Into the wild.

Graal se moquait de moi l’autre jour parce que je disais toute mon affection pour « Alexandre » d’Oliver Stone. Et il se marrait le bougre…

Et bien voilà qu’avec « Into the Wild », le problème du sujet en or écrit avec intelligence mais emballé dans du papier journal se pose encore…

Sean Penn, acteur génial occasionnellement réalisateur, est le coupable de ce malaise. Je m’explique : « Into the Wild » est un grand film, un vrai grand beau film, doté d’une puissance rare ces temps ci au cinéma, porté à bouts de bras par un acteur transcendé par son personnage dont le scénario épouse l’évolution avec brio. Sauf que c’est souvent réalisé avec les pieds.

Avec les deux pieds même. Sean Penn est gentil, et surtout d’une intelligence et d’une finesse vraiment louables. Le souci, c’est qu’il a tendance à penser qu’il est le seul. D’où un film chapitré : « Ma nouvelle naissance », « adolescence » et ainsi de suite jusqu’à « l’âge de la sagesse »…Parce que on n’aurait sans doute pas compris sans… D’où aussi un film saturé de musiques, chansons qui viennent littéralement sous titrer les images et expliquer par A+B les états d’âme de Chris, le héros. Dans un tout autre style, çà m’a fait penser à la chorale dans « Les Sentiments » de Noémie Lvovski. Chiant et inutile…

Et puis zut et flûte, les gros plans, y’en a marre. Vraiment. Surtout lorsque l’on pressent derrière le panorama grandiose et que le film s’appelle « Into the Wild » et pas « Into the Head of Chris » (même si dans sa tête, on y est, et plutôt bien).

Chris, qui est justement le plus grand atout et le plus gros problème de ce film, dévoré par l’intensité du bonhomme et par la prestation renversante de Emile Hirsch. Penn s’attarde souvent trop sur lui, délaissant ce qui aurait du être le second personnage, le fameux « wild », si cher à Jack London et au héros par extension. Délicat dans ces conditions, de comprendre les aspirations de Chris, sa quête vers l’Alaska, ce désert au sens médiéval du terme, l’endroit délaissé de Dieu et des hommes qui vous révèle à vous-même (merci aux dernières vingt minutes d’ailleurs). Au lieu de cela, Penn resserre son cadre autour de son acteur, choisi des plans tournoyants à vous coller le vertige alors même que l’on aurait envie de voir la scène comme une fusion avec la nature (mais moi je dis çà, je dis rien). En bonus, une scène de publicité pour shampooing, pour le coup carrément ridicule (nan, c’est le pouvoir purificateur de l’eau, couillonne… Ah ouais, ben pourquoi un ralenti inutile alors, comme tous les ralentis de ce film, hein ?).

Mais, car oui il y a un mais, « Into the Wild » est un grand film. Parce que le parcours plus ou moins imaginé de Chris est confondant de beauté, que son cheminement vers le sens de la vie laisse pantois, que ce personnage transcende tout et tous, de sa fuite en avant jusqu’à sa découverte d’une nouvelle famille (le jeu des opposés entre ses parents biologiques totalement coincés et malsains et ceux de substitution, hippies aimants et ouverts au partage, la ressemblance troublante de la guitariste avec sa sœur…), pour finir par son isolement dans le bus magique.

Bien sûr, Chris est un sale gosse égoïste, un chien fou un peu stupide, un peu obtus, un anti héros que l’on ne cherche jamais à nous imposer comme un modèle. Penn reste suffisamment objectif pour laisser au spectateur la marge de manœuvre lui permettant d’accepter ou de refuser ce jeune homme dont le profil renvoie aux mystiques religieux, abandonnant tout à sa quête vers Dieu (car au final, il ne s’agit que de cela, de rebâtir ses valeurs, au risque de constater que l’on revient toujours à ce que l’on fuit, mais avec la satisfaction d’avoir compris par soi même).

Les dernières scènes, aux aspects de tragédie (non, je ne spoile pas, tout le monde a du lire quelque part la fin de ce film) sont presque pure poésie (presque parce que le montage est totalement aberrant), et se perçoivent comme une délivrance pour Chris, capable enfin de trouver et de comprendre, de « voir ce que les autres ne peuvent voir », et de retourner à la paix, dans la nature, pour s’y confondre enfin, les yeux tournés vers le ciel, comme le prince Bolkonsky frappé d’une soudaine clairvoyance sur la terre d’Austerlitz, « Guerre et Paix » à la main. Rien que pour cela, merci Mr Penn.

Note : *** (Sean, nous aussi on a un cerveau. Et puis arrête de te regarder filmer aussi…).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *