Ectoplasme mou

A la base, je ne venais pas du tout pour ça, j’avais décidé de voir un autre truc. OUI, LA TRISTE VERITAY c’était que je venais pour un marathon « Hunger Games », la fleur au fusil, sans avoir réservé, m’infliger 6h de film avec une héroïne qui subit, se fait faire des tresses et traine le pire side kick de l’histoire de la fiction.

Mais bon, je ne vous ai jamais publié de billet sur le troisième film, « Mockinjay Part 1. » du coup, comment pourriez-vous savoir/deviner que contre toute attente, la qualité de « Hunger Games » est allée en augmentant, au point que malgré un scénario toujours à la ramasse, cette saga propose désormais un semblant d’intérêt question mise en scène. Chose justifiant donc largement que je puisse envisager d’y passer la moitié d’une journée.

CECI EST UNE MAUVAISE EXCUSE, j’en conviens. Mais peu importe puisque ça ne s’est jamais fait, la séance étant complète, et quand je dis complète je veux dire prise d’assaut par des ado à frange des deux sexes.

«-Du coup, on fait quoi ? Me demande l’ouvreuse, l’air de se demander si elle va me mettre une droite tout de suite, ou essayer d’abord de m’égorger avec un ticket.
J’avais décidé de me faire un film médiocre de toute façon.
Correction, tu avais décidé de t’en faire 4.
Le 3 a certaines qualités.
Comparé au 1, pour sûr mais ne va pas non plus me faire croire que c’est le young adult de l’année.
J’ai jamais dit ça.
Je confirme. Et tu m’as pas dit non plus ce que tu comptais faire à la place de rager sur Peeta.
… « Spectre » dans 5 minutes… ALEA JACTA EST, ouvreuse ! Edite le goddamn ticket ! »

James Bond… J’ai jamais trop trop bien aimé ça, moi, James Bond. Sans doute essentiellement à cause du fait que les producteurs des films narrant ses aventures s’appellent Broccoli et que les brocolis n’ont jamais inspiré ma confiance. Ni ne l’ont méritée, d’ailleurs.
Enfoirés de monstroplantes. Je vois clair sous le jeu de vos inflorescences.


« Le rapport avec mon film ? »

Y’en a pas, James.

« Spectre » cumule, like a boss, des handicaps à la pelle. Oh non, parmi ceux-ci aucune incohérence scénaristique car, soyons honnête, le concept même de cette franchise est d’être une colossale incohérence scénaristique. James Bond est une incohérence espionnistique. Les méchants sont des incohérences vilainistiques. Les Bond girls sont des incohérences féministiques.
Sans incohérence grosse comme Bertha, point de James Bond.

Donc non, le problème ne se situe pas à ce niveau-là, mais plutôt à celui de tout le reste. Parce que soit, l’agent secret qui provoque 27 crises internationales en 2h de film a bien le droit de faire n’importe quoi avec la réputation du MI6 mais s’il pouvait, juste pour voir, se fendre d’un semblant de logique interne, mais genre, un truc qui tiendrait debout du style : lui méchant moi taper and GOD SAVE THE QUEEN, déjà, on serait bien.

Mais « Spectre » fait constamment n’importe quoi avec son histoire, son personnage principal, les perso secondaires, le casting, la direction d’acteurs, le budget explosion.
N’importe quoi, tout le temps.
Et même pas tu t’amuses (car ce que je viens de décrire peut aussi bien s’appliquer à n’importe quel film de Michael Bay. Mais là, tu ne t’ennuies pas. Enfin, tu t’ennuies moins).

Parce qu’il est supposé (mot clé) conclure le cycle initié avec « Casino Royale », « Spectre » rame comme un fou pour créer un semblant de liant entre les 4 films starring Daniel Craig and His Mighty Duckface.

Sauf que non. Non parce que tout est tellement inséré au forceps qu’assez vite dans le film, tout ce que tu trouves à dire face à un énième « ohoh, mais ne serais-tu pas le secrétaire du comptable de la meuf qui était avec le méchant dans « Quantum of Solace »? », c’est « fuck it ». Et puis juste après tu regardes la montre parce que LA TOUT DE SUITE, toi aussi tu as très envie d’une vodka Martini.

Pour faire très simple, « Spectre » est basé sur un unique principe : toutélié.

Le toutéliage est un outil puissant qui entre de mauvaises mains peut donner des scénarios comme celui-ci donc, où l’on cherche à créer une cohérence à ce qui n’en a pas.

Résultat, bien des choses tombent à l’eau.

Par exemple, on voudrait bien se souvenir de ce Roi Pâle mais quand Bond a une épiphanie sur son identité, impossible, pour moi du moins, de me rappeler de ce type. Le sommet dans le genre reste atteint par l’instant magique où le grand méchant se révèle, avec un Sam Mendes qui fait tellement monter la sauce que tout chez toi te crie, même si tu as vu la bande annonce, que le type caché dans l’ombre est forcément quelqu’un que toi aussi, tu connais.
Mais en fait non, c’est juste le mec chez qui Bond allait faire du ski quand il était petit.

Et qui est devenu méchant parce que son père, il préférait aller faire des rando raquettes avec James plutôt qu’avec son propre fils et que lui du coup, il restait à la maison à boire du chocolat et à manger des tartines. LAVIEESTUNECHIENNE.

Désolé mon garçon, mais vu qu’on ne se connait ni d’avant ni d’Eve, comme disait le Kaiser Söze de Saint Denis, nous public, on s’en tape.

Entre avoir un scénario en roue libre qui enchaine les scènes mal écrites et un scénario dont les ressorts sont basés sur des révélations qui n’ont d’importance que pour le personnage principal, sans jamais que le spectateur ne soit impliqué, il y a un gouffre que l’on nomme ennui profond.
Parce que du coup, c’est bien là le problème au final : puisque le grand méchant et sa révélation ne sont pas pour nous des coups de poing dans le ventre, ou même, un vague « haaaaaaaaa, c’est lui/elle j’en étais trop sûre », au final, on s’en fout.
Même la révélation que Benedict Cumberbatch était Khan dans le dernier « Star Trek » était plus efficace. C’est dire si on part de loin.

Ceci dit, il n’y a pas que le spectateur qui s’ennuie au final, si j’en crois la tête super motivée que se traine Daniel Craig d’un bout à l’autre du film. Je ne vais pas commenter la performance de Léa Seydoux parce que tirer sur les ambulances, Seymal.

Alors ok, c’est écrit avec une truelle et joué par des mannequins en cire, mais bon, Sam Mendes n’est pas un manchot, quand même ! Ce film doit avoir au moins autant de gueule que « Skyfall » !

Parce que Roger Deakins, le génial directeur de la photographie est parti faire des trucs sans doute plus intéressants, « Spectre » n’a pas précisément le charme visuel de son prédécesseur, ce qui achève de tirer vers le bas un film qui pour se recommander, n’a guère pour lui qu’un réalisateur peut être pas des plus à son aise dès lors qu’il s’agit de mettre en scène un peu d’action ou de donner de l’énergie.
J’en veux pour preuve « la scène d’explosion la plus chère jamais créée ». Quel gâchis bon sang…
J’espère du fond du cœur que Michael Bay n’a pa vu ce film car ça l’aura sûrement rendu malade de voir tous ces bons explosifs, ces champignons thermonucléaires et autres bâtiments pulvérisés filmés en plan fixe avec pour bien obstruer le champ, un Daniel Craig et une Léa Seydoux.


Voyez la caméra ? Les acteurs ? Bien visualisez maintenant ces deux acteurs shootés en plan américains en train de regarder une colossale explosion que vous ne pouvez voir, en gros, que dans l’espace entre les boobs de madame et les pecs de monsieur. 250 millions le film, les gars, 250 millions ! Oukisonpassés ??


La réaction à chaud de Michael Bay

Et le pire, LE PIRE, c’est que l’introduction du film donne le sentiment que l’on va avoir droit à quelque chose de vachement bien. L’ouverture à Mexico est très classe, avec son long plan séquence, son ambiance travaillée, sa description concise et efficace du personnage principal, une gestion de l’action (on a même une idée très sympa de faire accompagner Bond par la caméra quand il glisse sur un toit effondré, ce qui donne à la scène un dynamisme qu’on ne reverra plus jamais par la suite), et un final over the top à souhait, parfaitement dans le style de la franchise : pas crédible, fun, classe et décomplexé.
Et là, Sam Mendes il se dit ayé j’ai fait le boulot, je rentre à ma maison, balance le générique Serge, celui avec les meufs à poils et les tentacules qui nous vaudra un classement X au Japon.

Le hic c’est qu’à ce même moment, pour le bien de la première impression que donne « Spectre », toute la salle devrait aussi rentrer chez elle. La suite ne sera jamais à la hauteur de ce qui aura été proposé durant ces quelques minutes.
Outre ces défauts, « Spectre » collectionne aussi les coquilles les plus improbables possibles telles :
-la veuve qui vient d’échapper à une tentative de meurtre mais qui répond « oui » quand James se présente d’un élégant « coucou tu veux voir la b*** ? »
-la fille menacée de mort par le mec qui a tué son père qui ne branle strictement RIEN quand Bond la prend en remorque pour continuer l’enquête sur …. Le mec qui la menace de mort et qui a tué son père.
-le super espion of the dead qui, devant chercher d’importantes informations dans une chambre d’hôtel, échoue lamentablement et passe même plusieurs heures à méditer là-dessus pendant que toute la salle, qui n’est même pas au MI6, ni même 5 d’ailleurs, lui hurle depuis trois plombes que « c’est sûrement dans les murs, espèce d’agent triple Zéro ! »
-Bond qui se roule par terre quand le grand méchant veut montrer à Léa Seydoux la scène de la mort de son père. LAPOCOMPRI cette scène. Qu’on m’explique. Pourquoi chouiner comme l’élève de 4e qui ne veut pas donner son carnet de liaison alors que la vidéo n’a strictement rien d’incriminant pour lui ? Limite si pour le coup, on ne dirait pas qu’il a un truc à se reprocher ! Si même si, admettons, sa réaction de péteux, soit motivée par un sens aigu de l’altruisme et que, eut égard pour la sensibilité de sa compagne, il eut préféré qu’elle ne regarde pas ces images du suicide de son paternel, pourquoi ne pas d’entrée de jeu, avec ce flegme légendaire qu’on lui connait, lui demander de le regarder lui pour s’épargner cette vision ? Chose qu’il fait du reste à la fin de la scène… A croire que ce passage a été écrit par un premier scénariste, qu’il est parti en pause et qu’un autre est arrivé, s’est assis à sa place et à continuer d’écrire sans se soucier de ce que le premier mec avant fait avant lui. 250 millions de dollars et pas un personnage n’a de réaction logique.

Et encore, j’en passe, parce que je les ai oubliées, ou parce que mon cerveau ne peut pas non plus tout stocker.

Moralité : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se pourfend.

Note : 00