Je voulais y croire

Mes amis, l’heure est grave. Depuis quelques temps, j’ai eu accès à des documents classifiés m’ayant conduite à penser que l’histoire que l’on nous a présentée pour vraie n’est en réalité qu’une mascarade.
Oubliez tout ce que vous pensiez savoir. Oubliez les récits officiels et les manuels scolaires. Ils ne dispensent que mensonges et contre vérités.

Prenez l’Amérique par exemple : tout commença en 1492. Christophe Colomb cherchait la route pour la Russie quand il découvrit sans le savoir un nouveau continent.


Selfie de Christophe Colomb cherchant la Russie depuis le pont de la Santa Maria

Sur place, il rencontra des indigènes dont il épousa la princesse, Pocahontas. Bien des années plus tard, la glorieuse nation née de cette union se trouva confrontée à un défi sans pareil : un sombre empire se dressait contre sa toute-puissance et en Europe s’érigeait une muraille. L’Amérique élut John Fitzgerald Kennedy et l’envoya alors détruire le Mur de Berlin en 1989. Le monde était sauvé de la tyrannie des communistes moustachus. Les Etats-Unis pouvaient désormais se lancer dans la conquête de l’Irak, une terre aride et brûlée par soleil mais dont les profondeurs regorgent d’un trésor sombre et liquide : le Coca-Cola…

La vérité, mes amis… La vérité est bel et bien ailleurs. Cet ailleurs ci, je l’ai trouvé dans des copies (true story, bros…).

Relancer « X-Files » pour une dixième, voire, une onzième saison, était très loin d’une mauvaise idée. A partir du moment où le duo d’origine était reconstitué et où les thématiques qui ont fait la série restent pertinentes aujourd’hui, frétiller comme une petite truite quelques jours avant la diffusion du premier épisode semblait la meilleure chose à faire. Qu’est-ce qui pouvait bien arriver d’affreux, avec Chris Carter et toute l’équipe de la grande époque aux commandes, je vous le demande ?

La NOSTALGIE…

Cette saison 10 met les deux pieds dedans, et tente de gagner l’autre rive avec ce boulet rivé aux chevilles.

CAYCHO.

Et d’autant plus dommageable que le fil rouge traversant la série est logique et juste. Mulder et Scully, que l’on retrouve presque 15 ans après la dernière diffusion de « X-Files » sont confrontés à leurs choix du passé et peinent à assumer ces derniers. Chris Carter utilise ses personnages principaux, leurs tourments et toutes ces questions restées en suspens comme armature de sa nouvelle saison.
C’est très bien tout ça, mais ça aurait été encore mieux si d’aventure quelqu’un s’était rendu compte que plus de 10 ans s’étaient écoulés aussi dans le monde des séries depuis la fin de la saison 9.

En calquant sa formule sur le « X-Files » des origines, Carter commet à mes yeux une erreur puisqu’il prive sa série d’être ce qu’elle était durant son âge d’or, à savoir une œuvre avant-gardiste.
Bien sûr, demander à cette dixième saison de révolutionner le monde des séries est parfaitement stupide. En revanche, espérer qu’elle adopte une forme plus moderne, c’était parfaitement réaliste.
Le gros souci de la saison 10 est donc de ressembler à « X-Files » dans les ’90, et de ne jamais chercher à évoluer, un comble pour une équipe qui aura contribué à changer la manière de faire des séries.

Or si l’on continue de sortir des programmes à succès (et de qualité) basés sur des épisodes « freak of the week », parcourus d’un fil rouge traité dans l’épisode d’ouverture et le season finale, force est de constater que « X Files » est tout de même historiquement d’une autre trempe que « Supernatural » ou « Sleepy Hollow »…
Une aura qui demandait justement à ce que Carter revoit sa copie pour peut-être aborder de façon plus moderne un univers et des personnages qu’il maîtrise sur le bout des doigts, mais qui aujourd’hui, ne peuvent plus vraiment être traités comme ils s’étaient à l’époque, tout bêtement parce que le medium a changé, le public aussi, ainsi que ses habitudes de consommation des séries.


T’en a trop pris, gros ©SLG

Je partage l’idée selon laquelle « X-Files » ne serait pas « X-Files » sans ses enquêtes chelou de la semaine. Et je ne pense pas que c’est cela qu’il aurait fallu modifier. Car c’est le traitement des thèmes de fond qui pâtit du manque de modernité de la structure. Les épisodes ont en effet tendance à bégayer. Chaque épisode est l’occasion d’une variation autour des thèmes « Scully regrette d’avoir abandonné William », « Mulder a peur d’avoir raté sa vie ». Tout le temps. Sans jamais réellement introduire de progression dans ce questionnement. Les tourments sont posés dès le départ, et la seule chose qui évolue, c’est la façon dont chaque semaine, ils reviennent dans la tronche des deux héros. Et ça, c’est laborieux.

Mais moins que certaines tentatives d’humour émaillant la saison, qui sont à se facepalm jusqu’à s’auto plonger dans le coma.
L’épisode du lézard devenu homme-garou était globalement réussi, et puis au beau milieu de celui-ci, le téléphone de Mulder se met à sonner et voilà qu’on entend la mélodie du générique. A quel moment cette idée a du sens ? A quel moment est-ce drôle, malin ? Même au sein d’un épisode humoristique basé sur une critique de l’humanité, donc une prise de recul sarcastique, cette sonnerie de téléphone « X-Files » n’a rien à faire. Sauf si l’idée était de nous flanquer un gros coup de coude dans les côtes et de nous massacrer le visage avec de la distanciation brechtienne pour débile profond. Je sais que je suis en train de regarder une série, je n’ai pas besoin que l’on me donne l’impression que les personnages savent être des personnages de série. Ça n’a aucun sens, surtout pas pour « X-Files », de s’ingénier à décrédibiliser son univers. Il est au contraire essentiel dans ce genre de série de maintenir une cohérence en béton armé pour que la mythologie continue de tenir debout.
On n’est pas dans « Galavant », que diable !

Même malaise lorsque déboulent les agents Copycat aka Einstein et Flamby. Parce que je n’ai retenu ni le nom ni le visage du side kick de l’agent EINSTEIN. Ecrit en majuscule parce que tuvoa, ils sont les miroirs de Mulder et Scully, la preuve, y’a un homme à l’esprit ouvert et une rousse tellement scientifique dans sa tête qu’elle s’appelle EIN fuckin’ STEIN, mais aucun lien, fils unique, hein…
Tellement lisses qu’ils deviennent très vite les Ken et Barbie des affaires non classées, les agents Copycat sont la sacrée bonne idée de merde de la saison. Quant à la perspective qu’ils servent dans un spin off de « X-Files »…

Est-ce que ces erreurs de goût suffisent à plomber la saison ? Pas vraiment car globalement, l’équipe connait ses gammes et l’on retrouve, quasi exclusivement dans la manière de traiter Mulder et Scully d’ailleurs, des fulgurances et de jolis moments d’émotion ou d’introspection qui font mouche. La mort de la mère de Dana est un de ces moments réussis, tout comme les projections de nos deux agents dans une vie fantasmée auprès de leur fils.
Heureusement que ces parties tiennent leurs promesses car le moins que l’on puisse dire c’est que cette dixième saison enchaine les maladresses de traitement, tant dans l’écriture que dans la mise en scène.

Comme j’ai profité de la diffusion de la saison 10 pour me refaire les trois premières saisons de « X-Files », je dois avouer, à ma grande surprise que question réalisation et scénario, la série a beaucoup perdu. Incroyable mais vrai : la saison 10 n’arrive pas à la cheville du travail des équipes de Carter dans les années 90. Alors qu’à l’époque, ces gens débutaient dans une série qui n’avait pas encore trouvé son rythme de croisière (moins vrai à partir de la troisième saison). On peut arguer du fait que ce n’est pas facile de s’y remettre après 15 ans, mais bon sang, où est passée l’ambiance ? Où est le malaise constant que l’on ressentait devant les vieux épisodes ? Où est l’aura de l’Homme à la Cigarette ? Où est l’angoisse diffuse des manipulations gouvernementales ?
Tristement j’ai eu devant ces épisodes les mêmes sensations que devant la saison 1 de « Fringe », à savoir l’impression de regarder un ersatz de « X-Files » sans personnalité.
Un peu comme les agents Copycat…

Tout cela m’a laissée un peu songeuse quant aux motivations de Chris Carter à reprendre le collier. Car mis à part remettre en scène des personnages dans une formule inchangée pour tenter de refaire tout comme avant mais en moins bien, je n’ai pas trop vu l’intérêt de cette saison. Non pas que je n’ai pas apprécié la manière dont le temps entre la fin de la saison 9 et cette saison 10 a été traité.
Mais tout bien considéré, on finit par se retrouver avec une série qui carbure à la même énergie noire que « Star Wars Episode VII », la maudite nostalgie. Celle qui te fait accepter que l’ensemble soit médiocre juste parce que bon, c’est tourné à Vancouver, comme des premières saisons, parce que ce sont Mulder et Scully et qu’on les aime, parce qu’ils parlent de trucs sur lesquels on se posait des questions à la fin de la saison 9, parce que déjà quand la série s’est finie la première fois, on était nostalgiques de ses anciennes saisons…

Ceux qui n’ont pas l’air trop nostalgique en revanche, ce sont Gillian Anderson et David Duchovny. Merci pour le service minimum les gars, et pardon de vous avoir dérangés hein. Soit cela s’est amélioré à mesure que le tournage de la saison avançait soit je me suis habitué à leur mines peu concernées, mais dans le premier épisode, j’ai eu la sensation qu’ils n’étaient pas franchement impliqués. Pas évident pour eux non plus de s’y remettre après avoir tourné la page, ça je veux bien le concevoir, et puis Gillian Anderson n’a pas caché que relancer la série pour d’autres saisons ne l’enchantait guère. Ceci peut donc expliquer ce que j’ai interprété comme un détachement certain.

Détachement également donc du côté de la mise en scène, particulièrement dans le premier et le dernier épisode enchainait les moments tarte à la crème, jusqu’à rendre un brin ridicules des moments censés être clés. Tel le cadavre de l’extraterrestre de Roswell, la mort du témoin clé dans l’épisode 1, et le quart d’heure final du dernier épisode, qui entre les scènes de l’hôpital et celles où Mulder affronte un Homme à la Cigarette au moins aussi inquiétant que Winnie l’Ourson, s’achève sur une non résolution de climax bien putassière. Et je ne critique pas l’idée même d’un cliffanger, « X-Files » en est même coutumière, non, juste la manière dont celui-ci est mis en scène, avec Scully qui court sur l’autoroute, l’arrivée du vaisseau nanarde as fuck… Bref…

Et c’est d’autant plus dommage que cette saison se permet quelques fulgurances très agréables comme l’épisode sur l’esprit du camion poubelle, globalement plutôt bien exécuté (très bon équilibre entre l’intrigue de la semaine et l’exploration du personnage de Scully), le final de l’épisode avec les enfants mutants (même si là aussi, la mise en scène de la réunion entre le frère et la sœur était très laborieuse, elle fonctionnait bien à l’écriture), ou cette scène du premier épisode où Mulder et Jeff Winger (le type qui présente l’émission de télé, pour être plus claire) exposent les tenants et les aboutissants du fuckin’ COMPLO à une Scully médusée par la dose massive de WTF qu’elle reçoit à la nanoseconde.

« X-Files saison 10 » a beau ronronner sur ses personnages principaux, elle n’a pas réussi à me convaincre sur l’ensemble de son exécution, me donnant l’impression de voir un rip off de qualité standard là où j’en attendais sans doute un peu trop.
Est-ce la faute au besoin compulsif de tout rebooter ? Est-ce le fait d’avoir commis l’erreur de remettre la même équipe que jadis aux commandes (là où le regard neuf d’un créateur biberonné à la série des origines aurait peut-être permis de réaliser la synthèse entre l’esprit de la série et les évolutions des fictions télé ?) ? Est-ce simplement que dans le fond, tout ceci était avant tout une affaire opportuniste destinée une fois de plus à caresser le nostalgique dans le sens du poil ? Ou tout simplement est-ce une remise en route laborieuse ? Puis-je espérer que la série tire les leçons de ses erreurs ? Dois-je arrêter de me pencher sur le cas de « X-Files » pour me mettre enfin à « Breaking Bad » ? « Dardevil » ? « Black Sails » ?

En attendant que nous soient livrées les réponses à ces questions, allez donc regarder les deux premières saisons de « Galavant ».

6 commentaires Ajoutez les votres
  1. La preuve encore que la nostalgie est la plaie TV/Cinématographique de notre génération de grand enfants , à force forcément ça donne la saison 10 de X-files…Que j’ai bien fait de pas regarder du coup.(je note pour Galavant tiens )

    Bon par contre je lis la fin de votre billet chère Dame et que vois je ? Point de visionnage de Breaking Bad /Daredevil starring LE FAKIN’ PUNISHER (Bon ok c’est un peu le club des emo cette série mais quand même) ? Allez donc de ce pas voir de véritables bonnes série de diantre :p

  2. Je suis le seul à avoir eu l’impression de voir Hank Moody une bonne partie de la saison ?
    Effet décuplé quand Gillian Anderson se la joue MILF siliconée sur le retour…

    Elle est d’ailleurs selon moi un autre gros point noir de ces nouveaux X-Files. Duchovny n’a pas l’air trop impliqué dans son rôle, même si le coté désabusé à la Californication était déjà présent dans les vieux X-Files, et qu’il ne va finalement pas trop mal à Mulder. Mais au moins, on sent que toutes ces années, il a continué de jouer et de pratiquer son métier !
    Anderson, elle a l’air parachutée sur le plateau pour toucher son (gros) cachet et se payer de la coke et un nouveau lifting. Elle n’est tellement pas impliquée dans son rôle, c’est désolant.
    Pour le reste, vous avez tout dit.

    Sinon, Black Sails, les yeux fermés ! J’ai trouvé à cette série énormement de points communs avec GoT

  3. @ ILDM : la saison se regarde quand même, ne serait-ce que pour les moments réussis, et les éventuelles suites. Mais globalement, non, c’est pas glorieux.
    Sur « Dardevil », je compte bien m’y mettre. Et puis y’a « The Flash » aussi, damned….

    @ El provocador : « Black Sails » était sur ma liste !

    @ Sesky : +1 pour Hank Moody. Sur le nouveau lifting d’Anderson je ne sais pas, parce que si les seins ne sont clairement plus d’origine, pour tout le reste, zut, j’aimerais vieillir aussi bien qu’elle !
    Okayokay, j’ai pigé pour « Black Sails » :p

  4. Heuuu…Jeff Winger ? JEFF WINGER ? Le Jeff Winger ? (m’en fous de x-files mais ça, ça m »interpelle)

    mulder et scully au leveer duuu jouuur

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