Satan m’habite

Attention, feel good movie incoming.

Mais pas dans le sens que vous croyez. 2015 a été un cru assez sympathique, tout bien considéré, ne serait-ce qu’à cause de « Mad Max Fury Road » qui à lui seul a relevé le niveau de l’ensemble de l’année.

Le niveau et le moral de toute personne qui attache un minimum d’importance à ce truc tellement surfait de nos jours : la MISE EN SCENE bon sang de bois, LA MISE EN SCENE.
Négliger cette dernière au cinéma c’est à peu près aussi logique que de négliger la discrétion quand on est espion, la cuisson des viandes quand on participe à « Top Chef » ou la présence d’une paire d’aile sur un avion long-courrier. D’ailleurs, si George Miller n’est pas sacré meilleur réalisateur aux prochains Oscars, je préviens, je hurle. Je hurlerai aussi quand l’Âcâdémie lui sucrera celui du meilleur scénario (j’entends déjà les « ohlol le scénario de « Fury Road » PTDR » d’une partie de mon lectorat. Attendez mon billet vous… ATTENDEZ… (« Ca fait 10 ANS qu’on l’attend !!! » => je peux fermer ma parenthèse ? Merci). Accessoirement, j’estime qu’il lui faut aussi le meilleur film, au moins une nomination pour Tom Hardy (SI.), une statuette pas conquise à grand coup de stratégie honteuse style « j’ai pris 10 kilos pour ce rôle et porté un dentier » pour Charlize Theron, et une pour Nicolas Hoult ou Hugh Keays-Byrne.
Une palanquée de récompenses techniques, rien pour la bande originale et un meilleur film là-dessus.

Et si « Régression » d’Alejandro Amenabar pouvait récupérer au cœur de ce hold up quelques nominations, alors je serai vraiment ravie.
Parce qu’à un tel niveau de maîtrise, l’Ibère du concours mérite tout notre respect. Une fois encore. A chaque film, Amenabar prend de nouveaux risques, modifie sa manière de raconter, se frotte à des nouveaux sujets, tous aussi exigeants les uns que les autres.
« Agora », reste encore maintenant un des plus beaux films que j’ai jamais vu, une œuvre d’une densité folle, qui aujourd’hui plus que jamais s’avère essentielle, tant elle épouse les dynamiques qui nous oppressent.

Après quelques années à manger des tapas en réfléchissant à son prochain chef d’œuvre, Alejandro Amenabar, fer de lance de ce cinéma espagnol que la France entière devrait envier si elle n’était pas littéralement hypnotisée par Kev Adams, revient, avec un film qui se donne presque l’air de n’être rien du tout.
Mais qui, garanti sur facture, s’avère être un sacré tour de force.

Buttholeton, dans le comté de Bullshit. Quelque part dans l’Amérique Profonde, dans les années 80. En automne.
Grosse ambiance ce matin au commissariat où un redneck consanguin local vient de passer aux aveux : il a abusé de sa fille, Hermione Granger, qui vit désormais retranchée dans une église. Assisté du docteur en psychologie Remus Lupin, l’inspecteur Ethan Hawke mène l’enquête pour démêler le vrai du faux entre traumatisme familial et souvenirs refoulés.
Mais contre toute attente, de cette histoire tristement glauque et banale, commence à émerger quelque chose de plus sombre, de plus inquiétant. Et qui n’a rien à voir avec le fait que j’ai claqué une grosse blague bien éculée sur la présence au casting de deux acteurs de « Harry Potter ».

Je plaide coupable concernant le retard criminel de publication de ce billet, « Régression » ayant quitté depuis longtemps les écrans. A ma décharge 1) je ne savais pas par quel bout prendre ce film et comment en parler sans vous gâcher l’expérience, 2) est-ce que c’est vraiment de ma faute si ce bijou a été vendu n’importe comment avec un nombre bien trop limité de copies ??

Malgré sa forme plus classique et son genre, le thriller, « Régression » se situe dans la continuité logique d’ « Agora », explorant des thèmes similaires, les croyances, de la masse et de chacun, leur fragilité et leur remise en question. On y trouve aussi ce qui infuse la filmo d’Amenabar depuis « Ouvre les Yeux », à savoir le jeu autour de l’identité, et la manière dont l’individu se construit (on se souvient de Davus, l’esclave, dans « Agora », qui incarnant cette quête, aussi puissamment retranscrite à l’écran que celle de sa maîtresse autour du mouvement des planètes).
« Régression » nous amène donc en terrain connu, et si Amenabar adopte un style visuel moins puissant, plus terne, c’est pour favoriser ici la création d’une ambiance poisseuse, glauque, tellement misérable et nauséeuse que l’intrusion des éléments fantastiques est peu à peu vécue comme une échappatoire par le public. Peu importe en effet que cette progressive colonisation se fasse au prix de vision dérangeantes et malsaines, si c’est là tout ce qu’il faut payer pour échapper et surtout justifier la lie dans laquelle on baigne dès le début du film.

Comme il l’avait pas dans « Agora », ou « Les Autres », Amenabar amène avec une apparente déconcertante facilité son public à embrasser la perception de son personnage principal, jusqu’à l’y enfermer, comme lui-même se retrouve pris au piège sa propre affaire.
S’il fallait mettre un gros doigt bien accusateur sur ce qui tache vaguement dans ce film, ce serait en pointant une mise en scène qui, chez Amenabar, semble presque, beware, jeu de mots incoming, régressive, dans le sens où il semble presque remiser par devers lui les fulgurances de ses films précédents pour s’adonner à une réalisation presque terne et convenue.
Apparences que tout cela, puisqu’en fait, du moins, à mon humble avis, Amenabar nous entraine simplement sur un terrain qu’il a scrupuleusement choisi. Les régulières interruptions de ce style par des séquences plus détonantes font rapidement apparaitre « Régression » comme un exercice de style d’une maîtrise absolue. Un petit détail marquant, qui rappelle l’omniprésence des cercles et des ellipses dans « Agora », le décor de « Régression » est peuplé de croix. Je crois que les plans qui n’en contiennent pas peuvent se compter sur les doigts d’une main. Cette accumulation contribue largement à oppresser à chaque instant davantage aussi bien le public que le personnage principal, environné de ce symbole dont la récurrence et l’approximation invitent à s’interroger sur sa nature réelle aussi bien que ce décor constant de croisillons renforce le discours sur l’enfermement des protagonistes.

Motif récurrent chez Amenabar, l’ultime plan de « Régression » se concentre exclusivement sur le ciel, dégagé pour la première fois depuis le début du film. Une simple image, sur un ciel vaguement bleu, qui met quelques secondes à désamorcer la tension du public. Quelques secondes, absolument nécessaires pour redescendre de quelques paliers d’angoisse, et de choc (la résolution de l’intrigue n’apporte ni espoir, ni soulagement, et contrairement aux apparences se révèle plus glauque que le reste du film).
Je pourrais, et je devrais renvoyer dos à dos « Régression » avec un autre film aux ressors cousins, variation sur un exercice voisin, mais le faire reviendrait à vous massacrer le suspens.

Faute de pouvoir continuer à dégoiser sans vous priver du plaisir de la découverte (because, plaisir, il y a, malgré tout ce que je vous raconte depuis le début…), j’arrête là, et je vous demande instamment de songer, dès que possible, à une séance de rattrapage en bonne et due forme.

Note pour la science : j’ai vu « Régression » 20 mn après « Seul sur Mars ». Le contraste en matière de mise en scène était très violent, entre l’échec de Scott à transcrire la moindre ambiance, et la réussite éclatante d’Amenabar en la matière).

Note : ****

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. et ben je vous remercie pas, ladame, à cause de vous, je viens de découvrir qui est kev adams, et ça m’énerve. (sur ce, je continue la lecture de ce billet)

  2. bon. Lu. J’ai à la fois très envie de voir ce film (le billet, la sublime photo de la grange, là) et très pas envie (se miner le moral encore plus? mbu…)

  3. @ Lockeforever : c’est pas du minage de moral. Le film est tellement bien fichu qu’il transcende son sujet plombant. Au contraire, il m’a donné la pêche. Dans le paysage ciné actuel, ce genre d’oeuvre fait un bien fou. Ce qui est déprimant c’est le manque de visibilité qu’on leur offre.

  4. Vu. Bien aimé. Eu peur d’un twist à la chalamayan à la fin mais ouf non.

    Par contre, heu… « plus glauque que le reste du film », z’êtes sûr ? VRAIMENT ?

  5. @ lockeforever : oui je maintiens. Parce que non seulement (no spoil donc mille excuses pour la phrase qui va suivre et qui risque d’être à la limite de l’intelligible) la méthode employée est vomitive (il n’y avait pas un autre moyen pour s’en sortir ? Vraiment pas ?), mais les raisons pour lesquelles la dite méthode est employée sont franchement tristes.

  6. oui, c’est bien l’épisode ou abed se prend pour JC, enfin je crois, j’ai un doute là; y aurait-il pas un autre épisode ou abed fait un docu et résout un truc avec le montage (comme vous avez du kiffer l’épisode halloween, ABBA+zombies, c’est pour vous, ça^^)

    mes épisodes préférés sont celui du dé à 6 face, du premier donjon et dragon (ça donne envie d’y jouer) et les deux premiers paint ball. Perso préférés : britta et troy.

    (pourquoi dans la vie réelle, ça existe jamais, les groupes d’amis super soudés et avec chacun une personnalité différente ? 🙁 )

  7. une autre série qui devrait vous plaire (et si vous la connaissez, c’est un SCANDALE qu vous l’ayez pas billetisée, c’est silicon valley, the office chez les geeks)
    (par contre, parks and recreation, c’est vraiment surestimé, enfin j’ai vu que les 2 premiers épisodes,mais vraiment bof bof, bon…d’un autre côté c’est vrai que je suis pas un sérievore donc pas avec un avis représentatif…j’ai fait une liste de mes séries préférées un jour…j’ai pas du dépasser la vingtaine. Sur vingt-six ans)

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