En toute connaissance de son plein gré.

« Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette
Y’avait le coach et le médecin
Et l’EPO pour être bien
Dans sa malette !!!  »

Chic un film de sport au parfum de scandale, comment je pouvais rater ça ? Et bien de diverses manières. J’aurais pu rester chez moi à jouer à « The Elder Scrolls Online » ou manger un préfou. J’aurais même pu faire ces deux choses en même temps mais j’ai préféré aller au cinéma quand bien même c’était vache maigre à part ce film de Stephen Frears qui me faisait ses yeux de Bambi (le film, pas Stephen Frears) pour que j’aille le voir. Alors je suis allée.
Ainsi, pour toi lecteur baguenaudant encore dans les parages malgré ce long hiatus, tadaaaam, un billet sur un film que tu n’as certainement pas vu parce que visiblement, ça n’intéressait personne.


Parce que tu crois que je balance Yves Montand gratuitement sur la page Facebook toi ?

Grâce à cette somptueuse affiche jaune comme le maillot jaune, le soleil et les films indépendants américains, vous savez donc que « The Program » narre la fabuleuse épopée de Lance Armstrong, un type que déjà à l’époque tout le monde trouvait à baffer mais tu pouvais pas le dire parce qu’il a eu un cancer, et sur lequel désormais ce même tout le monde s’accorde à penser qu’il est vraiment à baffer.
Entre le champion un brin arrogant mais champion quand même et l’ennemi public numéro un qu’il est devenu existe un entre-deux justement exploré par Stephen Frears dans ce qui ne sera pas son meilleur boulot à ce jour.

Lorgnant sur le mode opératoire de « The Queen », Frears choisit la multiplicité des points de vue pour tenter d’y voir à peu près clair dans l’affaire Armstrong/US Postal/Tour de France/OMG alors ils sont tous dopés/ben oui ma bonne dame/décidément alors mais dans quel monde on vit/celui où des mecs grimpent l’Alpe d’Huez à 30 km/h de moyenne et où personne s’étonne avant de tomber de manière inopinée sur un contrôle anti dopage positif.

Bref, l’AFFAIRE quoi.
Qui débute quasi au lendemain de son précédent fameux, celle impliquant l’équipe Festina. Mais tu trouveras toujours des gens pour sincèrement s’étonner des pratiques de dopage dans un sport aussi dur et incroyablement exigeant.
L’idée de Stephen Frears, en se basant sur les rapports de l’Agence Mondiale Anti-dopage est donc de dresser un portrait d’Armstrong, le cerveau du fameux programme ou, au moins, son leader incontesté.
Premier accro dans le script, la fameuse multiplicité des points de vue adoptés.
En soit, l’idée est bonne, puisqu’elle permet de toucher à divers aspects de l’affaire. Mais elle est très mal exploitée, et confine en bout de course à n’être qu’une facilité.
Au centre, Armstrong, qui aurait gagné à être l’unique point d’entrée. En périphérie, un journaliste anglais qui le suit depuis ses débuts et sera le premier à comprendre ce qui se cache sous ses incroyables performances, et Floyd Landis, coéquipier et fidèle bras droit mal à l’aise avec l’idée du mensonge et de la compromission.
A chaque fois, les portraits sont bien dressés, mais ils ne font que tirer l’intérêt que l’on peut éprouver pour le film vers le bas. Le fait est simple. On sait en venant dans la salle que Armstrong se dopait et pour quelles raisons il le faisait. Ce n’est finalement pas tant ses actes qui comptent ici, mais sa personnalité, du moins telle que Frears la représente.
Il livre du fait un personnage principal fascinant, profondément humain dans ses contradictions, et si l’on devait tirer un parallèle entre « The Program » et un autre film, je tendrais à le rapprocher de « Cloclo ». Même combat ici entre un anti-héros oscillant entre ses ombres et la lumière qu’il produit.

Cependant Florent Emilio Siri avait fait le choix de rester la caméra rivée au point de vue de Claude François, alors que Frears s’éloigne régulièrement de celui d’Armstrong. On perd alors de vue ce qui aurait du guider notre approche, son insatiable soif de victoire. A mesure que le film progresse et que l’on se fait interrompre par des détours vers les figures secondaires, s’essouffle ce que chaque scène avec Armstrong essaye de produire (souvent avec succès), à savoir cette quête inexorable de la victoire à tout prix.
C’est son acharnement à gagner qui le sauve du cancer, une victoire qu’il ne peut d’ailleurs remporter que sous assistance médicale, comme toutes celles qui suivront.
On sent là très rapidement combien le système qu’il met en place est un cercle à la fois vicieux et vertueux qui fonde sa logique. Armstrong survit au cancer => il peut reprendre sa carrière sportive => mais il veut gagner alors il reprend le dopage > il gagne => il crée une fondation => il aide des gens à vaincre leur cancer => il doit continuer de rester un exemple => il faut gagner => encore => donc il faut maintenir et améliorer le programme => il aide toujours plus de gens => etcetcetc…

In fine, on ne ressent sans doute pas avec la force que cela aurait mérité, le véritable impact de sa chute. Car s’il se voit accuser et confondu, s’il se retrouve contraint à des aveux publics, ce n’est pas ce que le monde entier voit comme une disgrâce ou un déshonneur qui le fusille, mais bien son interdiction de compétition. Que de hautes instances lui retirent ses maillots, que l’on désigne un autre officiel vainqueur, il sait lui que la victoire est sienne, comment et pourquoi elle a été arrachée. Des accusations, Armstrong se fout. Ce qui l’affecte vraiment c’est qu’on l’empêche de pouvoir à nouveau gagner. Qu’on le prive d’un défi ultime à relever.

En privilégiant en deuxième partie l’enquête jusqu’à lorgner sur le thriller, Frears se perd à mon avis un peu en route. Et cela m’a d’autant plus ennuyée que j’ai vraiment trouvé son portrait d’Armstrong brillant et fascinant. Mais à vouloir traiter tous les aspects de l’affaire, il se disperse trop à mon goût pour rendre une copie aussi pertinente que le fut « The Queen ».

Note : **

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Un titre merveilleux, pour moi qui ai du suivre des années de Tour de France (car mon cher papa adore). Bon, je n’étais même pas au courant de la sortie de ce film (ou alors, je l’ai confondu avec un film indé américain).

    Et je voulais vous demander, vous avez vu Ni le ciel, ni la terre?

  2. @ Elwing : non, je ne l’ai pas vu. J’ai très peu été au ciné ces derniers temps, malheureusement. Mais je reprends du service, là 🙂

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