La rétro : The Visit

L’autre jour, j’ai un vu petit film bricolé à pas cher, pas super original mais vachement intéressant dans la forme, un film que j’avais littéralement pointé d’un doigt accusateur de nullerie quand j’en avais vu la bande annonce, et qui s’est donc avéré être une bonne surprise.

J’ai été à deux doigts de vous faire un billet sur le sujet mais il se trouve que ce film, un peu dans la veine « found footage » m’a rappelé qu’il y en avait un autre, de found footage, qu’il fallait absolument que je vois. Parce que ce film n’était nul autre que le dernier Shyamalan.

Alors sans plus attendre, un billet sur « The Visit » dans lequel vous découvrirez la mystérieuse identité de ce petit film très malin dans sa mise en scène via un support aussi inattendu qu’il est pertinent.

ATTENTION : SI VOUS COMPTEZ VOIR CE FILM, ARRÊTEZ-VOUS DANS VOTRE LECTURE AU NIVEAU DES CHATONS

Petite séance de rattrapage avec « The Visit » raté en salles, ce qui n’est pas forcément un drame quand il s’agit d’un found footage.
Instant culturel proposé par Captain Obvious : un found footage est un genre cinématographique où la mise en scène singe la prise de vue sur le vif par des amateurs. Emblématique et quasi pionnier du genre, « Le Projet Blair Witch » définit ce genre cinématographique. Comme le principe même du found footage est d’avoir l’air filmé par n’importe quel Jean-Michel Snyder, l’image est souvent moche (car les prises de vue sont faites sur des appareils bas ou moyenne gamme), très mal cadrée (car la personne derrière la caméra a plus à cœur de saisir des images informatives ou déclaratives, mais n’envisage jamais que ce qu’il filme fasse partie d’une œuvre. Il n’y a donc pas de discours, pas de cohérence, pas forcément non plus de dialogue d’une séquence à l’autre), et surtout, le point de vue est forcément parcellaire.
Extrêmement subjectif, le found footage n’est finalement que le regard du personnage cadreur, sur un instant T.
Toutefois, dans la réalité, un found footage est surtout un film de cinéma. Le metteur en scène, le vrai, va donc y injecter la cohérence qu’il faut en choisissant d’utiliser les carences du procédé « sur le vif » à son avantage.

Ainsi, la subjectivité du point de vue et le cadrage approximatif serviront à suggérer les évènements se déroulant dans ce monde mystérieux et avant tout imaginaire : le hors champ. Ce qui n’est pas à l’écran et que l’on ne peut qu’imaginer, soit par le biais des réactions des personnages, soit par la suggestion des sons. Ou tout simplement par une modification soudain de l’environnement, uniquement explicable parce que quelque chose a bougé, hors champ.

De par ces caractéristiques, le found footage se prête donc très bien au genre angoisse/horreur qu’il a largement investi ces dernières années. « Blair Witch » avait logiquement ouvert la voie dans cette veine, mais on peut aussi citer le très bon exemple de « Rec » de Paco Plaza et Jaume Balaguero.

Dans un genre un peu différent, « Cloverfield » de Drew Goddard utilisait le style pour un film catastrophe/kaiju eiga où cette fois, le found footage servait à littéralement écraser les protagonistes de l’histoire sous l’ampleur de l’évènement dont ils étaient les victimes.
En pointant sans grande subtilité l’omniprésence de l’image dans notre société par des plans effarants de réalisme où face à un Manhattan réduit en copeaux par Cthulhu en personne, ces connards de new yorkais prenaient le temps de dégainer appareils photo et smartphones pour filmer la scène.

Le found footage est logiquement apparu dans les années 2000, avec l’émergence des caméras pour tous et donc de l’omniprésence des prises de vue dans le quotidien du péquin moyen.

Seulement, malgré son aspect dégueulasse, c’est un genre extrêmement précis qui ne souffre pas de se retrouver entre les mains de n’importe quel réalisateur avide de produire un film sensation à pas cher. Si on ne maîtrise pas un minimum le récit et surtout sa mise en scène et son montage, c’est le crash assuré.
Or pas mal de found footage sont aujourd’hui utilisés pour masquer une mise en scène à la ramasse. Pire le réalisateur sera, plus vite les prises de vue seront injustifiées dans le récit. Comprendre que chaque plan dans un found footage doit avoir sa raison d’être. Il faut que le personnage est une raison de filmer cette scène précise à ce moment précis sans quoi la logique du récit s’effondre.
Exemple édifiant, « End of Watch » de David Ayer, où l’un des héros, joué par Jake Gyllenhaal, explique dans les premières minutes qu’il suit des cours du soir et doit réaliser un film dans ce cadre. Très vite pourtant, alors que le style « caméra dégueulasse » au poing est conservé, le cadreur n’est plus ni ce héros ni son collègue. Pire, David Ayer inclut des scènes filmées or du cadre de vie ou de travail de ses protagonistes, brisant sans raison la subjectivité inhérente au style qu’il s’est choisi.

Dans un genre un peu différent, « Unfriended » s’avère un exercice de style bien plus intéressant car embrassant pleinement (sauf dans son dernier plan, une faute de goût d’ailleurs) le style found footage, le tout sans en être vraiment un. Pour info, c’est LUI, le film dont je parle en intro. BEWARE….
Pendant une heure trente, on regarde un plan fixe de l’écran d’ordinateur d’une lycéenne en train de skyper avec ses amis. L’irruption d’un inconnu dans leur salon de discussion va provoquer une série d’évènements tragiques qui sont présentés par le truchement des web cam. Le cadre est extrêmement étriqué, régulièrement parasité par des écrans figés, des lags, des coupures, accroissant le côté anxiogène. En effet, quand votre seule fenêtre sur les évènements est un tout petit plan fixe sur une personne pouvant passer de vie à trépas en deux secondes, la moindre interruption, le moindre écran noir devient une terrible frustration. De la même manière, le réalisateur, Levan Gabriadze, fait un usage malin du reste de l’écran de l’héroïne qui révèle énormément d’elle-même dans ses choix : les fenêtres qu’elle décide ou non d’ouvrir, les messages qu’elle écrit puis qu’elle efface, les informations qu’elle choisit sciemment de ne pas divulguer…
Très loin d’être le film de l’année, « Unfriended » est un film qui dénote d’un usage intelligent de son support, très aride de prime abord, mais qui en dit très long sur notre manière d’agir sur le net. Avec pour toile de fond les problèmes de cyber harcèlement, il se révèle plus malin que son pitch et sa bande annonce ne le laissait deviner.

Et là vous vous dite que vous étiez venus lire un billet sur « The Visit » et que je n’en ai pas encore dit un seul mot, ce qui veut dire que c’est sans doute tout pourri.
Vous commencez à bien me connaître…

TWIST LES GARS !!!!!!!!!

Tel le M. Night Shyamalan de la sous-blogosphère, je vous savate la tête avec un retournement de situation que VOUS N’AVIEZ PAS VU VENIR !!!!

En disant çà, je me rends compte que je suis en train de réduire Shyamalan au statut de « réalisateur à twist » chose qu’il n’est pas, mais bon, hein, c’était un sacrifice nécessaire pour balancer une accroche.

Becca et Tyler, deux ados, sont envoyés chez leurs grands-parents qu’ils n’ont encore jamais rencontré, leur mère étant en froid avec sa famille. Becca souhaite profiter de ses vacances pour réaliser un documentaire qu’elle voudrait consacrer à sa mère, avec le secret espoir de voir les deux partis se réconcilier.
Très vite, elle et Tyler vont être confrontés au comportement étrange de leurs grand-parents et commencer à se poser des questions sur la santé de ces derniers.

Après quelques années difficiles jalonnées de métrages… différents (« Avatar, le Dernier Maître de l’Air », « After Earth »…), voir revenir Shyamalan avec un found footage, qui plus est produit par le même mec que « Insidious » (l’horreur discount dans toute sa splendeur), cela me laissait un peu circonspecte.

C’était mal le connaître. Et si « The Visit » n’est pas un chef d’œuvre, il renoue avec ce que l’on avait pu aimer chez lui auparavant.

Premièrement, et là, on sent qu’on a un cinéaste qui sait ce qu’il fait, il maîtrise complètement le style found footage. L’argument de départ, le documentaire que réalise Becca offre le prétexte idéal. S’il peut être critiqué, c’est sur le manque de spontanéité de certains cadres, que l’on peine à croire possible de la part d’une caméra qui vient de se casser la figure, ou imaginés par une ado. Il compense malgré tout ce dernier défaut en soignant davantage les cadres de Becca que ceux de Tyler, qui se retrouve rapidement en charge de la seconde caméra et dont le comportement plus extraverti se traduit par des prises de vue nettement moins propres que celles de sa sœur.

Avec ses deux caméras, Shyamalan peut, dès le moment où les enfants arrivent à la maison, jouer sur le cadrage pour compenser les plans trop difficiles à lire. La scène sous la maison est ainsi montée de manière à ce qu’un des deux enfants en fuite ne soit pas le seul point de vue. On alterne ainsi entre une Becca pourchassée qui laisse trainer sa caméra au sol et son frère, caché plus loin, qui se filme et commente, hilare, la scène, avant de se retrouver à son tour en fuite, le relais du repos nécessaire transféré alors à sa sœur. Ainsi, le montage fait le choix de brefs plans difficiles à lire pour illustrer une situation pour revenir rapidement à des éléments plus nets.

Sur l’usage du hors champ, Shyamalan, qui maîtrise l’exercice, n’a plus rien à prouver à personne. C’est davantage dans les scènes les plus angoissantes, celles où les enfants assistent aux crises de leur grand-mère, qu’il arrive à jouer avec nos nerfs. Très classiques, ces scènes où une personne semblant possédée se met à agir de façon incohérente, sont anxiogènes en elles-mêmes. Afin de maximiser son effet, Shyamalan choisit de nous dissimuler le regard de la grand-mère, que ce soit par sa posture, son cadrage et ses cheveux lâchés encadrant son visage. Ainsi, impossible de voir ses yeux, et de savoir finalement, dans quel état elle se trouve réellement.
Cette absence de regard (le regard, la perception sont des thèmes récurrents dans le film) rend l’appréhension de sa révélation quasi insupportable. Lorsque les enfants la filment en train de courir, ses deux passages dans le champ sont filmés de telle façon que l’on sait que l’on ne la verra pas de face. Mais quand elle disparait au bout du couloir et qu’on l’entend revenir, on sait, parce qu’elle arrivera cette fois de face, que l’on verra ses yeux.
Shyamalan nous prive de ce moment en la faisant apparaitre à quatre pattes, tête baissée.
L’entretien de la frustration va rendre le moment où le regard de la grand-mère est révélé plus flippant que la manière dont il est traité, sur un jump scare. Car passé la surprise de cette irruption dans le champ, c’est bien le regard halluciné et mauvais de mamie gâteau qui joue le reste de la scène et ne laisse pas le moindre doute quant à ses intentions.

De la même manière il se sert de son cadrage pour mettre en lumière des moments plus intimes, comme lorsqu’il crée un parallèle évident entre les deux scènes de confession du frère et de la sœur, installant leurs traumas et posant des éléments essentiels qui seront réinvestis par la suite. Voir à ce sujet, l’habileté de Shyamalan qui filme Becca décadrée lors de sa scène de confession où son frère exprime pour elle ses troubles (on note que le visage de Becca occupe la partie gauche du champ, le reste est laissé vide) et celui où elle leur fait face, encore une fois décadrée mais face à un miroir où la partie vide de champ est occupée par la grand-mère, recouverte d’un drap, personnifiant ce fantôme qui hante la jeune fille et lui fait depuis toujours fuir son reflet (l’absence de son père et tout ce qui en découle). Symboliquement, Becca affronte alors son fantôme, et surmonte alors ses peurs les plus profondes.

Un reproche de taille est cependant à faire sur « The Visit », l’attitude presque décontractée des enfants face à ces évènements. Ils sont seuls, chez des gens qu’ils ne connaissent pas, loin de tout, sans téléphone, leurs grands-parents ont des comportements sinon étranges au moins inquiétants mais ils semblent prendre la chose avec une certaine bonhommie, sans que l’on ne constate un effet d’accumulation de leurs angoisses. A tel point qu’ils ne tentent même pas de s’enfuir immédiatement après avoir découvert les images tournée par la caméra espion, leur révélant pourtant une scène qui aura faire prendre ses jambes à son cou à n’importe qui.

Malgré cela, « The Visit » se démarque aussi par ce choix de sujet, tournant presque exclusivement autour de la vieillesse et de ses ravages.
Des enfants, parfaitement connectés à leur époque, se retrouvent pour la première fois de leur vie au contact de personnes âgées vivant comme les vieux qu’elles sont et ayant des soucis de vieux. Mine de rien, une partie du film s’articule autour de ce décalage générationnel, de ce gouffre entre les corps et les esprits, jeunes et vieux, jusqu’à créer une étrangeté morbide. Shyamalan met alors son public face à une de ses angoisses primaires, la peur de vieillir et donc de mourir. Une peur qui se matérialise dans le dernier acte.

Shyamalan traite également du thème récurrent de toute son œuvre, la famille à reconstruire. Ici il le fait par le biais de la découverte entre enfants et grands-parents, mais aussi par celui de la réconciliation entre la mère des héros et ses propres parents. Au final, Becca et Tyler feront un chemin inattendu pour eux vers leur père, qui les a abandonné et à qui il n’ont jamais pardonné. Toujours dans le dernier acte, Tyler va connaître un moment à la « Signes » où un évènement traumatique du passé devient la clé de la survie et aussi la clé ouvrant la porte qu’il a lui-même érigé entre lui et une blessure du passé.

Si je devais vraiment déplorer une chose, c’est l’usage abusif des jumps scare, ces plans effrayants qui ne sont là que pour entretenir artificiellement un climat d’angoisse. Certes Shyamalan arrive à les intégrer habilement à son récit, mais globalement on s’en passerait tant l’ambiance se suffit à elle-même, contrairement à des productions type « Conjuring » ou «Insidious » qui pêchent faute d’exister pour autre chose que faire peur, à grand coup de jump scare et de scénario tonitruant. C’est le gros souci d’être produit par le patron de l’horreur de supermarché, John Blum, nanti des trilliards de dollars que lui aura rapporté la série des « Paranormal Activity » et qui n’est pas prêt d’abandonner le genre fond footage en mousse mais avec des jumps scare stp M.Night, le public il aime ça les jumps scares…

En fait, heureusement que producteur mis à part, malgré les contraintes que cela impose, M. Night Shyamalan soit globalement aux commandes de son projet.

Parce qu’à côté des jumps scares, Shyamalan arrive à développer un humour absurde qui lorgne par moment vers du grand guignol à la Sam Raimi, surtout dans le dernier acte où la folie des personnages explose littéralement. Parce qu’il a entretenu depuis le début une angoisse qui va crescendo, on oscille en permanence entre rire nerveux et frayeur. La fin de la partie de Yahtzee est emblématique de ce ton très particulier mais qui contribue, sans en avoir l’air, à faire basculer le film dans la folie. Le final est aussi bizarre qu’il est par moment délirant et par d’autres atroce tant Shyamalan qui a excité notre imaginaire depuis le début, s’amuse à jouer avec : ce moment où le grand-père enlève son pantalon et où tout d’un coup, on se prépare au pire est emblématique de ce que le réalisateur est parvenu à construire.

J’espère maintenant que « The Visit » soit bien le signe pour Shyamalan de son retour à son meilleur jeu, et d’un vrai sursaut. Il me manque, ce type du « Sixième Sens », « Incassable », « Signes »…

Note : **/*

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Fellicitation ma chère LaDame, avec vos digressions incéssantes vous m’avez plus donner envie de visionner Unfriended que de the Visit.

    En tout cas un bon film bien affolant entre le thriller et l’horreur-fantasy avec un mini twist au final.

    Un petit regard sur une jeunesse américaine toujours plus en perte de repères et de valeurs, où le paraître l’emporte sur le reste.

  2. Fellicitation ma chère LaDame, avec vos digressions incéssantes vous m’avez plus donner envie de visionner Unfriended que de the Visit.

    En tout cas un bon film bien affolant entre le thriller et l’horreur-fantasy avec un mini twist au final.

    Un petit regard sur une jeunesse américaine toujours plus en perte de repères et de valeurs, où le paraître l’emporte sur le reste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *