« Midsommar », de Ari Aster

On peut aller au cinéma pour voir des comédies françaises pas drôles et mal écrites.

On peut aller au cinéma voir des Marvel pas drôles et mal écrits.

On peut aussi aller au cinéma pour passer du bon temps devant un piti film aux atours chamarrés vendu comme la nouvelle référence du folk horror, s’attendre à trouver le truc extrêmement intéressant et puis se prendre une baffe magnitude tellurique dans la bouche. Se retrouver dans un état entre la sidération et l’exultation dans un final d’une beauté incroyable qui ne fait que couronner le chef d’oeuvre de poésie macabre qu’est l’ensemble. Se retrouver sans cesse questionnée, interpelée, chamboulée, écartelée, fascinée.

Bref, on peut allez voir « Midsommar« , un film qui n’a d’horrifique que le nom, tant il s’apparente à une immersion dans l’étrangeté qui invite à se laisser pénétrer par ce monde autre, différent, dissonant et poisseux, sublime et inquiétant, qui invite à sauter, sans hésiter, sans parachute, ce qui est à la fois une métaphore et une inside joke, tmtc.

« Midsommar » est riche, complexe, assez intelligent et bien construit pour laisser libre court à une cohorte d’interprétations personnelles. Un objet que l’on peut faire sien sans jamais parvenir à l’apprivoiser.

Un objet dont je ne vais faire qu’effleurer ici la surface.

Être un personnage dans un film d’horreur…

…c’est pas toujours facile, surtout quand le scénario est mauvais. Mais qu’on se rassure, ici il n’en est rien.

Souvent, trop souvent, dans les films de ce genre, on s’agace des décisions stupides des personnages principaux, choisissant de rester envers et contre toute logique dans un endroit qui veut leur mort. Dans « Midsommar », chaque protagoniste a une raison bien précise de rester sur place et de ne pas tenter de fuir. Toutes ces raisons puisent même leur source dans un des conflits majeur du film, entre deux modes de société, individualiste et collectiviste.

Nos Américains sont profondément individualistes, comportement qui tue d’ailleurs Dany à petit feu, on y reviendra.

Mark, ce gros benêt de Mark, est le premier à mourir et sans doute le dernier à commencer à comprendre que quelque chose ne va pas. Venu en Suède pour se taper un maximum de locales, il ne voit son séjour à Hårga que sous ce prisme, choisissant de zapper la première cérémonie, sans intérêt pour lui, au profit d’une sieste. Il n’assiste donc pas à l’ Åttestupa et continue jusqu’à la toute fin à ne jamais ressentir la moindre discordance entre lui et le reste de la communauté.

Josh, en tant qu’universitaire et futur docteur en anthropologie, se place dans une forme de distance vis-à-vis des évènements auxquels il assiste. Il est profondément arrogant, et cette arrogance scientifique le rend aveugle aux dangers qu’il encoure. De tous les Américains, il est le seul à connaitre le sens du mot Åttestupa et à deviner ce qu’il pourrait se produire durant la cérémonie. Mais sa posture de scientifique, son regard froid et rationnel, l’empêche de regarder ce suicide rituel autrement que comme une mécanique de cette société qu’il lui faut décortiquer. Cet aveuglement va même le pousser à braver le tabou que les Hårgan placent sur le Rubi Radr, en se rendant de nuit dans leur sanctuaire pour le photographier. Ce mépris et cette ignorance profonde au nom de la recherche le conduit donc logiquement, implacablement à sa mort.

Christian, lui aussi en anthropologie, applique une logique similaire à celle de Josh, calquant son comportement sur le sien. Sa capacité à refouler les émotions et à les minorer le rend quasi imperméable à l’ambiance poisseuse et dissonante qui règne à Hårga. Sans grande personnalité, Christian se situe à un carrefour entre Mark et Josh. Il est là, comme le premier, pour prendre du bon temps, mais s’en voit empêché par la présence de Dany. En quête d’un sujet de thèse, il va prendre la même voie que Josh, s’appropriant sans vergogne le sien et entrant aussitôt dans une analyse froide et scientifique d’un phénomène social. Pris entre le feu d’un sujet de recherche lui assurant un succès facile auprès de ses pairs et la tentation que représente Maja, il ignore lui aussi les signaux d’alerte, de la même manière qu’il avait choisi de les ignorer avec la sœur de Dany. Dans le prologue, on apprend en effet que de prime abord, il avait, comme sa compagne, identifié le message de Terry comme inquiétant, pour ensuite, décider, au profit de son plaisir personnel, que celui-ci n’était finalement pas si différent de l’ordinaire. Son comportement avait même conduit Dany à elle aussi rejeté l’interprétation la plus évidente du mail de sa sœur.

Dany est elle aussi à un carrefour. Elle subit l’influence débonnaire de ses camarades, dont le détachement et la froideur la contamine. Habituée à ce mode de fonctionnement et de refoulement émotionnel, elle se conforme à leurs attentes et ne réagit pas de manière aussi épidermique qu’elle le devrait. La mort encore trop proche de sa famille est également un facteur déterminant pour elle qui déjà marquée par un profond traumatisme, navigue dans un brouillard émotionnel qui lui rend difficile de regarder l’horreur en face et de l’analyser comme telle.

De plus, le fonctionnement de la communauté va petit à petit la toucher, combler un besoin fondamental en elle. Dany est constamment rejetée par les membres de son groupe. Aux Etats-Unis, elle n’est que très rarement cadrée avec l’ensemble des amis de Christian. Ceux-ci ne l’incluent que rarement dans leurs activités. Elle est un corps étranger dont ils veulent se défaire. A Hårga, on l’accueille avec chaleur, on l’invite régulièrement à participer aux activités. Cet accueil, cette envie des autres de l’avoir avec eux, va peu à peu lui faire ressentir un sentiment d’appartenance qui va culminer lors de la danse du mât. Revêtue de leurs vêtements, participant à un de leurs rituels, elle finira par comprendre et parler leur langue.

Connie et Simon, eux, sont là par amitié, pour découvrir une fête folklorique au sein d’une communauté sympathique. Ce sont de purs touristes, présents pour le dépaysement et la découverte. Ils ne possèdent pas les filtres des autres, n’étant pas des chercheurs, et vivant un véritable bonheur conjugal. Leur bulle de confort et de félicité éclate donc très facilement en même temps que la tête de la dame se jetant du haut de la falaise. De l’ensemble du groupe, ils sont les seuls à avoir une réaction logique, normale, de personnes issues de notre monde, en prise avec leurs émotions et leur éthique personnelle. Ils rejettent frontalement et ce qu’ils ont vu durant Åttestupa et les explications rassurantes de Siv sur le sens du rituel. S’ils ne cherchent pas à comprendre, c’est précisément parce qu’ils ont compris. Compris que ce qui se passe dans ce coin reculé de Suède n’est pas fait pour eux, compris le danger de côtoyer un groupe aussi profondément enfoncé dans l’altérité.

Ainsi, chaque personnage a ses raisons logiques, censées et parfaitement motivées de fuir ou de rester durant le festival.  

Et le coup de génie du film est de s’annoncer comme appartenant au genre folk horror, mais de n’en être un que pour une partie de ses personnages. Si les garçons ainsi que Connie et Simon sont plongés dans un jeu de massacre dont aucun ne sortira vivant, Dany, elle vit une forme de récit initiatique, un parcours d’émancipation et de guérison dont le final, même s’il continue de susciter le malaise très longtemps après le visionnage, ne laisse guère de doute que pour elle, la fin, à l’instant où on la laisse, est heureuse et épanouissante.

Franchir le seuil.

Même si les évènements se déroulent dans une province bien réelle de Suède, l’Hälsingland, Ari Aster choisit de façon très explicite de nous présenter plusieurs franchissements de seuil finissant par isoler ses personnages du monde réel. Assez vite, il n’y a aucun retour possible en arrière.

Il y a premièrement ce montage de Dany, s’isolant dans les toilettes de l’appartement de Mark après que Pelle ait évoqué la mort des siens, provoquant une crise chez la jeune femme, crise qui se reproduit donc dans l’avion, quelques jours plus tard, quand elle et le reste du groupe sont en route vers la Suède. Ce montage, montrant Dany dans deux toilettes successives pour y faire la même chose, me semble être un premier seuil, dans le sens ou au début de la scène, sa participation au Midsommar n’est pas acquise. Avec pour constante les crises provoquées par la mort de ses parents, ce deuil qui amorce le récit, cette scène nous montre l’irréversibilité du choix. Dany, portant son deuil, passe sans transition de l’appartement américain à l’avion suédois. On ne la voit pas faire son choix, on ne la voit pas partir. On lui retire et à nous aussi, la possibilité d’un retour.

Le deuxième seuil est franchi dans ce plan de la route qui se renverse, montrant le passage du groupe dans un autre monde, un monde semblable au leur en apparence. Lorsque la caméra revient à l’endroit, il est trop tard pour reculer et une fois encore, Dany et le reste du groupe ne peuvent symboliquement plus revenir en arrière, le monde s’étant littéralement retourné.

Le seuil le plus explicite est celui franchi au moment d’entrer dans la communauté, par la porte du soleil. C’est un seuil littéral, qui ne sera plus jamais retraversé par qui que ce soit dans l’autre sens. Il faut d’ailleurs noter que le chemin menant vers Hårga est jalonné de fleurs jaunes, couleur du soleil.

Fun fact, cette fleur, le millepertuis, est connu pour ses propriétés dans le traitement de la dépression. Poussant précisément à cette époque de l’année, elles ajoutent à leurs propriétés la symbolique solaire de leur couleur et de leur période de floraison, particulièrement dans les pays scandinaves où l’hiver cause des ravages sur les esprits durant la longue nuit, puis qu’elles apparaissent durant l’été, période de lumière, attendue toute l’année par les peuples du Nord.

Trois seuils, symbolisant le voyage sans retour possible, le passage dans un autre monde, et l’entrée dans le royaume, coupent ainsi les protagonistes du monde réel qui ne semble plus exister ou qui n’a plus prise au-delà de ces barrières. Les Anciens donnent mollement à Chidi et Christian l’autorisation d’effectuer des recherches sur leur communauté, sachant pertinemment que rien ne sortira. Leurs préoccupations au sujet des photos du Rubi Radr sont moins d’en voir sortir des images que l’idée d’une profanation par la copie. Connie et Simon ne repasseront jamais la porte du soleil, le premier étant épinglé dans le poulailler avec un aigle de sang du plus bel effet, la seconde tuée peu de temps après.

L’aspect hors du temps et du monde est également souligné tout au long du film, à la fois par la lumière écrasante, glorieuse, qui baigne tout le film, presque irréelle tant elle semble être de la même source que celle arrosant le Paradis, mais aussi grâce au sound design, qui se focalise sur les sons produits par la communauté, oblitérant celui de la nature environnante. Cette opposition entre lumière et couleurs inspirant la joie, la sérénité, et le son réduit à une expression de claustrophobie, insistant presque exclusivement sur les bruits produits par la communauté jusqu’à parfois se couper quand ces derniers n’en produisent aucun autre que celui de leurs discours, construit ce sentiment de malaise permanent, de décalage, d’étrangeté, d’altérité et d’enfermement.

Le son orienté vers la communauté souligne également leur contrôle absolu sur chaque instant du cycle, un besoin de contrôle sur lequel on reviendra plus tard et qui est consubstantiel à leur mode de vie.

Point Chiffon de l’évidence : tous les membres de la communauté portant des vêtements traditionnels, les étrangers s’en distinguent visuellement très vite, tâches sombre au milieu d’un océan d’une blancheur immaculée, parsemée de fleurs colorées. Pelle va réintégrer rapidement Hårga en revêtant à son tour la tenue locale et la transition de Dany vers la communauté s’amorce de façon irréversible quand elle endosse à son tour le vêtement blanc pour la danse du mât.

Illustrations.

« Midsommar » possède de très riches arrières plans et Ari Aster exprime très tôt leur valeur narrative.

La plupart des images peintes ou suspendues aux murs annoncent le déroulement du film : la fresque sur « l’histoire d’amour », le poster de l’ours chez Dany, le dessin du même animal chez Siv, la peinture de la reine de mai au-dessus du lit de Dany, le tableau d’ouverture du film montrant le passage de l’hiver à l’été.

Ce tableau est d’ailleurs accompagné d’une piste musicale qui dans la BO s’intitule « Prophecy ». Et le film en est bourré. Fun fact, « Midsommar » se dévoile, sans que l’on puisse le savoir, presque entièrement dès ce premier plan, ce dessin à 5 panneaux. Le premier, l’hiver, nous montre la mort des parents et de la sœur de Dany, tous trois reliés par un tuyau dont un squelette coupe la partie reliée à Dany, comme si elle lui refusait le repos de la mort, la destinant à autre chose, à être au terme de son voyage, l’incarnation de la force de vie. La mort, sous la forme d’un crâne vomissant de la neige, domine la scène. L’hiver, la mort, GRR Martin vous l’expliquera bien mieux que moi, n’importe quel Scandinave aussi. Sérieux, l’hiver c’est pas une saison de plaisanterie là-bas. L’environnement est sombre, comme toutes les scènes de ce prologue au terme duquel le titre du film apparait d’ailleurs, à peine lisible, comme s’il s’agissait d’un but lointain et encore inaccessible, mais aussi un sombre présage, dont le nom promet la vie mais l’existence apporte la mort.

Le deuxième tableau est intéressant puisqu’il nous montre Dany et Christian errant seuls devant une ville. Dany pleure et Christian la suit, une main sur son dos. S’il exécute un geste de réconfort, on peut voir que la femme avance seule, inconsolable. Détail intéressant, perché en haut d’un arbre, un homme les observe. Il s’agit de Pelle, l’ami suédois, reconnaissable à son carnet à dessin. Les détails de couleur et de végétation nous indiquent que nous sommes au début du printemps.

Le troisième tableau montre un groupe en voyage. Dany ferme la marche, éternelle cinquième roue de la bande. Au centre, Josh est reconnaissable grâce à ses livres, symbole de son caractère scientifique et érudit. Il est après tout celui qui fait ce voyage dans le but d’y produire un travail universitaire. Mark est coiffé de son bonnet de bouffon, le même dont sa peau écorchée sera affublée à la toute fin du film. Tous les quatre marchent au son de la flûte du Pelle, celui qui les a convaincus de l’accompagner et les conduits vers leur destin tel le joueur de flûte de Hamelin. Le groupe traverse un luxuriant tunnel végétal jalonné de fleurs jaunes avant de déboucher sur le quatrième panneau.

Cette partie de la fresque représente leur accueil à Hårga où ils se voient offrir par des femmes des coupes et des crânes, symbolisant les drogues et les morts. En haut de ce panneau, deux figures angéliques chutent malgré leurs ailes d’un piton rocheux, l’ Åttestupa, marquant la première cérémonie du Midsommar.

Enfin, le cinquième panneau est celui de la reine de mai et de la danse autour du mât, où les jeunes femmes sont accompagnés de squelettes, l’ensemble dominé par un soleil aussi imposant que triomphant, aux mêmes proportions que le crâne du premier panneau.  

Information majeure contenue dans ce dessin, on y voit très clairement l’absorption de Dany dans le collectif. Son histoire la voit débuter seule, puis en couple, puis au sein d’une groupe,  pour enfin la rendre indiscernable au sein du groupe des danseuses.  

L’essentiel de l’histoire nous est ainsi racontée, sans que nous en comprenions pour autant le sens. En effet, si décrypté après le visionnage, il est de toute évidence un récit de l’histoire de Dany, une « prophétie » comme l’annonce la piste sonore, vu au début du film, il peut s’apparenter à une allégorie du passage des saisons, la femme représentant la nature et son cheminement du froid et de la mort de l’hiver jusqu’à l’exultation de l’été dans la chaleur et l’abondance.

J’y reviendrai car à mon sens, ceci a une double signification, mais le parcours de Dany peut aussi être vu comme cette allégorie. Durant ses trips elle se voit en effet pousser de l’herbe sur le corps. Les fleurs de son habit de reine de mai pulsent comme le ferait son cœur. Le simple fait, d’ailleurs, qu’elle soit couronné reine de mai fait d’elle une sorte d’émanation d’un principe divin, celui de la terre mère. Dany est à bien des égards, une représentation de la nature et du cheminement entre l’hiver, ou tout est sombre, immobile et mort, vers l’été ou la lumière règne sur la nuit, où tout renait, et change, période de mouvement. « Midsommar » pourrait alors être lu comme une relecture du mythe de Perséphone.

Sous cet angle, la fresque ne spoile donc rien du film, se contentant de montrer un cycle que chacun connait déjà intimement.

Tout au long du film, les images annoncent, parfois de manière très directe, les évènements à venir. Mais si, comme les personnages, nous en comprenons le sens premier (oh, un ours qui brûle, oh des gens qui se coupent les mains, oh des gens qui dansent autour d’un poteau, oh une dame qui se coupe les poils pubiens…), l’impact, le sens réel, nous échappe jusqu’à ce que nous soyons confrontés à sa réalisation. Ainsi, malgré son apparence révélatrice, le panneau d’ouverture s’apparente surtout à une présentation succincte de l’intrigue, un peu à la manière d’une bande annonce. Le spectateur vierge du film n’a aucun moyen d’y lire les rebondissements de l’intrigue.

Et on va le voir, une bonne partie des images du film ont une valeur narrative, soit pour annoncer les évènements à venir, soit pour renforcer le récit.

Dans la première scène des garçons, Mark encourage Christian à rompre en prévision de leur voyage prochain en Suède. Le terme employé est assez clair : « pense à toutes ces Suédoises que tu vas engrosser ». Et c’est précisément ce qu’il va arriver à Christian, qui sera violé afin de faire un enfant à la communauté.

Durant cette conversation, le groupe est surplombé d’une immense photo représentant je ne sais plus quelles actrices connues du type Sofia Lauren et Gina Lollobrigida (je ne me souviens plus du tout de qui il s’agit, my bad), en décolleté pigeonnant, dans le plus pur style de représentation fantasmée de la femme offerte et sexy. Une représentation qui renforce les propos de ces hommes, renvoyant au male gaze, les femmes y étant vues comme des objets à acquérir et à posséder, soit une représentation à mille lieues de ce qui va se produire réellement à Hårga.

A Hårga justement, les représentations sont explicites. Un nombre édifiant d’images décrit précisément chaque évènement, chaque rituel du film. Cette clarté, imperceptible aux yeux des étrangers, fait sens dans ce monde qui cherche constamment à faire sens. La société d’ Hårga a pour obsession de faire de l’ordre parmi le chaos, une philosophie partagée par toutes les cultures mais qui s’exprime ici de manière radicalement autre à celle avec laquelle nous sommes familiarisés. Rien n’y est laissé au hasard. Le hasard, c’est la nature, la vie, la terre. L’humain, s’il veut survivre à cela, et par survivre, on entend se perpétuer, doit instaurer l’ordre et s’y tenir. Ainsi, l’ordre des choses, les codes magiques visant à atteindre ce but sont exposés à la vue de tous. Les mots, les rituels, les pratiques visent à codifier, à organiser une expérience fondamentalement chaotique, la vie, afin de prolonger celle-ci le plus possible.

Dans un sens tout aussi littéral, Mark est présenté très tôt, entre autre par son hilarant premier trip en Suède, comme le comique de service. Le type qui ne prend rien au sérieux, obsédé par le sexe et ignorant littéralement tout ce qui se passe autour de lui (il est en train de dormir durant l’ Åttestupa). Témoin d’un  jeu qui occupe des membres de la communauté, il se fait décrire le dit divertissement sous le nom de «écorcher le fou ». Quand Mark mourra, il sera en effet écorché et sa peau servira à recouvrir une effigie de paille coiffée d’un chapeau de bouffon.

Dany elle-même est explicitement l’idéale candidate pour devenir la reine de Mai et ce, dès le début du film. Elle rejoint en effet une célébration de l’été au moment même de son anniversaire, qui coïncide avec le début de festival, alors qu’elle est âge d’une petite vingtaine d’année, ce qui dans le décompte des Hårga la situe à l’été de sa vie. Touchée par le deuil et tuée à petit feu par l’isolement dont elle est victime dans la société où elle vit, elle ne peut qu’entrer en phase, par une confrontation brutale avec les forces de vie et de mort, avec Hårga. Durant ses trips, il est d’ailleurs intéressant de noter qu’elle visualise toujours une profonde connexion avec la nature, ses membres recouverts d’herbe ou les fleurs de ses ornements de reine qui battent comme des cœurs.

Donner un sens.

La spiritualité des Hårgan, comme toutes les spiritualités, cherche à donner du sens, à mettre de l’ordre dans le chaos, à ne pas expliquer mais à ordonner.

Or, Dany éprouve ce besoin viscéral de sens et de collectif, pouvant ici expulser sa peine, ne plus la garder, l’isoler, la cacher, mais la vivre et la faire vivre aux autres.

Visuellement, le film traduit cette quête de sens et d’ordre au travers des multiples contraintes semblant peser sur la communauté. La démarche à reculons des jeunes filles cueillant des fleurs, l’attente du signal du maître de cérémonie au moment de passer à table.

La quête de sens passe aussi par le système des runes. L’alphabet enseigné à Hårga, le vieux furthark, se retrouve sur tous les personnages et porte un sens assez littéral.

Siv porte l’ansuz, sur ses vêtements et les rampes menant à sa maison. C’est la rune du commandement, celui auquel on ne peut se soustraire. On l’associe à Odin, le Père de toutes choses, et à la Mort. C’est la rune de ce dont on ne se dérobe pas.

Christian porte tiwaz, une rune qui est pour le moins originale. Premièrement parce que sa forme peut évoquer celle de la croix, une association tout sauf anodine avec un personnage portant pareil prénom. Symbole associé à l’ours, c’est la rune du sacrifice consenti. C’est peut-être le symbole qui en effet, est le plus chrétien de tous, collant à merveille à un personnage qui est certes un connard patenté, mais qui a aussi choisi de porter sa croix en la personne de Dany, cette copine subie dont il ne peut se séparer.

Dany porte elle deux runes, toutes deux inversées. La première, raidho, est celle du changement, du mouvement. Elle symbolise aussi l’ordre, une donnée fondamentale dans le parcours de cette femme.

La seconde rune, danaz, parle elle de renaissance, d’accomplissement.

Le fait que les runes soient inversées a un sens, qui normalement leur donne une tonalité funeste. Ici, cela peut exprimer l’abime d’horreur dans lequel Dany doit se plonger afin de sortir de son deuil et de sa dépression qu’elle ne conquière qu’au prix d’avoir renié tout ce en quoi elle croyait.

De manière plus générale, la rune othala se retrouve dans l’agencement des tables lors du dernier repas des deux futurs sacrifiés. Cette rune représente l’unité, le groupe, le foyer, les liens unissant la communauté. Sa forme liée a aussi une valeur de conclusion, de fermeture du cercle.

Rituel de fertilité.

Basiquement, le midsommar est une version scandinave de ce que nous François, connaissons mieux sous le nom de feux de la saint Jean. Dans les deux cas, il s’agit d’une fête païenne célébrant l’été et la fin des jours longs, l’approche des moissons et célébrant l’abondance. C’est une fête qui comme toutes les fêtes situées sur cette période (incluez-y gaiement Pâques, ses œufs, ses lapins et tous ses prédécesseurs païens), célèbre la fertilité à la faveur du triomphe du soleil. C’est le moment de l’année où il est le plus haut et où il brille le plus longtemps. Pour le fun, ces fêtes de fertilités basées sur le soleil, la fin de l’hiver, la renaissance de la nature etc… débutent en février, au moment où l’hiver commence à faiblir et où se fait la promesse du printemps. Nous chrétiens avons assagi cela en labellisant ces célébrations sous le patronage d’un certain Valentin, mais l’idée de copuler sauvagement à la mort de l’hiver est restée.

Dans « Midsommar », nous assistons de manière à un rituel de fertilité très complet, célébrant à la fois le soleil, les récoltes, la nature à son paroxysme de vie, mais aussi le cycle de la vie, s’ouvrant par la mort de deux personnes jugées comme prochainement inutiles et faisant place pour permettre à Maja d’engendrer un nouvel être qui portera le nom de l’un des deux suicidé, selon son sexe. Le sénicide, référencé dans de nombreuses cultures (si tu es breton, tu as sans doute entendu parler au moins une fois du mal beniget, quel que soit le nom qu’on lui donne par chez toi : ce marteau qui sert à défoncer le crâne des vieux quand ils deviennent des fardeaux, tmtc…), est une manière de se défaire de l’ombre de la mort, afin de favoriser la survie des plus jeunes, féconds et utiles à la communauté, en supprimant ceux qui consomment énergie et denrée afin de les maintenir en vie sans qu’ils ne produisent plus rien en retour (je n’ai pas dit que c’était juste, j’explique simplement le principe).

Les vieux meurent donc afin de laisser une place aux nouveaux membres de la communauté, Dany, et l’enfant à venir de Maja. Dont la conception est un viol, celui de Christian. Un viol dont Dany ne va d’ailleurs pas comprendre la nature, puisqu’elle va condamner son compagnon à mort, victime d’avoir été tenté, flatté par l’attention que lui portait Maja. Cette injustice est un renversement très intéressant, qui se fait l’écho des jugements abrupts porté sur les victimes féminines de viol, souvent blâmées pour avoir un peu flirté, s’être habillées de telle ou telle façon ou s’être retrouvées dans un contexte festif et alcoolisé, ceci les rendant finalement responsable du crime perpétré contre elles.

Ici, Christian se retrouve typiquement dans cette situation. Il est sensible à l’intérêt que lui porte Maja. Il n’est pas heureux dans sa relation avec Dany, est venu en Suède, à la base, dans l’idée d’y faire des rencontres et soudain, une jeune fille très ouverte lui fait des avances absolument pas voilées. Evidemment, l’idée traine dans un coin de son esprit, sans pour autant qu’il n’entreprenne grand chose. Au pire, sa passivité face à Maja va donc être perçue par l’ensemble de la communauté, Dany comprise, comme un assentiment.

Convoqué par Siv, son étincelle d’intérêt semble mouchée par le discours de la matriarche qui lui annonce qu’il a été choisi pour féconder la jeune femme. L’aventure libre et secrète qu’il fantasmait se mue soudain en obligation sous le regard de l’ensemble de la communauté. Une obligation à laquelle il ne peut se soustraire quand il est drogué en amont du rituel et poussé par le collectif vers Maja.

Christian n’a pas le choix, sa respiration est haletant, il tremble, il appréhende ce qui va se produire. Jusqu’à se retrouver dans cette cabane, contraint de pratiquer le coït selon des règles qui ne sont pas les siennes, réduit à n’être qu’un simple instrument pour celles qui l’utilisent, lui imposant jusqu’au rythme auquel il doit accomplir sa fonction.

Sa sortie de la cabane, hagard, honteux, le sexe en sang, achève cette scène de viol dont il ne sera pourtant jamais vu comme la victime. Dany va interpréter la scène qu’elle surprend comme une infidélité, ignorante du contexte et prisonnière des préjugés qu’elle a envers lui.

Sa condamnation à mort est largement précipité par la perception que Dany a eu de la scène, même si elle puise sa source dans un ressentiment bien plus profond et une symbolique plus complexe dont je parlerai plus tard.

Une histoire d’amour ?

Parce qu’on parle fertilité, il est temps d’aborder le sujet des relations amoureuses dans le film. Sans se cacher, « Midsommar » est l’histoire d’une rupture, d’une relation toxique ne pouvant s’achever que par la destruction de l’un des deux au prix de la survie de l’autre.

Mais au-delà de la rupture entre Dany et Christian, il y a aussi la relation entre Dany et Pelle qui se dessine en filigranes. On peut remarquer assez vite que Pelle est le seul du groupe à ne jamais parler contre elle, à l’inverse de Mark et Josh. Il est aussi le seul à lui parler gentiment et à se réjouir sincèrement de sa venue au Midsommar. A ce stade, sait-il qu’elle va s’intégrer aussi bien dans sa communauté ? Impossible à dire.

Il est cependant étonnant de voir, quand ils arrivent à Hårga, que c’est Dany qui se fait accueillir par un « bienvenu chez vous » (ou « bienvenue à la maison »), comme si les habitants sentaient les prédispositions de la jeune femme et ses besoins qu’eux seuls sont capables de combler.

Pelle est le seul personnage à parler à Dany de ses parents et de son deuil. Les deux fois, cela provoque chez elle un effondrement qui la conduit vers une crise, mais dans sa manière de vouloir la faire parler afin de partager cette expérience, Pelle tente de l’initier à son mode de vie où tout est partagé. Il est de fait le seul qui porte un intérêt réel à ses sentiments et n’a pas peur de les confronter, alors que les autres, Christian compris, répriment, cette douleur. Quand durant leur première soirée sous hallucinogènes, l’un d’eux leur dit qu’ils forment une famille provoquant une crise d’angoisse chez Dany, Christian comprend ce qui a déclenché son état, mais ne verbalise ni pour elle, ni pour les autres la source de cette souffrance.

Là où Christian réprime les émotions et les sentiments les plus forts, invitant Dany à ne pas y succomber, Pelle invite au contraire Dany à les exprimer, à les partager, afin de ne plus les porter seule.

Christian c’est un type comme on en croise, comme on peut même vivre un certain temps avec, centré sur lui-même et la satisfaction de sa propre vie, mais trop paresseux et petit pour n’être autre chose qu’un feignant faisant toujours le choix le plus facile, un suiveur. Mais un suiveur avec assez d’ego pour persuader et se persuader qu’il est l’initiateur des tendances et des mouvements. C’est ainsi qu’il s’attribue un sujet de thèse sur Hårga au nez à et à la barbe de Chidi, qu’il se montre flatté mais sans plus des avances de Maja.

Pourtant, il reste avec Dany, alors que la relation ne l’intéresse plus, qu’il ne l’aime pas mais la supporte, choisissant de rester avec elle parce que la quitter dans l’état qui est le sien, avec ses fragilités, fera exploser au visage du monde à quel point lui est pitoyable. Il reste aussi parce qu’elle est le choix de la facilité, qu’elle est disponible et qu’il n’a rendue dépendante de ce qu’il fait passer pour du soutien. Dans sa première scène, il exprime aussi sa peur de la quitter et donc de la perdre, sachant pertinemment que malgré ses fêlures, elle n’aura aucun mal à trouver mieux que lui.

Christian se condamne à Dany, à la fois parce que c’est la chose à faire, qu’elle est « sûre », trop percluse d’insécurités et de fragilités pour risquer de partir, puisqu’il est parvenu à se faire passer pour un pilier de sa vie, la tenant dans ses bras quand ses parents meurent, afin de lui faire oublier que c’est lui qui lui a dit de ne pas s’en faire quelques heures avant, parce qu’il ne voulait pas lâcher ses potes et une part de pizza.

Pelle est l’exact opposé de Christian, aussi empathique que le second peut-être individualiste. Son intérêt pour Dany est assez clair, tout au long du film, et le baiser rapide qu’ils échangent après son couronnement peut laisser entrevoir le début d’une relation, sous les auspices propices de la crémation de Christian. Je n’arrive par contre plus à me souvenir si Pelle est identifié, à la fin du film, comme l’Homme Vert, la parèdre de la Reine de Mai, mais il me semble que des hommes portent une couronne de feuillage à la fin (si vous avez le souvenir de ça, merci de confirmer, ou d’infirmer). Si tel est le cas, si Pelle porte bien la couronne de l’Homme Vert, alors le récit se conclue bien sur leur union symbolique, et sans doute ensuite, réelle.

Christian peut être vu comme une représentation de masculinité toxique, à la fois par son comportement vis-à-vis de Dany qu’il respecte très peu, par ce moment où Dany le surprend avec Maja (même s’il s’agit en réalité d’un viol, Dany n’a aucun moyen de le savoir et la scène est vue de son point de vue à elle quand elle les observe) mais aussi par le choix éloquent de son costume final, l’ours, dont la symbolique de violence, de sexe et de débauche est assez forte dans les anciennes civilisations. Christian représenterait donc une certaine forme de masculinité que Dany rejette et dont elle se venge. Si l’histoire ne statue pas clairement sur sa relation future avec Pelle,mais tout chez le Suédois tend malgré tout à montrer chez lui une autre facette du masculin plus saine, plus ouverte, sensible. Si on accepte le fait, comme Dany, qu’il fait partie d’un groupe de gens qui sacrifie rituellement ses voisins et les touristes, évidemment.

Honnêteté et fausse pudeur.

A Hårga, les choses sont souvent extrêmement claires. Si on cache aux Américains la mort des Anglais, tout le reste est relativement clair et sans fard. On ne cherche pas à leur dissimuler la mort des deux vieux durant la première journée. Pelle va même jusqu’à dire clairement à ses camarades qu’à 72 ans, les siens sont tués. S’ils prennent cette information pour une plaisanterie, c’est parce qu’ils sont eux-mêmes enfermés dans un système radicalement différent. Là où Hårga expose son fonctionnement de manière brute et franche, eux sont dans un univers de mensonges et de faux semblants. Christian ment à Dany sur leur relation. Il ment aussi à Josh au sujet de sa thèse, faisant passer sa révélation sur le choix de son sujet pour de la franchise. Josh ment aux Anciens en se faisant passer pour respectueux de leurs croyances.

Dany, elle, a besoin de voir le monde par un biais sans fard, sans mensonges. Au début du film, le mail de sa sœur est limpide. Mais piégée par une société qui atténue, aseptise tout, elle refuse de lire le message de la bonne façon. Elle se persuade de son innocuité, et cherche chez les autres confirmation de l’absence de danger. Christian est d’ailleurs directement responsable de  la mort de sa famille, choisissant de minorer le signal afin de poursuivre sa soirée tranquille plutôt que de voir l’évidence.

Dany a donc besoin de connecter un monde où les choses sont ce qu’elles semblent, directes, brutes.

La perception que les Hårgan ont de la mort est pour elle salvatrice car au lieu de la rejeter dans un coin de leur esprit, au lieu de la considérer avec un mélange de peur, de gêne et de répulsion, ils l’embrassent comme une composante naturelle de la vie, ne détournent jamais le regard et lui donnent un sens profond avec lequel ils semblent tous en phase. Personne, durant le film, ne meurt de manière gratuite. Toutes les mises à mort sont utiles, exécutées dans le but de maintenir l’ordre, de préserver la vie.

Ce regard honnête sur la mort permet à Dany d’accepter celle des siens qui cesse peu à peu de l’obséder à mesure que le film progresse, comme si elle l’avait peu à peu faite sienne.

Le roi déchu.

S’il semble relégué à de ponctuelles apparitions, l’ours est néanmoins un symbole fort traversant le film.

Si vous avez un livre à lire cette année, c’est le court mais imparable ouvrage de Michel Pastoureau : « L’ours, histoire d’un roi déchu ».

En résumé, l’historien des symboles raconte comment, depuis les premiers temps des homme en Europe, l’ours est le roi des animaux, le symbole absolu de la puissance, de la fureur, de la force, du courage et de la sauvagerie. Dangereux et formidable, il peuple les imaginaires européens et s’impose comme seigneur du bestiaire jusqu’à l’arrivée du christianisme qui dans son travail de remodelage de la spiritualité européenne, a du mal à composer avec une bête si anciennement ancrée, aussi puissante symboliquement que physiquement et dont le symbolique est justement complexe, dual et polymorphe. Tout un processus s’opère alors, sur des siècles, afin de le faire choir de son piédestal. Exterminé du paysage européen, il est tourné en ridicule dans les légendes, et peu à peu remplacé à la tête du bestiaire par un autre fauve, le lion, qui a l’avantage d’être certes féroce, mais moins létal qu’un ours en combat singulier et surtout de ne pas appartenir à la faune locale, doté d’une symbolique simple, volontiers positive, au contraire de celle de l’ours, terriblement ambigüe. Ainsi, en lieu et place du roi des animaux locaux, le Européens adoptent peu à peu un nouveau roi lointain, rendu irréel par la distance. Un symbole nouveau, plus faible, moins évocateur, plus facile à contrôler. La déchéance de l’ours se poursuit inexorablement jusqu’au couronnement de sa chute, lorsque l’on commence à déposer ses effigies dans le berceau des nourrissons, lorsque le roi des fauve devient la peluche que l’on caresse, douce, innocente, inoffensive.

Dans « Midsommar », l’ours est évidemment à sa place de roi des fauves, de monstre ennemi dont on admire et on craint la bestialité tout à la fois.

Il apparait pour la première fois dans la chambre de Dany, au-dessus de son lit, sous la forme d’un dessin de l’artiste suédois John Bauer.

Cette image, comme presque toutes les autres dans le film, préfigure le climax, avec cette enfant blonde couronnée embrassant le museau de l’ours. Cependant Dany n’est pas encore la reine de Mai. Quand ce tableau apparait, Dany est couchée sous lui, en position fœtale, médicalisée, en deuil, dépressive. L’ours du tableau, comme Christian à ses yeux alors, lui semble inoffensif. John Bauer a réalisé de nombreuses illustrations mettant en scène des contes et légendes nordiques, toutes destinées à un public jeune. Il considérait d’ailleurs cette partie de son oeuvre comme récréative et peu sérieuse. Je trouve particulièrement malin d’avoir choisi une représentation édulcorée de la confrontation entre l’ours et la jeune fille pour introduire ce thème fondamental. Il montre bien à la fois l’état d’esprit de Dany quant à sa relation, acceptant le comportement de Christian, mais aussi les attentes que les personnages vont placer dans le Midsommar, rituel païen dont ils se figurent les accents gentiment folkloriques, passés au filtre du christianisme, de la modernité et de la société aseptisée, allergique à l’idée même de mort qu’est devenue la notre.

L’apparition suivante de l’ours est d’ailleurs sur le même ton du contrôle, de l’absence de danger, quand il apparait encagé et qu’il est mentionné juste en passant par Ingemar.

L’ours ne reviendra que mort, en pleine séance d’étripage, juste avant que sa peau ne revêtisse Christian. On comprend alors que son rôle dans le rituel consiste justement à incarner la victoire de la vie sur la mort, qu’il représente par sa férocité, sa monstruosité (on parle bien du plan symbolique, hein). L’ours est l’incarnation du mal (et on l’a vu aussi, du mâle) et pour que le rituel assure la fertilité à la communauté, il doit mourir. Christian est donc logiquement choisi pour revêtir sa peau et devenir ce personnage funeste.

L’ours, après sa mort physique,  est symboliquement tué deux fois, par les Hårga, pour qui il est la bête, et pour Dany, pour qui il est le monde et le mal qu’elle rejette.

Mais j’y vois une autre symbolique encore, c’est peut-être une Michel Pastourite aigüe mais j’assume. Bon, déjà, on va pas se mentir, quand Ari Aster a dit « tiens si j’appelais un mec Christian dans mon film qui se passe chez des païens », JE DOUTE FORT QUE CELA SOIT INNOCENT.

Christian, le chrétien, le christianisme, le patriarcat aussi, une idée sur laquelle je reviendrai en fin de billet, appelle-le comme tu veux, finit donc par mourir brûlé vif, dans un rituel païen, englouti par la peau d’un ours, symbole puissant des sociétés pré et protohistorique en Europe. IF YOU FOLLOW ME…

Individualisme vs collectivisme.

Deux comportements s’opposent constamment dans le film, poussés à leur paroxysme dans les deux groupes.

Les étrangers sont individualistes, veulent profiter des gens pour leur plaisir, leur réussite personnelle, ou pour satisfaire à l’image qu’ils souhaitent se donner.

Les Hårgan vivent en communauté, partagent leurs ressources, leurs émotions, et vont jusqu’à donner leur vie lors de rituels magiques afin d’assurer la survie du reste du groupe.

Ces deux conceptions de la vie en communauté s’avèrent aussi incompatibles qu’elles sont dépeintes comme dangereuses et au final, absurdes.

Une utopie ?

La vie à Hårga n’est pourtant pas aussi belle et douce, si on oublie deux minutes les vieux qui sautent d’une falaise ou les sacrifices humains, que ses habitants tentent de le faire croire aux visiteurs. Leur mode de vie hors du temps, quasi utopique, une projection fantasmée d’un mode de vie païen comme on n’en connait plus le sens profond en Occident n’est pas aussi parfait et ordonné qu’il y parait.

Les cadres larges d’Ari Aster fonctionne comme des tableaux où chaque élément du cadre raconte quelque chose à chaque instant. Ainsi, la première fois que l’on entre en Hårga, ses habitants accueillent chaleureusement les étrangers, avec dans leur dos les cabanes, dont une, particulièrement, provoque une légère sensation de malaise. Si ses murs sont droits, son toit, lui descend selon un angle étrange vers le sol, comme si le bâtiment avait été conçu par un architecte lovecraftien. Ce bâtiment d’une dérangeante différence dans sa familiarité, introduit une note discordante dans l’harmonie qui se dégage du tableau général, la clairière baignée de soleil, les vêtements immaculés des Hårgan, leurs sourires et leur bienveillance.

C’est très régulièrement qu’Ari Aster va placer dans son champ ces discordances, ou saynètes dont le sens nous échappe, suscitant ainsi une forme de malaise diffus.  

Prenez par exemple la scène où deux personnages, je ne sais plus lesquels, Josh et Pelle je crois, discutent tandis que passe dans leur dos une file d’Hårgan tenant chacun en laisse un animal : chien, chèvre, cheval… Ces animaux, représentant tous des espèces utiles à la communauté à divers niveaux, disparaissent du champ sans que soit expliquée la raison de ce déplacement. Quelques scènes plus tard, Dany est appelée par les femmes pour aider à la confection de tourtes à la viande.

Ce genre de détail invite le spectateur à se plonger dans les arrières plans et clairement, après un unique visionnage, je n’ai pas retenu grand chose. Mais il va de soi que la prochaine fois, j’y serai très attentive.

Par exemple, dans le final, sur le côté de la cabane où l’ours est dépecé, il y a deux groupes d’Hårgan. Le premier, le plus nombreux entoure les deux hommes volontaires pour le sacrifice. Ils semblent souriants, apaisés, et les autres le sont tout autant, échangeant des gestes affectueux avec eux. Mais de l’autre côté de la cabane, il y a une femme en larme, que tente de recomposer une amie. Elle finit par la ramener vers le reste du groupe. On peut tout imaginer concernant cette femme, peut-être une proche de l’un des deux hommes, qui à la perspective de leur mort prochaine, n’arrive pas à contenir son émotion et…

Oh… En théorie, les Hårgan partagent les émotions dans de grands rituels collectifs ou chacun embrasse la peine, la joie ou la douleur de l’autre. Pourtant, ici, une femme dévastée de chagrin se retrouve contrainte de s’isoler, de cacher son chagrin et ne peut réintégrer que groupe qu’en l’ayant dissimuler… Ce petit détail en dit très long sur les tensions internes au groupe, sur les limites d’un fonctionnement où le collectif prime de façon écrasant sur l’individuel.

On n’autorise pas à cette femme d’être attristée parce qu’elle viendrait contredire l’idéal du sacrifice pour le bien commun rendant acceptable la mort par le feu, consentie au nom du groupe, de deux hommes.

De la même manière, si les Hårgan sont d’apparence francs et sans volonté réelle de rien dissimuler de leur mode de vie, ils ne le sont que parce qu’ils ont la certitude que ces informations ne sortiront jamais. Tricheurs et manipulateurs, ils laissent leurs hôtes dans l’illusion d’une ouverture d’esprit et d’une liberté que vient contredire leurs mises à mort brutales et par-dessus tout, le fait qu’aucun d’entre eux ne rentrera jamais chez lui.

Pour les maintenir dans un état de complaisance envers ce qu’ils voient et atténuer le sentiment de malaise qu’ils ressentent, ils droguent les étrangers, sans doute un peu à chaque repas. On prend également soin de les placer dans une maison collective avec un bébé qui PUTAIN NE DORT JAMAIS, ce qui les prive eux aussi d’un sommeil réparateur, émoussant un peu plus leur jugement.

A ce propos, si vous vous demandiez pourquoi une femme place une paire de ciseau sous l’oreiller du bébé le temps d’un plan fugace, c’est tout simplement pour mettre en œuvre un rituel très répandu dans de nombreuses cultures consistant à déposer un objet tranchant destiné à couper les cauchemars et/ou la douleur et assurer un meilleur sommeil (un exemple de cette pratique au cinéma, dans « Autant en Emporte le Vent », Prissy suggère par exemple à Scarlett de mettre un couteau sous le lit de Mélanie afin de couper en deux les douleurs de l’accouchement).

Quant aux deux participants à l’Åttestupa, si l’homme affiche un visage fermé, la femme, elle, a les yeux plein de larmes, une expression triste et résignée. Difficile de la voir comme heureuse de mettre fin à ses jours pour la communauté. Au moment de sauter le pas, so to speak, elle n’est clairement pas en communion avec l’idée d’une fin joyeuse. Cette dissonance entre son visage et le discours rassurant de Siv intègre ainsi très tôt l’idée que les membres de la communauté ne vivent pas sereinement dans l’ordre d’ Hårga.

Dans le final libérateur, il est légitime de s’interroger sur l’avenir de Dany au sein de cette communauté. Si elle finit par embrasser leur fonctionnement et leur système de pensée, si elle guérit de son deuil et de sa dépendance à Christian, n’est-elle pas en train d’échanger une relation toxique avec une autre ? Dans son habit de reine de Mai, gigantesque robe couverte de fleur, Dany est prise au piège, engoncée. Son costume offre un parallèle saisissant avec celui de Christian au même moment. Tous deux sont enfermés dans leurs vêtements respectifs, les définissant comme deux pôles opposés, seuls leurs visages en émergent et il leur est impossible, ou presque impossible de bouger.

Ce malaise quant à l’intégration de Dany parmi les Hårgan peut aussi se ressentir durant la danse du mât, quand elle commence à parler leur langue. Ce passage, qui semblerait indiquer sa transition dans leur univers, ne doit pas faire oublier qu’à ce moment précis, Dany est sous hallucinoigènes et que son trip se poursuit durant le repas où l’image ne cesse de se distordre. Reine de mai, elle entame sa descente durant la cérémonie de bénédiction des champs et ne revient dans la clairière que pour surprendre Christian avec Maja, ce qui la plonge dans un abime de douleur et lui fait atteindre une certaine forme de lucidité qui va la conduire à choisir définitivement son camp. Le final, expulsion collective de sentiments variés, est une puissance scène où l’on peut se demander à quel point l’influence de la foule ne continue pas de leurrer Dany sur la situation, passée du délire psychotrope à celui du mimétisme, de la ferveur collective.

Miroirs.

Le début du film est marqué par deux scènes utilisant des miroirs afin de renforcer l’isolement des personnages. La première est la confrontation de Dany et Christian au sujet de la Suède où les deux personnages qui se font face, apparaissent côte à côte, dans le même plan, grâce à une psyché. Ainsi, ils semblent se parler sans se regarder, échanger sans communiquer. Dany exprime sa déception d’être laissée derrière (une déception qu’elle exprimera pendant le festival en disant à Christian qu’il serait du genre à l’abandonner) tandis que Christian, dans le pur style classique du gros con individualiste passif agressif se défend en la culpabilisant.

Un effet similaire est employé lors de la confrontation de Dany et du groupe d’amis chez Mark. Cadrée dans le reflet d’un cadre, elle n’est qu’une silhouette noire, presque une présence hostile pour les hommes présents ne souhaitant ni la voir maintenant, ni l’avoir avec eux durant leur voyage.

L’effet miroir n’est cependant jamais aussi fort que dans l’ouverture et le final de « Midsommar ». Le film débute sur la mort non sensique des parents et de la sœur de Dany. Une mort qui survient de nuit, en hiver, dans un lieu clos. Dany est consciente du danger, mais empêtrée dans ses propres traumas et mal avisée par un entourage individualiste, elle est contrainte à l’impuissance. Elle passe sa scène à parler seule soit à une boite vocale, soit à un petit ami qui minore les signaux afin de ne pas avoir à se déranger pour elle, soit à une amie qui focalise son point de vue sur Christian et non sur sa sœur. Ses mails restent sans réponse. Finalement, elle subit la mort de ses proches, sans pouvoir rien y faire, contrainte d’accepter un évènement sans logique, sans sens, sans but. « Everything is black », écrit sa sœur.

Cette phrase fait écho à l’obscurité constante de la scène, dans l’hiver américain, de nuit. La neige, le froid, la mort sont inextricablement liés dans ces quelques minutes somptueuses de désespoir. Dany est alors une femme douce et patiente, qui ne veut jamais déranger, jamais choisir, par peur de déplaire. Elle se borne à être docile, à faire le moins de vagues possible, se pliant aux exigences d’un groupe qui ne respecte jamais ses besoins, ses envies et n’agit jamais en leur faveur.

Le final lui, nous montre une Dany fort différente. Reine de Mai, elle est l’incarnation d’un principe transcendant, une déesse mère pourvoyeuse de fertilité. Elle a trouvé un certain sens et une forme d’acceptation dans cette communauté où enfin, elle peut extérioriser sans crainte ses douleurs, qui seront soutenues, portées, partagées par l’ensemble du groupe, comme en témoigne la puissante scène où après avoir surpris Christian et Maja, Dany s’effondre, entourée, portée par ses suivantes qui accompagnent son cri primal, l’encouragent, le transcendent. De cette expérience collective et capitale, Dany émerge capable de mettre à mort Christian, de prendre cette décision radicale. La scène cette fois se fait en plein été, en extérieur, en pleine conscience, en plein contrôle, en totale prise avec le déroulement des évènements. Dany exulte sa fureur, sa peine, sa rage, tout un panel d’émotions noires et d’une rare intensité autour de ce moment profondément libérateur de l’incendie du temple du soleil, en communion avec un groupe qui partage ses sentiments ou du moins, fait l’effort de les reconnaitre, de les embrasser, de les partager.

L’effet d’inversion est total quand on se souvient de Christian, silencieux et presque absent, soutenant une Dany effondrée par la mort des siens au début du film.

Seule, incomprise, isolée à cause de ses émotions et par un groupe profondément égoïste ou la mort est un concept gênant et difficile à évoquer, Dany purge cette part d’ombre et de peur en elle en accomplissant le sacrifice de Christian, en regardant brûler la bête brune qui l’a maintenue si longtemps dans l’ombre. Elle peut enfin renaître, au sein d’une communauté où elle trouve le sens qui lui manquait et où la peine, la joie, quelle que soit l’émotion, est partagée, vécue.

Si on peut s’inquiéter de voir Dany s’intégrer dans ce groupe de sacrificateurs païens buveurs de jus de pomme et brodeurs de runes, on peut aussi s’inquiéter en détricotant le fil de ce qui l’a conduite là. La dépression, certes, mais surtout l’absence d’affect, de soutien, d’honnêteté d’une société déconnectée de ses tripes, de ses concepts les plus basiques, réduits à être des gênes que l’on évoque pas, ou à n’être que des sujets d’étude regarder par le froid prisme de la raison. Dany succombe au pouvoir d’ Hårga parce qu’elle a souffert de l’excès inverse, d’un monde si désenchanté, rationnel et froid qu’il en devient plus absurde et cruel que l’univers ritualisé et cadré de la communauté suédoise.

Comme dans le superbe (et indispensable à voir) « The Witch » de Robert Eggers, la renaissance, la résurrection, passent par un choix radical et irréversible, une plongée dans un autre monde redoutable et redouté qui finit par être plus accueillant et épanouissant que celui que l’on quitte, tant ce dernier n’est que le tombeau de notre nature profonde. Comme « The Witch », « Midsommar » s’achève dans une apothéose aussi superbe que dérangeante, aussi viscérale que métaphysique, défonçant les portes de la raison et du rationalisme au profit d’une catharsis d’autant plus exaltante qu’elle saisit à bras le corps l’interdit absolu, ce qui était sombre et mal dans le monde d’avant et qui part sa force primitive, fait renaître un nouvel individu.

La renaissance de Dany se fait ainsi dans ce monde autre, plus primitif, répondant à des codes et à des représentations anciennes, où l’on constate assez rapidement combien la place des femmes est prépondérante. Ce sont elles qui mènent les cérémonies, dirigent la communauté, elles sont identifiées comme forces de vie, symboles de fertilité. Même si l’idée que les sociétés anciennes aient pu être matriarcales est une conception totalement erronée (le matriarcat n’a jamais été une réalité dans l’immense majorité des sociétés), ici, on peut voir une certaine forme d’équilibre, de valorisation du féminin, qui répond parfaitement à l’histoire de Dany, issue d’un groupe où elle est perçue comme un poids et qui conçoit les femmes comme des utilités devant rester soumises et surtout, ne jamais déranger. Avec les Hårgan, Dany est une source de pouvoir, une force, reconnue comme un élément essentiel au fonctionnement du groupe. Cet aspect du film, presque d’arrière-plan, ne peut être ignoré quand  le récit s’achève sur l’image d’une femme reine immolant un homme bête avec lequel elle vivait une relation de dominant-dominée.

Associé par son nom au christianisme et donc au monde d’où sont issus les protagonistes, Christian incarne aussi symboliquement l’ordre patriarcal qui s’oppose fondamentalement au mode de vie des Hårgan.

Comme « The Witch », auquel je faisais référence plus tôt, « Midsommar » entretient cette idée que le monde dans lequel nous vivons n’est pas propice à l’épanouissement des femmes qui se retrouvent alors contraintes de briser le cadre qui les étouffe pour embrasser leur liberté et trouver l’épanouissement dans un système jugé malsain et terrifiant par la norme qu’elles aspirent à quitter.  Pour être libres, entières, accomplies, elles doivent détruire ce qui les étouffe et embrasser la subversion.

Et le fait qu’elles soient forcées d’en arriver là interroge doublement, selon la sensibilité de chacun, sur l’idée même de patriarcat et de sa destruction.

C’est là aussi une des raisons pour lesquelles « Midsommar » est brillant, dans sa capacité à bouleverser le spectateur dans ses croyances, ses certitudes, à l’amener à comprendre, tout en se questionnant, sans jamais lui imposer de point de vue. La vérité est un pays sans chemin.

« BONJOUR, JE PEUX ENTRER ?« 

Beeeeh, euh oui, disons que oui, est-ce que j’ai bien le choix ?

« NON, CAR JE SAIS CE QUI EST BON.« 

D’accord mais vous faites quoi exactement ici ?

« COMMENT OSES-TU ???§§§§?????§§§§ CA FAIT TROIS PLOMBES QUE TU PARLES D’UNE FILLE QUI COMMENCE EN ÉTANT FRAGILE ET SOUMISE, DÉPENDANTE DES HOMMES ET QUI FINIT PAR S’ÉMANCIPER EN CONQUÉRANT UN POUVOIR TYPIQUEMENT FÉMININ ACHEVANT SON PARCOURS DANS UN BUCHER PURIFICATEUR ET EN PLUS… EN PLUS §§§ QUI S’APPELLE DANY ET A AUCUN MOMENT TU NE FAIS REFERENCE AU DRAGON ? JE SUIS TRÈS DÉÇUE. ET BLESSÉE.« 

Nan mais si en vrai, j’y ai carrément pensé. Mais bon, on va pas mettre Game of Thrones a toutes les sauces non, plus, hein, si ? Vous en pensez quoi ?

« DRACARYS. »

6 commentaires Ajoutez les votres
  1. Texte très beau et follement riche, comme d’habitude ! 🙂

    Midsommar est vraiment une œuvre qui mérite ce genre d’attention au fourmillement des détails. Merci infiniment pour tous ceux relevés que je n’avais pas aperçus : pour les remarques sur le sens des runes ; l’histoire de l’ours comme emblème ; ces remarques extrêmement justes sur la façon de mettre en scène Dani, isolée dans le cadre, voire hors-champ ou en reflet aux États-Unis, immergée parmi les gens de Hårga et entourée par eux en Suède…

    Petit détail attrapé au passage : Mark n’est pas le premier à mourir, Simon et Connie y passent avant lui (il a même l’occasion d’entendre le dernier hurlement de Connie, sans comprendre que c’était de cela qu’il s’agissait : encore une de ces occasions où le film laisse deviner plus au spectateur qu’il ne laisse deviner aux personnages, ce qui est vraiment un des éléments essentiels de l’inquiétude qu’on ressent pour eux).

    Et ayant moi-même écrit un texte, bien plus court, mais je crois assez complémentaire de celui-ci (car plus centré sur le sens philosophique des axes thématiques du récit, même si beaucoup plus pauvre en attention aux détails), je vais me permettre un total truc de pignouf faisant sa publicité chez les autres et en laisser le lien ici, comme j’ai d’ailleurs déjà placé le lien de votre texte dans les commentaires du mien – parce que vraiment, je crois que les lectures se répondent beaucoup, notamment sur le sens mystique sous-jacent à l’axe individualisme / collectivisme : https://www.senscritique.com/film/Midsommar/critique/199475725

    P.S. Il FALLAIT ce petit coucou de Dany à Dani après tant de flammes ! <3

    1. Non mais vraiment : en plus du langage des fleurs, en plus des symboles, en plus des habits, être allée chercher le sens des RUNES ! Où ailleurs que sur ce blog ? :’)

    2. Merci pour le partage de votre excellente critique !
      Et en effet oui, Mark meurt après Connie, j’avais tout mélangé la chronologie ^^
      Sur les runes, aucun mérite, c’est une système auquel je m’intéresse depuis longtemps donc forcément, j’ai focalisé direct dessus (et j’en ai d’ailleurs raté pleins, mais il faudrait que je me refasse le film avec de quoi noter chaque apparition de rune et son contexte pour bien faire).

      Contente de voir que le coucou au DRAGON a été un plaisir partagé #Daenerys4ever

  2. Très chouette analyse. C’est toujours un plaisir de lire la compréhension de cette petite merveille par quelqu’un de si éloquent ! Merci a toi – et a Trineor, qui me fait découvrir ton blog.

    J’aime beaucoup tout ce que tu dit sur l’ordre et ton savoir en runes et symboles. A ce propos, il y en a deux dont je me souviens, une qui ressemble a un E sur la tunique du vieil homme qui se suicidera, et un triangle (sans le trait du bas, un v a l’envers) sur celui de sa compagne. Pour celle ci, la rune est au niveau du ventre. Le triangle revient plusieurs fois, notamment dans un fondus sur le visage de Dany a la fin, ou il touche ses lèvres – j’avais donc fait un lien succinct entre le ventre maternelle et ce feu (puis sa bouche qui s’illumine d’un sourire alors qu’elle dévore des yeux les flammes), Christian brule et la fécondation a eu lieu. Il y aussi celle qui ressemble a un symbole de l’infini en plus angulaires, deux triangles, que l’on voit sur le pied de Josh qui sort de la terre.

    Par contre je ne vois pas pourquoi tu t’étonne pour les animaux. Qu’ils les mangent me semblent cohérent avec leurs rapport très intime a la souffrance et a la mort, et avec leurs environnement. Il me semble que c’était/c’est le cas pour des fermiers.

    Pour la femme isolée qui pleure, il me semble que c’est la promise de Mark. on la voit plusieurs fois après la danse et une fois elle regarde Dany un peu de travers, une autre fois elle a du sang sur son visage (mais pas le sien). Peux être son accouplement ne c’est il pas passé comme elle le souhaitée ? Je ne me souviens plus de son expression lorsque tout le monde s’exprime lors du sacrifice, il y en a tellement.

    Il y a plein d’autres choses a dire et j’ai relevé de plus nombreux détails au second visionnage, donc je t’invite aussi a lire ma critique (^^)(: https://www.senscritique.com/film/Midsommar/critique/194371383. Le Dieu d’Osier, 1973, ou Midsommar prend ses racines vaut aussi le coup d’œil, on y trouve de nombreux points communs et ils sont a mettre en relation, notamment pour la figure du sacrifié. Puis c’est de la folk horror pleine de paganisme, c’est toujours intéressant – un aspect dont je viens de me souvenir: quand on les accueille on mentionne le caractère androgyne de la nature, et donc de leurs habits, on retrouve cela dans Le Dieu d’Osier (The Wicker/Weaker Man, en anglais) ou lors des festivités certains hommes se travestissent ou des symboles sont inversés.

  3. Merci 🙂

    Je n’ai pas de souvenirs des runes dont tu parles du coup j’ai du aller glaner sur le net et en effet, sur la tunique de la vieille femme, il y a non pas un V inversé mais tiwa qui s’étend sur sa poitrine, le même symbole que celui de Christian. Ici, l’idée est clairement celle du sacrifice (au sens du sacrifice consenti), mais aussi la responsabilité envers les siens. Du coup, cette rune va bien dans le sens de son geste à venir, se donner la mort pour que se perpétue le groupe. Et voir dans le temple du soleil la pointe d’un tiwaz est du coup pertinent, puisque là aussi, on est dans cette idée de responsabilité vis-à-vis des siens, de sacrifice pour lee groupe etc…
    Le symbole très complexe brodé sur l’homme ne correspond en revanche à rien que je connaisse, je vais faire des recherches là-dessus. Comme le film pioche parfois dans divers alphabets runiques, il est possible que ce signe là soit extrait d’un autre (même si des perpendiculaires comme ça… bref, à voir…), comme par exemple avec le symbole peint dans le temple, qui est extrait du futhark anglo-saxon et pas de l’ancien ni du nouveau (et que du coup, je ne connais pas).
    D’après la description, la rune sur le pied de Josh serait un jera, soit le temps cyclique. Logique quand on plante la dite jambe dans un parterre de courgettes.
    Par contre, les symboles dans le film sont assez clairement utilisés dans leur sens littéral, à savoir celui du répertoire symbolique qui lui est rattaché et non des formes qu’elles peuvent évoquer. C’est un système complexe, ancien et polysémique qui a largement été passé à la moulinette de diverses cultures l’ayant lavé, reteint, etc…

    Concernant le petit défilé des animaux, je ne m’en étonnais pas, je notais simplement le fait qu’on nous raconte une histoire en arrière plan qui trouve sa conclusion quelques scènes plus loin. Si on regarde en effet cette file d’animaux, on peut s’interroger sur le « tiens, pourquoi un chien, puis un chèvre, puis un cheval ?  » (de mémoire il y a un 4e animal aussi, mais je ne sais plus lequel), et puis un peu plus tard, « ah ok, c’était pour ça ! ». C’est en effet une partie du festival, un rituel visant, comme le le disais dans le billet, à consommer la chair d’un échantillon représentatif des animaux utiles à la communauté tout au long de l’année.
    Il n’y avait donc aucun étonnement de ma part à voir un groupe de personne vivant dans ces conditions consommer de la viande et des produits animaux. Sans ça, la survie surtout en plein hiver serait difficile. Je pointais juste, par cet exemple, le fait que les arrières plans racontaient eux aussi leurs histoires, au travers de saynètes et de détails qui mis bout à bout, tissent une toile encore plus vaste et complexe que le récit principal.

    Je n’ai pas reconnu Maja dans cette scène mais ça serait logique que ce soit elle, oui. Après tout, elle avait jeté son dévolu sur lui, il lui plaisait donc elle a sans doute quelques sentiments envers lui et y réagit, à l’abri des regards. Elle semble d’ailleurs bien plus en paix durant le dernier rituel (où elle porte un sublime costume rouge de mariée, j’ai totalement zappé d’en parler dans le billet alors que j’y a tout de même mis une photo du costume en question #genious).

    J’ai du « The Wicker Man » il y a longtemps, donc mon souvenir était trop lointain pour que je me risque à en parler ici (plutôt que de dire des conneries, hein).

    1. Ce n’est pas Maja mais Inga qui est la promise de Mark, on la voit assez peu au final. Je doute que l’on puisse formuler une hypothèse solide sur ce qu’il c’est passé (peux être les runes qu’elle porte indique quelque chose, je ne m’en souviens plus), ceci dit la Director’s Cut rajoutera 30 minutes au film et peux être cela sera t il abordé.

      Ma faute pour les animaux, j’avais mal compris.

      Quand a Josh, je trouve cela assez ironique qu’il se reçoive un coup sur la tête puis voit son pied planté, et donc la tête dans le sol, il peut en voir les méandres. Dani lors de ses visions contemple ses pieds s’enraciner dans le sol, se fondre dans l’herbe. Peux être que l’on peux constater une inversion: la ou cette pensée primitive, pleine de symbole et ou l’émotion est libre se lève comme un nouveau soleil a la fin du film, la pensée rationnel, égoïste et figée entame son voyage sous Terre. Les Christian(s) Use (Hugues) ont été sacrifié, eux même qui avait mis fin au sacrifices. L’opposition entre le sauveur chrétien et son ultime sacrifice est plus évidente dans le Dieu d’Osier cela dit.

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