L’attaque du clone

J’ai 6 ans, et c’est le matin de Noël, ce 16 décembre 2015. Depuis presque deux mois partout dans ma télé, dans mon supermarché, dans mon internet, les symboles de la fête sont là et lentement mais sûrement, l’attente monte, jusqu’à qu’enfin le calendrier atteigne l’horizon du jour J.

On dira ce que l’on voudra de ce marketing protéiforme autour de la sortie de l’Episode VII de «Starwars» : mercantilisme, agressivité, saturation, stupidité…

Soyons honnêtes, le film était garanti être un succès même avec le ¼ de la promo proposée. «Starwars» n’a pas besoin d’huile de moteur BB-8 ou de couches culottes Kylo Ren pour être un carton en salle.

Cette promo d’une ampleur sans précédent n’est finalement qu’à la hauteur du produit à vendre : « Starwars », LA franchise. Le roi des univers étendus. Le seigneur de la culture populaire. Que la promotion autour du film soit aussi envahissante que celle accordée à un évènement mondial aussi chargé de sens que Noël en dit très long sur la place qu’occupe la saga dans notre société.

A l’heure du lancement d’une nouvelle trilogie située dans l’univers qui infuse depuis les années 70 tout notre imaginaire, les mots « excessif » ou « ridicule » n’ont aucun sens.

Nous n’avons pas assisté à la promotion d’un film, dont le succès était de toute façon garanti hors promotion, nous avons assisté à une célébration. Une communion mondiale (ou presque) autour d’un mythe moderne qui fait sens pour toutes les générations.

Alors est-ce que le taboulé Chewbacca est aussi bon que « Le Réveil de la Force » ? On s’en fiche. La qualité du film en lui-même n’a pas d’importance. Comme n’en a aucune celle de la prélogie au final. Ce qui compte c’est la vénération qu’inspire la trilogie, la détestation collégiale pour les Episode I, II et III et l’enthousiasme généré par l’attente du retour de l’univers sur grand écran. L’important, c’est qu’au fil des décennies, trois films sont devenus des jalons mémoriels, des stèles quasi mystiques, et qu’un véritable culte se soit instauré autour de cet objet filmique, l’un des plus puissants qu’il soit.

Star Wars procure ce sentiment à nul autre pareil, que l’on soit face à ses meilleures ou à ses pires heures parce que sans en avoir vraiment conscience lui-même, George Lucas a accouché d’un récit à la hauteur des mythes fondateurs des grandes civilisations. Rien de moins.

Alors je vais chouiner, je vais rouspéter, je vais grogner, mais au final, sincèrement, on s’en fout. Si du point de vue du cinéma « Le Réveil de la Force » est discutable, sur tout le reste, cet inexplicable et impalpable sentiment de retour au bercail dès l’ouverture du générique, il n’y a rien à dire.

Starwars ce ne sont plus des films, des produits dérivés ou du marketing. Starwars c’est une religion.
Et s’il arrive que le prêche ne soit pas à la hauteur du mythe, l’essence, elle, vit en nous, et nous lie en un tout unique.

ATTENTION, CE BILLET A BASCULE DU COTE OBSCUR DU SPOILER

Beaucoup d’encre numérique a été versée sur le champ de bataille qui fut l’annonce du rachat de Lucasfilms par Disney. Pour résumer l’argument le plus fréquemment entendu sur le sujet (entendu encore aujourd’hui, d’ailleurs), il semblait alors acquis que Disney allait rendre Starwars tout niais et plein de bons sentiments alors que fuck it, Starwars c’est tellement BAD ASS…

On craignait sans doute de voir Starwars se peupler de princesses niaises :









De compagnons choupi « comic relief » :








Bref, de toutes ces choses que l’on n’avait pas du tout dans Starwars avant et qui à cause de Disney, qui est LE MAL, SATAN, et tout un tas d’autres choses pas cool encore, allaient pourrir cette postlogie de l’intérieur.

Appelons les choses par leur nom, ceci était un bashing pur et simple, fondé sur un anti-Disney primaire, pas toujours argumenté, ni justifié d’ailleurs.

Etrangement, l’annonce de JJ Abrams à la réalisation en a rassuré beaucoup. Comme si le fait d’avoir mis en boite deux « Star Trek » lisses comme des bidets et à la ramasse question mise en scène était une garantie qualité suffisante. Quand je pense que Brad Bird a refusé cet Episode VII pour ne pas compromettre d’avenir de son « Tomorrow Land », j’en ai encore des frissons dans le dos…

Loin de la crise de panique générée par l’annonce de la vente de la plus grosse franchise de tous les temps à Disney, « Le Réveil de la Force » est en définitive exactement ce à quoi on pouvait s’attendre.

Imparfait question écriture mais sans prise de risque question ambiance et ligne directrice, cet Episode VII épouse les contours de la trilogie sans trop sortir de son sillon. On comprend la prudence des auteurs et des studios, assez finauds pour piger que quand le public vient voir un « Starwars », c’est pour retrouver l’ambiance de la trilogie d’origine et pas d’une prélogie qui fait désormais consensus contre elle.

Autre raison de cette fidélité troublante, l’idée de refaire la trilogie pour un public qui a toujours eu pour point d’entrée dans cet univers la prélogie, et qui a du mal à s’immerger dans les épisodes IV, V et VI, trop vieux pour permettre à des gosses nés fin 90 début 2000 d’y voir autre chose que des images tournées pendant la préhistoire.

Je sens déjà la protestation des vieilles barbes monter, arguant que ces jeunes sont vraiment trop cons de s’arrêter à des effets spéciaux datés franchement, petits incultes blasés !

J’invite les volontaires à me dire si ils iraient tous gaiment se mater « Les Nibelungen » de Frizt Lang. Et s’ils sont la malhonnêteté de me dire « OH BEN OUI ALORS », à me dire si ils l’auraient spontanément fait entre leurs 15 et leurs 25 ans. Sans appréhension, sans y aller un peu à reculons, sans se dire « je le fais par curiosité intellectuelle » et pas « je vais trop m’éclater à regarder un film muet en noir et blanc !!! ».

L’exemple est un peu extrême, mais il illustre un fait : il peut être difficile de s’impliquer totalement dans un cinéma plus limité techniquement pour une simple raison, notre habitude quant au langage cinématographique dans lequel nous avons été élevés.

Le langage n’est pas un critère de qualité pour un film, mais il peut être une barrière si on n’en est pas familier, et pire encore, si on le comprend mal, ou pas du tout.
« Le Réveil de la Force » est un remake déguisé, mais un remake tout de même, supposé reprendre la recette du succès intersidéral de la trilogie qui a marqué toute la culture populaire mondiale, afin d’en livrer une version qui soit immédiatement accessible au public d’aujourd’hui. Et qui fasse un gringue MONUMENTAL à ceux qui ont grandi avec la trilogie, bien évidemment.

Et c’est ainsi que pour « Starwars » on reprit exactement la même formule que pour « Jurassic World » : un remake déguisé, et roule, ma poule.

N’oublions pas non plus une vérité absolue : les gens iront plus facilement vers ce qu’ils connaissent déjà. Ce fait établi se retrouve en tout ou presque : lectures (on aime un style de roman, on sera plus frileux à en essayer un autre), nourriture (qui tente des expérimentations gastronomiques la fleur au fusil ?), même dans nos relations sociales, nous irons spontanément vers ceux qui nous ressemblent, ont les mêmes centres d’intérêts. Il en va de même au cinéma. Aussi faire un « Starwars » à l’ancienne racontant la même chose que les premiers épisodes c’est l’assurance d’offrir au public une place pour sa zone de confort.

Le remake déguisé poursuit donc deux objectifs, à la fois celui de la facilité, en devançant les attentes du public (et par ricochet, en l’éduquant à ne plus en avoir. RIP la créativité), et conquérir avec une vieille recette, un nouveau public, séduit par sa version revisitée.

C’est ce même principe que celui qui présidé au reboot de « Star Trek » et de là, il n’y avait qu’un pas vers JJ Abrams que Disney a choisi de faire.
Le gars, rien à dire, il connait son métier. Enfin la base. Après, il n’a pas de talent, mais il admire ENORMEMENT ceux qui en ont. Pour oublier, il se nous saoule avec des lense flares tout en se pâmant dans la contemplation de ses prestigieux aînés.

Contrairement à ce que ce je pourrais laisser penser, j’ai de l’affection pour JJ Abrams. Parce que je pense sincèrement qu’il sera éternellement reconnaissant à des mecs comme Spielberg et Lucas d’avoir bercé son enfance sans parler de lui donner l’envie de devenir réalisateur à son tour. Et parce que je crois aussi qu’il fait ce métier pour rendre ce qui lui a été donné, mais que faute de talent, un manque dont il a pleinement conscience, il ne peut exprimer sa gratitude que d’une manière, la révérence et l’expression de sa nostalgie. Prenez son projet original (chez lui ça se compte sur un doigt d’une main) « Super 8 », qui baignait complètement dans ce bouillon nostalgique sans jamais fonctionner à un autre niveau.

En partant de là, il n’y avait guère de crainte sur sa totale subordination à l’esprit d’une trilogie qui l’a sans nul doute captivé quand il était enfant. Sûr que son « Starwars » sera respectueux, décalqué de l’original, et surtout sans aucune prise de risque. JJ Abrams sait qu’il n’en a pas les moyens, alors plutôt que de commettre un faux pas, il va se contenter de livrer une copie très propre, très conforme au cahier des charges fixé par Disney, à savoir un remake déguisé de l’Episode IV.

JJ Abrams était un choix censé. Avec lui, garantie d’avoir un nom connu, et zéro risque ou de prise de liberté artistique.
Le hic, c’est que cela nous prive aussi de ce qui faisait justement partie corps et âme de « Starwars », de l’Episode I à l’Episode VI, à savoir ces moments forts et inoubliables.

Parce que malgré tout ce que l’on peut penser de la prélogie, réalisée par Lucas, elle contenait des moments qui auront su me marquer. Certes, la qualité générale laisse à désirer (euphémisme) mais la prélogie est émaillée de vrais temps forts, des scènes percutantes caractérisées par leur impact émotionnel.

Prenez la manière dont la course de pod et ses enjeux étaient amenés dans le pourtant très discutable Episode I. Ou de quelle façon l’arène de l’Episode II marque un point de non-retour dans la romance pourtant insupportable entre Anakin et Padmé (sans parler du fait que cette scène est également un pivot dans l’histoire, avec la première utilisation de l’armée des clones par la République). Et repensez au duel final sur Mustafar entre Obi Wan et Anakin, sanctionnant la chute de ce dernier, même si celle-ci a été écrite de manière au mieux risible, au pire, affligeante.

Je suis malheureusement sortie de cet Episode VII sans avoir été obsédée par une scène en particulier, que cela soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Je n’arrive pas à voir la poursuite entre les chasseurs Tie et le Faucon Millenium sur Jakku comme un de ces temps forts.

Ceux-ci ont été remplacés par des citations ou du fan service comme l’arrivée de Han Solo et Chewbacca, l’entrée en scène de Leia (j’ai été très déçue, George…ELLE NE RALE PAS UNE SEULE FOIS DU FILM !!!!!! Faut accuser qui ? Les scénaristes ? La ménopause ? Rendez-moi ma princesse !!!), ou cette référence SUPER MOLLE DU GENOU à la Cantina ! (j’en profite pour saluer mon Cantina Band sous-marin et leur dire que j’ai perdu la vidéo de leur concert exclusif)

Est-ce vraiment un mal ? Oui et non.

Disons que dans l’ensemble, j’ai été plutôt satisfaite de ce que j’ai vu. Je n’avais aucune attente pour ce film, difficile d’être déçue alors…
« Le Réveil de la Force » est un divertissement qui fait le job. Je ne me suis pas ennuyée, j’ai rigolé par moments, parfois aux dépends du film c’est vrai (« Je suis tenté par le côté lumineux de la Force » => DAFFUQ mec ?), le seul ventre mou à déplorer reste le passage chez Maz Kanata qui aurait gagné à être plus court.

Esthétiquement, JJ Abrams a parfaitement su restituer le lustre des épisodes IV à VI (au niveau du son par contre : la GROSSE DECONVENUE LES GARS), à grand coup de pellicule « c’était mieux avant », de maquettes et décors en dur « c’était mieux avant », et d’effets numériques qui parviennent à se fondre dans l’ensemble (parce que c’est mieux maintenant, les CGI en fait…). La démarche est ici moins artistique qu’opportuniste, puisque, ne nous voilons pas la face, elle est surtout destinée une fois encore à rassurer le public échaudé par les effets spéciaux de la prélogie.

Quant à la 3D, sa plus-value est nulle car si elle est propre, elle ne se double jamais du moindre effort de la part de la réalisation pour en faire usage autrement que pour des effets de manche. Lesquels sont, dans le contexte ici présent d’un film de divertissement, sympathiques et appréciables.

Par contre, et là, je suis très déçue, Monsieur Lawrence Kasdan le scénariste « caution qualitay » de cette postlogie : soit tu t’es laissé débordé par le petit JJ, soit tu es devenu trop vieux pour ces conneries parce que, nom de Zeus, ça patine régulièrement dans la choucroute ton boulot.

Florilège « personne n’a relu le scénario avant de commencer le tournage » :

L’arrivée de Han Solo et Chewbacca :
« –Surprise bitch !
Han Solo ? La légende de la piraterie de l’espace ? Mais comment se fait-il que vous soyez ici présent de manière tout aussi téléphonée qu’elle n’a pas de sens et qu’elle est capillotractée ainsi que prétexte à une grosse scène de fan service qui fera de l’effet dans un teaser ?
… Euuuuhhh… »

Le dialogue qui n’a pas de sens :
«-Poe Dameron ! Tu es défavorablement connu des services de police du Premier Ordre pour être le meilleur pilote de toute la Résistance ! Or, moi, j’ai besoin d’un pilote !
Je suis ton homme !
Quel genre de vaisseau sais-tu piloter ?
Tous ! Mais avant d’aller plus loin, petit stormtrooper, dis-moi, pourquoi m’aider ?
Parce que c’est mon devoir !
(<= note, cette réplique dans le contexte n’a aucun sens. AUCUN.)
Ok ! Alors tu viens de te trouver un pilote !
AHBONSANSDECONNER  »

Magnifique exemple d’écriture avec les pieds, avec un personnage qui en deux échanges avec un autre, a déjà oublié pourquoi il était venu le chercher en premier lieu.

Le «trou noir qui aspire des informations essentielles de l’esprit des héros » :
«-Tu sais où est la base de la Résistance ?
Londres !
Finn, sans déconner.
Bon ben, Caluire alors !
Aller, te fiche pas de moi.
Ahah, ahem… tousse Eh, le droïde, tu veux pas me dire où ça se situe, la base de la Résistance ?
bruits de droïde
Ok, v’là tes coordonnées, contente ? »

Et 5 minutes plus tard…

«-On doit apporter ce droïde à la Résistance !
Pigé p’ti gars ! Je connais une amie qui pourrait nous aider.
Merci, M’sieur Solo ! Sans vous on était bien embêté tout de même… »

Finn, Rey… Je sais pas quel type de Force est puissante en vous mais c’est certainement pas celle de la mémoire à court terme parce que vous les avez, les coordonnées. Pas besoin d’aller faire un crochet sur Cantina, il suffisait de prendre directement la route de la base.

Souci majeur de ce scénario, qui comptait pourtant la plume de Lawrence Kasdan, scénariste sur la trilogie, dont la présence rassurait les fans de la première heure sur la qualité de cette postlogie, celui-ci est aussi rafistolé de tous bords que… Au hasard, n’importe quel film issu de la franchise « Avengers ». La seule chose qui sauve concrètement l’édifice d’être une accumulation de péripéties oubliant de développer ses personnages et son univers, c’est le poids du dit univers et la structure calquée sur le percutant et très efficace épisode IV. Mais dès que l’on sort de là, on patine, on se cherche, et on résout les problèmes par des pirouettes paresseuses. Le ventre mou évoqué chez Maz Kanata est justement l’illustration parfaite de cette incapacité des scénaristes à faire autre chose que de l’explication de texte dès lorsqu’il s’agit de poser des éléments de background ou de construction de personnage (le laborieux flash-back de Rey quand elle s’empare du sabre…)

Autre point faible du film, et là, j’ai du mal à être indulgente : KYLO FUCKIN’ REN.


Quand je pense au shitstorm généré par ce sabre…

Il s’est passé quoi dans vos têtes les gens sérieux ?
Déjà le mec se traine une tenue qui ressemble à un cosplay cheap ET foireux de Dark Vador, chose qui j’imagine, sert quelque peu son côté wanabee a Sith lord. Je me dois d’ailleurs d’ajouter que sa gaine en PVC ne contribue pas franchement à renforcer son aura de terreur.
Mais bon, sous le bon éclairage et si l’on n’est pas trop regardant, il tient vaguement la route, à condition qu’il garde son masque. En dessous, y’a Adam Driver coiffé comme Farah Fawcett. Le côté obscur des ’70.


A sa décharge, son vrai nom est Ben Solo. BEN SOLO… Pas étonnant qu’il est pris un pseudonyme et basculé du côté obscur (j’espère que la suite nous apprendra qu’il s’apelle en réalité Obi Wan et que Ben n’est que son diminutif…)

Passe encore la dégaine plus loser from outter space tu meurs. Parce qu’il y a l’attitude générale aussi. Le mec est moins proche de feu son papi que d’Angron, vous savez ce primarque dans Warhammer 40 000 qui s’énerve pour un rien :

«-Chef ! Le droïde nous a échappé !
UTAINDEERDE TRO LE SEUM COMEN CHUI TRO BLASE JE CROIS QUE JE VAIS DÉTRUIRE CETTE SALLE DE CONTRÔLE RAAAAAAAAAAAAAAAAAGE §§§§§§§§§ »

«-Chef ! La prisonnière s’est enfuie !
SURLAVIEDEMAMERE JE VAIS DÉFONCER CE FAUTEUIL !!!! »

«-Chef, vous avez cassé votre biscotte !
BORDELDE*ERDE J’AI BESOIN DE FIBRES JE VAIS DÉTRUIRE CE GRILLE PAIN !!! »

Ajoutez à ça la scène trop emo tavu où il se réfugie dans sa chambre devant le casque de Vador pour chouiner sur « le côté obscur c’est trop dark tmtc, je sens l’appel du côté lumineux, G lé grosses bouliches ». Il manquait deux trucs à cette scène : des posters de propagande d’époque impériale rappelant la grandeur de son pépé, et un fond sonore type Kyo, ou n’importe quoi d’autre qui sonne tro torturay #Biactol#trürebelz#aujourd’huilescooterdemainlaharley.

Alors oui, Kylo Ren est conçu pour avoir le cul entre les deux chaises de la Force. On sent même qu’il est le chainon manquant de l’histoire de Vador.

Lequel était tout de même dans la trilogie le méchant le plus iconique de l’histoire après Adolf Hitler (cherchez plus estampillé dark lord que ces deux-là, pour voir), tout ça pour devenir dans la prélogie un ado 50% torturay 50% demeuré, 100% « cay le dernier ki parle qui a réson ! ». Dire que sa chute du côté obscur avait été foirée dans l’épisode 3 est un doux euphémisme.

Or, j’ai l’impression que Kylo Ren existe justement pour combler ce manque, pour raconter ce moment où Anakin, au service de l’empereur, lutte entre ses convictions et l’attrait du côté obscur. Une phase de conflit qui visiblement n’intéressait pas George Lucas (c’est dommage, c’est précisément ça, le cœur de ton sujet sur la prélogie…), et que Abrams et Kasdan ont eu à cœur de raconter ici.

Maladroitement cependant car le jeune Kylo s’avère tout sauf un antagoniste crédible. Cela tient à une écriture pas toujours des plus pertinente et à des non choix de mise en scène n’iconisant jamais sa figure comme celle de l’antagoniste majeur.

C’est simple, si vous comparez par la seule mise en scène les traitements de Kylo Ren et du capitaine Phasma, vous pourrez constater que l’image leur accorde une importance similaire (et Dieu seul sait si Phasma est le gros FAIL cosmique de ce film, en passe de remporter l’Oscar du personnage secondaire le plus inutile de tous les temps).

A titre de comparaison, essayez de vous souvenir de l’entrée en scène de Kylo Ren dans l’Episode VII. Et souvenez-vous ensuite de ceci.

Le souci d’iconisation ne touche pas que Kylo d’ailleurs. C’est un peu là que le bât de cette postlogie blesse. Un défaut auquel il fallait s’attendre, compte tenu du choix du réalisateur.
Si George Lucas n’a jamais été un grand réalisateur, il a su à l’époque comprendre le sens et la puissance des symboles. Là où il injectait une structure classique des contes et légendes pour frapper son public dans des références et motifs narratifs intégrés et appréciés depuis la nuit des temps, JJ Abrams ne fait que reprendre à son compte l’imagerie qui lui est associée : la quête vers Luke Skywalker, la malle renfermant un trésor… Mais ces références ne sont que des citations, certes à propos, mais désincarnées.

Abrams est un metteur en scène habile, qui connait son métier et rend toujours des copies propres (enfin, presque propres parce que c’était un peu le festival des faux raccords pendant 2h15…). Simplement, sorti de ce travail bien mené, il n’a pas la capacité de transcender son propos et d’amener son film sur un terrain plus ambitieux.
Lucas, sans doute moins bon que lui sur la technique et moins efficace quant à l’écriture (la prélogie l’a démontré. Trois fois.), a cependant cette conscience du poids et de la puissante des symboles qui sont les ressorts de l’aura incroyable de la trilogie originale.

Si l’on y a gagné en termes de décorum et si cette postlogie adhère au maximum à l’ADN des premiers films, on y a malgré tout perdu au passage ce qui habitait les films originaux. La faute à pas grand-chose, à ce manque d’iconisation, d’image symbole, d’instant contemplatif.

Mais le plus grave, la chose plus WTF encore que le brushing de Kylo Ren reste encore la Force.

Sans déconner, pauvre pauvre Force… Est-ce qu’on peut la laisser tranquille deux minutes bon sang ? Après les midichloriens de la prélogie, on pensait avoir vu le pire, et franchement, le début du « Réveil de la Force » rassure presque car on sent que JJ Abrams a voulu revenir aux fondamentaux en conservant l’idée de l’énergie mystique.
Sauf qu’il se plante en route de manière magistrale.
En se méprenant sur la nature de l’énergie en question.
Alors assieds-toi JJ et écoute moi bien : la Force n’est pas un putain de pouvoir magique.
« La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie crée par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie en un tout uni. » Obi Wan Kenobi.


Eddy Malou, en faveur de la congolexicomatisation des lois de la Force depuis 1999

En tout cas ce n’est pas un « pouvoir » que l’on sort de son fondement au besoin comme le fait si bien Rey lorsqu’elle se trouve en mauvaise posture (« Harry Potter à l’Ecole de la Force », Episode VII).
Il a fallu 3 épisodes à Luke pour parvenir à se dépêtrer à moitié de l’enseignement d’Obi Wan et de Yoda, ce qui en fait une demie ouiche lorraine ne devant la vie qu’au fait que son père était son seul antagoniste sérieux et qu’il ne voulait pas le tuer (ça et le l33t sk1ll des stormtroopers au tir).

Mine de rien, c’est tout ce qui faisait l’intérêt même des Jedi que JJ Abrams ET LAWRENCE KASDAN (et ça, ça fait mal) ont balancé aux ordures. « Starwars », tel que conçu par George Lucas était la quête initiatique de Luke, et sa maîtrise progressive (mot clé !) de la Force n’était rien d’autre qu’un cheminement intérieur, une lutte contre ses propres démons, afin d’atteindre un état d’illumination. La dimension mystique et philosophique de la Force est consubstantielle de l’univers « Starwars » mais ceci a visiblement échappé à Abrams et Kasdan (un commentaire pour ces deux génies, seigneur Vador ?).

Du coup, la Force maintenant c’est un pouvoir magique que n’importe qui peut maitriser s’il y croit krékré fort, ce qui n’a aucun sens. Notez que cela aurait été tout aussi bullshitisant mais pour le coup plus logique si on avait vu Rey dès le début du film utiliser la Force pour faire des trucs et des machins.
Ici, le seul signe avant-coureur dont on dispose est son habileté en mécanique et en pilotage, ce qui en fait SPOILER EN MOUSSE une Skywalker à coup sûr. Une idée saugrenue sans doute venue du fait qu’Anakin et Luke étaient présentés comme des mécanos super forts en course de vitesse.
Ce qui fait de n’importe quel pilote de course amateur un Jedi en puissance. C’est balaise.

Mais moins quand même que sa capacité à tenir en respect Kylo Ren dans un duel au sabre laser quand on sait que elle a pour toute expérience des coups de bâtons mis dans la gueule des extraterrestres de Jakku et que lui a été formé depuis son plus jeune âge par Luke Skywalker.

Et quitte à aller toujours plus loin dans le n’importe quoi, penchons-nous une fois de plus sur le cas de Kylo Ren « tenté par le côté lumineux »….
Allez, dites-le les mecs, vous avez laissé entrer Bobby, le neveu de JJ, dans votre salle d’écriture et c’est lui qui a écrit cette ligne improbable : « OMG c’est affreux, je suis tenté par le côté lumineux, c’est plus fort que moi je ressens l’irrépressible envie de faire régner la justice et d’aider les vieilles dames à traverser ! »

Non. NON. Ça n’a aucun sens. On n’est pas « attiré » par le côté lumineux. On est du côté lumineux et on doit lutter en permanence pour ne pas succomber au pouvoir du côté obscur. C’est ce pour quoi l’entrainement et le code des Jedis sont si exigeants.
Parce que s’il suffisait de tenter les Siths avec le côté lumineux pour les faire basculer du bon côté de la Force, il aurait suffi de les combattre en leur montrant des photos de chatons ou en leur offrant un plat de pâtes au parmesan.

Paf, deuxième erreur de la part de la team JJ/Lawrence liée à une relecture complètement demeurée de la nature de la Force.
Sans doute se sont-ils dit « oh ben à la fin du « Retour du Jedi », Dark Vador sauve la vie de Luke c’est bien qu’il est revenu du côté lumineux ! » => parce que Luke est son fils. Ça aurait été Jean-Michel La Force, il aurait laissé l’empereur le rôtir façon transformateur EDF sans lever le petit doigt. Anakin ne revient pas du côté obscur parce qu’il a été séduit par le côté lumineux du brushing de Luke mais parce qu’il n’a pas pu regarder son fils mourir sous ses yeux sans rien faire. L’amour, bande de plows. L’AMOUR, sentiment prohibé par le code de l’ordre. C’est cela qui a changé la donne à la fin. Un sentiment extrême dont se nourrit le côté obscur.

Plus j’écris, et plus je me dis que je suis trop dure. En même temps, c’est pas de ma faute si le film sent à plein nez le musée érigé au souvenir de la trilogie. Au point qu’on peut difficilement lui trouver une identité propre un peu comme la région Centre. Si.
Autant la prélogie faisait le job à ce niveau, autant ici, on se contente de nous remettre tout ce qui était dans le premier run. La seule innovation restant le modèle BB-8, nouveau type de droïde qui semble avoir remplacé les unités R2 à bord des X-Wings.
Tu parles d’une évolution…
« Non mais tu plaisantes, j’espère ! Nous on venait voir du « Starwars » à l’ancienne ! Pas la croute numérique de Lucas façon prélogie !!! »

Certes mais refaire un film à l’ancienne en proposant quelque chose de nouveau, ce n’est pas non plus impossible. En regardant ce film, j’ai surtout l’impression que ce que sur le moment j’ai pris pour un atout est en fait un défaut majeur, qui tire la qualité de l’ensemble vers le bas : aucune créativité ne ressort de ce film très pauvre question imaginaire. Un comble quand on parle de « Starwars ».


Oh et quelqu’un aurait-il l’obligeance de m’expliquer pourquoi on a laissé en paix les rides d’Harrison Ford mais que Carrie Fisher est tellement photoshopée qu’on dirait sa statue au musée Grévin ??

Prenez la prélogie. Son action s’achève 20 ans avant le début de l’Episode IV. A l’écran, le passage du temps se voit. Les vaisseaux ont des allures différentes, ainsi que les costumes. L’ensemble de la direction artistique tentait de conserver les fondamentaux de cet univers tout en cherchant à lui trouver un style visuel propre.
« Le Réveil de la Force » se déroule 32 ans après la fin de l’Episode VI et rien n’a changé dans l’intervalle. Personne n’a visiblement fait l’effort de penser à modifier le look des chasseurs Tie ou des X-Wings. Encore moins à les remplacer par une nouvelle génération de modules de combat.
L’important, c’est que le fan se retrouve comme à la maison, avec les pantoufles et le feu dans le cheminée. C’est très gentil pour lui. Mais c’est un peu affligeant dans une production de cette ampleur appartenant à un genre apte à enflammer l’imagination de tout un département créatif.
Sans rire. Même les costumes de Han et Leia sont identiques à ceux qu’ils portaient dans la première trilogie.

Première trilogie dont le statu quo semble inchangé dans cette postlogie, enfin je crois, parce que j’ai eu du mal à saisir la subtilité de la géopolitique galactique.
Si je résume, depuis la chute de l’Empire, on a le Premier Ordre, et la République, qui soutient la Résistance dirigée par le général Organa (« LA générale » => NO. WAY.).
J’imagine (il le faut parce que le film passe à la vitesse de la lumière sur le sujet) que la galaxie est en quelque sorte coupée en deux entre les planètes retournées dans le giron de la nouvelle République et celles qui sont encore sous le contrôle impérial du Nouvel Ordre. Et que la Résistance est née dans ces systèmes, soutenue de loin par la République.
Mais visiblement, la marche de la galaxie intéresse moins nos potes scénaristes que l’envie de nous remettre exactement la même chose que dans l’Episode IV, en tablant sur le fait que le public va de toute façon y reconnaitre la structure et les enjeux de « Un Nouvel Espoir », ce qui le rendra si joyeux qu’il en oubliera de se demander si « Le Réveil de la Force » tient debout tout seul.

Encore une fois, si c’est le cas, c’est parce qu’il suit le fil directeur d’une histoire écrite par un George Lucas en état de grâce il y a plus de 35 ans.

Et aussi parce que malgré tout, JJ Abrams à force d’imiter les meilleurs, réussit à souvent, dès lors qu’il s’agit d’introduire un personnage, à le cerner en quelques plans sans la moindre ligne de dialogue. On peut penser ce que l’on veut de leur développement (c’est de la merde), mais les présentations respectives de Rey et Finn sont diablement efficaces. La solitude et l’attente de la jeune femme sont parfaitement bien exprimées et permettent de comprendre (sans ce flashback pourri en diable) pourquoi elle s’acharne à survivre sur Jakku. Quant à Finn, l’idée de le marquer avec du sang s’avère excellente puisqu’elle permet à la fois de le repérer aisément parmi les autres troopers, tout en exprimant visuellement son tourment : au milieu de ses camarades en armure immaculée, Finn est le seul à arborer, donc à assumer le poids du sang versé.


Les scénaristes sont passés à côté de la réplique la plus lolz de tous les temps lors du dialogue entre Finn et Poe dans le chasseur Tie :
« –Tu sais tirer ?
Bah non chuis un stormtrooper 🙁  »

A contrario, JJ Abrams est aussi le mec qui se foire complètement sur la mise à mort de Han Solo, une scène sans tension, sans émotion autre que « byebye Harrison » (et l’envie de fredonner la piste « The Bridge of Khazad Dum », aussi… JJ, ton « hommage » était si grossier…). Une mort tellement mal amenée parce qu’intimement liée au destin d’un personnage particulièrement mal écrit (Kylo Ren). Une mort dont le film se fout d’ailleurs au point de laisser totalement le plus vieux et fidèle compagnon du contrebandier sur le carreau lors du retour à la base. Pleurer avec Chewbacca semble en effet moins important pour Leia que de le faire avec Rey qui connaissait Solo depuis moins d’une semaine. Epic fail à l’écriture, les gars…

La scène finale aurait pu conclure le film sur une note correcte, mais j’ai été un peu claquée par ce plan carrément hideux avec la caméra qui tourne autour de Luke et Rey alors que le champ contre-champ qui avait précédé était largement suffisant (même s’il aurait gagné à être moins long). Sans déconner, faire tourner un hélico autour de Rey et Luke aboutit à 1) un mouvement de caméra inutile et complètement en rupture avec tout ce qui a précédé, 2) une image dégueulasse, qu’on jurerait shootée sur une péloche de la guerre du Vietnam tellement c’est sale.

« Le Réveil de la Force » n’est au final qu’un film musée de l’Episode IV qui atteint son objectif : amener le public dans sa zone de confort.
La créativité est aux abonnés absents, ce qui est d’autant plus dommageable que JJ Abrams a très bien su restituer l’emballage qui a tant marqué la culture populaire. Mais en oubliant d’innover, il prive son Episode VII d’être mieux qu’un remake déguisé.
Certes, le spectacle est là, on ne va pas bouder son plaisir non plus, mais cela laisse un peu songeur quant à la suite. Qui sera réalisée par Rian Johnson, lequel a officié sur « Breaking Bad » et s’est fait remarquer avec son long métrage « Looper », un travail intéressant.
Pas que j’ai grand espoir de voir un brutal bond qualitatif, mais sait-on jamais…

Film de Noël destiné à en mettre plein les yeux et à faire plaisir à son public, « Le Réveil de la Force » réussit néanmoins là où l’Episode I avait échoué, mais ne parvient pas à être autre chose qu’une œuvre sans surprise ni talent. C’était prévisible depuis l’annonce de l’arrivée de JJ Abrams aux commandes du projet.
Ni enthousiasmant ni décevant (si l’on ne s’attendait à rien sauf à du JJ Abrams revisitant George Lucas), « Le Réveil de la Force » fait son job : divertir. L’émerveillement ne vient au final que de l’injection massive de nostalgie, soit l’écueil que se prend en pleine face tout reboot/remake de franchise. C’est cela le plus dommage.

Le plus dommage, c’est aussi le score pour neurasthénique pondu par un John Williams que j’ai senti très peu concerné par son travail. John, être vieux n’est pas une excuse, t’as encore de sacrés beaux restes, papi !
J’en ai tout de même été jusqu’à me demander s’il n’aurait pas mieux valu faire appel à son padawan, Michael Giacchino. Le type est à 200% d’obédience Williamsienne, et il a démontré qu’il savait parfaitement gérer ce type de production (entre autre sur « John Carter », « Jupiter », « Star Trek » ou « Les Indestructibles »). Compositeur attitré de JJ Abrams, Giacchino sait composer de très beaux thèmes mélancoliques (son style aurait été comme un gant pour créer quelque chose de marquant pour Rey, par exemple, ou Kylo Ren). C’est d’ailleurs souvent à lui que l’on doit l’injection d’un peu d’émotion dans le travail d’Abrams (« Super 8 » fonctionne essentiellement à ce niveau grâce à sa bande originale). Je pense qu’il aurait été à la hauteur du défi et que son travail aurait pu contribuer à combler une des grosses lacunes du film : son environnement sonore. L’identité sonore de Starwars est très forte mais ici compromise par une mauvaise gestion des sons (c’est le bordel tout le temps…) et l’absence d’une bande originale suffisamment forte. Pour le coup, la prélogie reste très supérieure à ce «Réveil de la Force ».

Voyez, une fois encore, le film pêche par un manque cruel de créativité, se contentant de recycler les vieilles recettes sans leur accorder l’âme dont elles ont besoin pour que la magie renaisse. Une nouvelle fois, nous nous retrouvons avec une franchise geek à l’emballage clinquant mais dont le peu de fond demeure une négation de l’univers dont elle s’inspire. « Le Réveil de la Force » n’est qu’un énième film paresseux entièrement bâti sur la nostalgie et donc, l’indulgence des fans. Et qui capitalise sur le fait que les autres se voyant servir la même soupe que d’habitude la goberont sans trop se poser de questions.

Note :
Jar Jar Binks

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