le sait, a le don de mettre les nerfs de n’importe quelle élève d’Arethusa en pelote. Intéressant, dans le plan large où les deux femmes, genoux, voit le dresseur Pokemon apparaitre, Yennefer est cadrée de manière à ce qu’un relief au loin crée l’illusion de sa bosse. Un détail, peut-être même quelque chose de fortuit, mais à cet instant, si c’était volontaire, c’est d’une terrible pertinence.

Yennefer ne cessera jamais d’être cette femme en colère contre le monde entier. Si elle n’affiche désormais plus rien, elle garde à jamais les traces de ces humiliations injustes et prend très, très mal la moindre remarque dégradante, surtout quand elle a tenté de faire sincèrement de son mieux. Sa moue méprisante quand elle explique à la reine la raison pour laquelle un assassin la traque n’a fait qu’enrager cette dernière. Quand elle reproche à Yennefer de ne pas avoir vu venir le coup, c’est précisément parce que Yen a eu le culot de lui laisser entendre qu’elle aurait dû comprendre ce qui l’attendait.

Etrangement, Darth Sacha attend sagement que Yennefer se mette en position de combat pour commencer à faire mine de donner des ordres à son Pokemon, alors que tout de même, il a vu de quoi elle était déjà capable. Après, ça n’aurait rien changé à l’affaire, vu que Yen se casse dans un champ de millepertuis (en fait, non, ça n’en est pas, j’y connais rien en fleurs, déso).

Pendant que Yen se bricole une couronne de fleurs, la reine Kalis, elle, doit affronter son destin.

«-Putain Sacha, mais qu’est-ce-qui t’es arrivé, gamin ?

J’aurais jamais dû quitter Bourg Palette pour mener cette vie d’aventure et de danger, voilà ce qui m’est arrivé. J’avais 8 ans, bordel !

Ecoute, on peut toujours trouver un arrangement. Moi je me casse dans cette direction, et toi, tu buttes ma fille. J’en ai d’autres. Des filles. Et des ovaires aussi. Si tu vois ce que je veux dire.

Non. »

Et si la reine meurt bel et bien, l’enfant elle, est sauvée in extremis par Yennefer qui parvient à se téléporter avec elle sur une plage. Là, j’avoue ne pas avoir très bien compris ce qu’il s’est passé. On voit Sacha lancer un poignard, mais c’est visiblement Yennefer qui se le prend. L’enfant n’a pas l’air d’être blessée, le sang sur sa couverture est celui de la plaie de Yen. A moins que le poignard est traversé la magicienne ET l’enfant, auquel cas il serait encore planté quelque part.

Du coup, je penche plutôt pour une autre hypothèse, celle de l’épuisement dû à la téléportation. On peut voir que Yennefer est épuisée par cette série d’actes magiques, mais la reine elle, vomit carrément après le dernier voyage. Aucun acte magique n’est anodin, et peut-être les portails puisent ils un peu de la vie de ceux qui les empruntent (ce qui serait cohérent avec la logique de la fleur qui doit mourir énoncée par Tissaia). Si pour un adulte, il n’en résulte qu’une fatigue, pour un enfant, les effets sont peut-être plus violents.

Sur la plage, Yennefer le lance dans el famoso monologue du vaisseau, un discours de désespoir et de déception sur sa condition en particulier et celle des femmes en général.

Big up à Anya Chalotra sur tout cet épisode. Franchement, elle m’étonne beaucoup, cette actrice. J’aime beaucoup qu’elle soit capable d’exprimer aussi radicalement la colère de son personnage et la seconde d’après une mélancolie totale, et qu’elle parvienne à être très convaincante dans les deux. Avec son visage très expressif, elle est capable de transcrire la force intérieur de son personnage mais aussi ses faiblesses et pour le moment, sur cette saison, je ne l’ai jamais trouvée à côté ou en dessous de ce que la scène semblait offrir. Alors on pouvait avoir toutes les réserves du monde, mais Anya Chalotra est décidément la révélation de cette saison 1.

Brokilone.

Ecoutant les voix dans sa tête, la princesse Cirilla Fiona Ellen Riannon s’enfonce toujours plus profondément dans l’hivernale forêt où elle pénétrait dans l’épisode précédent, découvrant au détour d’un joli buisson arbustif l’orée de la désormais célèbre

FORÊT MAGIQUE DES PROJECTEURS ENCHANTES.

Non.

Non.

Ah bah non, là, Lauren, c’est non. Là y’a faute de goût. Là y’a ratage manifeste. Et je ne te parle même pas du traitement de fond de ce passage en forêt de Brokilone, non, je me contente de t’interpeler sur ses aspects les plus plastiquement plastiques.

Il y avait pourtant au niveau sonore une si jolie intention avec l’utilisation de ces voix éthérées susurrant à l’oreille de la princesse, soulignées et bientôt supplantées par des percussions dont j’ignore absolument tout de la dénomination savante, mais qui ressemblent à des tambours sans doute traditionnels quelque part, dont on sent à chaque coup la diffusion du choc sur la peau.

Si tu fermes les yeux, c’est parfait. Quand tu les ouvres, tu tombes sur ce… Truc. A savoir la représentation que les séries des années 90 pouvaient avoir d’une forêt magique : des couleurs criardes avec des projecteurs planqués dans les coins pour faire des effets de style.

Je n’ai rien contre l’idée de faire un effet de manche à pas cher. Rien. Du moment que l’effet marche. On se souvient tous de yeux de Galadriel dans « Le Seigneur des Anneaux », éclairés par des guirlandes électriques pour donner l’illusion d’étoiles dans son regard. Un effet simple (à ce stade, c’est du bricolage) mais efficace car discret et quasi indétectable sauf quand tu en as entendu parler.

Pourquoi je prends un exemple issu de la trilogie de Peter Jackson ? Par hasard ?

Nope.

Parce que cette trilogie contient précisément un effet qui déjà, en son temps, me dérangeait un peu. Dans « La Communauté de l’Anneau », dans la scène où les Hobbits tentent d’échapper aux Nazgul dans la forêt qui longe de Brandevin, les Spectres de l’Anneau sont également mis en scène avec des projecteurs. Placé derrière eux, ils servent à souligner leur noirceur, à les rendre plus ténébreux que la nuit.

Leur silhouette sombre se détache ainsi au cœur de la nuit, sur un liseré de lumière, afin de créer un contraste. Le seul problème c’est qu’ils sont dans une forêt du Troisième Âge de la Terre du Milieu, déguisés en chevaliers-momies zombies. Déjà, là, ça coinçait un petit peu. Mais l’emploi des projecteurs étant très limité dans leurs scènes et dans le temps, l’astuce n’a pas le temps de s’épuiser ni de venir briser notre suspension d’incrédulité.

Contrairement aux projecteurs de la forêt de Brokilone qui sont absolument partout…

Fun fact : la bande son de la forêt de Brokilone m’évoque beaucoup celle de la forêt de Fangorn dans « Les Deux Tours ». Y’a comme un cousinage, on dirait.

Ces lueurs vives et irréelles fonctionnent très bien dans le premier plan que l’on a de la lisère du bois. C’est notre premier aperçu de ce monde étrange et un peu hors du temps, Ciri est comme en transe, la lueur vive souligne son état et apporte en prime un brin d’étrangeté dans le plan. Elle permet aussi d’annoncer le caractère révélateur pour Ciri de son séjour dans cette forêt. Bref, c’est absolument pertinent à ce moment de l’épisode.

Ensuite, l’effet devient redondant et par sa redondance, évident et dérangeant, au point qu’il souligne l’aspect artificiel de toutes les scènes de Brokilone. Celles-ci souffrent du même défaut que nombre de scènes de cette saison 1, à savoir une esthétique un peu kitsch pour cause de décors vides (je sais, je sais, des décors vides dans une forêt, elle se moque de nous. Et bien non. Je maintiens). Et en prime, la direction d’actrices dans ce segment est… Comment dire… Oui, j’accable la direction d’actrices car l’ensemble de casting de Brokilone se balade avec une sagaie dans le fondement, balance ses répliques sur son ton froid, sec et peu inspiré et multiplie les poses. On ne me fera pas croire que les actrices se sont toutes données le mot pour jouer de cette manière pendant la pause cantoche. Non, on leur a donné des directives de jeu qu’elles ont appliqué. Et ce n’est pas beau à voir. Bouh, ça non.

Un truc pas très beau, non plus, c’est le changement assez radical apporté au pouvoir de l’eau de Brokilone. Dans les livres, les dryades interdisent l’entrée de leur forêt à presque tout ce qui n’est pas dryade, sylvain ou autre résident habituel de la forêt. Seules les jeunes filles sont épargnées car le nombre des dryades allant en diminuant, il fait combler les trous dans les rangs en transformant les égarées. Et la transformation se fait en buvant l’eau de Brokilone.

Dans la série, on est parti sur une idée pas forcément plus originale mais un brin plus plan plan, celle d’une eau qui tue ce qui ne sont pas purs dans leurs intentions vis-à-vis de la forêt. Ok. Bien.

Je ne détaillerai pas ici le tome des livres qui a été très librement adapté (c’est « L’Epée de Providence », pour info) parce que certains ici vont certainement le lire.

Je comprends parfaitement la nécessité de changer les tenants et les aboutissant de cette nouvelle car le chemin suivi par la série ne se prêtait absolument pas à une adaptation très fidèle des évènements et rencontres qui s’y déroulent.

Quant à la nécessité d’évoquer ce passage dans la série, elle ne s’impose que pour le résultat final, la vision de Ciri, permettant de poser des jalons pour la suite.

Mais malgré tout, je continue de m’interroger sur la nécessité de ce changement. Garder les propriétés de base de l’eau de changeait en rien le destin de Ciri à Brokilone ni le fait qu’elle se montre immunisée à ses effets. C’est le résultat produit par l’absorption qui comptait ici.

Cette modification ne fait en réalité que montrer combien l’écriture de segment de Ciri a été compliquée. Difficile en effet de rendre passionnantes des errances d’une enfant sur une durée de 8 épisodes pour les scénaristes. Et arrivés à mi-parcours, on peut désormais statuer sur le fait que l’arc de la jeune fille est largement le plus chiant des trois.

Au milieu de toute cette chianterie, Ciri révèle enfin à Dara qui, je viens de le remarquer, porte un corset féminin, ce qui donne fait de son costume un asssemblage hétéroclyte, s’insurge aussitôt :

«-T’es la petite fillote de la reine Calanthe ???

Beh oui, en fait… Tu comprends pourquoi je ne pouvais pas révél…

Nan mais tu m’annonces sans pression, entre la poire et le fromage ? Tu as déjà entendu parler de génocide, Cirilla ?

Elle dit qu’elle voit pas le rapport.

Le rapport c’est que ta mère-grand a buté toute ma famille, la famille de ma famille, les voisins, leur famille, et les familles des familles de gens de l’autre côté du village. C’est ça le rapport !

Ca ? C’était pas un génocide, c’était du maintien de l’ordre !

Ton maintien de l’ordre me vaudrait 45 ans de thérapie si les psy existaient et que j’avais les moyens de me les payer sauf que je suis un elfe et que grâce à mamie, je vis en marge de la société ! Donc je vais prendre la Potion Féérique de l’Oubli de la Forêt Magique des Projeteurs Enchantés à la place ! Et tu devrais faire pareil !

Certainement pas ! J’ai un destin, moi. Je vais pas le gâcher à boire des canons dans la forêt. »

Dara va donc boire toute seule tandis que Ciri a un rêve mêlant le sac de Cintra et le massacre des elfes. Convaincue de tenter l’expérience à son tour, elle ne ressent aucun effet de l’eau.

Les dryades décident donc de l’envoyer boire directement à la source qui se révèle être la sève d’un arbre, ce qui est très contre-intuitif.

Et ce sirop d’érable frelaté semble bien fonctionner puisque Ciri a une vision d’un arbre dans le désert qui lui demande ce qu’elle est. Et c’est tout pour ce segment.

Cintra, mais pas à la même époque, plus tard, un peu avant le segment de Brokilone, putain de timelines…

Retrouvons donc la riante Cintra, après le sac, dans les flammes et au milieu des cadavres, où un mage vient de trouver le cadavre de la reine. Assisté par Fringilla Vigo, le voilà qui se met à faire un carpaccio de Calanthe qui une fois absordé lui provoque comme une sorte de crise d’épileptie à laquelle Fringilla met gentiment fin en l’éventrant sur place afin de lire dans ses viscères alors que, come on, Fringilla, il vient d’avaler la peau, elle est encore dans son estomac, là…

Ok, j’ai saisi l’idée : « Bouhou les Nilfgaardiens ils sont trop méchants !!! » mais y’a comme un truc qui déconne sévère avec la manière dont Fringilla gère sa magie. Elle est la magicienne officielle de la cour, ok, et s’entoure donc d’acolytes dont le seul but dans la vie semble d’être de mourir pour elle avec beaucoup d’entrain ? J’ai un ‘ti peu de mal avec ce modus operandi que je ne vois pas trop fonctionner sur le long terme. Et pourtant, il semblerait bien que cela soit ce que fait Fringilla depuis qu’elle officie à la cour nilfgaardienne…

Mais sinon, la méthode semble très efficace. Je sais pas trop comment ça marche mais visiblement, en faisant manger la peau de quelqu’un à un autre quelqu’un, puis en éventrant ce quelqu’un on peut savoir ce que font les petits enfants de cette personne alors qu’ils se sont engagés sûr une voie que ni eux ni elle n’avaient prévu.

Après, je suis pas magicienne de cour non plus, je veux dire, je lis même pas l’avenir dans les feuilles de thé, ni dans rien d’ailleurs.

Donc, ma gueule, c’est magique, Fringilla peut informer Cahir de la position de Cirilla. Ce qui est intéressant dans cette scène, outre la méthode h4rdc0r3 de divination, c’est le fait qu’un lieutenant de Cahir propose carrément d’envoyer 10 ou 12 000 mecs à Brokilone pour récupérer la princesse. ‘tin ils sont larges en hommes, les Nilfgaardiens !!!

Mais Cahir sait bien qu’envoyer des troupes dans une forêt, a fortiori une forêt blindée de dangereuses dryades, ça ne sert à rien. Son projet de retrouver Ciri est pour le moment suspendu.

La prochaine fois…

Alors déjà, la prochaine fois, j’aimerais que ça soit plus tôt. Yep, j’ai merdé sur ce coup là. Le fait d’avoir toute la saison d’un coup m’a donné l’illusion d’un luxe certain et résultat, dès la rentrée, je me suis faite avoir par le train-train du boulot et je n’ai pas su dégager de temps pour le blog. Clairement, il faut que je rectifie ça et que je trouve un rythme de croisière qui me permette de tout faire sans faire trop empiéter les deux domaines l’un sur l’autre et éviter un rythme de publication anarchique.

C’est fou que ce boulot de feignant qu’est celui de prof me bouffe plus de temps et d’énergie que l’ancien job où j’avais pourtant des horaires de bureau… Comme quoi, hein, les clichés, toussa…

Mais trêve de blabla (comme j’ose dire un truc pareil ici, moi ?), préparons-nous pour le prochain épisode, celui de la conjonction des sphères de Geralt et de Yennefer, LITTERALEMENT, avec on y croit on y croit, carrément pas trop de délais entre deux publications.

8 commentaires Ajoutez les votres
  1. ZOMG ça faisait longtemps..Tellement que j’avais pu de souvenirs de l’épisode ( la faute à la saison 6 de Vikings aussi) Du même avis globalement en plus de trouver un charme fou aux femmes en armure…Breef. Par contre encore une fois la temporalité est un un peu dur à appréhender ça reste un gros probleme a mon gout dommage. Ah très très intéressent point chiffon _

    1. Ah bah ça, mes billets vont tomber très vite dans l’oubli, c’est certain ^^ Ma faute !
      Merci pour le Point Chiffon 😉

  2. Bonjour La Dame, merci pour votre billet et merci de m’avoir fait découvrir la série ! J’ai tout binge-watché juste après avoir lu le billet sur l’épisode 1. C’est comme toujours un double plaisir de regarder une chouette série et lire vos commentaires éclairants. Quant au temps d’attente, c’est bien sûr un peu frustrant mais ça permet aussi de se replonger dans l’univers un moment après avoir fini le visionnage.
    Bon courage pour gérer l’écriture des prochains billets tout en gérant de charmantes classes pleines de virus et (n’en doutons pas) d’envie d’apprendre ;).

  3. Merci de souligner la qualité de la plupart des costumes, je me suis tuée à essayer de l’expliquer à quelqu’un le mois dernier… En plus d’être globalement plutôt bien pensé, n’importe qui ayant déjà essayé de réaliser un plissé ne peut qu’admirer les manches d’Eist, et le talents des couturier/ères derrière ! Les tenues de Yennefer sont, par contre, assez infâmes en général, en effet… Celui-là n’est pas le pire ! J’attends avec impatience le billet de l’épisode suivant. De ce que je me rappelle, c’était un peu le pompon sur la Tamise niveau costumes…

    Merci pour ce billet que j’attendais avec impatience ! Je ne laisse pas souvent de commentaires, mais je les lit toujours avec assiduité 😉

    1. A la décharge de ceux qui disent que les costumes sont cheap, leur mise en valeur est parfois assez limite. Par contre, les costumes de Yennefer, nononononononon. Non. Sérieusement quoi. Rien à faire. Bouh. Quelle horreur. Et pourtant, je pense sincèrement qu’il était difficile de trouver une silhouette qui ne soit pas flatteuse sur Anya Chalotra. Tim Aslam y est pourtant arrivé. Quelque part, c’est un exploit. S’ajoute à cela les cheveux, trop modernes, trop Coachella, comme son fard à paupière. Là aussi, sérieusement, les gens du maquillage, il s’est passé quoi ? On bosse à la truelle ? Je saisis pourquoi ils ont pris cette direction, mais une idée justifiée ne donne pas toujours un résultat satisfaisant.

  4. Plop la Dame !
    J’attendais particulièrement votre éclairage sur cet épisode, je suis donc très contente de lire enfin votre billet.

    Cinthra :
    Les femmes sont à l’honneur durant cet épisode. Je n’ai pas arrêté de me dire que Calanthe me faisait penser à une certaine lionne aux yeux verts d’une certaine série très connue. Plus sérieusement, la manière qu’à Calanthe de protéger sa fille m’a beaucoup fait penser à Cersei et pas que dans cet épisode. Avec Ciri plus tard dans la série, c’est la même chose. Prête à tout pour les siens.
    Et il n’y a pas que ça, dans les vêtements aussi on retrouve. Se « masculiniser » pour asseoir son autorité. Dans le cas de Calanthe, le faire littéralement. Je l’avoue, je n’ai pas fait le lien durant l’épisode entre les deux -_-.
    Petite réflexion : dans la série, ça ne transparait pas tant que ça que Calanthe est remis en cause je trouve. Non pas que je doute. C’est un univers médiévale, les femme doivent toujours lutter dans ce genre d’univers. Mais on le remarque pas forcément dans la série. Peut-être que c’est plus appuyé dans les livres ?
    Oh et une partie de moi se plait à penser que l’attaque de Nilfgaard avait un arrière-gout de vengeance pour l’humiliation subit face à Calanthe quelques dix ans plus tôt.

    Yenefer :
    Pas grand chose à dire sur cette partie parce qu’elle est tristement explicite. Aussi bien sur la pauvre reine assassinée parce qu’elle a donné qu’à des filles que Yennefer qui se retrouve à une place vide et sans intérêt, elle qui désire tout à la fois. J’ai beaucoup aimé sa réaction face à l’insulte ceci dit. Cruelle de laisser la reine à la merci de l’assassin mais bon.

    Brankilone :
    Alooooors… Je comprends toujours pas ce passage. Parce qu’il me semble tellement… vide ? Il sert à rien quoi. Bon je dis ça mais j’ai vu la série qu’une fois donc je n’ai pas tous les souvenirs en place. Mais disons que c’est beaucoup de temps pour un petit résultat. Sans doute comme vous l’avez dit, une conséquence de l’arc de Ciri qui est bien moins intéressant que celui de Yen ou Geralt.

    Question maintenant : qu’est-ce que le droit de surprise ? Un droit qui autorise à réclamer le premier truc que l’obligé a ?
    Et ce sera tout pour moi ! Je vous retrouve à l’épisode 5.
    Des bises !

    1. La série ne parle pas vraiment de son premier mariage, en effet. C’est à ce moment qu’elle est mise sur la touche et ne revient sur le devant de la scène qu’au moment de son veuvage. Ceci dit, dans l’épisode, on la voit très énervée et inconfortable vis-à-vis des traditions masculines auxquelles elle est obligée de se plier pour maintenir son autorité.
      Sur le retour de bâton de Nilfgaard, je me demande aussi quel rôle Peregrin a pu jouer quelques 12 ans après son humiliation à Cintra !
      Sur le droit de surprise, c’est exactement ça : il faut donner à celui qui l’invoque la première chose que l’on trouve chez soi et que l’on ne savait pas avoir. Ici, un enfant encore dans le ventre de sa mère. Par exemple, j’ai filé une super bonne note à un élève et celui-ci m’autorise à lui demander ce que je veux en remerciement. J’invoque le droit de surprise, il rentre chez lui et là, bim, découvre que ses parents lui ont fait cadeau d’une PS4 pro. La console est donc mienne.

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