The Witcher : Four marks

Série pleine de promesse la veille encore, « The Witcher » dès son deuxième épisode me met des doutes en forme de Ron Burgundy après un street fight contre des présentateurs télé mexicains.

Cette semaine, nos trois timelines étaient une fois de plus reliées entre elles d’une certaine manière, par les thèmes sous-jacents explorés mais aussi par le lore. Ce qui va me donner l’occasion de lorer, c’est plutôt cool, sachant que dans vos retours sur l’épisode un, il y avait une vraie et très récurrente demande d’éclaircissements sur cet univers qui clairement, est du genre totalement opaque quand on arrive de l’extérieur.

Je vous propose de commencer immédiatement par un truc du genre important ++, un truc que du genre on aime bien, un truc qui nous fait des frissons dans le dos…

LA CARTOGRAPHIE

Le site « Atlas of Ice and Fire” a publié il y a quelques mois un très bon article sur le sujet, synthèse de tous les éléments à notre disposition pour comprendre l’évolution de la cartographie de l’univers du sorceleur. C’est sur cet article que je vais me baser ici, parce que hein, pourquoi refaire ce qui a déjà été très bien fait.

Je précise que la cartographie de « The Witcher » c’est pas de la tarte car contrairement à un Tolkien ou à un Martin qui ont tout deux très vite travaillé avec et publié des cartes de leurs univers, Andrzej Sapkowski n’a pas jugé bon d’en réaliser une, ni même d’en déléguer la production à quelqu’un.

C’est donc un traducteur tchèque qui alors qu’il bossait sur la version prago-compatible de « The Witcher » a décidé de se lancer dans la composition d’une carte que Sapkowski n’a lui-même ni supervisée, ni validée, ni invalidée, d’ailleurs.

Ainsi, pendant très longtemps, cette carte a servi de point de référence pour toute l’Europe Centrale et de l’Est, aire d’expansion de la saga à cette époque.

Quand CD Projekt Red développe « The Witcher », la création du jeu exige une cartographie détaillée, ne serait-ce que pour produire une présentation de l’univers aux futurs joueurs. Cette fois, Sapkowski est consulté et ce travail servira de base pour les jeux suivants.

La série Netflix n’a pour l’instant pas édité de produit dérivé ni inclus de carte dans ses supports de communication, ce qui est un VRAI problème compte tenu du choix étonnant et limite contreproductif de ne jamais situer, ne serait-ce que par une incrustation des noms, les lieux om se déroulent les évènements. Je sais que les protagonistes ont tendance, plus souvent qu’à leur tour, à verbaliser leur localisation, mais pour le néophyte, je n’imagine même mais ce que cela peut engendrer comme « WTF, je suis où ? », questionnement d’autant plus gênant quand dans la deuxième question qui vient tout de suite après est « Je suis quand ? »

Pourtant, une carte de la série existe, puisque Lauren Hissrich a en publié un fragment sur Instagram pendant le développement de la saison 1.

Ne vous emballez pas, comme il n’y aura jamais de support physique à cette série, because Netlflix, aucune chance de la retrouver dans un coffret BluRay.

Comme vous avez pu le constater, il y a une véritable cacophonie autour de cartes dans « The Witcher ». L’auteur n’en a jamais créé, CD Projekt Red a repris grossièrement le travail du traducteur pour faire sa propre salade, puis la série a décidé de sortir sa propre version du monde de Geralt.

Ainsi, il n’y a pour l’heure aucune référence claire concernant la géographie employée dans la série. Il y a bien entendu des incontournables, comme le fait de placer Nilfgaard au sud de tous les autres ou presque, mais de grosses inconnues demeurent, jusqu’à la forme du continent lui-même.

En attendant le jour où l’on aura enfin un aperçu plus clair et surtout officiel de quoi le fuck concernant le fichu monde, je vous laisse avec cette carte que je trouve sinon complète et sans erreurs (aucune carte de « The Witcher », d’après ce que j’ai pu vérifier à droite à gauche, je dis donc bien AUCUNE n’est sans erreur), au moins particulièrement claire.

Et si dans le billet précédent, je brâmais à qui voulait l’entendre que « The Witcher » ne devait pas être comparé à GoT, il me faut tout de même accorder à cette dernière un point bonus « bien joué, votre Majesté », en raison de cette idée brillante de carte animée servant de générique à chaque épisode, ce fameux générique qui a sauvé des millions de téléspectateurs des affres dans lesquels ils sont aujourd’hui plongés avec « The Witcher ». J’imagine que l’idée était de ne pas copier « Game of Thrones » pour ne pas souffrir la comparaison, mais je reste dubitative concernant cette absence totale d’indication géographique. Afficher une carte à l’écran, ne serait-ce que pour faire genre l’air de rien, hop, regardez, reine Calanthe, voici où sont les troupes de Nilfgaard, et zou, emballez c’est pesé.

Aller, fin du point cartographique, l’épisode du jour est dense, et c’est déjà le 24 décembre, j’ai pas encore emballé mes cadeaux, damn it, alors pas le temps de niaiser, comme on dit en Témérie.

Vengerberg.

Meet, Yennefer, la fille du porcher. Débuts glorieux d’un personnage dont tu comprends très très vite, étant donner son physique disgracieux et le climat général d’amour et de gentillesse qui règne autour de lui, qu’il a été forgé à coup de tartes dans la gueule, de rejet et de mépris.

Meet Yennefer, donc, celle à qui on ne la fait pas, pour entrer de plain-pied dans une aire de bottages de culs verbaux et incantatoires.

Dès le début de son arc dans cet épisode, Yennefer est dépeinte comme un monstre. Elle est cet observateur, invisible, tapi dans l’ombre de la grange dont on suit le regard qui observe les deux amoureux et surgit dans leur dos, toute bosse dehors.

Avec Yennefer, plus qu’avec Geralt ou Renfri dans l’épisode précédent, on touche à quelque chose que cet épisode va traiter abondamment, à savoir la complexité des regards. Thème largement exploré dans les romans comme dans les jeux, déjà abordé dans le premier épisode, il explose dans celui-ci et sert de fil rouge à toute cette saison.

Considérons donc l’idée dépeinte ici visuellement par le réalisateur Alik Sakharov, à savoir la perception de la monstruosité. Yennefer subit d’entrée de jeu un jugement péremptoire, et la mise en scène force notre regard à épouser le point de vue des deux tourtereaux, qui l’assimilent à un danger. Un danger maîtrisable, ceci dit, dont on se permet de disposer pour le fun, parce que Yennefer, pour son malheur, est juste une fille avec une bosse et la tronche en biais. Elle n’a pas de griffes, pas de crocs, pas de force surhumaine. Elle est simplement humaine, difforme et isolée par cette dernière caractéristique. Elle est dans la pire des positions qu’il soit. Elle est ce que tout les autres ont peur de devenir et elle est atteignable, vulnérable et faible. Ainsi, on peut déchainer sur elle de véritables rites propitiatoires collectifs, des agressions qui la visent moins elle-même, Yennefer, que ce qu’elle représente : le handicap, la laideur, l’isolement social, la marginalité.

Contrairement à un Geralt capable de mettre des pains ou à une Renfri dont l’altérité est intérieure et largement, pour ne pas dire essentiellement, fictionnelle, et qui a développé un talent certain pour survivre, Yennefer est sans défenses dans cette grange, ou presque.

Petit point rapide sur « les gens c’est vraiment de la merde », avec notre petit couple en apparence choupignon mais ça dure deux secondes à tout péter : regardez comment ces abrutis se comportent. Monsieur offre une fleur à Madame qui rejette le présent parce que les marguerites, c’est trop, éclatax, comme dirait un de mes élèves. Décidément, « The Witcher » se fait constamment un malin plaisir à brosser un portrait détestable de notre espèce, oscillant perpétuellement entre médiocrité et méchanceté gratuite. Le gage d’amour, sans doute tout ce que ce type pouvait offrir à l’instant T se retrouve ainsi par terre, pour être ramassé par Yennefer, laquelle ne trouve pas les marguerites trop nazes. Yennefer, dans sa vie sans amour ni affection, dans son quotidien de monstre, reconnait l’intention derrière le présent qu’elle tente de restituer à sa propriétaire.

Peine perdue, douce Yen, tu as sous les yeux deux parfaits spécimens de la race humaine qui te cloueront au pilori dès qu’ils pourront en saisir l’occasion, ton supplice leur permettant de détourner momentanément le regard de leur propre monstruosité.

C’est donc pour échapper à ce que l’on devine être un énième acte de maltraitance que Yennefer accomplit un acte magique spontané, à savoir se téléporte le plus loin possible. Pourquoi Thanedd ? Je serais bien en peine d’expliquer ce point de chute. Sans doute faut-il y voir l’appel du destin, ou le simple réflexe d’un acte magique se dirigeant vers l’endroit où se concentre le plus de ce type de pouvoir, ou un réflexe lié à son sang elfe la conduisant dans un ancien haut lieu de ses ancêtres…

J’en sais foutre rien…

Toujours est-il que dans son désir de fuir ses bourreaux, elle se retrouve dans l’unique endroit où réside la clé de son émancipation. Et Istredd, médusé de voir apparaitre la petite Yennefer là comme ça, dans son labo privé qu’on dirait une vieille Batcave pas encore aménagée.

De retour à Vengerberg, Yennefer n’a pas à attendre très longtemps pour voir pop Tissaia de Vries en personne sur le pas de sa porte. Notez la délicatesse de la magicienne qui arrive en calèche et pas en invoquant un putain de portail des enfers devant la demeure du porcher. Personnellement, c’est cette dernière option que j’aurais choisi. J’aurais même pas eu à payer pour Yennefer, son paternel me l’aurait refilée pour que je reprenne mon trou de ver du Néant Profond dans l’autre sens aussi vite que possible.

Enfin, j’imagine que Tissaia veut préserver l’image de marque de son lycée professionnel et éviter de froisser les parents d’élèves en déboulant toutes voiles dehors sur leur perron.

L’épisode s’intitule « Four Marks », soit le prix que auquel son père vend Yennefer à Tissaia. Mettez un post-it là-dessus, car plus tard, dans l’épisode, nous assisterons à une négociation similaire entre Geralt et un PNJ pour le contrat de Posada. Ce marchandage renvoie une fois encore à classer Yennefer parmi les monstres. Comme Torque, le diable auquel Geralt va se frotter, elle ne reçoit pas l’honneur d’être désignée par son véritable nom. Comme Torque, sa tête est mise à prix sans qu’elle ne puisse rien y faire et l’on argue même sur le coût de sa vie en négociant les tarifs.

Dommage que le personnage de Torque n’ait pas été davantage développé dans cet épisode afin de renforcer le parallèle.

Au cœur de l’histoire de Yennefer, il y a clairement la notion du choix et du libre arbitre. Et dans ses jeunes années, le moins que l’on puisse dire, est qu’elle en a été dépourvue. Née difforme, ce qu’elle n’a pas choisi, elle a été soumise à la vindicte de son père, n’a pas eue voix au chapitre quand elle a été vendue et malgré sa détermination à ne pas suivre Tissaia, la voilà emmenée de force sur Thanedd.

Aretuza.

Arrivée à Aretuza, l’Ecole de sorcellerie pour jeunes filles un peu perchées, Yennefer tente aussitôt de s’évader, sans doute d’une manière qui lui a déjà traversé l’esprit plus d’une fois.

Sa tentative de suicide fait ainsi sens, unique échappatoire qu’elle puisse concevoir à une vie dont elle n’a été que spectatrice impuissante.

La première phrase de Tissaia au réveil de Yennefer est particulièrement forte, au-delà d’être de prime abord blessante pour la jeune femme : « Do you know how many people wouldn’t blink if you died ? »

Yen ne peut comprendre cette pique que comme une preuve supplémentaire de son insignifiance. Quatre marks, c’était si peu cher payer.

Mais en réalité, c’est autre chose que suggère Tissaia, et dans cette première phrase, il y a déjà ce qu’elle veut pour Yennefer comme pour toutes les autres. Il y a la demande, froide et impérieuse, de réaliser son potentiel. Yennefer, comme toutes les autres à Aretuza, n’était rien ou pas grand-chose que yeux du reste du monde. Un monde qui n’en aurait rien à faire de la voir disparaitre. Ce que Tissaia entend en taclant son élève avec violence dès le réveil, ce n’est pas qu’elle ne vaut rien. C’est tout le contraire. Mais qu’elle a tout d’abord à réaliser son potentiel. Yennefer n’a jamais été rien. Elle ne le sait juste pas encore (et il y a bien une citation qui me traverse, là, pouf, juste en passant, l’esprit : « I have never been nothing…« )

En attendant de devenir une sorcière huitième dan ceinture rouge et blanche, Yennefer a une gueule de bois pas possible et un saut du lit, comment dire…

«-Putain je suis où ?? 

A Poudlard, pardi.

Et vous êtes qui ?

Le professeur Mc Gonagall.

Sérieux ?

Sérieux. Maintenant prends ton chaudron et file en cours de botanique. AU TROT ! »

Avant de rejoindre la serre de madame Chourave, je dois tout de même poser ici un fait : non, l’évolution du personnage de Yennefer n’est pas super bien gérée dans la série. Le hic en huit épisodes, suivant 3 personnages principaux sur trois temporalités différentes, c’est que tu n’as pas le temps de placer certains jalons ou d’accorder du temps de maturation à certains concepts. On y reviendra plus tard, mais autant je trouve que dans l’ensemble notre Yennefer s’en sort plutôt bien de cette adaptation, autant, je suis assez réserver sur la construction de son personnage sur le temps long. Heureusement qu’Anya Chalotra fait un bon travail dans l’ensemble. Pas délirant non plus, mais le boulot est fait, et il faut regarder sa prestation avec une certaine indulgence : elle n’a pas une énorme expérience, elle est encore jeune, était sans doute étrangère à l’univers de Sapkowski quand elle a décroché ce travail (contrairement à Henry Cavill qui a de plus l’avantage double d’être un geek, aka le mec quand il s’intéresse à un truc, il y va à fond) et pour son malheur, on lui fait jouer un rôle assez complexe, qui nécessite des capacités de jeu assez fines qu’elle n’a pas encore tout à fait. De plus, elle a à charge de jouer un personnage âgé de plus d’un siècle vers la fin de la saison, une tâche peu aisée dont elle se sort du mieux qu’elle peut. Si on met tout cela bout à bout, on peut considérer qu’elle s’en sort plutôt bien et nous propose une Yennefer de bonne facture. Je rappelle pour mémoire qu’Emilia Clarke a mis huit saisons à tout défoncer dans le rôle de Daenerys et sincèrement, je ne regrette pas une minute de ses errements ayant précédé cet ultime chapitre tant elle a délivré une performance puissante sur les derniers heures de la reine dragon.

Je suis donc prête à attendre qu’Anya Chalotra fasse ses armes et grandisse avec Yennefer. Elle a en tout cas droit à notre indulgence, d’autant plus que son travail est plus qu’honorable.

Yennefer rejoint donc sa place de première année de Bac Pro sorcellerie, où Tissaia de Vries entame son discours de début d’année :

«-Le plus dur, c’est la recherche de stage. Si vous pensez que les entreprises elles prennent des magiciennes comme ça, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate ! Bien, c’est notre premier cours alors on va…

… Regarder un film !

On va travailler ! Vous êtes un Bac Pro sorcellerie, vous vous êtes crue où jeune fille ? Ici on est là pour bosser, alors taisez-vous et écoutez sinon je vous expulse de ma classe avec un avertissement ! Bien, pour les deux du fond qui suivent : qu’est-ce-que le chaos ?

Une échelle !

FAUX ! Ces références sont interdites !

Tout le monde en fait…

Prenez vos affaires et allez tout de suite en salle de permanence. Vous aurez 6 heures de colle samedi. »

Durant la partie théorique de son cours, Tissaia nous permet de comprendre comment Yennefer a fait pour atteindre l’île de Thanedd avec son portail spontané : la magie crée des remous dans le chaos qui nous entoure. Donc les actes magiques spontanés et incontrôlés créent de gros remous que Tissaia peut ressentir et qui lui permettent de retrouver ses futures apprenties. Il est donc plus que probable que Yennefer se soit projetée sur Thanedd pour les mêmes raisons. Instinctivement, elle a suivi le cours de la magie en se dirigeant droit vers un lieu qui bourdonne d’énergie. Et où reposent aussi les cadavres de ses ancêtres…

Comme tout début d’année qui se respecte, il faut faire un tour de table de la nouvelle classe :

«-Alors moi c’est Anica, j’ai 17 ans, et j’ai sauvé un enfant de la noyade.

Bonjour Anica.

Moi c’est Fringilla, je fais rager les rageux et j’ai congelé un chat.

Tu fais aussi rager PETA du coup ?

Moi c’est Sabrina et mon pouvoir c’est de rendre les gens gros, comme dans « Harry Potter et le Prisonnier d’Azkhaban »

C’est pas une référence interdite ça aussi ? »

En même temps, c’est pas moi qui la fait, regarder un peu les fringues de Tissaia !

C’est moi qui cherche ou bien ?

Oh, d’ailleurs, j’en profite pour une petite remarque : est-ce-que ceci est un Point Chiffon ? Non.

Par contre, est-ce-que je vais me plaindre du fait que Tissaia a l’air d’être habillée comme au XIXe siècle ? Oui.

Il y aura un Point Chiffon sur les magiciennes, promis. Juste, pas maintenant. Pas encore. Mais gardez votre attention sur ce que je viens de pointer : Tissaia s’habille comme si elle jouait dans « Crimson Peak ».

Revenons au tour de table car un détail, ou plutôt une omission, est ici lourd de sens. Tissaia ne mentionne à aucun moment l’aptitude de Yennefer à conjurer des portails comme elle respire. C’est étonnant parce que Istredd, quand il la rencontre, semble subjugué par cette capacité. Tissaia omet donc de citer l’exploit sans doute le plus spectaculaire ayant valu une admission à Aretuza cette année-là.

C’est pendant ce tour de table que je remarque d’ailleurs un truc. Et vous savez quoi ? Ce que j’ai dit à propos de « non pas maintenant, pas tout de suite, on attend encore un peu… » ? Oubliez, c’est de la merde.

Mais je vous préviens, ça va être express. Donc Tissaia est là, en train de parader dans une robe que je ne peux même pas qualifier d’anachronique parce que ça n’aurait aucun sens les gars, on est dans l’univers de « The Witcher », alors qu’est ce qui est « canon » en matière de mode, je n’en sais fichtre rien. Tout ce que je sais c’est que ce costume est ultra décalé ET qu’il est totalement assorti aux uniformes des aspirantes et ça, c’est de la matière à Point Chiffon.

Alors, mes petits chiffonniers qu’est-ce-que l’on déduit de cette concordance trooooouuuuublante de couleur (en vrai, c’est pas troublant, mais l’ajout de cet adjectif donnait un côté très dramatique à quelque chose qui ne l’est absolument pas. Et je suis, au fond de mon cœur, une drama queen) ?

Plein de choses.

Cette unité de couleur lie Tissaia à ses élèves. Toutes ces femmes ont des aptitudes. Mais les apprenties, dans leurs chasubles vertes, ne sont que des versions mal dégrossies, sans forme, comparée à la puissante rectrice, qui porte la même couleur qu’elle mais dans une robe structurée, au patron complexe, étroitement corsetée. La robe de Tissaia exprime le contrôle, la maîtrise qu’elle a acquises au fil de sa vie, contrairement aux jeunes femmes qui l’entourent, perdues dans leurs robes informes et trop larges. Les vêtements symbolisent ici deux états différents mais complémentaires :

-le statut de maître et d’élèves.

-la capacité à maîtriser le chaos.

Se lier par la couleur, au-delà d’indiquer la proximité de ces femmes entre elles par leurs affinités avec le chaos, les lie aussi sur le plan émotionnel. Tissaia est à ce moment-là en train de débuter une formation qui conduira certaines à la mort, d’autres à devenir des anguilles nourrissant les énergies du moulin. Si elle est froide et distante, on sent dans son discours une certaine forme d’attention à l’endroit de ses élèves. Elle sait qu’elle en perdra en cours de route, mais n’a dans le fond pas vraiment envie d’en perdre.

Voilà, c’était

Reprenons maintenant le cours de notre leçon où Tissaia met en œuvre une pédagogie différenciée afin de faire émerger la réussite des apprenantes tout en veillant à être dans la moyenne des résultats académiques.

Nan je déconne, sa méthode d’enseignant reviendrait, pour un prof de plomberie, à jeter des chalumeaux allumés à la gueule de ses élèves lors du premier cours de façonnage du cuivre.

Du coup, Fringilla se brûle, ce qui est lolant dans le fond parce que Fringilla est elle du genre à ne pas avoir froid aux yeux. Un charmant trait de caractère que l’on découvrira plus tard dans la saison mais qui pour l’instant lui vaut surtout un séjour à l’infirmerie de Mme Pomfresh.

Quant à Yennefer, elle semble avoir encore du boulot avant de faire émerger sa réussite, aussi se tire-t-elle du cours avant la sonnerie (VERBOTTEN §§§) pour aller faire un tour dans les souterrains de Thanedd où elle retrouve Istredd, toujours en train de zoner dans sa cave pleine de crânes. Sérieusement, il fait quoi dans ce décor vide à part avec l’air trop sombre et mystérieux ?

Pas le temps de savoir ce que fiche le mage archéologue dont la place est clairement plus dans un musée que dans une cave, et filons tout de suite au cour d’occlumancie.

Cette semaine, les apprenties apprennent à lire dans les pensées des autres.

Et visiblement, Yennefer a des soucis à se faire pour le passage en deuxième année. Le soulevage de pierre a été compliqué, elle ne sait rien faire en hydromancie et clairement, là, Tissaia lui dit que bon, dans le tableau de maîtrise des compétences, elle n’a clairement même pas atteint le « en cours d’acquisition » dans la plupart des matières. Peut-être qu’elle aurait du faire un CAP, au lieu d’un Bac Pro ?

Soucieuse d’apprendre dans la bienveillance, Tissaia solde ce bilan désastreux de compétence en disant à Yennefer que de toute façon, personne ne l’aimera jamais. Bouh. Alors ça, c’était gratuit. Juste parce qu’elle a menti alors qu’elle était en situation d’échec ? Vraiment ?

Terrifiée par Tissaia, Yennefer est bien plus à son aise aux côtés d’Istredd qu’elle retrouve donc régulièrement après les cours pour se plaindre que la vie c’est pas facile. On comprend sa frustration, la pauvre. Il faut dire que sa vie est une succession de difficultés qui lui sont imposées et qu’elle ne parvient pas à surmonter. Elle est née difforme et ne pouvait rien y faire qu’en souffrir et subir les quolibets, la voilà désormais à l’Ecole des Sorcières et elle ne peut rien faire non plus que végéter à un niveau qu’on ne saurait qualifier de satisfaisant.

En confiance avec Istredd, le seul qui l’écoute et l’apprécie, Yen parvient cependant à lire ses pensées.

Dans sa vie, Yennefer a eu très peu de témoignages d’affection. Ce que Istredd lui offre ici est plus qu’elle n’a jamais reçu. Il ne la rejette ni pour à quoi elle ressemble, ni pour qui elle est. Mieux, il lui offre une marque de considération en lui permettant de toucher à des souvenirs qu’il a sélectionnés pour elle.

Mais comme on a jamais le temps de s’émotionner par ici, filons à la troisième épreuve, l’épreuve dite de Palpatine, qui l’aurait inventée a long time ago in a galaxy far, far away. Le test consiste en toute simplicité à capturer un éclair dans une bouteille et ainsi montrer sa maîtrise du chaos. Forcément, qui roxx du poney dans les entraille de Tor Lara ? Sabrina Spellman, l’apprentie sorcière. Anica se foire un peu, laissant sa bouteille lui exploser au visage. Yennefer, elle, échoue assez lamentablement, se fâche devant le succès foudroyant de Sabrina et tente un cross over assez stylé sur le refrain de « si je peux pas faire sorcière, je deviendrai une Sith », et force est de constater sur le Côté Obscur lui sied plutôt bien. Tissaia est genre impressionnée mais elle ne le montre pas. Yen a tout de même absorbé la puissance du chaos pour la restituer de façon tout aussi chaotique, certes, mais dans un déchainement de puissance pour le moins effrayant.

Comme l’explique Tissaia, Yennefer est pour l’heure incapable de faire de la magie, de contrôler le chaos, si l’acte n’est pas dirigé par un puissant flot d’émotion. Faire léviter une pierre dans une salle de classe, lire dans les pensées d’une camarades sagement assise, tout cela ne convient pas à la manière dont Yennefer utilise son pouvoir, certes immense, mais déclenché par les émotions violentes. Elle n’est en effet capable de conjurer des portails qu’en proie à la peur, la frustration, capable de lire dans les pensées d’Istredd uniquement parce qu’elle ressent quelque chose pour lui…

Bon, on a tous bien flippé, alors il est temps de retrouver Istredd dans sa cave, au milieu de ses ossements avec son bouquin à brasser de l’air. Yennefer arrive en mode panique, prétendant que Tissaia va la virer, qu’elle sait tout, blabla et poussant un peu la conversation vers cette histoire de portail. Hmmm. Pauvre Istredd, le voilà qui lui file la fleur et la formule pour conjurer des portails, non sans avoir donné un petit cours d’histoire à Yen sur les elfes. Petit cours d’histoire bien rapide, si vous voulez mon avis et je sens certains ici un peu perdus.

Donc, c’est cadeau.

En évoquant le sort des elfes ou Aén Seidhe, Istredd fait allusion à la Conjonction des Sphères. Évènement assez récent, puisqu’il n’a que 1500 ans et quelques quand débute notre histoire, il s’agit de la collision entre plusieurs mondes différents au sein du multivers. Suite à cette collision, les mondes entrés brièvement en contact se sont par la suite à nouveau éloignés, mais le choc n’a pas été sans conséquence. Plusieurs ayant fusionné, dans celui où se passe l’histoire de « The Witcher », les perturbations ont été intenses.

Le monde d’origine était peuplé et dominé par les elfes qui se sont retrouvés soudain avec des monstres venus d’un autre monde, et surtout, une race d’humanoïdes toute nouvelle, venue encore d’un autre monde, les humains. Ces derniers se sont très rapidement adaptés à leur nouvelle vie, apprenant à maîtriser la magie, énergie chaotique que manipulaient instinctivement les elfes.

Les humains avaient tout intérêt à s’installer dans ce nouveau monde, puisqu’ils avaient réussi à détruire le leur. Et la greffe prit rapidement, tant parce qu’ils parvenaient à maîtriser la magie que parce que les elfes leur accordèrent une attention toute particulière. Au départ, les deux espèces cohabitent plutôt bien et se mêlent. Cependant, les unions mixtes entre elfes et humains révélèrent un pouvoir caché chez les elfes. Ces derniers, immortels, ne pouvaient en effet engendrer que dans leurs premières décennies de vie et ce tous les 10 ou 15 ans. Or, avec les humains, les femmes elfes développèrent une capacité à engendrer à un rythme bien plus soutenu, ce que les humains perçurent aussitôt comme une menace quand les elfes y virent un avantage.

Il ne fallut pas longtemps pour que les deux races commencent à se mettre sur la tête pour la domination du monde et se furent les elfes qui perdirent la guerre, dépassés par le nombre toujours croissant des humains et leur capacité de maîtrise de la magie. Rejetés dans les forêts et les montagnes, réduits au rang de sous espèce, esclave ou autre par les humains, ils vivotent encore dans certaines zones et se sont parfois constitués en bandes de hors la loi.

La Scoia’tael (« écureuil ») est une sorte d’ONG luttant pour les droits des non-humains. Elle agrège un noyau dur d’elfes mais aussi de nains et de gnomes. Les trois races anciennes, particulièrement réprimées et mal vues dans les royaumes du Nord, ont donc trouvé un allié de poids en l’empire de Nilfgaard qui se sert de la Scoia’tael pour déstabiliser ses adversaires grâce à leurs opérations de guerilla.

Autre conséquence de la Conjonction des Sphères, l’apparition des sorceleurs, rendus nécessaire pour lutter contre les monstres importés des autres mondes. Mais ça, Jamy, on en parlera une autre fois…

Apprendre que Yennefer est un quart elfe m’a moins surprise (parce que je le savais en fait, du coup, ben…) que le fait d’apprendre que la Grande Epuration avait eu lieu très peu de temps avant sa timeline, mais genre là, puisque son père y est mort. Bizarrement, je voyais l’évènement bien plus tôt que ça.

Peu importe, Yennefer peut repartir avec son butin, la petite fleur, et un baiser, ce qui ne gâche rien.

Et pour la première fois depuis son arrivée à Aretuza, Yennefer réussit dont un exercice imposé par Tissaia. Ceci dit, cette dernière sait que Yennefer n’est pas encore prête pour la suite et l’ascension, qui en réalité, n’est pas semble-t-il le truc trop super qu’on s’imagine, mais plutôt un genre de purgatoire pour élèves médiocres que l’on change en anguille afin d’alimenter le moulin en énergies.

Or Yennefer n’est pas médiocre, juste incapable de maîtriser le flot qui la traverse, trop submergée par ses émotions qu’elle doit apprendre à maîtriser sans quoi le pouvoir qui lui a été donné sera sans contrôle aucun.

Au même moment, sur un autre bout de Thanedd, à Ban Ard pour être précise, soit l’école des garçons, Istredd se fait débriefer par, GUESS WHO, Stregobor en personne, notre gars sûr de Blaviken. Lequel a semble-t-il lui aussi utilisé son protégé pour espionner les magiciennes d’Aretuza. Tu parles que face à une fermière bossue coiffée comme Mireille Matthieu qui déboule de nulle part en faisant des portails de malade que même Docteur Strange il sait pas les conjurer, le garçon il a fait un voyage aller simple dans le bureau de son patron pour lui annoncer sa découverte et qu’il lui a été demandé de garder un œil sur le prodige dès son arrivée sur Thanedd.

Aaaaah, les écoles de sorcellerie… Que voulez-vous, power is power, comme disait une certaine dame, dans une certaine série…

Istredd ayant révélé les origines elfiques de Yennefer, cette dernière attend patiemment dans sa chambre que Tissaia frappe à sa porte pour l’emmener vers son initiation. Anica, Doralis et Germaine sont choisies pour gagner le moulin, que Yennefer rejoint en ouvrant un portail, because c’est un peu la classe tout de même et que maintenant qu’elle peut en conjurer comme elle veut, pourquoi s’en priver je te ferais dire ?

Sur place, Yen assiste à la transformation de ses camarades en anguilles jaunes, destinées à rejoindre le bassin où elles alimenteront Thanedd en… électricité magique, disons cela. C’est le sort réservé aux étudiantes les moins prometteuses. Inaptes à la grandeur, elles ne peuvent être placées dans les cours royales, mais leur pouvoir, aussi limité soit-il, peut encore servir Aretuza.

Yennefer, elle, peut encore progresser aux yeux de Tissaia, ce qui lui épargne le sort tragique des trois apprenties magiciennes qu’elle va pousser dans l’eau sans aucun remords.

On pourrait s’étonner de la facilité avec laquelle Yennefer accepte le sort de ses camarades, mais le fait est que Yen n’est pas une douce et gentille fille. Encore incapable de contrôler ces émotions qui la dominent, elle commence surtout à saisir les opportunités qui se présentent à elle. Son petit coup d’éclat dans Tor Lara lui a donné un aperçu de ce que c’était que de manipuler le chaos sous sa forme la plus brute et à partir de ce point, Yennefer en voudra plus, toujours plus. Si pour cela il lui faut accepter le sacrifice de quelques unes de ses comparses, ainsi soit-il.

Comme le disait Jaskier, ce n’est pas le respect qui écrit l’histoire. Ce sera Yennefer de Vengerberg.

Au début de cet épisode, Yen ramassait une marguerite, symbole d’un amour que le monde lui refusait. Plus tard, elle échouait à faire mourir cette même fleur, prix de sa capacité à faire léviter une pierre. Dans ce film, Tissaia boucle la boucle, lui rappelant que parfois, ce qu’une fleur a de mieux à nous offrir, c’est sa mort. Yennefer tue ici la naïve et fragile jeune fille qu’elle était, embrassant cette mort comme clé de sa renaissance à venir.

Cintra.

Et nous revoici dans la timeline de Ciri, où cette dernière erre dans les bois de Cintra, toujours pourchassée par l’armée de Nilfgaard.

Ayant terminé de visionner la série, je décide de craquer le nom du chevalier la poursuivant vu que bon, ça n’a finalement aucune espèce d’importance. Il s’agit donc de Cahir Mawr Dyffryn aep Ceallach, à vos souhaits donc ça sera Cahir, pour les intimes. Même Fringilla Vigo ne se risque pas à lui énoncer toute la titulature, c’est dire si le nilfgaardien est une langue rugueuse.

Dans cet épisode, il est intéressant de noter que la réalisation insiste assez lourdement sur la différence entre les trois lignes temporelles, en jouant avec les contrastes saisonniers. L’histoire de Yennefer débute à l’automne, puis se déroule dans un lieu hors du temps. Celle de Geralt est entre le printemps et l’été, tandis que Ciri fuit au cœur de l’hiver.

Ciri qui nous fait une Alayne Stone en décidant de se foncer les cheveux avec de la boue, une plus ou moins riche idée, mais toujours plus intelligente que de manger des baies inconnues dans une forêt. Sans l’intervention providentielle de Providentiel Bonnet, on va rester là-dessus pour le moment, la princesse aurait connu une fin assez peu glorieuse très inspirée de la fin de « Into the Wild ».

Providentiel Bonnet fait genre le gars mystérieux dont les surprenants skills de survie en forêt ne semblent pas trop émouvoir Ciri. A sa décharge, elle a passé sa vie surprotégée dans un palais. Difficile pour elle d’additionner les indices et de deviner à qui elle peut bien avoir à faire. Geralt aurait grillé l’elfitude de son compagnon en 15 secondes et avec une réplique du style « seuls les elfes font rôtir leur viande en tournant la broche dans un sens anti-horaire ».

En attendant, Ciri trompe sa solitude exactement à la manière d’un Geralt, en soliloquant avec son muet compagnon. J’aime bien ce parallèle entre les deux, qui se renforcera d’ailleurs plus tard dans la série, parce qu’il met en lumière non seulement la détresse de Ciri mais aussi la solitude de Geralt, sur laquelle on aura largement l’occasion de revenir. Une solitude qui est dans cette saison 1 un vrai thème en soi, pour les trois personnages principaux.

Esprit tordu, je te maudis, mais quand Ciri dit « l’homme qui me poursuit a un oiseau sur la tête », évidemment, j’ai tout de suite pensé à tout autre chose qu’au casque ailé de Cahir.

Merci de ne pas juger…

Au camp cintran, Ciri se fait immédiatement repérer par un garçon à cause de son manteau de gosse de riche. A moins que ça ne soit à cause de son comportement de gosse de riche qui sait pas faire la queue.

Ciri semble noter alors un truc que personne ne voit à l’écran, donc merci de faire genre « oh mais keskecédidonc ? » pour nous, princesse, qui s’avère être un collier en oreilles d’elfe, du plus bel effet pour un fils d’artisan huppé, si vous voulez mon avis, mais bon, je juge pas, hein.

Entrons ainsi de plain-pied dans la partie « racisme anti-elfe » de cet épisode qui nous ouvre une porte sur deux évènements étroitement liés, la Conjonction des Sphères, dont on a déjà parlé et donc les elfes, dont on a déjà parlé aussi. Le gosse permet de placer le nom de Filavandrel, le roi kitsch des elfes kitsch de Dol Blathanna. Moult à dire à son endroit. Mais réservez-vous, mes bons.

L’idée qu’il avance ici pour la première fois est l’existence d’un conflit entre deux races, celle des humains et des elfes. A Cintra, les tensions ne sont pas anodines, le territoire occupé par les sujets de Calanthe étant à l’origine une terre habitée par les elfes, qui si je ne m’abuse, sont ceux ayant érigé la grande flèche de la cité.

Calanthe a ainsi du repousser durant son règne des tentatives d’implantations et autres insurrections sur les marches de son royaume de la part des elfes.

On sent le garçon d’ailleurs très prompt à accuser les elfes d’être les responsables de l’entrée de l’empire en Cintra, ce qui est sans doute probablement vrai, la Scoia’tael étant alliée de Nilfgaard en réaction aux progroms et autres problèmes de racisme assez lourdement présents dans les royaumes du Nord.

Note « les gens sont vraiment des connards », la mère du garçon n’hésite pas une seconde à blâmer Calanthe pour la déroute militaire et leur infortune de façon générale. Alors qu’objectivement, bon, Calanthe n’a pas forcément démérité dans cette affaire. La versatilité populaire, que voulez-vous… Petit peuple qui marque malgré tout un point, en soulignant là, comme ça, devant Ciri, que si Calanthe était bien gentille à repousser les elfes, affronter Nilfgaard, hein, en attendant, c’est la piétaille qui souffre. Là aussi, procès un peu malhonnête compte tenu du fait que Calanthe n’était pas le genre de reine à laisser les autres se battre à sa place.

Ceci étant dit, la veuve de l’artisan marque tout de même un point en faisant entendre à Ciri ce point de vue qui n’a jamais du jusqu’alors parvenir à ses oreilles.

Mais on cause politique alors qu’on pourrait parler de racisme, franchement ! Car voici venir une deuxième race ancienne, celle des nains ! Choix a été fait de la simplicité pour la série, au lieu de se faire suer avec des histoires d’échelle de plan et d’effets spéciaux, que les nains soient des nains, et puis zou !

Ok. Je ne m’y attendais pas trop, j’avoue.

Personnage muet, Abbott va servir admirablement la question de la tension raciale sous-jacente dans l’épisode d’ici la fin de ce dernier, en offrant un contre-point à la réaction de Filavandrel. En attendant, il présente l’état de servilité et de mépris dans lequel sont rejetées les races non-humaines.

C’est évidemment durant la nuit que Nilfgaard pénètre avec la férocité du chien enragé dans le camp de réfugiés, plongeant chacun dans la panique d’un sauve-qui-peut général, impliquant en l’espèce que Abbott le nain choisisse ce moment précis pour ne plus pouvoir davantage supporter les bassesses et mauvais traitements que lui inflige sa maîtresse. Dans une explosion de rage trop longtemps contenue, Abbott massacre la veuve du tailleur sous les yeux d’une Ciri médusée.

Médusée mais surtout sauvée par une astuce en scenarium permettant à Providentiel Bonnet de la sauver. Ce truc… Nan mais sérieux qui a écrit ce passage du capillotractage des enfers ?

Déjà, Bonnet a peur des humains, plus particulièrement des Cintrans, pour des raisons que l’on peut comprendre, étant donnée son elfitude. Le voir entrer dans le campement est hautement improbable pour cette seule raison. Ensuite, il y a des Nilfgaardiens de partout, dans leurs armures en testiburnes, qui ouvrent des gorges sans discernement. Mais lui, Bonnet, ranafout, il se jette tout de même dans la gueule du loup. Une fois dans le campement, il lui faut encore repérer la tente dans laquelle loge Ciri, ce qui est toujours la partie la moins improbable de tout ce pataquès, sachant qu’il a pu l’observer depuis la lisière de la forêt. Et pour conclure, le gars ouvre un pan de la tente au couteau, en tapant à l’aveuglette dans la toile. A vingt centimètres près, il ouvrait Ciri en deux, mais non, par le pouvoir du scenarium, puissant métal conçu par des alchimistes appelés aussi scénaristes en rade, Providentiel Bonnet tape pile là où il faut, au moment où il faut, pour récupérer Ciri et la sortir de tout ce merdier.

« CAY  LA PROVIDENCE §§§ », clames-tu ? Arrête ton char… C’est de la complaisance scénaristique oui…

Dans leur fuite, et malgré que cela soit une reconstitution assez stylée du massacre de la Saint Barthélémy en plus létal, Ciri trouve le temps de reconnaitre le fils du tailleur, ou plutôt son cadavre, et décide qu’il est judicieux de s’y arrêter deux minutes dès fois que par imposition des mains, elle pourrait le ranimer genre tu t’es crue dans « The Rise of Skywalker » ou bien ?

Sa petite pause lui donner le temps de répérer Cahir et son poulet sur la tête avant que Bonnet vienne la récupérer non mais c’est pas croyable ces bourgeois, on leur sauve la vie et qu’est-ce-qu’ils font pour te remercier ? Ben ils te donner une deuxième occasion de leur sauver la vie.

Dol Blathanna.

Ahem… Alors clairement, c’est à partir de ce segment de l’épisode que j’ai commencé à grincer des dents.

J’annonce direct mais tout sonne faux dans cette partie à Posada. Je n’ai rien contre Jaskier, enfin presque rien, j’y reviendrai plus tard, très vite en fait, ni son interprète, mais mattez moi, pour commencer, cette espèce d’auberge WTF montée en tour branlante qu’on dirait qu’elle est impossible à faire tenir debout.

Nope. Nope, nope, nope. C’est très joli, j’en conviens, mais ça tranche tellement avec tout ce que l’on a pu voir dans la série jusqu’à présent que je suis sortie illico de l’épisode en me demande ce que j’étais, bon sang de bois, en train de regarder.

Honnêtement, ce paysage me faisait un effet miyazakien, ce qui est toujours une bonne chose, sur le papier. Personne ne peut détester Miyazaki, si ? Non.

Mais bon sang, pas là.

Bref, les goûts, les couleurs, toussa.

Passons au fait que le segment de Posada débute juste après la première tranche de celui de Ciri, quand cette dernière court vers les étendards de Cintra. Jaskier commence à chanter alors qu’elle se dirige vers le campement de fortune : « You think you’re safe, without a care ». Cette amorce permet de lier astucieusement les deux timelines, tout en soulignant, avec cette chanson un rien légère, la naiveté de Ciri à ce stade de son histoire.

Mais laissons notre princesse de côté un moment car après le village de Miyazaki capturé dans un plan large au bas duquel trône une majestueuse Ablette…

Meet Jaskier, troubadour de ton cœur.

Meet Jaskier qui meet Geralt, notre sorceleur qui à l’instant où le barde se dirige droit sur lui, est en train de penser très fort à combien il voudrait, là, maintenant, tout de suite, se couler de la cire chaude dans les oreilles. Mais Geralt n’a pas de cire chaude, et Jaskier a confondu son stoïcisme légendaire pour une appréciation mesurée de son art cantatoire.

Et commence une joute oratoire entre homme de peu de mots et homme au verbe gouleyant, et bon sang c’est plaisant. Jaskier qui réclame trois mots pour qualifier sa chanson, et Geralt qui répond après un silence qui veut dire « je te mettrai bien une beigne mais je suis trop distingué pour ça » : « Elles existent pas », Jaskier qui pige rien, rapport au fait que lui, il est dans l’ART tuvoa, alors que Geralt, il te parle de son bestiaire et que non, non, et re non, jamais dans le Buffon j’ai vu des bêtes pareilles.

«-Woooputain cette expertise sur les monstres, le cheveux Targaryen…

On avait dit pas de comparaison avec Game of Thrones…

Tout le monde s’en fout, parce que tu es GERALT DE RIV LE CELEBRE SORCELEUR LE BOUCHER DE BLAVIKEN LE POURFENDEUR DE NOYEURS LE LOUP BLANC ORIGINEL BIG UP A JON SNOW

J’ai dit pas de références à Game of Thrones, damnit !

Regardez, paysans, Geralt est là, Geralt est parmi nous !

Grrooou….

Ah bah sorceleur, les aboiements de votre side kick m’informent de votre présence, genre je suis là depuis 5 heures ce matin dans la même auberge que vous à descendre des canons mais je n’avais pas grillé votre aragornesque présence dans le coin de la salle à faire le mec sombre et mystérieux.

Grreuubbleeu

Ah, donc moi on me refuse les références à GoT mais lui, il peut avec « Le Seigneur des Anneaux » ? 

Grrrrmmmmbblb.

Je me permets d’interrompre cette querelle référentielle en vous proposant, sorceleur, un contrat.

Graou ?

Un contrat, disais-je, avec un monstre à tuer, quelque chose de très sérieux : un DIABLE voleur de blé. Je vous paye 100 pièces de la monnaie locale pour votre peine.

Attends deux secondes, je lance l’interface. »

Est-ce que je suis la seule à m’être demandée si Geralt allait faire monter le taux d’agacement du paysan quand il a proposé 150 au lieu de 100 ? Je ne crois pas. Dénoncez-vous.

Une négociation rondement menée plus tard avec un paysan qui comme de par hasard avec pile un sac de 150 ducats sur lui, dites donc, il est grand temps pour Geralt de rejoindre son destin en forme de son Ablette, précieuse, immortelle et compréhensive compagne de voyage.

Petite précision avant d’aller plus lui, même si j’ai un lectorat massivement pour ne pas dire exclusivement francophone, au sujet du nom de Jaskier.

Si vous avez joué au jeu en français, vous connaissez donc le troubadour sous ce nom. Si en revanche, vous avez joué en anglais, ce qui est mon cas, vous le connaissez alors sous le nom de Dandelion.

Dans les livres, le nom de Jaskier (prononcer « Yaskier » en VO), est bel et bien…. Jaskier, ce qui en polonais signifie Bouton D’or. Un joli nom de fleur qui dans les premières traductions en anglais de l’œuvre de Sapkowski, a valu au barde d’être appelé Buttercup,  soit Bouton d’Or, littéralement. Sauf que, certains auront jugé ce nom trop peu masculin pour le personnage (WTF, ça lui va tellement bien !) ce qui explique la transition vers une autre fleur pour son nom définitif en version anglaise, à savoir Dandelion, le pissenlit.

La série a fait le choix de lui conserver son nom original, idée plus pertinente que la traduction réalisée par le jeu.

Jaskier donc, qui décide de suivre Geralt, sans doute parce que suivre un sorceleur dans ses aventures est un meilleur moyen de tracer son chemin vers la gloire que de rester le cul dans une taverne à chanter les aventures de Roberta, la faiseuse d’anges locale (ce qu’il était précisément en train de faire quand il rencontre Geralt), et que le rejoint dans un panorama de toute beauté.

Je sais, trois paragraphes plus haut j’étais en train de couiner que le décor faisait trop… Ou pas assez, et là, je suis en train d’apprécier en tout sincérité le paysage montagneux parsemé de tours improbables qui s’égrènent dans le lointain…

Allez-y, faites-moi un procès…

Et en attendant de réunir les arguments de notre plaidoirie, contemplez le fail magistral de Jaskier tentant de convaincre que Geralt qu’il doit l’accompagner absolument partout, y compris sous la douche, parce qu’il est trop stylé, trop badass, le tout en enchainant deux bévues assez ultimes. La première est d’évoquer un chagrin d’amour. Ok, Geralt n’était pas amoureux au sens strict de Renfri. Mais il a eu avec elle une connexion profonde. Leur proximité, née d’une expérience partagée et de la conscience réciproque de leurs natures leur aura permit pendant les quelques heures qu’ils auront partagé de se voir, plus clairement que jamais, dans les yeux de l’autre. Alors certes, Geralt n’était pas amoureux, mais Geralt a des regrets. Le regret de ne pas avoir pu la sauver d’elle-même et de Stregobor. Le regret d’avoir perdu l’une des rares personnes en ce monde capable de comprendre sa solitude. Aussi, quand Jaskier évoque un chagrin d’amour, Geralt est-il déjà à deux doigts de lui meuler la façade avec son luth.

Mais c’est quand le barde dépasse les bornes en évoquant le titre mal gagné de Boucher de Blaviken que le sorceleur sort de ses gonds. Non seulement ce sobriquet est-il usurpé, les habitants de la bourgade le lui ayant attribué dans leur ignorance de son rôle réel dans l’altercation, mais le surnom le renvoie directement au souvenir cuisant de son échec multiple : échec à sauver Renfri, échec à respecter sa propre éthique, échec à se faire accepter des autres.

La tragédie personnelle de Geralt est contenue toute entière dans ce nom de Boucher de Blaviken et Jaskier ne peut pas le savoir. Il ne peut savoir non plus que c’est davantage la colère et la frustration qui poussent Geralt à le frapper, plutôt que l’agacement à l’entendre pérorer.

La rate en rideau n’empêche toutefois pas Jaskier de continuer à poursuivre Geralt. Littéralement. Je veux dire, si Geralt allait voir les gendarmes et portait plainte pour harcèlement, le juge interdirait à Jaskier de l’approcher à moins de 10 kilomètres. Ceci dit, Jaskier a bien compris, une fois remis de son évanouissement, pourquoi Geralt lui avait mis un pain. Du moins a-t-il partiellement compris.

Dans le fond, Jaskier n’a pas tort. Le fait est que les sorceleurs n’ont pas bonne presse dans ce monde où pourtant leur présence est encore de temps à autre nécessaire.

Si tu es perdu sur la notion de « c’est quoi un sorceleur », n’ai crainte, je vais prochainement faire un point sur le sujet, avec Jamy. Simplement pas dans ce billet, on a assez eu de digressions comme ça.

En tout cas, Jaskier met le doigt sur un problème majeur. Mutants, rejetés sur les marges, condamnés à faire le sale boulot, les sorceleurs sont vus comme un mal nécessaire que l’on célèbre rarement.

Bon point pour Jaskier, il semble avoir compris que l’attitude de Geralt n’est pas naturelle mais la conséquence de la manière dont les hommes le traitent. Et qu’il y a plus sous la surface qu’il n’en montre. Aussi, restaurer un peu son honneur en chantant ses exploits ne serait pas du luxe pour notre bon Gege.

Le point meta : alors qu’ils arrivent à Dol Blathanna, Jaskier se met à déblatérer une page de livre d’histoire, comme ça, sans raison, alors qu’il connait lui-même la dite histoire et Geralt aussi, vu qu’ils habitent dans ce monde-là. Et puis soudain : « Here I go again, delivering exposition…

Wouaw. Je ne sais que penser de cette remarque meta en diable où Jaskier, personnage de fiction, fissure l’enduit du quatrième mur, se rendant compte qu’il est un personnage de fiction qui balance de l’exposition pour contextualiser.

Une réflexion qui ne manque pas de celle dans une série qui ne contextualise pas du tout en général, genre, Jaskier, y’a des tas de gens qui te regardent là et qui voudraient avoir plus de gens comme toi dans cette série, je te ferais dire.

Du coup, je veux bien le faire à ta place : la Vallée des Fleurs, ou Dol Blathanna en elfique, n’a pas été « donnée par les elfes aux humains » comme Jaskier le prétend, non, elle leur a été prise. Voilà. Comme le reste de leurs terres. La vallée, particulièrement fertile, était forcément très convoitée par les humains pour y pratiquer l’agriculture, un truc que les elfes, comment dire… Ne maîtrisent pas. Comme un peu partout d’où ils ont été rejetés, les elfes se sont réfugiés dans les montagnes et les forêts avoisinant Dol Blathanna où ils peinent à survivre étant données leurs conditions de vie, constamment pourchassés, mais aussi la raréfaction du gibier dans ces zones fortement humanisées. Ainsi la bande de Filavandrel crève-t-elle de faim, ce qui explique les évènements qui vont suivre bientôt.

Alors jusque là, tout va bien. Vous avez noté que je n’ai rien dit ou trop rien encore. Mais c’est à partir de ce moment précis, là, dans ce décor champêtre un diable avec un Geralt sous le soleil batifolant avec un diable que tout s’écroule soudain.

OHMONDIEU il se passe quoi dans mon poste, sérieux, je suis prise dans une boucle temporelle ou bien ??

C’est quoi ce monstre de pacotille ?

Là on entre dans la partie de l’épisode où je me suis mise à avoir de très très gros doutes sur la série. Des doutes que les épisodes suivants ne feront que confirmer. Je veux bien entendre les problèmes de budget, toussa, ce n’est même pas dans le fond la question. Non, le problème réside ailleurs, dans le fait que par moment, la série se complait dans une esthétique très années 90, qui n’est pas sans lui aller, d’ailleurs, mais qui souvent, la tire un peu vers le bas. Ce mélange subtil d’éclairage trop bruts faisant ressortir la pauvreté des costumes ou des décors par endroit, laissant trop clairement apparaitre le studio derrière, des jeux d’acteurs et surtout de figurants approximatifs, des perruques complètement grillées et des prothèses qu’on voit la colle, et je me retrouve instantanément propulsée dans un épisode de Xéna. Attention, J’ADORE Xéna et j’interdis ici toute remarque désobligeante à son endroit. OH. Si toi au fond, je t’ai vu essayer. Même pas en rêve.

Non, ce n’est pas Xéna le problème. Le problème, c’est Geralt. C’est l’ambiance qui été instaurée dans le premier épisode autour de Blaviken ou Cintra, ce mélange entre modernité, fantastique et gothique avec une touche appréciable de réalisme cru qui sied très très mal à la résurgence brutalement de tout un pan artistique né dans le jardin de Sam Raimi dans les années 90.

Le souci dans « The Witcher », c’est qu’il y a toujours un moment où la magie cesse d’opérer et où le charme se rompt.

Un problème qui est lié au manque d’unité dans la direction artistique et qui se ressent à la fois dans ces saveurs kitsch qu’on certaines scènes, mais aussi dans le fossé entre certains segments, comme toute l’esthétique de Thanedd et Aretuza, en opposition…. Et bien en opposition au reste du monde en fait.

S’il y avait une piste majeure d’amélioration pour la saison prochaine, ce serait celle-là. Et les costumes de Yennefer aussi parce que c’est définitivement pas possible. Mais on en reparlera.

La confrontation avec Filavandrel est de ces scènes qui dénotent tellement que tu jurerais un fan film projeté sur Youtube. Je n’ai rien contre les fan films, quelque soit leur budget, d’ailleurs. Juste que là, je regarde une série sur Netflix, produite par une armée de professionnels. Donc quand je vois Toruviel qui déboule avec ses prothèses, sa perruque cheap et son costume qui n’est peut-être pas bien servi par le contexte dans lequel il sonne très « armure orc de LARP faite à l’arrache deux jours avant l’évènement, me regardez pas trop svp », le tout dans un décor vide, ça ne le fait pas.

Et c’est d’autant plus dommage que les interactions entre elle, Geralt et Jaskier fonctionnent bien, et que l’idée de ponctuer ses coups par des notes de luth donne une couleur tragi-comique à ce passage pourtant extrêmement tendu.

Très vite, avec l’arrivée de Filavandrel, la conversation reprend le chemin déjà emprunté du destin des elfes et des version fantasmées par les humains de leur abandon de Dol Blathanna. Le roi n’est roi que par les circonstances, dirigeant un reliquat de réprouvés malades et affamés, aveuglés par leur détresse et prêts à tout pour se venger de ce qu’eux et leurs ancêtres ont subi.

A noter que dans la série, Geralt est bien moins violent dans ses propos que dans les livres où il n’hésite pas à reprocher aux elfes d’être artisans de leur propre disparition, acculant Toruviel et Filavandrel dans les derniers retranchements de leur raisonnement. Ici, le sorceleur se montre plutôt mesuré, invoquant le moindre mal quand le roi parle de les tuer pour ne pas laisser s’ébruiter leur combine avec Torque, le diable de Posada.

Comme dans l’arc de Blaviken, cette semaine, l’adaptation littérale de la nouvelle « Au Bout du Monde », échoue un peu à force de prendre des raccourcis. Alléger une histoire en soi n’a rien de mal quand on change de support, mais le fait est que l’intrigue de Dol Blathanna est ici considérablement rushée. Elle pose certes la question des elfes et leur massacre par les humains après une période de cohabitation, la dépossession de leurs terres et leurs difficultés à s’adapter à l’ordre nouveau, mais le tout est fait de manière si précipitée que je me demande ce que les néophytes en auront retenu, tant nous sont jetés ces éléments au visage, qui plus est au beau milieu d’un épisode rendu très dense par l’intrigue de Yennefer qui ne brille pas toujours non plus par sa clarté.

Pas très clair non plus le bond dans le temps qui nous fait retrouver Geralt et Jaskier, libres comme l’air, avec ce dernier occupé à nous raconter ce qu’il s’est passé pendant l’ellipse. Une ellipse où Filavandrel a donc décidé d’épargner leurs deux vies, de les libérer, où Geralt a filé tout son pognon aux elfes, et les elfes un luth à Jaskier. Pourquoi ? Personne ne le sait, vu qu’ils n’avaient aucune espèce de raison de lui faire un cadeau pareil.

Je me la ramènerais bien avec un «dans la nouvelle gnagnagna… » mais bon, ça serait pour pointer une énième fois l’évidence suivante : la série a tendance, sur ses deux premiers épisodes à très mal adapter les pivots de ses intrigues, les amoindrissant jusqu’à les rendre un brin illogiques ou incompréhensibles.

Mais toujours moins WTF que Jaskier qualifiant son nouvel instrument de sexy, ça, brrrroooooouuuuuhhhhh nonononononnon, ça ne passe guère, Monsieur le troubadour. Le choix des mots et expressions, sérieusement… Ce « sexy » est aussi anachronique ou en tout cas déplacé que si Geralt se mettait à nous dire que la chute de Cintra a été un coup de tonnerre dans le Landerneau des royaumes du Nord.

Cette conclusion brutale à l’intrigue de Dol Blathanna permet tout juste à Jaskier de placer au forceps la notion de renaissance au cœur de l’épisode, qui trace un parallèle entre Yennefer, Geralt et les elfes, condamnés les uns comme les autres à la cruauté des humains mais devant choisir entre s’adapter à leur nouvel environnement ou mourir dans le regret et l’amertume.

Visiblement cette fin d’épisode se fout un peu de traiter le destin des elfes avec le sérieux qu’il mérite. Ce qui est important, là, maintenant tout de suite, c’est de nous caser une chanson !

« Toss a coin to your witcher” m’a clairement fait grincer des dents dans cet épisode. Autant je suis pour, à 100% pour, qu’on nous mette un personnage de barde qui chante des chansons dans une série/film médiéval fantastique, autant qu’on nous ponde un truc aussi moderne me dérange. C’est clairement le gros souci de la direction artistique de la série, ne pas savoir exactement où mettre le curseur entre son envie d’être unique et la création d’un univers cohérent. Ok, l’ère de Geralt est pré-industrielle et lentement mais sûrement, les temps « médiévaux », si je puis m’exprimer ainsi, reculent, laissant place à un monde différent, où s’étend partout la maîtrise des hommes. Ok. Mais cela justifie-t-il vraiment des inclusions aussi contemporaines et par contemporaines j’entends du XXIe siècle de notre univers ?

Partagée je suis…

Et sincèrement, cette chanson m’a fait convulser.

Après, je suis allée me coucher, j’ai dormi.

Moi, le lendemain matin sous la douche…

Voilà, voilà.

Damn you, Jaskier…

Jaskier qui dans son texte choisit, comme promis, de changer l’image du sorceleur aux yeux de son public, en réécrivant l’histoire de leur affrontement avec Torque et Filavandrel. De cette réécriture, ce ne sont ni les elfes, ni le diable qui sortent grandis.

« Respect doesn’t make history » est peut-être la chose la plus sérieuse et la plus tragique que Jaskier aura jamais dit. Dans son récit des évènements, il rejette avec un certain cynisme les elfes et le diable aux marges de l’histoire, les condamnant pour la postérité au rôle de menaces et de dangers, combattus fièrement par le sorceleur sauveur de l’humanité.

C’est donc le prix que doit payer Geralt pour sortir de la marginalité, se définir comme le moindre mal.

La prochaine fois…

En introduisant le troisième personnage principal et sa timeline qu’il faut donc situer quelque part un bon peu moins d’un siècle avant celle de Ciri, « The Witcher » est parvenu à délivrer un épisode un peu inégal, principalement en raison de ses partis pris esthétiques et de son hermétisme proverbial. Et dans le même temps, cet épisode déployait des thèmes de fond de manière extrêmement habile, en tissant un parallèle franc entre Yennefer et les elfes, placés devant le fait de devoir accepter de laisser mourir pour mieux revivre. L’altérité, question au coeur de cette saison 1, était également la pierre angulaire du récit, où chacun des protagonistes tente de trouver sa place dans un monde qui les rejette et où l’intégration passe par la compromission toujours, la soumission parfois. Où pour entrer dans le groupe, il fait se perdre et de mentir, aussi bien aux autres qu’à soi-même. Narrativement, « The Witcher » se pose avec un certain aplomb comme un récit solide, qui sait ce qu’il raconte bien qu’il ait encore quelques progrès à faire notamment sur l’idée de ne pas se précipiter dans certains de ses arcs.

Si la série semble avoir un problème de taille, c’est bien celui de ne pas savoir se dépétrer de l’exposition. Constamment, l’écriture oscille entre trop et trop peu, délivrant parfois des longues plages explicatives qu’il faut attraper au vol, parfois lâchant quelques éléments difficiles à contextualiser car noyés dans le reste de la narration.

Ce manque de maîtrise n’est même pas le plus gros défaut de la série, puisque ce titre, il le détient ex aequo avec le manque cruel d’unité dans la direction artistique et les partis pris parfois très limites.

Attention, je ne reproche pas à la série d’être ce qu’elle est, à savoir une pure série d’heroic fantasy. Le genre impose justement une certaine dose de fantasy et si le public biberonné à la volontairement réaliste « Game of Thrones » pourra venir se plaindre, il faut bien garder à l’esprit qui si je me tue à dire que les deux œuvres ne sont pas comparables dans leur nature, ce n’est pas pour rien.

Or les problèmes artistiques de « The Witcher » ne résident pas pour moi dans le fait que la série joue de façon très décomplexé cette carte de l’univers fantastique qui s’assume, ce qui est à porter à son crédit, mais bien dans le fait que la direction artistique erre encore beaucoup dans cette saison 1. Reste à espérer que cet aspect cheapos et sooooooo ’90 s’estompera avec le temps et les saisons suivantes.

En attendant ce jour béni, je vous propose de nous retrouver prochainement pour l’épisode 3, avec toujours plus de timelines mélangées, toujours plus de monstres et d’intrigues, de trucs bizarres qu’on comprend pas et de résurgences visuelles des séries de votre enfance.

Joie, bonheur, witcher sur vous. Après tout, c’est Noël.

11 commentaires Ajoutez les votres
  1. Merci pour ce billet qui sauve un peu une journée laborieuse sans labeur mais pas que pour cela! Le moment culture florale m’avait complètement échappé, et c’est bien de pouvoir apprendre des choses aujourd’hui. J’avais vu les 2 noms de jaskier mais je ne m’étais pas trop vraiment posé la question du pourquoi du comment, ni de la signification de ses noms.

    Il va déjà falloir que je revois cette épisode, je n’ai toujours qu’un épisode d’avance sur les billets. Pour le moment le côté un peu cheap’N’Kitsh ne m’a pas fait passé un mauvais moment dans la série. Peut être en le regardant une deuxième fois, je suis assez indulgent au premier visionnage.

    je suis assez d’accord avec la confusion qui règne sur la série mais au final, pour moi c’est presque cohérent avec les jeux ou les livres,la carte inexistante. La confusion est une espèce de marque de fabrique du witcher, comme le mauvais goût parfois …

    Je ne me souviens pas comment est introduite l’amitié Jaskier/Geralt mais ça parait assez surprenant qu’il accepte ce fanfaron dans son espace vitale pour l’accompagner à la chasse au « monstre ». On sent assez vite que le personnage lui tape sur le système, mais bon sans doute que la solitude a gagné son cœur.

    J’ai plutôt apprécié de « re »découvrir l’histoire de Yennefer à l’école des sorcières. Je n’ai pas encode d’avis sur le jeu de l’actrice sur la suite mais sur ce que j’ai ici, ça me va plutôt bien.

    Les grosses ficelle scénaristiques me dérangent moins quand elle portent sur un « détail » comme découper un bout de tissu au bon endroit et puis bon avec GOT, on a de la marge là dessus.. je ne fois pas encore trop les forceps pour accoucher d’une situation.

    Post Com:
    hmm petit détail, « Moi, le lendemain matin sous la douche… » après cette phrase, il manque soit la photo de la Dame sous la douche, soit un GIF bien senti non? la deuxième hypothèse me paraissant plus probable

    1. Ah zut, l’image ne passe pas, et ce n’est en effet pas moi sous la douche (parce que j’ai pitié de vos nerfs optiques), je vais tenter de réparer ça !

      Sur la confusion de la série, le souci c’est que ça peut laisser des gens à l’écart. C’est d’autant plus important pour une série de fantasy d’être relativement claire parce que le genre est assez clivant. Pour un public pas forcément très attiré par le genre, cela peut être un motif d’abandon précoce, malheureusement…

  2. Noyeux joel avec du retards du coup , la chanson de Jaskier reste dans la tête c’est énervant. Faudrait que je regarde la suite j’en suis au 6 et….Y a toujours ce ptit problême de cheap et de dimension temporel c’est dommage. J’accroche toujours. Surtout que pour ce genre de séries la saison 1 est toujours un peu laborieuse ( coucou Viking ) . C’est juste un peu chiant ces méandres temporel.
    Pour l’instant mon seul gros regret sans trop de spoil c’est Triss qui m’a foi est aussi charismatique qu’une chaise PC centrakor en solde.

    ……Non arrêtez c’est pas du racisme j’ai de très bons amis Parisiens.

    1. On a encore trop peu vu Triss pour que je me fasse un avis. Pour le moment, Anna Shaffer me semble coller à l’image que Triss projette d’elle et j’ai hâte d’en voir plus, dès la saison prochaine, soit en …. NOOOOOOOOOON !!! 2021 !!!

  3. Quote: qu’est-ce-que le chaos ?
    –Une échelle !
    –FAUX !
    /quote:

    Alors là, best catch phrase ever
    Merci pour ce fourire
    Aura-t-on droit dans chaque billet à sa reférence gotienne?

    Personnellement j’ai plutôt eu l’impression de revoir des costumes/masques utilisés dans Buffy, la tenue en cuir du héros inclue. Maintenant qu’il est établi que les stories se déroulent à des années les unes des autres. L’importance du où perd de son intérêt puisque le jeu consiste à créer une timeline de chacun jusqu’à la chute de Cintra. Ou pour les autres à s’en battre les steaks. J’ai regardé cet épisode comme l’introduction de Yennefer de Chupa Chup et de Jaskier dans la trame
    En parlant de Jaskier il ne vous a pas donné envie de crier « Barry »?
    Je suis triste que chaque nouvelle ne soit traitée…baclée? que sur un épisode. Il aurait peut-être été plus cohérent de mettre plus de poids aux aventures de Geralt et etoffer les nouvelles sur deux épisodes kit à voir les autrs protagoniste qu’une fois sur deux. On aurait ainsi eu un background plus fourni et plus d’explication sur les implications politiques.

    Vivement le prichain billet sur le roi Foltest ça sent les gif Lannisterre à plein nez

    1. Le truc c’est que les références GoTiennes sont inévitables, parce que GoT est entrée dans le répertoire référentiel collectif maintenant. Du coup, oui, il y en aura d’autres (parce que Foltest me tend le lannisbâton pour se faire targaryaniser…) 🙂

      Sur l’étoffement des intrigues politiques, je pense que ça serait possible avec plus d’épisodes par saison. A 8 segments et avec les trois personnages principaux à développer, c’était très compliqué. On a juste eu un aperçu très succinct de ce qu’il s’est passé et se passe à Nilfgaard.
      Pour cette saison, le format en 8 a permis d’éviter les ventres mous à mi-parcours, mais on y a perdu un peu en temps pour poser certaines choses. J’avoue que j’aime bien ce format condensé, qui te balance un nombre énorme d’infos en une cinquantaine de minutes, avec des explications qui se dégoupillent sur la durée. Mais ça ne plait pas à tout le monde :/

  4. Plop la Dame !
    Noyons Joël !

    Que dire de cet épisode 2. Une fois que l’on sait que ça se passe sur trois timeline différentes, beaucoup deviennent plus claires. ‘fin, plus ou moins on va dire. Du coup, j’ai passé une bonne partie de l’épisode à essayer situer les timeline l’une par rapport à l’autre et ce qui les liaient : l’histoire des elfes. A l’époque de Yennefer, les Elfes viennent d’être génocider, à l’époque de Geralt, ils sont réduits à se cacher et à survire autant que faire se peut et à l’époque de Ciri, ils sont considérés comme les grands méchants (bien que après avoir visionné l’épisode 3, j’ai compris que de toute façon à Cintra, un bon elfe était un elfe mort). Du coup, je n’ai perçu le coté cheap des choses mais comme j’ai l’intention de me faire un deuxième visionnage dans tous les cas, je suis sûre que ça va me sauter à la figure.

    Yennefer :
    J’ai eu tout de suite une forte sympathie pour cette jeune fille pas gâtée par la nature et ballotée par le destin comme un vieux sac de toile. La scène où elle est vendu pour trois fois rien par son père à Triss est d’une très grande cruauté car Yennefer n’est même pas considéré comme faisant partie du décor à ce moment-là.
    Bref, j’ai beaucoup aimé l’ambiance à l’école de magie pour fille d’Aretza. Mystique mais quelque part avec une ambiance un peu apaisante.
    Je trouve qu’on devine relativement facilement le devenir de Yennefer, en tout cas là où j’en suis (épisode 3). La suite me dira si j’ai raison ou si je me plante
    Je vous remercie vous Jamy pour le cours sur la Conjonction des Sphères ! Donc si j’ai bien compris, la conjonction des sphères c’est plusieurs mondes qui se sont téléscopés entrainant l’arrivée des habitants des dit-mondes (humains et monstres) dans celui de The Witcher originellement celui des elfes ? Ah et aussi merci pour l’explication avec les anguilles. Ca aussi, je n’avais pas compris.
    Et j’applaudis le retour du Point Chiffon ! Ouiiiiii !

    Cirri :
    Brave Cirri qui découvre le vaste monde mais qui a quand même un peu de jugeote pour camoufler sa chevelure blonde qui doit pas passer inaperçu dans les bois. J’étais surprise de découvrir un camp de Cintra à proximité. Je me disais que c’était trop facile. Un peu surprise aussi de découvrir les vindictes contre Calanthe, même si on peut largement comprendre qu’après une invasion ennemie entrainant la chute du pays, la reine ne soit pas la plus populaire du monde (ça + tous les problèmes du quotidien du petit peuple). Je souligne quand même que les réfugiés ne sont pas les plus prudent du monde. Un camp aussi gros avec l’étendard du pays ? Et surtout aussi bien installés (tente, lit, cuisine etc) quand l’armée de Nilfgaard est sans doute à proximité ? Bon dieu dans ces cas-là, on fait le minimum et on installe des sentinelles partout !
    Nilfgaard attaque donc, massacre tout le monde et heureusement que Ciri est protégé par le scénario, et que Bonnet intervient rapidement pour la sauver. L’histoire de Cirri est pour le moment une succession de tragédies.

    Geralt :
    Il y a moins à dire je trouve sur Geralt durant cet épisode. J’ai moi aussi été très surprise qu’il laisse si facilement Jaskier le suivre. On note que l’histoire du boucher de Blaviken a déjà fait son chemin et qu’il est résigné à porter ce surnom. En fait, nos trois personnages sont un peu ballotés par les événements, non ? Yennefer qui jusqu’à Aretza subit toutes cruautés du monde, Geralt qui porte une réputation forgés par les on-dit sans qu’il ne puisse rien faire et Cirria bah… elle va là où elle peut survivre.
    J’aime bien la chanson de Jaskier. Ok, elle reste dans la tête et elle détonne un peu avec le reste mais j’aime bien ce qu’elle dit. Geralt boucher de Blaviken va devenir un… « héros » si je puis dire, avec la chanson de Jaskier.

    Voilà pour ce comms. Je crois que j’ai encore fait trop long.
    Merci pour ce billet très instructif et rendez-vous pour l’épisode 3.
    (De toute façon j’ai compris l’essentiel : Ablette est le vraie héros de la série !)

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