« 1917 », Sam Mendes

Oui, je sais… Vous attendiez l’épisode 4 de « The Witcher ». Il arrive, mais en chemin, j’ai croisé deux mecs et un plan séquence. Donc Môôôsieur de Riv et Mâdâme de Vengerberg attendront encore un peu. Il y a des priorités dans la vie.

En termes de priorités, d’ailleurs, il y aurait bien aussi un billet sur « Little Women » qui s’imposerait, tant le film m’a lessivée dans le sens le plus positif qui puisse exister du terme.

En attendant, laissez-moi donc  vous conter pourquoi « 1917 » est le film que vous feriez bien d’aller voir au lieu de perdre votre temps sur les Internets et plus particulièrement sur ce blog. Allez, zou, ! Filez !

Et n’oubliez pas de revenir ici après, mes petits loups.

Oh. Un dernier conseil : si vous le pouvez, privilégiez la VO. Pas que la VF soit catastrophique, mais les deux personnages principaux souffrent un peu d’avoir des doubleurs qui récitent bravement leur texte.  

Et c’est tout aussi bravement que je vais tenter un billet qui ne rendra aucunement justice à l’émotion que j’ai pu éprouver devant ce film dont je ne vais même pas aborder le 1/3, je le sens.

Je SPOILE TOUT, attention.

Aux archives de l’Histoire.

C’est officiel depuis la fin des célébrations du centenaire : la mémoire de la Première Guerre Mondiale est désormais archivée pour un grand public de plus en plus déconnecté d’un évènement historique dont les témoins direct ont désormais tous passé l’arme à gauche. A cent ans de nous, ce qui dans mon enfance encore me semblait certes lointain mais pas complètement flou, appartient aux archives de l’Histoire. La Première Guerre Mondiale n’est plus une histoire vivante, sauf pour le passionné et l’historien. Et préparez-vous, les gars, parce que l’archivage de la Seconde arrive à grands pas également.

La guerre de 14-18 et la somme de ses expériences a depuis longtemps été un terrain de jeu fertile pour le cinéma, la faute à sa nature de conflit industriel, la puissance évocatrice de ses no man’s land, le déchainement de violence de ses combats et les abimes de désespoir de ses tranchées.

La dernière fois que j’en ai vu une de tranchée, c’était dans « Tolkien » de Dome Karukoski, qui proposait d’ailleurs ses meilleurs moments dans les délires fiévreux du futur écrivain, traversant la bataille de la Somme que son imaginaire peuple de dragons et de chevaliers comme si son cerveau peinait à accepter une débauche de violence faite de la seule main de l’homme.

Fun fact, « 1917 » puise dans ce même terreau pour développer un récit aux atours de réalisme mais qui sait pertinemment ce qu’il fait quand il prend dans sa main les tripes d’un public qui se laisse berner par la plausibilité d’un contexte, sans se rendre compte combien le film lui fait emprunter des chemins puissamment évocateurs pour se développer.

Le postulat de départ de « 1917 » est simple : deux soldats anglais sont chargés de convoyer un message d’annulation d’assaut à un colonel en train de précipiter 1600 hommes droit dans un piège de l’ennemi.

Quand Gérard « Le Sachant », aura fini de s’époumoner sur la plausibilité de cette idée de départ qui constitue l’entièreté du film, on pourra enfin discuter de ce somptueux travail de Sam Mendes (réalisateur et scénariste), Krysty Wilson-Cairns (scénariste), Roger Deakins (directeur de la photographie), Thomas Newman (compositeur) et de tout le reste de l’équipe que je ne vais pas citer, de toute façon, presque tout le monde a été nominé aux Oscars et/ou aux Golden Globes. Et c’est mérité.

Qu’on m’explique pourquoi George McKay n’a pas eu droit à sa nomination comme meilleur acteur dans au moins une des deux cérémonies, je serais curieuse d’entendre des justifications.

Le cercle, les gars, le cercle !

« 1917 » se présente comme la juxtaposition de deux plans séquences mais n’en est pas pour autant un récit linéaire.

L’unique coupe assumée du film survient quand Schofield perd connaissance après s’être fait tirer dessus à Ecoust. Cet écran noir coupe en deux le récit, offrant en quelque sorte un miroir noir dans lequel la seconde partie du film va sans cesse réfléchir la première.

La fin étant dans le commencement, « 1917 » s’ouvre sur un paysage de campagne paisible, au cœur du printemps 1917, où sommeillent deux soldats. Il se conclut sur une ambiance identique, lorsque Schofield, seul adossé à un arbre, miroir de celui contre lequel il reposait au début du film, regarde les photos de sa famille, relisant résigné la demande de son épouse « reviens-nous ».

Quelques minutes plus tôt, il devait remonter à contre-courant la tranchée sur la ligne de front, régulièrement arrêté par des soldats, comme lui et Blake au début.

Schofield se réfugiant dans une cave pour échapper à un Allemand à Ecoust renvoie au même Schofield sauvé des décombres de la tranchée allemande par Blake, l’injonction à rester à l’abri remplaçant celle à avancer dans la première moitié du film.

N’ayant pas pris de notes et vu le film une seule fois, je stoppe là la liste des effets miroirs et je vais tenter de dire une bafouille ou deux sur le pourquoi de cet effet.

Le pourquoi. Le pourquoi, il te torpille, il te désespère. Il explose aussi bien à l’écran que dans les paroles désabusées de McKenzie quand il se résigne à annuler l’assaut, ce qui ne revient à rien d’autre qu’à retarder de quelques jours ou de quelques semaines la mort de ses hommes.

Cette narration cyclique n’est aucunement porteuse d’espoir, pire, elle semble condamner chacun des protagonistes. Le visage éteint de Schofield, épuisé et sans doute dévoré aussi par la fièvre, est celui d’un homme qui est déjà mort. Même s’il y avait pour lui un possible retour, que le film se refuse à nous laisser espérer, Schofield serait incapable de s’échapper de cet enfer.

Pris au piège d’une histoire qui se répète, Schofield, comme tous les autres soldats semble condamné à une boucherie qui dépasse métaphoriquement le cadre de la Première Guerre Mondiale. L’idée de l’enfer et de l’anéantissement, présente d’un bout à l’autre dessine au horizon des désirs humains au sein duquel les actions individuelles semblent dérisoires ou à terme, vouées à l’échec.

A bout de souffle.

L’intérêt d’une construction en plans séquences était évidemment pour Sam Mendes, d’appuyer l’urgence de son histoire aussi bien que de renforcer l’immersion. Mais l’autre effet de cette idée est bien également de ramener encore une fois ses personnages et son public à cette idée d’enfermement, de fatalité. Presque jamais Blake et Schofield ne parviennent à échapper à l’œil de la caméra, qui les conduit vers leur destinée. La mort de Blake, la déchéance progressive de Schofield, qui à partir d’Ecoust commence à se dépouiller petit à petit de son équipement et de sa force vitale aussi, nous en sommes les témoins impuissants.

Une idée brillante afin de souligner cette impuissance réside dans les choix de castings. Les deux personnages principaux sont campés par deux jeunes acteurs solides, Dean-Charles Chapman (immortel Tommen Baratheon, le roi fan de Mike Brant, dans « Game of Thrones »)  et George McKay (que vous avez pu voir dans « Captain Fantastic »), visages relativement peu connus du grand public, noyé dans un océan de figurants mais recevant des ordres de personnages gradés ayant les visages de Colin Firth, Mark Strong et Benedict Cumberbatch. On pourrait résumé ce casting des officiers à la volonté de drainer un public plus large en salle, et cela ne serait pas faux, mais il y a aussi dans ce choix la volonté de souligner l’insignifiance des deux caporaux devant ces figures d’autorité. Eux, on les reconnait, leurs visages, nous les avons vu mille fois, ils sont importants, au contraire des deux jeunes loulous perdus au cœur du no man’s land qui vont pourtant devoir prendre tous les risques pour obéir à leurs supérieurs.

Supérieurs que l’ont fait d’ailleurs tous apparaitre dans leurs abris, un parti-pris à la fois réaliste, mais aussi symptomatique de ce que le film cherche à dire. Les officiers ordonnent à leurs hommes de se jeter en pâture à l’ennemi tandis qu’eux restent dans la tranchée. Ainsi enterrés, ils apparaissent presque comme des figures malveillantes, et la difficulté qu’éprouve Schofield à accéder à Mckenzie tend à renforcer ce parallèle, tant à cet instant crucial, l’ennemi le plus féroce que doit affronter le caporal est la garde rapprochée du colonel, puis le colonel lui-même, monstre froid, hiératique et balafré.

Le chemin des morts.

Sous ses airs de film réaliste qui nous plonge sans retenue dans les horreurs de la guerre, « 1917 » est avant tout une grande œuvre évocatrice qui joue constamment de symboles pour dérouler son récit et le faire fonctionner dans les parties les plus reptiliennes de ton cerveau.

Premier exemple très simple, ces rats qui pullulent dans le no man’s land et dans les tranchées allemandes, gavés de restes de soldats sont le reflet de l’ampleur du massacre. Ils contribuent aussi à souligner le caractère menaçant des adversaires, lorsque Blake remarque qu’ils sont plus gros du côté allemand que du leur, comme si l’ennemi disposait à la fois de plus de ressources et produisait plus de morts chez les Anglais, permettant d’entretenir un contingent de gros rats.

Dans la première partie, Blake et Schofield découvrent un verger où les cerisiers en fleur ont été abattus. Rien que le dialogue entre les deux soldats est déjà riche. A Schofield qui s’inquiète de savoir si le verger est fichu, Blake répond que lorsque les cerises auront pourri et que les noyaux seront tombés, il finira par pousser plus d’arbres qu’il n’y en avait à l’origine. BAM. TU VOULAIS DE LA SUBTILITAY ???

Seul Blake pouvait déclamer une réplique aussi pleine d’espoir. C’est précisément ce qu’il incarne tout au long du film. Blake c’est le bon gars, qui ne pense qu’à manger, qui se réjouit que sa chienne ait eu des chiots, qui récolte les fruits dans le verger de sa maman, qui plaisante sur la taille des rats dans les tranchées allemandes, ou qui te raconte une histoire drôle quand tu viens de frôler la mort juste pour que tu te sentes un peu mieux. C’est aussi ce mec qui plutôt que d’achever un ennemi, offre de le soigner, au risque de se faire tuer. Blake c’est un putain de hobbit joufflu et on l’aime pour cela. Blake qui croit en les actes de bravoure, rêve aussi d’actes héroïques et n’hésite pas une seconde à accepter une mission suicide pour sauver 1600 âmes, dont celle de son frère.

Blake ressemble à ces pétales de cerisiers par sa douceur, sa candeur, sa manière d’incarner un certain idéal qui ne peut pourtant survivre à la profonde noirceur dans laquelle il est plongé.

Pourtant, alors que Schofield se laisse aller, après sa fuite d’Ecoust, c’est Blake qui vient à lui pour le sauver. Schofield s’accroche en effet à une branche morte, rappelant les arbres coupés du verger, et s’est agrippé à elle qu’il se fera littéralement réveiller par une pluie de pétales de cerisiers. Le souvenir de Blake, cette fausse neige, ce symbole ambigu entre les flocons hivernaux annonciateurs de froid et de mort et les pétales de fleurs parlant de vie et de douceur, sortent Schofield de son abandon et de sa résignation pour le pousser, une dernière fois, dans un ultime effort, à s’extirper de ce Styx dans lequel il s’est plongé et où il aspire à tout oublier de ce qu’il a vécu.

La mort de Blake elle-même ne se fait pas sans convoquer une imagerie assez puissante. Après la traversée du verger, Schofield et Blake entrent dans une ferme abandonnée où ne reste plus qu’une vache et un seau de lait. Après avoir traversé un verger en fleur porteur de promesse de vie, Schofield, qui vient de confier à Blake le traumatisme de son retour chez lui, se sert du lait pour se laver le visage et remplir sa gourde. Après avoir littéralement traversé l’enfer dans une tranchée allemande en train de s’effondrer, le voici donc dans une sorte de paradis, où coulent des rivières de lait toussa, dans le ciel duquel combattent des anges.

Les avions y sont en effet assimilés, vus par les deux soldats comme des protecteurs qui de temps à autre les survolent, signifiant par là qu’il n’y a plus d’Allemands au sol.

Mais dans ce film désespéré, le paradis n’est qu’une brève parenthèse. Les avions combattent en effet un avion allemand qui viendra s’écraser en Eden. Le pilote, vêtu de noir et en flamme, va trahir la bonté de Blake en le tuant. Et la séquence s’achève dans un flot de sang, antithèse rouge du lait blanc.

Les scènes miroirs de traversée des tranchées anglaises au début et à la fin du film renvoient à la même idée. Dans la première, Blake, mû par l’urgence de la situation et motivé par la survie de son frère, affronte le flot inverse des soldats dont certains tentent d’entraver sa marche. Dans la dernière, Schofield est porté par l’urgence lui-aussi, par le besoin de donner un sens à la mort de Blake, à la sienne aussi sans doute, fini par tenter le geste fou de gravir la tranchée et de s’exposer le temps d’une course bouleversante où il se retrouve à traverser le flot continu de soldats se précipitant vers leur mort. Le désespoir absolu de cette séquence est clairement le pic émotionnel du film qui jusqu’alors se retenait comme Schofield d’exprimer ses émotions. Mais dans ce sprint-là, cette course éperdue qui ne sert finalement à presque rien, dans cet affrontement d’un homme seul contre des centaines d’autres qui se ruent vers le combat, accompagné d’explosions décrivant aussi bien l’urgence à agir que la confusion des émotions qui animent Schofield, il y a l’achèvement d’une des plus belles réussites du film, celle de parvenir à dépeindre l’héroïsme sans le glorifier, de nous mettre à hauteur de ces actes que l’on n’accomplit pas par courage, pour l’honneur ou l’amour, mais parce qu’il fallait les faire, parce qu’ils ont du sens à l’instant T, parce que c’est ça, où la folie et la mort, parce que ce sera cela, et la folie, et la mort. Cette scène est bouleversante dans sa démesure comme dans sa simplicité, résumant Schofield à ce qu’il est au bout du compte. Certainement pas un héros, ils n’existent pas. Juste un type au bout de lui-même qui n’ayant plus rien à perdre pour lui, tente d’accomplir quelque chose qui a encore un sens. Ni plus, ni moins.

Et je pense que c’est là que réside l’un des génies de « 1917 », dans cette approche viscérale de la guerre et de l’humain et cette définition du héros telle qu’elle pourrait être faite par ceux que l’on affuble d’un titre qui n’a pas de sens pour eux.

Mais si cette scène est sublime, que dire que la fantasmagorie d’Ecoust durant cette nuit d’apocalypse ?

Quand tu prends Roger Deakins comme directeur de la photographie sur ton film, tu sais que de toute façon, même si le dit-film est un peu moisi aux entournures, il aura une gueule belle à en crever. Et dire que le travail de Deakins est ici une fois encore et sur l’ensemble du film, un chef d’œuvre, n’est pas peu dire.

Mais cette scène à Ecoust…

Schofield perd connaissance en fin d’après-midi, en se faisant tirer dessus par un soldat allemand, et ne se réveille qu’au milieu de la nuit, dans une ville en flamme, baignée dans la lumière tournoyante des fusées éclairantes. Cerné par un ennemi qu’il ne voit pas, Schofield fuit dans les rues où se meuvent les ombres de ruines dentelées, créant un décor sans cesse en mouvement, dont l’irréalité est soulignée par la musique de Thomas Newman qui se fait alors onirique.

C’est sans conteste LA scène du film, s’achevant sur un autre effet miroir, lorsque Schofield rencontre sur la place de l’église en flammes une silhouette sortant du brasier. Les deux hommes, incapables de discerner si leur vis-à-vis est ami ou ennemi, baissent leurs armes en avançant de quelques pas, jusqu’à ce que l’inconnu ne réalise le premier, aidé par la lueur du feu, que Schofield est Anglais. Cet instant de suspension, sublime, nous renvoie évidemment à une symbolique très forte, entre l’église en flamme qui nous ramène à la fin de tout ce qui est sacré, le face à face des deux hommes, la confusion qui nait de leur ressemblance, l’Allemand renvoyé au rôle de démon sombre et meurtrier (mais à la semblance de l’homme, d’où le moment de flottement).

Le passage s’achève d’ailleurs dans l’atmosphère confinée mais rassurante d’une cave où sont réfugiées deux femmes, offrant un instant de repos et de réconfort à Schofield. Il n’est pas étonnant que les deux seules femmes du film interviennent à ce moment précis, alors que le soldat est en proie à la panique, piégé dans un labyrinthe de pierres et de feu, à la merci d’entités malveillantes. Si en surface tout se consume, dans la terre, patientent deux promesses d’avenir, comme les noyaux des cerises évoqués par Blake. Une femme et une enfant, laquelle ramène Schofield à ses filles (détail que l’on ne découvre qu’à la toute fin du film), pouvant évidemment renvoyer à une figure mariale en plus d’évoquer une pulsion de vie dissimulée au milieu d’un océan de mort.  

La souillure.

Très tôt, Schofield va recevoir un stigmate physique : en écartant les barbelés pour Blake, il se perce la main. Cette blessure, il la souille peu après en la plongeant accidentellement dans un cadavre. La plaie, faite pour venir en aide à son camarade, se voit ainsi souillée par la mort. Le geste secoureur blesse et la blessure s’infecte de son environnement. L’homme est destiné à chuter, à porter en lui les germes de la mort et de la destruction, quoi qu’il fasse, quoi qu’il tente. La mort de Blake, la trajectoire de Schofield, sa quête n’aboutissant à reculer pour mieux sauter, tout concourt à ce portrait désespéré et lucide sur l’humain.

Comme Blake et Schofield pris dans les mâchoires de la caméra et du récit, l’ensemble des protagonistes de « 1917 » est piégé dans une toile infiniment plus grande qu’eux, une broyeuse qui s’étend au-delà du cadre de la Première Guerre Mondiale, une pulsion morbide si puissante qu’elle parait insurmontable. Schofield, marqué par la souillure de la mort dès les prémices de son aventure, accompagnant Blake dans son dernier souffle, s’éteint peu à peu, malgré les injonctions d’un officier à ne pas trop « y penser ». Mais c’est en traversant les enfers et en s’en extirpant, ramené à la vie par le souffle de Blake sous la forme de pétales de cerisiers, qu’il va pouvoir accomplir sa mission, s’emparant de l’unique force qui puisse faire obstacle à celle toute puissante de la mort, la petite, fragile mais essentielle étincelle de vie qui frémit encore en lui. Et même si cette faible flamme sera mouchée une fois, cent fois, mille six cent fois, peu importe. C’est tout ce qu’il lui reste, cette illusion, cet espoir infime de vie au coeur du royaume des morts.

C’est tout ce qu’ils avaient.

Ónen i-estel edain, ú-chebin estel anim.

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonjour ô Dame.
    Que ce billet fait plaisir, d’autant plus que le long métrage en question, visionné hier (malheureusement en français, maudits territoires perdues de la république), le long métrage n’a pas arrêté de me hanter par son imagerie infernal. Comme proposé, je partage ici le thread qui viendra peut être compléter certains éléments de ce billet qui, comme d’habitude, est d’excellente qualité. Pour ceux qui auraient la flemme de lire un fil twitter, je résume la symbolique lié à la mythologie grecque (et chtonienne) que j’ai eu l’impression de voir dans le film. Comme je l’ai dit plusieurs fois, on a l’impression que Mendes applique littéralement l’expression « enfer de la guerre ». Durant le début du 2e plan séquence, Schofield semble atterir dans les enfers, avec ses ombres errantes, sa Perséphone cachée et prisonnière, son Styx charriant les cadavres, et son champ élyséen où l’on chante pour les héros. Schofield évoque un pauvre Hermès, messager des dieux, ici les généraux décidant de la vie et de la mort. Cumberbatch a des allures d’Arès. Et bien sûr, cette image de cycle incarnés de manière différentes par les arbres. En cherchant, j’ai vu qu’on associé le cerisier à la jeunesse éphémère. Donc l’image du verger ravagé ce pose là comme une nouvelle allégorie.

    Je vois beaucoup de comparaisons avec Dunkerque, comparaisons qui me semblent fausser la perception qu’on peut avoir de 1917. Dunkerque raconte une bataille, alors que 1917 parle de la guerre. L’un est un pur film de montage, l’autre de mise en scène. Je trouve qu’il y a par contre plus une filiation avec Apocalypse Now et ses évocations infernales.

    En tout cas, le film pour moi est une réussite totale à tout point de vue, et réussie à dépasser la prouesse technique pour raconter quelque chose de fort.

    Pour le thread, c’est par ici, avec des Gif en plus ;). https://twitter.com/ProfesseurMajax/status/1218830162097266688?s=20

    1. Bien vu pour les cerisiers. Ceux ci réapparaissent en plus juste avant le bois de Croisilles où Schofield trouve l’arrière garde du Devon composée de gosses, ni plus, ni moins.
      Je te rejoins 1000x sur le fait que les commentaires enterrant la profondeur du film sous sa prouesse technique sont à côté de la plaque.
      Merci pour le partage de ton thread, très intéressant 🙂

  2. Bonsoir ma Dame.
    J’ai attendu de pouvoir voir le film (deux fois désormais, je suis faible, que voulez-vous, d’aimer autant des films de guerre) pour lire ce billet qui, une fois encore, frappe terriblement dans le mille.
    Je commencerai en confirmant que George MacKay aurait mérité une nomination, au moins aux BAFTAs qui ont fait la part belle à 1917 (je hurlais devant mon poste comme la pire des groupies).
    Tout dans ce film est d’une affreuse vérité. J’ai été prise aux tripes dès le départ, dès ce focus sur le visage fermé de Schofield que l’on envoie une fois encore au casse-pipes alors que, dans la première partie, il parle plusieurs fois de la Bataille de la Somme, où là aussi, les Allemands étaient censés être partis.
    Cette idée d’envoyer deux caporaux, comme ça, si jamais la mission foire, ça ne sera que la faute de deux jeunes soldats, est immonde, d’autant plus lorsque l’on découvre par-dessus leur épaule toute l’horreur des tranchées. Si on les a souvent vues au cinéma, je n’ai jamais autant été frappée par l’indicible horreur que dans 1917.
    Les effets miroir, même si je les avais remarqués, n’ont pas eu pour moi la même symbolique que pour vous, mais je reconnais votre logique, et cela me brise le coeur de comprendre qu’en effet, Schofield ne pourra de toute façon pas s’en tirer. La fièvre provoquée par deux blessures non-négligeables; l’épuisement ou l’imminence d’une autre bataille auront sans doute raison de lui. Et dans le cas miraculeux où il s’en sortirait, il restera brisé à jamais. (Autre preuve de la qualité de jeu de MacKay qui parvient en peu de mots à faire comprendre que son personnage sombre passé le point de non-retour.)
    Je suis presque déçue que vous n’ayez pas mentionné la « reprise » du tic-tac musical symbolisant la course et l’urgence de la mission de Scho dans la tranchée « finale ». Grande fan de Hans Zimmer devant l’Éternel, je n’ai pu qu’y voir une reprise du ‘truc’ de Dunkirk, un tic-tac oppressant qui sied terriblement bien à l’ambiance d’un film ayant ce thème-là.
    Bref, 1917 ne m’a pas laissée indifférente et restera, selon moi, le meilleur long-métrage mettant en scène la Première Guerre Mondiale. Schindler’s List restant la ‘figure de proue’ horrifiante de la Seconde.

    1. Le tic tac, vous faites bien d’en parler parce que je l’avais noté sur le coup et totalement oublié !!!! Merci pour cet ajout 🙂

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