Shine your light on me

Et nous sommes au mois d’avril et si la vie était bien faite on aurait eu le premier épisode de la saison 6 de « Games of Thrones » ce dimanche mais on va plutôt s’accorder un mois de rab et puis ça tombe bien là ce sont les vacances du coup je vais pouvoir sortir un billet qui dort dans ma tête et les placards de mon disque dur depuis quinze jours au moins, à une queue de vache près.

Le fait est que je manque vraiment de temps les enfants, et pour aller au cinéma, et pour écrire des billets que je sors à l’arrache plus pour ne pas perdre la main que pour ne pas perdre le fil. Parce que moins tu écris, moins tu arrives à écrire figures toi et que là, en ce moment et depuis des mois, me poser quelques heures pour bosser sur un billet est devenu un vrai luxe. Alors non, je n’ai pas tiré la substantifique moelle de « The Revenant », mais avec un texte écrit au minimum 15 jours après la bataille, il ne fallait pas s’attendre à des miracles non plus. Et j’en suis sincèrement désolée :/

Du coup, ce billet-ci passera sans doute aussi à côté de tout un tas de trucs, mais pas de panique, c’est parfaitement normal.

Concernant la saison 6 de « Game of Thrones », je le précise ici parce que je vous vois déjà vous inquiéter, je reviendrai sous peu vous causer du nouveau planning des publications (il ne devrait pas y avoir trop de perturbation, du moins pas cette année), reste à savoir quand (très certainement au moment de la publication du billet sur le premier épisode).

En attendant, un film qu’il est bien et que vous devriez tous aller voir si ce n’est pas déjà fait.
Un billet avec des spoilers, vous voilà prévenus.

« Il n’est pas comme nous » dit cette affiche : je pourrais dire la même chose de 90% de mes élèves

Causes et conséquences : « Midnight Special » mérite un intérêt poli. « Midnight Special » reçoit l’intérêt qu’il mérite. C’était au moins ce qu’il me fallait pour me sortir de ma tanière et me trainer sur les coudes vers le cinéma le plus proche afin de visionner la chose.
Son metteur en scène, Jeff Nichols, est un petit gars solide, encensé depuis son prometteur « Take Shelter », un film qui ne m’avait pas totalement convaincue puisque je le trouvais un peu le cul entre deux chaises, ne sachant pas trop si son auteur allait finir ou non par basculer du côté du pur cinéma ou s’il allait plonger dans l’intellectualisme auteurisant. En gros, s’il deviendrait plus Alfonso Cuaron ou Christopher Nolan.

Coup de bol, avec « Midnight Special » Nichols s’engouffre dans la première voie en attrapant son film à bras le corps, parcimonieux en dialogues et totalement explicite par l’image : LE BONHEUR.
Avec pour point d’appui l’évolution émotionnelle de ses personnages, Nichols propose un récit dévoilant ses ressors avec lenteur, non pas pour conserver un semblant de mystère, mais bien parce que chaque progrès de notre connaissance sur la nature d’Alton, l’enfant au cœur de l’intrigue, se fait pour et par les sentiments des héros. Cette navigation à vue permet de construire, pierre après pierre, des enjeux aussi limpides qu’ils sont logiques.
Une réussite telle qu’elle permet de faire passer comme une lettre à la poste la scène de la révélation, dont le cadre et la forme sont aussi banals que le contenu est puissant : une chambre de motel miteuse, un enfant assis sur un lit faisant face à sa mère à laquelle il révèle sa nature et ce qui va en découler.

« Midnight Special » pourrait presque se résumer par la douceur de son traitement, en contrepoint des thèmes qu’il aborde.
Et sous ses airs de film indépendant serious as fuck, il campe fièrement les deux pieds dans le genre qui est le sien, la science-fiction, dont il accepte et traite les codes, superbement intégrés à la volonté du réalisateur de traiter de front les enjeux émotionnels.
L’entrée progressive du surnaturel accompagne également le discours de Nichols sur la foi, donc chaque personnage est une facette différente. Des parents presque condamnés à croire, au meilleur ami en proie au doute qu’amène sa rencontre avec Alton et les bouleversements qui en découlent, en passant par l’agent de la NSA, figure du sceptique ne demandant qu’à être convaincu, ou la communauté dont l’existence entière gravite autour d’Alton, Nichols aborde cette question essentielle à l’humanité de manière aussi pertinente et juste qu’on par exemple su le faire les Wachowski dans « Cloud Atlas » (la scène de la confrontation entre Alton et l’agent dans les bureaux du FBI m’a fait penser, dans ses enjeux, à l’interrogatoire de Son Mi), ou même Alejandro Amenabar dans « Agora ». Visez un peu les énormes compliments, les gars.

A l’image de la délicatesse qui parcourt l’ensemble du film, il y a cette sous intrigue quasi muette, où Nichols révèle la nature d’Alton aux yeux des autres humains, simplement en introduisant un comic « Superman ». Unique lecture de l’enfant, unique échappatoire aussi , elle montre très tôt au spectateur la direction que le metteur en scène va prendre avec son récit. Alors que même que la nature de son pouvoir et ses handicaps associés ne nous sont pas encore révélés, le film nous propose déjà une analogie. Si Superman est une figure divine envoyée sur Terre pour la protéger, Alton occupe une place similaire au sein de la communauté dans laquelle il vit. Pourtant, il apparait très tôt que ses fidèles ne comprennent pas sa nature et se contentent d’adapter leur rythme de vie à celui d’Alton.
Son départ coïncide donc avec le moment où il découvre Superman, lecture qui semble le fasciner, puisqu’il passe son temps à lire son comic et ne brise spontanément son mutisme que pour poser une question sur la cryptonite. Tué à petit feu par son pouvoir qu’il ne comprend pas, Alton trouve une solution à sa mort programmée dans les planches de « Superman ». Comme lui, il puise son pouvoir dans le soleil et comme lui, il ne peut renaître qu’en puisant dans ses rayons régénérant.

Le symbolisme exploité ici l’est juste de manière parfaite puisque Alton supplie son père de le porter vers le soleil levant lorsqu’ils sont tous deux réfugiés dans une sorte de caverne, univers sombre et chtonien par excellence (avec un lourd symbolisme autour de la mort, des enfers, du ventre maternel et donc de la renaissance, toussa). Alors que jusqu’à présent ces environnements semblaient les mieux adaptés à Alton, Nichols renverse en deux scènes sa symbolique, rendant les ombres et l’obscurité à leur image mortifère pour faire du soleil la clé de la survie de l’enfant. Et par la même occasion, celle de l’humanité toute entière, puisque l’autre monde, celui des protecteurs, ne se révèle qu’au moment où Alton déchaine son pouvoir en puisant sa force dans celle des rayons solaires.

A l’heure où j’écris ceci, je n’ai pas encore vu « Batman V Superman », mais sans vouloir trop m’avancer et au regard de la manière dont Snyder avait traité la part divine de son héros dans « Man of Steel », à moins d’un miracle, je pense que « Midnight Special » s’avèrera plus pertinent dans sa manière d’aborder ce symbolisme et la question du divin.

Cette progressive montée en puissance des pouvoirs et du destin d’Alton coïncide avec la progressive acceptation de son départ par ses parents. On peut pousser l’analogie religieuse entre Sarah, la mère d’Alton, et Marie, la mère du Christ. Toutes deux partagent le fardeau d’un enfant différent qu’il leur faut accepter de perdre à jamais pour qu’il accomplisse son destin. Confrontée à la souffrance d’Alton incapable de maîtriser son pouvoir, Sarah accepte de le laisser partir une première fois, avec résignation. Un peu comme Marie accepte la nécessaire mort de son fils sur la croix. A leur retour, Alton et Jésus sont deux êtres transfigurés, porteurs d’un message d’une telle puissance qu’une fois encore, leurs mères ne peuvent que se résoudre, tristes mais apaisées, à les laisser poursuivre leur destin.



Si vous voyez c’que j’veux dire…

Le plan final, loin d’être ambigu, vient conclure ce brillant travail sur la foi. Le père d’Alton, en prison, fait face au soleil, et parvient à son tour à en capter l’énergie, initié par son fils, et lui aussi sur le chemin de la transfiguration. Devenu apôtre d’Alton, il peut poursuivre son œuvre, porteur de la flamme qui animait son fils lorsqu’il marchait encore parmi les hommes. Ouais, c’est carrément la Pentecôte cette affaire-là. L’avenir ou « Midnight Special 2 » nous diront s’il y aura aussi une journée de solidarité pour les personnes âgées dans ce nouveau monde.


Si vous voyez encore c’que j’veux dire…

Le film ayant rencontré un joli succès plus que mérité en salles, il est fort probable que vous puissiez encore l’attraper au vol avant son départ vers le BluRay et le DvD.

Note : ***

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Intéressant billet, merci !

    Suis-le seul à avoir eu l’impression de voir un étrange spin-off de Man of Steel, avec Zod à la recherche d’un enfant kryptonien ?
    « I WILL FIND HIM ! »

  2. Intéressant billet, merci !

    Suis-le seul à avoir eu l’impression de voir un étrange spin-off de Man of Steel, avec Zod à la recherche d’un enfant kryptonien ?
    « I WILL FIND HIM ! »

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