« Monumentale erreur »

Si seulement, Arnold, tu avais pu prononcer cette phrase en terminant de lire le scenario de “Terminator Genisys”…

Cela nous aurait épargné ta présence dans ce qui s’apparente au Jugement Dernier pour la franchise tout entière. Honnêtement, ton absence aurait rendu la mélasse servie un poil plus facile à avaler.

Mais en plus de déglutir un ragout infect, il faut aussi supporter le goût amer du sabordage d’un des personnages les plus emblématiques de ta carrière.

Je sais bien, Arnold, que tu n’en as plus rien à faire, ni rien à prouver à personne. Mais tu sais, sur cette planète, il y a des tas de gens qui t’aiment au point d’avoir une affiche de « Conan le Destructeur » dans leurs toilettes (true story bros…), des gens pour qui tu as compté en tant qu’interprète de certaines des plus grandes icones de la pop culture.
Et bien sache que pour ces gens là, te voir dans une purge comme « Terminator Genisys », ça fait très mal.

« Vous allez adorer Terminator Genisys », James Cameron.

LA phrase qui a tourné dans ma tête pendant des heures après la projection, et qui a été retournée dans tous les sens pour essayer de comprendre à quel moment on était censé adorer ce truc.

Non OK, si, dans un sens, « Genisys » réévalue à la hausse la qualité de « Renaissance » et tire vers le haut un « Terminator 3 » qui n’a jamais d’ailleurs été honteux, juste pas à la hauteur de l’inégalable James Cameron.

Lequel me promettait donc que j’allais adorer « Genisys ».
Soit ça y est, la sénilité le dévore, mais il est encore un peu jeune pour ça tout de même, soit, le jour où il a vu le film, il était en train de marcher au bord de sa piscine, son téléphone à la main, hurlant à qui voulait l’entendre au bout du fil qu’il en avait gros quand soudain ! son chien est sorti d’un buisson au grand galop en jappant très fort du coup, James a eu peur, en a lâché son téléphone, et en essayant de le rattraper au vol, a glissé sur le script d’ « Avatar 12 », avant de tomber dans la piscine, sa tête heurtant violemment la margelle en travertin. Repêché de justesse par un assistant qui passait par là, James c’est ensuite trainé en rigolant jusqu’au PC le plus proche et là, PAF, c’est le drame, en proie à un délire post traumatique, les poumons encore à moitié remplis d’eau chlorée, il a tweeté « vou zalé adoré terminator génisis bande de plow » avant de s’écrouler sur sa moquette, victime d’un trauma cranien.


« Et là mon chien est sorti du buisson… »

Ou alors, il est juste hyper indulgent et comme de toute façon il n’a plus les droits sur sa franchise, il s’est tamponne l’oreille avec une babouche, limite pire les séquelles de son diptyque sont atroces plus ils le sacrent King of the World.

Reste une dernière option : James Cameron est un troll.

Car il est impossible d’adorer « Genisys ». Sauf si tu n’as vu aucun autre « Terminator » avant, et, j’ai presque envie de dire, si tu n’as vu aucun bon film de toute ta vie. Ou si tu es fan h4rdc0r3 d’Emilia Clarke.

Un peu comme « Jurassic World » fonctionnait à la nostalgie, « Genisys » tente avec la grâce et la subtilité d’un char Mathilda de surfer sur le sentiment de confort que le vétéran de la franchise pourrait ressentir en retrouvant les images d’un T800 volant leurs vêtements à des punks. Ou sur le sourire niais que pourrait susciter le bras d’un agent de police se mettant à dégouliner du métal liquide parce que, oh surprise, ce dernier est un T1000.

Tu sais quoi, « Genisys » ? Va mourir.

Va mourir avec tes airs de vrais faux reboot, ton scénario fifou, tes paradoxes temporels qu’on y comprend RIEN.

Déjà parce que ta pitoyable tentative de jouer sur la nostalgie du public est aussi appropriée sur la saga « Terminator » qu’elle le serait sur le thème de l’Occupation.

Parce que tu vois, mon petit, autant sur les dinosaures de « Jurassic Park », ça fonctionnait, vu que Steven Spielberg jouait à fond la carte de l’émerveillement face à ces animaux disparus.

Son film avait beau basculer dans l’horreur dans sa deuxième moitié, le sentiment de fascination était si bien implanté, avec d’autant plus de facilité que forcément, les dinosaures, ça fait rêver, qu’il est impossible de revenir au parc aujourd’hui sans cette fameuse nostalgie.


Et comme toujours, c’est Gordon Ramsay qui sait trouver les mots justes pour décrire « Terminator Genisys »

Maintenant, essaye d’appliquer le concept à l’histoire d’une fille poursuivie par un implacable robot tueur, dans un Los Angeles glauque, avec pour perspective l’inévitable génocide de l’humanité, le tout filmé comme un long cauchemar dont il est impossible de s’extirper.

Voilà, donc ta nostalgie, tu oublies, tu seras gentil. Mais visiblement aujourd’hui, le remake/reboot/ resuite d’une franchise se doit de fonder son argument de vente premier sur ce facteur. Même que « Genisys » se montre particulièrement roublard en la matière, utilisant à des fins de titillage de la fibre sensible de son public, la figure légendaire d’un certain Arnold S., réduit ici à l’état de caméo géant, catalysant de manière totalement incongrue les attaches émotionnelles du public moins avec son personnage qu’avec son interprète.

Oui, Arnold est un peu le papi badass de l’humanité, oui, tout le monde l’aime, mais pas non plus au point d’oublier qu’il incarne dans ce film un robot programmé pour protéger Sarah Connor, point à la ligne et pas un genre d’androïde monté sur armature de caramel solide enrobée de guimauve.

« Ahgneugneu tu protégeras ma Sarah » dit-il à Kyle Reese. MA Sarah ? WAT ? Rendez-moi mon T800 du 2 !!! Rendez-moi la finesse du traitement des rapports entre un humain et son robot gardien ! Rendez-moi la touchante et pathétique affection d’un John Connor en quête d’un peu d’affection reportant son amour sur une machine incapable de lui donner ce qu’il attend en retour ! Rendez-moi l’ambiguïté des « démonstrations » de la machine, générée par notre volonté farouche de croire ou pas à son humanisation !

Noyez-moi dans des lacs de sang impur ce robot qui aimekrékréfort Sarah Connor au point d’accrocher des photos d’elle dans sa planque !

On pourra toujours me dire que si, c’était pas si débile que ça cette affaire, compte tenu du fait que le film essaye de jouer avec le concept de l’homme-machine qui était déjà au cœur de « Salvation », avec Marcus, l’homme robotisé qui ne savait plus qu’il était un robot.
Relis la phrase que je viens juste d’écrire : « essaye de jouer ».

C’était les mots clés.

« Genisys » essaye de jouer avec des tas de trucs sans jamais parvenir à rien :

-essaye de jouer avec l’idée d’un robot gardien mais transforme le concept en « Sarah Connor is Punkie Brewster », avec Kyle Reese dans le rôle du chien Brigand.
-essaye de jouer avec l’idée du voyage dans le temps en se vautrant de manière cosmique sur les mécaniques de la saga qui sont pourtant on ne peut plus simples vu qu’il n’y a toujours eu dans « Terminator » qu’une ligne temporelle.
-essaye d’avoir un casting avec des humains mais très rapidement, la supercherie est révélée au grand jour, Emilia Clarke et Jai Courtney sont des yuccas.


« Je suis un yucca. Je me ballotte au gré du vent. »

Certes, c’est bien d’essayer. Et puis Alan Taylor n’a encore guère d’expérience en matière de blockbuster, le pauvre ! Il n’a pour le recommander que « Thor 2 », une rayfayrence de qualitay.
Mais l’important c’est encore de faire ses armes, de tenter, de…

«-Allo, la Dame ?
Oui, c’est moi.
On vous appelle pour vous montrer un truc.
Aboulez céans la missive.
C’est une interview d’Alan Taylor. »

Accrochez-vous, même si ça a déjà fait le tour de la toile et que vous êtes déjà au courant :

« en fêt, G r1 compri à l’histoar PTDR. Sa veu r1 dir le neksuce kantik toussa ROFL. En 1 mo com en 100 je sui 1 branleur LOL. »

D’un côté, tu peux toujours te dire qu’Alan Taylor est assez lucide et pas suffisamment hypocrite pour tenir de pareils propos. De l’autre, tu te dis tout de même que quand le metteur en scène en est rendu à tirer une flèche dans le genou de son propre film, c’est qu’il y a un très gros problème.
Problème qui va en s’intensifiant quand le dit metteur en scène n’a pas les épaules pour tenir une production de ce style. On l’avait déjà vu avec « Thor 2 », mais Taylor n’a pas le sens du rythme. Ni celui de cadrage. Ni celui de l’épique. Ni celui de la direction d’acteurs.
Au bout d’un moment, ça commence à faire beaucoup en fait.

Ajoutez à cela une production cheapos au possible et vous obtiendrez la catastrophe, l’accident industriel qu’est « Terminator Genisys », un film sur des gens qui tentent d’échapper à des robots tueurs mais qui se chambrent parce que lolz, qui quand ils vont au commissariat déclenche le refrain de « Bad Boys », un film qui s’assoie sur le concept des voyages dans le temps de la saga pour faire n’importe quoi, justifiant ce n’importe quoi à grand coup de deus ex machina (l’envoi du T800 dans les années 70 par un mystérieux commanditaire, ça coûte pas cher dans le film et ça donne de l’ouverture facile pour un prochain volet) ou d’explications totalement absconses du style « ouiiii il est possible de perturber la trame spatio dimensionnelle en pénétrant le nexus dans le champ quantique des possibilités avec un Tardis si à l’instant de la conjonction on entre en hyperespace pour traverser le trou de ver dans l’état d’incertitude qui fait du voyageur un être ni mort ni vivant à la fois. Bon, me regardez pas comme ça, prenez donc un cookie. »

PUT THAT COOKIE DOWN.

Oublié l’implacable Jugement Dernier que l’on repousse ici en mettant trois pains de C4 dans un bâtiment aussi grand que le Pentagone. On peut réécrire l’histoire c’est kewl !

Je sais bien qu’il est vain d’espérer qu’un « Terminator » non réalisé par James Cameron soit à la hauteur d’un « Terminator » réalisé par James Cameron. Les exemples du 3 et de « Renaissance » auront cependant démontré qu’une suite sans Iron Jim peut, à défaut de convaincre, se laisser regarder sans avoir envie de vomir. Alors oui, « Terminator 3 » était mou du genou et « Renaissance» régulièrement à côté de la plaque. Mais les deux films avaient pour eux une certaine révérence envers les deux premiers films assortis à une volonté manifeste de faire quelque chose de correct. Chacun dans la mesure de ses moyens.
Insatisfaisants oui, imparfaits totalement, mais bordéliques et démissionnaires au point de « Genisys », jamais.

On touche ici clairement le fond, un fond aux relents d’autant plus nauséabonds qu’il racle allègrement la vase de cynisme et de fan service neuneu qui semblent être devenus les deux ingrédients du blockbuster des années 2010.

Le plus triste reste je crois le rôle occupé par Arnold Schwarzenegger dans ce naufrage. Lui qui fut (et restera) un acteur mythique incarnant pour l’éternité des figures aussi iconiques que Conan ou le Terminator se construit depuis la fin de sa carrière politique une deuxième partie de carrière désastreuse entre films médiocres (« Le Dernier Rempart »), caméos ridicules (« Expendables »), et désormais donc, reprise de personnages légendaires baignant dans l’opportunisme le plus total.

Certes, le roi Arnold n’a pas besoin d’un « Terminator Genisys » pour conserver ses lauriers (que personne n’oserait lui contester), mais il reste pour moi triste de regarder un de mes acteurs préférés se compromettre de la sorte.

Note :

NUL

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. C’est là où on remercie Robert Zemeckis de garder farouchement les droits de Retour vers le Futur et d’en refuser toute suite/reboot/remake/prequel !

  2. wouaouw

    mais WOUAOUW

    quand la dame charcle, ça charcle bien, jusqu’à l’os. EXCELLENT billet (profitez, je le dirais pas tous les jours -smiley tirlangue).

    Tellement bon que vous m’avez convaincu de ne pas aller voir ce film, notamment grâce aux deux horreurs suivantes  :
    « MA Sarah »
    « bad boys »

    et votre critique du cynisme et de la nostalgie battie à coup de cliché (le monde est peu peu submergé de cliché, et il faut bien admettre que c’est à cause des USA, c’est leur part de trèèès loin la plus haïssable) (si vous êtes dubitatif, imaginez DE SUITE les années 50 aux USA. Et oui, les images que vous avez en tête sont de purs clichés hollywoodien. Marche aussi avec les années 20, les détectives privés années 40 ou les campus en 1967) (oui oui, ne mentez pas, je SAY très exactement quelles images ces mots vous ont inspiré, j’ai les putain de mêmes).

    Bon, du coup, je ne sais plus comment je voulais finir ma phrase. Essayons avec « votre critique sur le cynisme blablabla… était très juste ».

    Bon, maintenant, ça suffit de gacher votre été à voir des daubes avec plésiosaures et robots en machinium renforcé, je vous donne deux idées de critiques. Un film de 2015 et un film de 1981.

    le 2015 : « elle l’adore », parce que je rêve de lire votre critique sur le jeu d’actrice, dans ce film, de sandrine kiberlain (j’ai l’impression de chier un pentacle sataniste à Notre-Dame en parlant de cette actrice ici^^)

    le 1981 : new york 1997. Pas d’excuse ici, ce film entre dans vos catégories, alors vous balancez les tickets d’pain et votre critique dans la semaine, S’IL VOUS PLAIT. HOPHOPHOP

  3. En fait à la réal , ils auraient pas perdu leur temps sur un scénar auquel eux même ne croyaient pas et rajouter du fanservice pour les fans hardcore qui ont souvent horreur de ça….Et bien , on aurait peut être eu un truc potable…Quand je pense que King Conan est prévu je…j’a peur…Pour en revenir à TG. On dirait qu’ils essayent tellement de se justifier que ça en est comique….C’est naze , pour tout ce qui à été déjà dis dans ce fort bon billet c’est affligeant voila.

    Bon sur ce , je vais aller me mater Versus de Kitamura , c’est nawak mais au moins c’est assumé. 🙁

    …Remarquez j’ai mon Blu Ray de T2 qui doit trainer dans un coin…..

  4. @ Melloctopus : Raah oui, c’est sûr qu’on peut le remercier sur ce coup là !

    @ Lockeforever : la nostalgie n’est pas bâtie ici sur des clichés mais sur des refontes des scènes des deux premiers (enfin surtout du premier, où l’on fait là apparaitre le T1000 pour des raisons de… pour… parce qu… oh et puis merde…).

    Et sur les clichés….
    Un cliché, comme son nom l’indique, c’est un instantané, une image assez simple mais concise qui exprime de manière directe un sentiment, un état d’esprit, un lieu dans l’espace ou dans le temps.
    C’est un outil narratif.
    En soit, un cliché n’est jamais mauvais, c’est simplement l’usage maladroit ou mal à propos qui en est fait qui le dévalue.
    Les USA n’ont ni créé ni instrumentalisé le cliché. Mais leur industrie cinématographique en utilise énormément, et ça, j’ai envie de dire, comme toutes les industries cinématographiques. Parce que le cinéma est l’art de l’expression par l’image et que le recours à des figures dont la compréhension par le public sera immédiate et aisée est un simple outil narratif.
    Le cinéma français charrie son lot de cliché, le cinéma indien également.
    Quant aux exemples que vous citez, j’ai presque envie de vous répondre : imaginez la Révolution Française, le XIIe siècle dans l’Occident Médiéval, Mai 68, l’Occupation.
    Là aussi nous aurons les mêmes images qui nous viendront à l’esprit, en grande partie grâce aux médias français (je fais un package ciné/télé, pas de jaloux). Des représentations aussi fausses que clichées, mais qui font sens pour la majorité. Elles ne sont qu’un outil narratif.
    On avait eu une discussion dans ce sens pour « American Sniper », sur la première scène qui s’ouvre sur le chant d’un muezzin. C’est un cliché permettant au public de savoir, en une fraction de seconde qu’il se trouve dans un pays musulman (ou à majorité musulmane). Outil narratif, donc. Rien de mal à cela.

    Sinon, je pense que c’est la chaleur, hein, mais UN FILM AVEC SANDRINE KIBERLAIN ?!?
    Nan ok, j’en ai déjà vu hein. Même des bien, genre « Les Patriotes ». Mais « Elle l’Adore », je connais pas, de quoi ça cause donc ?

    New York 1997, je vais y réfléchir. D’accord ? :p

    @ ILDM : Lalala, « King Conan », j’entends rien… Sauf si c’est Milius qui le fait lalala…

  5. oui bon, y’a des clichés partout, c’est pas exactement ça alors qui me gêne, mais j’arrive pas à mettre le doigt dessus…

    Pour « elle l’adore », parler de quoi ça parle, ça gache la surprise. Je vous conseille donc de ne lire aucun résumé. Disons qu’à la base, y’a une grosse fan d’un chanteur (sandrine k) et un chanteur (laurent laffitte). La suite ne correspond pas DU TOUT à ce que j’avais imaginé/craint.

    (ah quand même, pour le cliché du moyen-âge, mettons qu’entre la vision idéalisée de robin des bois et la vision atrocement caricaturale de jj annaud, y’a des variantes, alors que les années 50 US, ça sera invariablement du rose bonbon, des ménageres, des machines à laver et des familles conformistes vs le héro.)

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