« Hello darkness my old friend… »

Quoi qu’il en soit des saisons à venir, et quelques soient les opinions sur les qualités et les défauts de «Game of Thrones», cette série de fantasy est en train de réaliser un véritable tour de force, passionnant des millions de personnes de par le monde, y compris, et sans doute dans une importante proportion, un public qui d’ordinaire ne goute pas ce genre.

Et tous, habitués ou néophytes, s’affrontent semaines après semaines à grand coup de théories ou de positions morales sur telle ou telle scène.

Se faisant, « Game of Thrones » atteint pleinement un des buts premiers du fantastique, celui de nous faire avant tout réfléchir sur nous-même. Ici, massivement.

Mais avec cette saison 5, elle est également entrée dans une nouvelle ère, inédite, où les adaptateurs se trouvent en position de devoir raconter, avant l’inventeur de cet univers, la suite de l’histoire.

Même si « The Winds of Winter » était publié avant la sortie de la saison 6, cette dernière sera déjà écrite et tournée depuis longtemps. D&D seront donc toujours dans cet inconfortable état.

Alors que cette cinquième saison s’achève, l’heure est venue d’en dresser un bilan qui s’avèrera mitigé. Fondamentalement, cette saison n’est pas mauvaise, mais elle apparait bancale, mal équilibrée.
Pourtant, et c’est porter à son crédit, elle a aussi réussi ses réaménagements de l’intrigue des livres, visant à réunir des personnages normalement séparés ou à donner un peu plus de force à certains arcs.

« A feast for Crows » et « A Dance With Dragons » forment deux tomes au rythme assez lent, développant moins d’intrigues que des personnages pour la plupart en pleine remise en question. La série devait à la fois trouver un moyen de le traduire à l’écran, tout en apportant de quoi remplir 10 épisodes. Un pari délicat, et globalement relevé.

Comme l’avait très finement remarqué ici Melloctopus (qui sera heureux d’apprendre qu’il a gagné le titre de Right True King du Fil Rouge) en début de saison, cette série de 10 épisodes avait pour thème le fanatisme dans toutes ses formes. Et chaque arc en traitait à sa manière, apportant in fine une condamnation de la foi aveugle, qu’elle soit victorieuse ou non.

Meureen.

La semaine dernière, Dany s’était envolée à dos de Drogon vers de plus verts pâturages, abandonnant dans une arène blindée de ninja gondoliers sa BFF Missandei, son lord Friendzone enfin retrouvé, son précieux conseiller et son amant de 93.
La logique voudrait que Philippe, atrocement vexé d’avoir CARAMBA encore raté son coup, se venge sur le quarteron de couillons formé par le proche entourage de Daenerys, histoire de ne pas être venu pour rien.


Parce que je crois que ce running gag méritait d’avoir son affiche, quand même

Moi, en tout cas, à la place de Philippe, c’est ce que j’aurais fait.

Mais voici plutôt ce qu’il s’est passé :

«-Chef ! Regardez ! Y’a Mike Daenerys qui vient de s’envoler à dos de dragon !
Woooaaahhh !!!! C’est tellement majestueux !
Je… J’en ai la larme à l’œil, chef.
Bobby… Je n’étais que fureur et courroux. Ma vie se dissolvait dans un bouillon de revanche et de haine. J’étais aigri, amer, l’ombre de moi-même. Mais désormais que j’ai vu que ce qu’aucun homme ne pouvait se figurer voir, je comprends… Oui, Bobby, j’ai fait fausse route. Je me suis fourvoyé sur les chemins du meurtre et dans mon goût immodéré pour les accessoires de carnaval clinquants. La vérité, Bobby, la Vérité est un pays sans chemin. Chacun y trace son sentier et désormais, j’y ouvre à mon tour un sillon. Un sillon de paix, de joie, de fraternité. Un bisou pour toi, Bobby. Un bisou pour toi, Tyrion, et pour vous lord Friendzone. Un bisou. DES BISOUS. PLEINDEBISOUS. »

Parce que regardez qui on retrouve cette semaine tranquillement au pied du trône ? Les boyz de Dany, en train de tenir de sacrées discussions de mecs. La seule chose qui manque à cette scène c’est un pack de bière bien entamé.

La saison de Daenerys n’a été qu’une longue accumulation de problèmes destinés à renforcer chez elle et le spectateur sa sensation d’engluement. Prise au piège de son statut de reine (un grand GG à Elwing pour sa remarque judicieuse concernant ses robes qui semblent la lester au sol), prise au piège de ses promesses électorales, prise au piège de son impuissance et de ses propres erreurs, Daenerys s’est trainée sur 9 épisodes avec de sérieux boulets au pied et je ne parle pas QUE de Missandei et Grey Worm.

Visiblement, nous avons tous trop daubé sur les Immaculés cette saison parce qu’il semblerait bien qu’ils soient parvenus, avec leurs petits poings musclés et leurs jupettes à ramener l’ordre dans Meureen. On peut imaginer que la concentration des terroristes-gondoliers dans les arènes a dû les aider à un moment, mais je m’interroge tout de même sur l’absence de mention de la Harpie dans les discussions du conseil. Tout juste sait-on que la ville est un peu agitée. Bah tiens, entre les potes de Philippe qui égorgent les gens dans les arènes, des dragons qui popent en mode aléatoire dans le ciel, la reine qui se tire en laissant tout le monde comme deux ronds de flanc, il y a de quoi être « agité » #pudeur.

Du coup, qui de mieux placé pour remettre de l’ordre dans tout ce bazar que celui qui vient fraichement de débarquer avec sa barbe de 23 mois au vent, l’impérial Tyrion Lannister que personne ne connait dans la place mais dont tout le monde est subitement convaincu des immenses qualités de dirigeant ?
Non parce que ça, nous public, on le sait. Mais eux, les Waario, Missandei, Jorah, Grey Worm… Qu’en savent-ils ? A part qu’il cause plutôt bien le valyrien, ce qui fait chouette sur un CV, je reconnais, Tyrion est juste le type le plus improbable à l’instant T à qui refiler les clés de la baraque. Pas que Daario ait trop l’embarras du choix, ceci dit.
Mais comme j’aime bien chouiner, je chouine. Juste pour dire que voilà, quoi.

Tandis que Waario et son swag s’en vont avec ser Jorah et sa léprose vers « le nord », Tyrion se retrouve à la tête d’un improbable triumvirat composé de sa personne, de Missandei et de Grey Worm. Ok alors, Tyrion, d’accord, je peux comprendre. Grey Worm aussi. Il tient à peine debout mais c’est un général. Pas foutu de sentir une embuscade venir mais un général quand même. Les Immaculés vont avoir besoin d’être fermement tenus jusqu’au retour de Dany. Mais Missandei ?
« Cay la conseillère chérie de la reine !!! » => sa translatrice, oui, dès fois sa confidente et tout, de temps à autre son mannequin de tête pour ses tests de coiffure, mais son éminence grise, même si Daenerys l’a récemment promue à ce poste (promotion par défaut, on s’en souvient)… Non. Mais bon, si Waario avait balancé un truc du style : « Tyrion gère le politique, Grey Worm l’armée et toi Missandei, tu leur feras des sandwiches« , je pense que ça serait mal passé.
Et puis si ça se trouve, elle va être très bien. Maintenant qu’elle a dû avoir réponse à sa question sur la merguez et les pois chiches, elle va pouvoir mobiliser toutes ses capacités intellectuelles sur autre chose.

Et alors que Tyrion, nouveau César de la cité regarde Bud Spencer et Terrence Hill s’éloigner dans le couchant…

« –SURPRICE BITCH !!!!!!
AAAAAAAAAaaaahh!!!!!!!AAAAAhhhh! Putain mais vous m’avez fait une de ces peurs, Varys ! Qu’est-ce que vous fichez ici ?
La téléportation, mon petit. La téléportation.
C’est ça, essaye de m’embrouiller. Tu avais prévu d’aller à Meureen du coup ça n’a rien d’incohérent que tu te retrouves ici. Ma question c’était plutôt, comme tu as fait pour accéder à la terrasse du palais en passant la garde des trouzmille Immacul… Oh, c’est vrai, j’avais oublié que c’était eux qui assuraient la sécurité.
En fait, j’ai tout simplement soulevé ma robe et quand ils ont vu que je faisais partie de leur bande, ils m’ont laissé passer.
Sans blague ?
Non. En vrai je me suis téléporté.
Bon, on va pas épiloguer sur ma garde pourrie, mais plutôt sur le fait que je suis à nouveau la Main, t’as vu ? C’est pas super marrant de se retrouver là tous les deux, sur ces mêmes murailles qu’il y a quoi, deux trois saisons, à disserter de l’avenir du royaume ?
Si. En fait, Tyrion, je crois que nous allons pouvoir développer une belle bromance la saison prochaine.
J’ai tellement hâte.
Moi aussi. »


Pour mémoire, la dernière fois que ces deux là ont causé du haut d’un rempart à Port Réal, c’était pour parler de Daenerys. Cette saison aime décidément les effets miroirs dans l’arc de Tyrion

Alors que tous les dirigeants capables de Westeros tombent comme des mouches, à Meereen, la l33t t34m de la saison 2 se reforme lentement mais sûrement. Quel dommage que Daenerys ne soit plus là pour y assister. Cela promet énormément pour l’an prochain, d’autant plus que l’on navigue désormais dans des eaux inconnues. Lecteurs et non-lecteurs égaux devant les moult rebondissements à venir.

Dorneville.

C’est l’heure de quitter le pire arc de cette saison 5 et comment vous dire…
JE SUIS SOULAGEE !!!

Soulagée que cela soit fini ! Parce que sinon, l’arc persiste et signe à être foireux jusqu’au bout. Même si, une fois encore la série su habilement préparer le dénouement de « l’intrigue du siècle ».

Dans mon extrême naïveté, j’ai négligé les signes qui étaient pourtant sous mes yeux depuis le début de la saison : la démonstration des pouvoirs du long adieu faite à Bronn, la présence des fioles d’antidote autour du cou des Aspics et d’Ellaria… Une fois encore, D&D ont fait un excellent travail autour de la mise en place de ce final dornien, mais abusée que j’ai été par la nullité de l’emballage, je n’ai sincèrement rien vu venir.
Mais pour en arriver là, à ce moment ou finalement Ellaria se contente « juste » de tuer Myrcella, il a fallu se fader le pire arc que cette série ait jamais développé, et j’ai bien envie de dire « tout ça pour ça » car, non, non, et re-non, je ne vois pas à quoi cet arc a servi à part nous pondre un casus belli qui promet sans doute pour l’an prochain, mais qui en attendant, c’est juste contenté d’être creux. Mais regardons un peu comment ça se termine, et bien comme ça a commencé j’ai envie de dire : n’importe comment.

Le prince Doran a donc diligemment roulé sur le quai pour dire adieu à son fils et Taylor Swift. Encore une prestation de deux secondes trente et une phrase pour Alexander Siddig. J’espère qu’il n’a pas été payé trop cher pour son rôle cette saison, dites donc.
Pour une raison étrange, qu’on appellera facilité scénaristique, il a même décidé de faire assister Ellaria et les Aspics au départ de l’objet du délit. Doran, tu te souviens d’Ellaria, qui a tout gâché son bon vin de la Treille juste pour ne pas trinquer à la santé du roi Tommen ? Et tu l’invites encore aux réunions familiales ?
Sans déconner ?

Et sans déconner toujours, tu ne vois pas comme la grosse galoche qu’elle roule à Myrcella est éminemment suspecte ? A ta place, tous mes voyants seraient passés au rouge. Mais j’imagine que dans ta tête, tu pensais que ton petit laïus sur les secondes chances avait fait son chemin dans la tête de Darth Bellesoeur.
Darth Bellesoeur qui galère H24, même pour jeter un mouchoir…


Oh, Ellaria, ma chérie, juste un truc : sachant que tu as déposé le poison sur les lèvres de Myrcella et que cette dernière a un besoin quasi pathologique de se ventouser à la face de son promis Trystan, le fils de Doran, tu sais, le mec qui t’a menacée de mille morts par mille scorpions et autres torture à base de chèvre qui te lèche les pieds, tu n’as pas comme l’impression de prendre un TRES GROS RISQUE ?
Et, autre chose, juste en passant, hein (et quand je dis que je parle à Ellaria, ça vaut aussi pour vous, D&D) : si tu pouvais tuer Myrcella rien que d’un baiser de la mort, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? En te la jouant gentille tatie dans les Jardins Aquatique, coucou Mymy, quelle jolie robe, smack, hihi, parle moi un peu de toi et Trystan, oh, ton nez qui saigne ? Je… C’est affreux, à moi la garde ! Ah non, trop tard… C’est balot…
Enfin tout ça pour dire que c’était pas sorcier de l’empoisonner dès le début de la saison, hein. Il y avait mille et unes façons de procéder mais non, on va la kidnapper comme ça après on la galoche toutes les quatre avec du long adieu et on attend que ça fasse effet avant de porter un toast à la mémoire de ce bon Oberyn avec nos fioles d’antidote…

L’Unique s’éloigne donc de la côte normande dornienne (je charie, cette fois si les extérieurs faisaient vraiment méridionaux), avec à son bord une Myrcella toute contente de rentrer chez elle et de retrouver sa môman. Permettez-moi de vous dire que la petite discussion entre Jaime et sa fnièce à propos de Cersei était un très joli moment de complicité entre deux personnages qui jusqu’à présent n’avaient eu que des interactions limitées à faire les gros yeux pour l’un et froufrouter ses robes pour l’autre.

Amusant que les deux jumeaux se livrent à l’exercice de la confession cette même semaine, dans deux modes radicalement différents. Jaime dit la vérité à Myrcella parce qu’il en a besoin. Je reste dubitative sur le fait qu’il balance à tous les vents ses confessions d’inceste (enfin disons qu’il n’a jamais été du genre à nier), mais j’ai malgré tout beaucoup aimé ce moment où il peut enfin laisser la vérité sortir, face à l’un de ses enfants.


Et que cette confession soit reçue avec tendresse et bienveillance était à la fois inattendu et très bien venu pour Jaime, personnage qui a beaucoup souffert émotionnellement parlant, abandonné par sa sœur, trahi par son frère, méprisé par son fils. Un instant de réconfort avec Myrcella, LE TEMPS D’UNE SCENE EMOTIONNANTE et PAF, les fourches caudines de « Game of Thrones » s’abattent sur la belle enfant qui meurt en quelques secondes, sans doute à cause de toute cette émotion avec son papa, qui a fait battre son petit cœur plus vite et accéléré l’action du long adieu.

Okay, les gens, plus JAMAIS de moment émotionnant entre père et fille, s’il vous plait. Margaery, tu restes loin de ser D’Artagnan, sois gentille.

Voilà c’était donc l’arc dornien, Messieurs Dames, sous vos applaudissements !.Si je résume on a :

  • 3 ado qui font des tourbilol déguisées en ninja.
  • un seigneur Sith relou.
  • un Alexander Siddig qui a dû bien s’éclater à rouler partout sur le plateau de tournage dans sa super chaise en acajou incrusté ébène.
  • un Bronn, deux boobs.
  • un Jaime réduit à jouer les utilités.

Comme je ne sais pas trop ce que la saison prochaine nous réserve au sujet de Dorne, je préfère m’en tenir là et ne pas conjecturer quoi que ce soit concernant ce qui n’a pas été dit ni montré cette année, et qu’on attendait tous un peu, faut bien le dire.
Voyez, jusqu’au bout cet arc est frustrant ! Raaaaaah !!!!!

Braavos.

C’est sans doute l’arc qui aurait le plus gagné à anticiper largement sur les livres non parus.
Concrètement, entre le départ de Mace Tyrell et son arrivée à Braavos, il se passe bien trop de temps pour Arya à ne pas faire grand-chose d’autre que passer un coup d’éponge sur le sol et le balai sur des cadavres.
Compte tenu de la rapidité des déplacements dans cette série, l’idée de faire arriver D’Artagnan et ser Optimus dans l’avant dernier épisode de la saison était pour le moins saugrenue.
D&D avait donc trois solutions face à l’arc d’Arya cette saison :
-s’en tenir aux évènements des livres parus avec un peu de broderie pour les nécessités de l’adaptation (scoop, c’est cette option qui a été retenue).
-traiter des évènements de ADWD dans la première partie de la saison puis embrayer sur de l’inédit.
-diviser la saison en 2 parties pour Arya, d’abord sa formation, ensuite the Hunt for ser Meryn, étalée sur plusieurs épisodes. Une chasse qui aurait pu virer à la course contre la montre sitôt Mace au courant du sort réservé à ses enfants à Port Réal, le poussant à un départ précipité. Et un temps suffisamment long pour, par exemple, expliquer comment elle apprend à changer de visage… En bref, on aurait pu la voir mettre au point son plan, repérage des habitudes, vol du masque, obtention du poignard, qu’est-ce que j’en sais, moi…

Un peu bancal, l’arc s’offre toutefois une fin satisfaisante, avec un peu de WTF.
Nan mais si, sans rire. Arya est passée niveau 2 en devenant vendeuse de chouchou sur les quais. Son travail consistait à tuer des cibles désignées par Jaqen.
Lequel avait bien fait comprendre à la petite que chaque chose en son temps, hein.
Personnellement, je n’avais pas compris que sa visite dans le frigo des Mille Visages incluait une formation accélérée sur comment porter un de ces Mille Visages. Parce que c’est de la MAGIE et que je n’avais pas eu l’impression jusqu’ici qu’Arya était entrée dans la phase « Ecole des Sorciers » de sa formation.
Du coup, son changement d’identité devant Meryn Trant était totalement WTF, à tout point de vue.

Mais sa mort était bien classe tout de même. Bien gore certes, mais menée de main de maître par une Arya en mode Oren Ishii que l’on sent assoiffée de vengeance (d’où la violence de son attaque), insistant que le fait que Meryn est le premier de sa valar morghuliste et qu’elle en a gros de se faire piquer ses kills par des voleurs d’xp.

Mais lorsque vient l’heure de payer l’addition…

Jaqen et l’autre grosse relou lui font le coup des gros yeux et lui servent une entourloupe dont seuls les Sans Visages ont le secret. Arya n’y comprend rien, je n’y comprend rien, et je crois que Jaqen non plus mais il fait super bien illusion.
Histoire d’être sûr qu’Arya ne reconnaitra plus qui que ce soit sur sa liste, Un Homme se charge donc de la rendre aveugle, ça lui apprendra.

Cet arc était vraiment trop dilué dans l’ensemble de la saison pour avoir assez de force et proposer quelque chose d’inquiétant dans son final.

Le Nord.

Si je devais faire un reproche à l’arc de Stannis cette saison, ce serait à propos de la trop faible mise en scène de son armée en détresse. Deux plans fugaces et des points de situation ne dressent pas un tableau probant d’un ost aux abois, perdu dans la neige, mourrant de froid et de faim.

Parce que cette détresse manquait de force à l’écran, elle a fait passer le sacrifice de Shoren comme une sorte de lubie de la part de son père. L’enchainement était un peu trop rapide pour pleinement justifier cet acte extrême.

J’imagine que D&D comptaient sur la capacité des spectateurs à ne pas réfléchir épisode après épisode et à appréhender la construction d’un personnage. Stannis est tout à fait le genre de mec qui se sait capable d’en arriver là si les circonstances l’exigent. Et depuis la saison 2, on nous prépare à un acte de cette envergure.

Cependant, pour appuyer la logique de cette décision, il aurait fallu donner plus de poids aux difficultés qu’il rencontre, peut-être avec des scènes hors de la tente de commandement, où le roi passe entre ses hommes et leur demande des rapports. Les bilans donnés par Davos sont détachés de la réalité des conditions de vie de la troupe, qui sont bien le déclencheur de l’infanticide.

Pour moi c’est là que réside le principal problème de cet arc, qui a parfaitement su traiter du fil rouge de cette année, le fanatisme, tout en s’appuyant sur un développement solide de l’intrigue et des personnages sur 3 saisons complètes.

Quant à comparer cette décision avec les livres…
Question épineuse s’il en est.
D’abord, il semble bien que l’évènement ait également lieu dans les livres. D&D ont déclaré en interview avoir été horrifiés en entendant George leur révéler que le destin de Shoren était de finir ses jours sur un bûcher. Dans les romans Shoren, Selyse et Mélisandre restant à Châteaunoir, il est plus probable que cela soit les femmes qui prennent cette décision, dans un contexte que l’on ne connait pas encore (mais que l’on peut désormais deviner aisément).
Le fait que la décision vienne de Stannis dans la série est ce qui semble le plus gêner les lecteurs, qui y voient un out of character.
Peut-être. Mais on ne parle pas du Stannis des livres. Celui là existe dans les pages d’un bouquin, celui dont la série parle en est un autre. Je sais, c’est pas joli-joli, c’est aussi agaçant que le Faramir de Peter Jackson. J’ai été la première à hurler à la lune à l’époque. Mais j’avais beau hurler, dans le contexte strict des films, cette modification du personnage fonctionne.
Il faut simplement accepter l’idée que l’on doit se détacher des livres et que l’adaptation ne diminue en rien leur qualité. Et que si le public qui n’a pas lu garde en tête que Faramir est une tanche et Stannis un brûleur d’enfants, tant pis pour lui.
L’important est que la logique propre à chaque œuvre soit respectée dans l’œuvre en question. Et concernant Stannis, c’est le cas. Son personnage est sur une pente glissante depuis longtemps.


Ce qui me dérange le plus dans cette décision c’est l’idée de sacrifier son héritière. Je sais qu’en théorie une femme ne peut hériter en Westeros, et que Shoren n’aurait jamais régné en son nom propre. Détail sur lequel Stannis se serait sans doute assis. Sa fille dûment formée à l’art de gouverner aurait pu prendre un époux, engendré une descendance et assurer, malgré la disparation du nom de Baratheon, la pérennité de la lignée de Stannis.

J’ai dit plus haut que je ne voulais pas comparer avec les livres dans dans ceux-ci, il explique à ses hommes que s’il venait à mourir, la lutte devrait continuer au nom de sa fille. Un vœu qui m’avait surprise tant il tranche avec les positions des westriens sur les droits des femmes.

Un vœu qui montre bien que quand les circonstances l’imposent, Stannis sait faire feu de tout bois. Ok, j’ai laissé cette phrase mais je vous jure que j’ai percuté son double sens après l’avoir écrite.

Stannis, je l’ai dit la semaine dernière, n’est pas le mec vertueux et droit dans ses bottes que l’on se plait à rêver.

Enfin si, il l’est. Mais il accepte les concessions, de plus en plus grandes. Coucher avec Mélisandre et rompre ses vœux de mariage. User d’une créature magique pour assassiner son frère. Brûler des membres de sa famille pour se garantir de bonnes conditions de navigation (ok, c’était son beau-frère, mais ça reste la famille). Regarder mourir son vieux, fidèle et dévoué mestre parce que celui-ci s’oppose à Mélisandre et ses promesses de victoire.


Stannis a vu dans les flammes que R’hllor a un plan pour lui. Il y croit sans doute dans la mesure où cela sert ses ambitions. Mais à mesure que le temps passe, les preuves de l’efficacité de ce culte et des rituels de Mélisandre lui sont démontrées.

S’il est l’élu, celui que le Dieu Rouge a choisi pour accomplir un destin qui le dépasse, s’il est celui qui est destiné à s’asseoir par droit du sang sur le Trône de Fer et à sauver Westeros du péril qui le menace, alors il peut bien payer le prix le plus élevé qu’il soit pour parvenir à ce but.
Stannis n’est pas un monolithe inébranlable. Son personnage et sa perception des enjeux a évolué.

Après le désastre de la Néra, après les mois à se terrer à Peyredragon, après la promesse d’une victoire, le roi est à bout et à court de solutions. Le sacrifice de Shoren est logique. Atroce, mais logique.


S’il ne la brûle pas, alors lui et son armée disparaitront dans les neiges et la postérité ne retiendra de Stannis Baratheon que deux fails successifs. Il sera pour l’éternité celui qui a raté le siège de Port Réal ET le siège de Winterfell. Il était plein d’ambition, le Stannis, mais il avait la schkoumoun. S’il tue Shoren, il s’offre la grâce de R’hllor, la neige fond et il peut prendre Winterfell. Il peut s’emparer du Nord, venger les Stark, se constituer une armée et attendre l’été pour descendre sur Port Réal. Certes, sans héritier, mais l’exploit reste là. Sa marque est imposée, même si c’est bref, même si c’est sans postérité. Il sera le vainqueur des Boltons et des Lannister, le grand vengeur, le bouclier des royaumes humains. Le prix à payer aura été immense mais tout vaut mieux que l’oubli. Tuer Shoren n’était pas prévu au programme, mais dans cet épisode 9, Stannis en est réduit à cette extrémité.
Il le dit d’ailleurs texto à Shoren, que sa victoire et l’accomplissement de son destin sont suspendus à ce choix terrible mais nécessaire de son point de vue.


Toute sa vie il a été le numéro 2 de Robert, lequel l’a récompensé de son aide en lui filant Peyredragon, le truc moisi en comparaison des Terres de l’Orage, octroyées à Renly. A la mort de son frère, Stannis a fait ce qu’il jugeait être juste, réclamer le trône pour lui-même. La guerre contre Renly est venue de l’incapacité de ce dernier à piger le principe des règles de succession (et de sa mauvaise foi, aussi).
Mélisandre est arrivée avec des promesses, et rapidement avec des preuves du pouvoir de R’hllor. Elle était au départ une opportunité, et sans doute aussi, une provocation, un moyen de se démarquer de ses frères si semblables, en embrassant une nouvelle religion.

Et bientôt, Mélisandre a expliqué à Stannis que ce dieu nouveau l’avait choisi lui pour être son représentant sur terre, celui qui sauvera le monde. Quand on a passé sa vie à ruminer l’ingratitude de son frère en suçant des os de mouettes sur un caillou battu par les vents, je pense que l’on se laisse facilement séduire par ce genre de discours, surtout quand le discours est étayé par des preuves concrètes.


Depuis un moment déjà, le destin de Stannis n’est plus de prendre le Trône de Fer et d’y établir sa lignée, mais bien de devenir le messie de Westeros. A partir de là, il doit consentir à tous sacrifices possibles. Stannis est un homme qui comprend le sens du devoir, et le sien est de tout donner à R’hllor (Mélisandre le lui dit dès la saison 2, juste avant qu’ils ne conçoivent l’ombre, et juste après qu’elle ait évoqué Shoren. Si ça ce n’était pas du placement, je ne sais pas ce que c’est). Et être un Messie, ce n’est pas une villégiature, c’est un sacerdoce.

Et visiblement, c’est que ça marcherait cette affaire-là dites-moi, puisque la neige à fondu en l’espace d’une nuit.

«-Stan !!!! STAN !!!!!1 !!!! Agad, y’a plus un poil de neige sur le caillou du Nord ! Tu vois, quand je te disais que c’était une super idée de faire brûler vive ton unique héritier, en forme de petite fille trop choupi ! Viens ici que je t’accole, mon Azor Ahai !
Bas les pattes, Yvette Horner ! J’ai une forteresse à prendre !
Sire ! Sire !
Quoi encore ?
J’ai une mauvaise nouvelle !
Allons bon…
How can I put this… Voilà… Et bien, comme dirait le poète, la neige n’est pas l’unique chose à avoir fondu cette nuit.
Ca alors ! Tu veux dire que sacrifier ma fille sous les yeux de la troupe aurait comme qui dirait entrainé un questionnement existentiel sur l’opportunité de suivre au combat un déglingo de mon acabit ?
C’est un bon résumé.
Damned.
Sire ! Sire !
En v’là un autre… Quoi ?
J’ai une deuxième mauvaise nouvelle.
Attends, c’est là que tu m’annonces que mon plus fidèle parmi les fidèles, le capitaine Fewer, c’est lui aussi fait la malle ?
Ah oui, ça aussi, mais je pensais plutôt au fait qu’en allant pisser dans la forêt, Didier a trouvé votre femme pendue à un arbre.
Oui, et ?
Du coup, elle est morte. Et vous avez plus de famille.
Sire ! Sire !
Jamais deux sans trois… C’est quoi cette fois ? Quelqu’un a fait un énorme faute de grammaire et je n’étais pas là pour la corriger ?
Non, moins grave quand même. Dame Mélisandre est partie. Elle aurait été victime d’une subite crise de foie, mais bon, c’est bizarre tout de même vu qu’on a plus rien à manger et… »

Ainsi vient le moment où la dette est payée. Et où la magie du Dieu Rouge est questionnée. Depuis le départ, cette notion forme une entité impalpable qui louvoie à la frontière entre réalité et bricolage.

Si l’on ne peut contester la réalité des pouvoirs d’un Thoros de Myr ramenant encore et encore lord Beric à la vie, les capacités de Mélisandre semblent pour le moins tenir du pipeau (sauf en matière d’ombre). Tout au plus peut-on lui accorder le crédit de savoir lire l’avenir ou le présent dans les flammes et d’avoir le talent suffisant pour, avec quelques effets de manche, convaincre son public qu’elle a elle-même provoqué les évènements.

Rien ne nous dit qu’elle n’a pas vu les morts de Joffrey et de Robb, et décidé de son petit rituel avec Gendry pour jeter de la poudre aux yeux de Stannis.
Rien ne nous dit non plus qu’elle a vu le dégel (ou qu’elle a tout simplement installé l’appli Météo France sur son téléphone) et décidé après coup de sacrifier Shoren pour justifier des pouvoirs trop puissants de R’hllor.

L’épisode du jour nous apprend que cette hypothèse ne tient pas et que comme dans les livres, Mélisandre est une croyante dévouée et sincère.

Qui a vu son dieu la mettre en échec par deux fois. La première, le soir de l’attaque du camp par Ramsay, qui survient alors même qu’elle est en train de consulter les flammes. Sa surprise au moment du départ du feu montrait bien que malgré sa ligne directe vers R’hllor, elle n’avait strictement rien vu venir.

Et l’on peut du reste envisager que cela fait un moment qu’elle patine, la dame rouge. Parce que depuis le départ de Châteaunoir, tout part à vau l’eau pour Stannis. La neige, les vivres, les désertions… Et Mélisandre a été infoutue de le voir à l’avance (n’importe quel abruti aurait en revanche pu s’en douter, mais bon, on va pas chipoter…).

Raison sans doute pour laquelle elle cherche à racheter la grâce de R’hllor par un sacrifice digne de ce nom, espérant sans doute rebooster son mojo.

Mais après un acte de la magnitude de la mort de Shoren, sans doute s’attendait-elle à voir tout l’ost baigner dans la lumière de son dieu, auréolé de sa puissance. La désertion massive est l’imprévu de trop. Elle comprend sans doute à cet instant précis que son dieu l’a soit abandonnée, soit n’a aucune espèce de pouvoir réel.

Quant à Stannis, il n’a d’autre choix que de rester fidèle à lui-même. Et de faire ce qu’il a toujours fait, assumer ses choix. N’ayant plus rien d’autre dans la vie que sa décision de prendre Winterfell, il se résout donc à cette marche suicidaire, ce combat perdu d’avance (il n’était pas nécessaire de montrer la bataille, l’ouverture se suffisait amplement à elle-même pour comprendre son issue). C’était une très belle scène je dois dire, que cette charge de la cavalerie Bolton sur Stannis et ses piétons, dont une bonne moitié s’enfuit en arrière-plan tandis que l’armée de Roose l’encercle. Belle et terrible, avec un zeste de justice aussi, pour Stannis et le crime qu’il a commis.

Après, que justice soit rendue par les Bolton reste une maigre consolation, alors par chance, c’est notre vertueuse Brienne qui vient porter le coup fatal.

Fatal.

Je demande quand même à voir (d’ici que j’ai fini d’écrire ce billet moult interview de Stephen Dillane disant adieu à la série auront sans doute été publiées…), parce que je n’ai pas vu son corps mort. Donc je me méfie du gros cut qui tâche, lequel n’est pas sans rappeler un cut des livres sur une Brienne cirant « un mot ». Hein. Genre. A l’heure où je cause, Féale est peut-être encastrée dans l’arbre, à un cheveu de la tête de Stannis. Mais je n’y crois guère. La Pucelle de Torth est une femme d’honneur et de parole. Et la manière dont la scène est montée en appelle à la jurisprudence Tony Soprano. On a un champ contre-champ entre Stannis est Brienne, et le dernier plan sur Brienne est le point de vue de Stannis qui s’interrompt juste au dernier instant, normal,il n’a plus de tête. Le plan suivant montre Ramsay en train de planter son épée dans un soldat de Stannis, comme si son mouvement était l’enchainement logique de celui de Brienne plus tôt. Bref, Stannis est mort.

En attendant, la sentence de Brienne semble être à Stannis un réel soulagement. Le roi a tout perdu, son armée, sa guerre, sa famille, ses espoirs. Et que Brienne survienne à cet instant pour l’achever, en payement du meurtre de Renly, premier de ses crimes commis par la magie de Mélisandre, en fait la mort la plus logique qui soit.

Cette mort, je ne m’y attendais pas. Jusqu’au bout, j’ai cru que quelque chose viendrait pour le sauver, pour inverser le cours de cette bataille perdue d’avance. J’ai toujours voulu croire que les informations sur son issue dans ADWD relevaient de la manipulation de la part des Bolton pour faire croire à la chute de Stannis. Parce que j’étais convaincue que Roose et Ramsay allaient sous peu payer. Je les voyais comme des morts en sursis et je me suis trompée, comme Mélisandre, aveuglée par mes espoirs, mal interprétant les signes.

Cet arc, très contesté, demeure à mes yeux très bien construit. J’adore son ton tragique, presque pathétique, et la manière dont il met en relief l’injustice de cet univers. Echo à la mort de Jon quelques scènes plus tard, et moyen brutal de nous rappeler que nous regardons « Game of Thrones ». Rien ne se paye, rien ne se gagne. La vie est une loterie permanente où il n’y a pas d’élu d’un dieu quelconque, juste le hasard et la loi amère de la logique.

Stannis avait tout donné à cet espoir, jusqu’à la déraison, jusqu’à commettre l’irréparable. Pour mourir adossé à un arbre, une nouvelle fois vaincu, le sang de sa fille sur les mains.


Mesdames et messieurs, Balon Greyjoy, vainqueur de la Guerre des Cinq Rois !

Arrivées à Châteaunoir, Mélisandre et sa crise de foi (sans E)sont tellement abasourdies par toutes ces années d’erreur manifeste qu’elles ne peuvent même pas dire ce qu’elles ont vu et fait à Davos.









Ma seule consolation, que le cœur du bon contrebandier ne soit pas brisé par deux fois, en apprenant la mort de Shoren puis en découvrant la part que Stannis y a joué. L’instant le plus déchirant de l’épisode, c’était je crois ce petit moment-là, cet échange entre Davos et Mélisandre.

Thelma et Mouise.

M’ont légèrement cassé les pieds cette semaine. Pas que leur intervention auprès de Stannis ait été mauvaise, non, bien au contraire. De toute façon, elle avait toujours dit à Cat, que si jamais le moment de la vengeance venait, lady Stark ne pourrait pas la retenir d’aller la saisir.

Non, juste parce que pour une fois que Brienne décide de se la jouer perso, elle loupe le Batsignal allumé de haute lutte par Sansa, l’échappée la moins discrète de tous les temps. Ok, dans l’agitation précédent la bataille, il était peu probable que quiconque prête attention à un gonzesse en balade dans les allées du château, mais tout de même, une gonzesse au moins un mètre 80 au garrot, ça se remarque. Ceci dit, Sansa a appris à se faire toute petite à Port Réal. On peut parfaitement imaginer qu’elle réutilise ici son talent pour se faire oublier.

En attendant, ma bonne Brienne, je vais te donner un conseil, mais bon : sachant que tu es engagée à sauver la vie de Sansa, mais que ton conflit de devoir te pousse à privilégier le meulage de gueule de Stannis, pourquoi ne demandes-tu pas à Pod de rester surveiller le Batsignal pendant que tu vas casser les dents de devant du RKW ?

Hein ?

Voilà.
Vous êtes les pires résistants du monde. Si ils avaient tous été comme vous durant la dernière guerre, j’écrirais ce blog en allemand.

Winterhell.

Toute cette histoire de Batsignal était décidément vouée à l’échec, quelle surprise, vraiment, ouhlala !
Décidément sur deux épisodes, on en aura vu s’allumer des feux qui ne servent à rien !

Profitant de l’imminence de la bataille, Sansa crochète sa serrure et se tire direction la vieille tour. J’en profite pour râler :
-pourquoi tu laisses ton foret par terre, petite sotte ! Ça pourrait te servir encore !
-pourquoi tu t’arrêtes aux pieds de la tour pour bailler aux corneilles ! Tu n’es pas supposée sortir de ta chambre alors si jamais quelqu’un percutait sur le tard « je me savais bien que cette tête me disait quelque chose... » et envisageait de te suivre, tu perdais ainsi bêtement quelques secondes à rester à découvert.

Mais bon, l’essentiel est que tu sois parvenue à sortir même si ça ne sert strictement à rien vu que cette gourde de Brienne préfère châtier du Stannis plutôt que de respecter son serment. Souvent femme varie hein…

Une qui ne varie pas, c’est Monique. Toujours là pour nous les briser menu avec son ton trop poli et son sourire sadique. Et son arc, dont elle sait vachement bien se servir :

« –Alors, lady Sansa, on se promène ?
Pourquoi vous avez Schlingue en remorque, Monique ?
Parce que… J’en sais rien… Ramsay me l’a laissé en partant ? Bon on va pas ergoter, répondez.
Ben oui, je me promène, il faut beau aujourd’hui et…
Les politesses, ça me fatigue. Je vais plutôt vous menacer d’une mort Boromir.
Pfff…Tout ça parce que mon père c’était Sean Bean…
Aller, Valar Morghulis !
NOOOON ! Pas démonter lady Sansaaaaa !!!!!  »

Tu ne crois pas si bien dire, Monique ! Parce que soudain, trop, c’est trop pour Theon. Il a déjà assisté au viol de Sansa, évènement qui l’a profondément choqué. Puis, elle est parvenue à lui faire reprendre conscience de son identité réelle, à le lui faire assumer en confessant les fausses morts de Bran et Rickon. Petit à petit, cette saison a défait ce que Ramsay avait construit sur son chevalet. Schlingue se détricote, et sous ce pull bien moche, apparait Theon Greyjoy, qui a vu Sansa grandir et qui malgré tout ce qu’il a pu dire, reste sa sœur.

J’ai adoré la mort de Monique, ce truc violent, brouillon et sans dignité. Une bonne grosse bascule la tête la première pour un final en revival de la mort d’Oberyn Martell : PASTEQUE. Même que j’ai crié « bien fait ! »


Sauf que dans leurs têtes, Sansa et Theon sont en train de comprendre que ça va devenir super tendu du slip pour eux. Ils viennent de tuer l’âme damnée de Ramsay qui, justement se raboule au château, sans doute pressé de conter à sa douce comme il a achevé ce qu’il restait de l’armée de Stannis en ouvrant les casques des agonisants avec un couteau à huitres.

S’ils restent là, ils sont morts. Theon sans doute plus vite que Sansa. Pris au piège, en proie à la peur panique que leur inspire Ramsay, tous deux prennent cette décision folle de sauter du haut des remparts, main dans la main.

Un instant très fort, qui n’était pas sans rappeler Daenerys et Jorah la semaine dernière.

En espérant très fort que la poudreuse amortira (un peu) le choc, nous retrouverons donc sans doute l’an prochain Sansa et Theon, dans un numéro de « Handicapé : vis ma vie de Bran Stark ».

Mauvais esprit mis à part, ce saut de désespoir était une conclusion logique à leurs deux arcs, marqués par la perversité et la dangerosité de Ramsay. A leur place, je pense que j’aurais moi aussi tenté ma chance plutôt que de retomber entre ses griffes.

C’est avec surprise que le plan de Littlefinger n’a donc pas tourné comme prévu. Bon, encore une fois, il ne pouvait pas savoir, pour Ramsay. En revanche, Baelish savait que Sansa était fait du bois de celles qui survivent à tout.

Elle a enduré, jamais baissé les bras, ni la tête, et s’est battue avec les armes à sa disposition. Elle a même réussi à faire sauter les verrous dans la tête de Theon, ce qui n’est pas un mince exploit.




Mash up de l’extrême

Sansa est sans doute la Stark la plus badass de tous. Celle qui apprend les règles du jeu, les maîtrise très vite et fini par quitter la partie intacte.

Bon, peut-être pas ses jambes sur ce coup-là, mais tout de même, quand vous êtes mariée à Ramsay Bolton et que vous réussissez à vous tirer avant qu’il ne vous écorche vive, j’appelle ça une grande victoire.

Beaucoup d’interrogations sur de quoi demain sera fait pour Sansa et Theon, seuls dans le Nord et sans doute bientôt pris en chasse par Michel Fourniret. Nul doute que leur arc va croiser rapidement celui de Brienne.

Port Réal.

Finalement, le dévouement et l’abnégation de septa Terminator à la Sainte Croisade du Repentir auront payé ! Cersei se confesse au Captain High Sparrow :

« –Mets-toi à table gourgandine !
D’accord, d’accord… Bon, admettons que j’ai couché avec Lancel Lannister…
Que le grand Cric que croque !
Je sais, c’est un choc.
Et les coups de rein de Jaime dans ta hunette ?
JE PROTESTE ENERGIQUEMENT ! Des menteries de Stannis Baratheon que tout cela.
Evidemment, oui, c’est LOGIQUE. »

Oui, c’est LOGIQUE bon sang. Merci à toi, Cersei, de produire enfin un démenti digne de ce nom face aux accusations d’inceste ! C’est toujours que mieux que la tronche de « Gné comment ki sait ? » que tire Jaime à chaque fois qu’on le titille sur le sujet !

Forte de cet instant de satisfaction, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un pincement au cœur quand Cersei a demandé à voir Tommen. Parce que contrairement à elle, je savais que sa fille était morte.

Et que son roi de fils est désormais le dernier enfant qu’il lui reste.
C’est pour lui que Cersei a accepté de se confesser. Pour lui qu’elle endure l’humiliation de la tonte. Pour lui qu’elle garde les yeux rivés sur le Donjon Rouge tout au long de sa marche.

Accessoirement, ses yeux appellent aussi au meurtre quand ils se posent sur septa Terminator, qui d’ici peu, se mangera un ser Frankenstein dans la face.

J’espère franchement, parce qu’elle m’insupporte.

Malgré toute l’estime que j’ai pour Cersei, je dois dire que j’ai adoré la voir se confesser mais pas trop, manœuvrer High Sparrow, et noter soigneusement chaque visage, pour plus tard.

Quand je pense qu’en saison 1 j’avais des doutes sur la capacité de Lena Headey à tenir le rôle…
Quelle démonstration cette semaine. Dans le livre, le chapitre est porté par ses monologues, contant son effondrement intérieur à mesure qu’elle progresse vers le Donjon Rouge. Le défi ici était de tout retranscrire sans un seul mot et il aura été relevé haut la main, autant par l’interprète que par la mise en scène qui épouse d’un bout à l’autre son point de vue.

Difficile de ne pas voir un logique (je n’ai pas dit juste) retour des choses pour l’ensemble de son œuvre depuis la saison 1. Et l’enchainement de ses erreurs depuis la mort de Joffrey appelait à une chute sévère.

Dans cet univers cruel aux lois impitoyables, le fort se nourrit du faible et une fois n’est pas coutume, c’est Cersei qui se trouve en position de faiblesse, réduite à n’être qu’un objet d’insulte pour les va nu-pieds de Culpucier.

Sa longue et lente chute, était comme un crash filmé au ralenti. Nous avons vu la structure de son célèbre « power is power » se déformer sous l’impact, progressivement, jusqu’à ce que l’onde de choc atteigne le conducteur du véhicule.

Vaincue, la reine douairière parvient à se réfugier dans le Donjon Rouge, reçue par un comité d’accueil assez peu motivé à l’idée de récupérer ce qui fut jadis la femme la plus puissante de Westeros. Kevan et Pycelle la juge, sans un mot, ce qui encore une fois est tout autant un logique retour des choses et un moment douloureux à regarder.

Seul rayon de soleil, mestre Mengele surgit avec une couverture parce que Cersei est en état de choc quand même.

Une couverture et !

ROBERT STRONG !!!

Le golgoth de la reine est enfin achevé. Je me demande combien de temps les autres mettront à découvrir le pot aux roses entre l’odeur de chair en décomposition et la peau violette que le nouveau Manteau Blanc affiche sous son casque.
Qu’importe.

A l’instant où il emporte la reine si fragile dans ses bras de géant, Cersei a ce regard, celui de la lionne invaincue. Elle ne sait sans doute pas encore comment, mais elle sait que tôt ou tard, elle aura sa revanche. Les Pluies de Castemere avaient certes une tonalité tragique cette semaine, mais une chose est sûre : Cersei n’est pas de celles qui baissent les bras. Elle luttera jusqu’à la mort s’il le faut. Et sa mort sera sans doute tout aussi stupide que grandiose.

J’ai tellement hâte de voir ce qu’une fofolle pareille bouffée par l’aigreur, la haine et la paranoia va bien pouvoir faire de cette Montagne recyclée.

La Mer Dothraki.

C’est incroyable, on dirait que la série m’écoute ! C’était pas du pur « Dragons ! » peut-être cette scène entre Dany et Drogon, qui confirme que définitivement, l’animal qui se rapproche encore le plus de son espèce, ça reste le chat ?

Et comme Drogon préfère rester à ne rien faire d’autre que dormir en boule plutôt que d’aller tuer une chèvre pour nourrir sa mère, cette dernière décide de tenter sa chance dans la pampa.

Je tiens à dire que cette semaine, les interactions entre Daenrerys et Drogon était rudement mieux mises en scène. Comme quoi, le cadrage, hein. Le fait de filmer Dany de haut en train d’essayer de monter sur le dragon rendait infiniment mieux que la foireuse escalade dans les arènes. L’impression de taille et de puissance de Drogon en était décuplé tout en épargnant les geste forcément gauche qu’un être humain peut avoir quand il essaye de se jucher sur le dos d’une créature pareille.

Si, je sais très bien qu’on a l’air gauche, je chevauche moi même des dragons tous les jours. Enfin, la nuit. Quand je rêve. Mais là n’est pas le propos !!!

D&D, petits filous… Je sais que vous avez fait exprès de choisir ce lieu de tournage pour cette scène, parce que c’est le même que celui de l’exécution du déserteur en saison 1, que celui de la discussion entre Jaime et Qyburn sur la route de Port Réal en saison 3, ou que le retour de Sansa dans le Nord cette année.

En gros, vous nous servez du Westeros pour nous mettre le doute, et PAF, au dernier moment : des Dothrakis !!

Nous avons appris cette semaine quelque chose de très intéressant sur Dany : elle est complètement myope.

En effet, dans une scène dont le WTF n’est pas sans rappeler la rencontre entre Aragorn, Legolas et Gimli avec le Rohirrims, Daenerys se laisse surprendre par un khalasar entier, dans une plaine, avec un horizon parfaitement dégagé. Autant les premiers, je dis pas, ce sont des éclaireurs qui surgissent de derrière un caillou, autant le reste de la bande, ahem…

« Seigneur des Anneaux » jusqu’au bout, Dany imite Pippin en laissant tomber un gros bijou, l’espoir fait vivre, hein, déjà il faut que tous tes potes à Meereen soient suffisamment vivants pour venir à ton secours, ce qui n’est pas gagné vu que tu les as abandonnés à une mort certaine, ensuite, avec les wattmille chevaux qui caracolent sur l’herbe, ta bague a toutes les chances de finir sa carrière sous 20 centimètres de terre.

Mais c’était malgré tout bien tenté.

Et la scène finale de son encerclement très belle, parce que vraiment impressionnante. Que de la gueule, mais on est au cinéma bon sang. Je ne paye pas pour voir trois jockeys sur des poneys tourner au tour de Dany en beuglant « Itisknown itisknown ! ».
Là, ça en imposait gravement et surtout, c’était le rappel de la scène finale de la saison 3, quand les esclaves affranchis la portait en triomphe. Les rôles sont ici inversés, Daenerys n’est plus la jeune reine libératrice, rien qu’une étrangère suspecte aux yeux de ces Dothrakis.
Le temps de l’adoration est bel et bien révolu. Dany disparait donc au milieu des cavaliers, sans doute pour mieux renaître (sa renaissance étant le leitmotiv de son arc depuis la semaine dernière).

Espérons juste que Drogon ne passe pas en mode Fantôme, devenant parfaitement inutile dès que son maître est en danger de mort.

Ah, justement, puisqu’on en parle…

Another brick in the Wall.

Pendant de longues années (cette formulation me donne l’impression d’être aussi vieille que Mestre Aemon), Le Mur et ses intrigues ont été les maillons faibles de la série.

Souvent la faute d’un mauvais traitement, tout le monde se souvient avec émotion de la saison 4 et de la préparation en mode kermesse à l’assaut massif de trouzmille Sauvageons visiblement égarés dans la forêt parce qu’au final, ils étaient quelque chose comme 12, dont 2 géants.

Parfois, la faute à ces premières heures de la série qui manquaient singulièrement de budget, émotion encore à l’évocation de la Bataille de Poing des Premiers Hommes, se déroulant dans un supeeeeerbe écran aussi noir que Drogon le dragon.

Et, il faut le reconnaitre, un peu aussi à cause de Kit Harington, qui pendant trois ans n’a guère brillé par autre chose que ses moues, ses bras écartés quand il marchait/courait/regardait des trucs dans la neige, et ses boucles dont l’alignement est passé en 5 ans de loyal bon à chaotique mauvais. Depuis deux ans, son jeu s’est suffisant musclé pour lui permettre de camper un Jon Snow crédible et nettement moins boy scout à la ramasse.

Du coup, cette année, le Mur est peut-être l’arc le mieux réussi, même si en temps d’antenne pur, il doit être un des plus courts, après celui de Braavos.

Mais retrouvons tout de suite Jon, le lord commandant, en train de déclamer de la poésie scaldique devant son bol de porridge.

« –C’est un malentendu, la mer n’a pas été là depuis l’origine. Elle n’est que les larmes salées des Sauvageons morts et relevés.
Wooah. Ca valait le coup quand même, ça t’a fait une sacrée émotion poétique, Jonny.
Je sais. Et j’aimerais tellement que tous ici prennent conscience de la menace qui pèse lourd sur nos frêles épaules mais au lieu de convoquer toute la Garde de Nuit, je préfère faire mon récit ici, devant toi, en prenant mon goûter.
Quel sens des priorités, Jon. »

Nan sans déconner. Jon est FOU. Déjà en saison 2, il voyait un White Walker et « oubliait » d’en parler à son lord commandant, là il en voit 5 et il ne se confie qu’à Sam, genre de toute façon personne ne va me croire.
Je ne dis pas que ça aurait changé ton destin mon loulou, vu que George t’avait déjà condamné, mais tout de même quoi.

Je dois être sadique, parce que j’aime quand « Game of Thrones » est cruelle. Quand Sam annonce à Jon son envie de se rendre à la Citadelle pour y suivre la formation de Mestre, et accessoirement pour sauver la vie de la femme qu’il aime, la réaction de Snowy faisait peine à voir. Sam, comme tout mauvais camarade, le plante pour sa gonzesse. Ok, ok, c’est carrément plus noble que ça, et il a parfaitement raison de vouloir s’instruire dans ce haut lieu de connaissance où il se passe des trucs TROP CHELOU ET TROP PASSIONNANTS mais dans les faits, ça revient tout de même à abandonner Jon à son triste sort.

Et ce qui est très triste, c’est que je pense qu’Olly et les autres le savent parfaitement. Et qu’ils lui montent ce plan sur tonton Benjen uniquement parce qu’ils savent que Jon foncera tête baissée. Parce que Jon est seul. Et qu’il en souffre.

Le prétexte aurait pu être un accident lors du creusement des latrines, « voyez chef, c’était pas malin de faire confiance à un roux« , pour jouer sur son racisme naturel, ou l’inspection d’un ascenseur défectueux, que sais-je encore…

Mais non, ils ont choisi tonton Benjen. Regardez comme le visage de Jon s’illumine quand Olly le lui annonce. Comme il se jette tout droit dans la gueule du loup sans s’imaginer une seconde qu’on se paye sa fiole…

«-Alors, où c’est qu’il est mon tonton Benjen ? Mais… C’est quoi cette banderole : « traitre » ? Qu’est ce que qui se passe ici ?
Jon, ceci est une intervention. On trouve que depuis quelques temps tu es devenu trop proche des ces Sauvageons.
Je vous ai déjà expliqué que c’était logique, bon sang !
Oui mais là on voudrait que tu nous écoutes, parce que tu vois, les choses vont trop loin.
Ok.
Comme tu le sais, normalement, une intervention c’est une bande de potes qui chope un de leurs amis pour lui expliquer gentiment pourquoi il déconne dans les grandes largeurs. Mais comme on suppute que tu n’en feras de toute manière qu’à ta tête, on a décidé de te démettre de tes fonctions.
Queuah ? Mais c’est impossible ! Seule la mort peut…. Oh. »

Oh. OH.

C’était disons… Correctement exécuté. Enfin pour un lecteur s’entend. Je n’imagine même pas le choc pour les non-lecteurs.

Cela faisait tout de même presque 2 ans qu’aucun Stark n’était mort, il était grand temps de ramener l’équilibre dans la Force.

Bien amenée toute la saison durant, cette mort de Jon était un beau moment, façon de parler. Comme souvent cette saison, elle a été de ces évènements qui auront fait s’ouvrir le sens de scènes d’apparence anodine, comme la discussion entre Sam et Olly sur le devoir.

La scène en elle-même était bien jouée, Kit Harington s’offrant une belle sortie, entre détresse et incompréhension. Son échange de regard avec Alliser Thorne était très intense (même si je regrette qu’il ait pris part à la conjuration, cela ne correspond pas vraiment à son caractère), mais pas aussi émouvant que celui avec Olly.

« –Toi aussi, mon fils ! »


« Je sais ce que ça fait, mon petit… »

« Je vois pas du tout de quoi vous parlez… »

Et pendant que je méditais sur l’ironie d’une mort césarienne dans une série qui affichait César et Brutus dans son générique il y a peu encore, un peu plus loin dans la forêt…

Tu sers à quoi, vieux ?

Cette mort vient doublement à point. Pour conclure la saison déjà parce que bon, hein voilà, on est dans une série télé, ce sera dommage si on ne marquait pas le coup tout de même, mais aussi parce qu’elle achève la trajectoire de Jon Snow dans une Garde de Nuit qui ne l’a jamais vraiment accepté. Certes, il y avait quelques amis, qui sont tous morts, ou partis convoler dans le péché avec leur Sauvageonne.

Jon était le seul capable de penser « out of the box », de s’affranchir de l’opposition séculaire entre le Peuple Libre et la Garde de Nuit. Son progressisme, et surtout, sa capacité à voir plus loin que les autres l’aura poussé au tombeau. Car s’il avait pour lui sa clairvoyance, il avait surtout contre lui son incapacité à transiger. L’art de gouverner c’est souvent l’art du compromis, mais en digne fils de son père, Jon aura tout fait pour suivre son idée, dès lors qu’il avait chevillé au corps la certitude que son combat était juste. Comme Stannis le lui rappelait plus tôt dans la saison, avoir le sens de l’honneur et du devoir de Ned Stark n’est pas toujours une qualité. Encore une scène qui s’est trouvée amorcée à quelques épisodes de décalage, tenez…

Evidemment que Jon avait raison de vouloir tout miser sur la lutte contre les White Walkers. Mais il n’aurait pas du imposer son choix aussi abruptement. Il a semble-t-il oublié qu’il commandait à une bande de repris de justesse, des vétérans de la lutte contre les Sauvageons, qu’il n’était qu’un blanc bec, un bâtard de haute lignée déposé comme une fleur sur le Mur.

Comme son père, avec lui s’en va l’espoir d’un peu de justesse et de clairvoyance dans ce monde âpre. C’est une mort très difficile à accepter, quoi que l’on ait pensé du personnage dans le passé, car il s’est avec le temps imposé, pour citer Sam, comme le commandant vers qui l’on se tourne dans le besoin.

N’empêche… N’EMPECHE, j’ai du mal à me résoudre à cette mort. Même si les livres et la série nous ont appris que ce n’était pas parce qu’un personnage avait le bon goût de rentrer dans les cases d’un cliché qu’il allait compléter le schéma jusqu’au bout, j’ai du mal à admettre que Jon Snow, bâtard de Ned Stark ait été destiné à mourir dans la neige. Et ce qui me retient de vous balancer un hommage posthume, là, tout de suite, c’est ça :


Forcément le foutu gif ne rend rien, mais dans la vidéo, c’est évident : l’éclairage a changé. Au moment de sa mort, le visage de Jon Snow est baigné de lumière. DE LA LUMIERE.
Si vous me suivez…

Mais dans le doute… Jonny boy, Snowy le Mangifique, tu es parti comme tu as vécu, la moue aux lèvres et le cheveu en berne, incompris et solitaire. A toi, nous rendons ce dernier hommage. Nous n’oublierons jamais l’emo ranger que tu fus. Adieu, lord commandant.










L’année prochaine…

D’ici un an nous aurons tous eu le temps de sécher nos larmes.
Et d’en préparer un stock de nouvelles parce que vu l’abattage cette année, et le fait que l’on ne sait absolument pas à quoi nous attendre, ça risque de pincer très fort !

Une tendance a attiré mon attention cette année concernant les réactions des lecteurs aux morts et autres évènements non publiés dans les livres.

Beaucoup n’ont pas du tout accepté ces aménagements ou ces révélations, arguant, entre autre, que celles-ci n’étaient pas canoniques, et/ou mal amenées.

Certes, D&D sont tenus à leur format et ne peuvent développer des intrigues aussi riches et complexes que GRR Martin. Du coup, il leur arrive souvent d’en venir à certains évènements via des intrigues simples. Mais pas plus, si on y regarde bien, que celles écrites par George, lorsqu’on les élague.

Prenons le mariage de Sansa : dans les livres, les Boltons en sont réduits à se trouver une fausse Arya pour légitimer leur emprise sur Winterfell. Dans la série, Littlefinger utilise Sansa pour acheter une alliance avec les Boltons, tout en misant sur trois tableaux à la fois, la bienveillance des Tyrells, la loyauté de Roose, et l’hypothétique victoire de Stannis.

Je suis persuadée que si George nous avait pondu ce scénario dans ses bouquins, en distillant les indices aux gré des chapitres pour finalement faire comprendre la complexité de plan de Baelish à ses lecteurs via une interprétation globales des bribes de sa manœuvre dont ils auraient eu connaissance, tout le monde aurait crié au génie.

Le fait que la série, parce qu’elle est une série, assez grand public qui plus est, doive en passer par une explication de texte pour permettre aux spectateurs de saisir tous les enjeux, semble la condamner à l’accusation de simplisme. Ou de WTF parce que ce n’était pas dans les bouquins.

Après la mort de Shoren, on pouvait lire partout des choses comme « je suis dégouté c’est honteux d’avoir fait ça, mais bon, si on découvre dans le prochain livre que ça va se passer aussi, ça ira déjà mieux« . Que cela vienne de George et tout de suite, c’est la Sainte Évangile. Que cela vienne de D&D, c’est forcément gratuit, de mauvais goût, mal écrit, mal amené.

Je ne dis pas que ce n’est jamais le cas, hein. Je dis juste que le procès est systématique, et souvent sans réel souci d’objectivité.




La légende dit que ceux qui meurent dans « Game of Thrones » errent pour l’éternité dans les transports en commun

Même si évidemment, le respect de l’œuvre adapté est primordial dans ce type d’exercice, il faut aussi que l’on se mette martel en tête sur la spécificité de « Game of Thrones » : parce que GRR Martin n’a pas écrit assez vite, il a condamné la série à le dépasser et à s’affranchir de ses écrits pour continuer à exister. Que l’on ne vienne pas blâmer de trop D&D qui pilotent plutôt bien les 2/3 du temps leur show, de devoir désormais continuer sur une trame bien plus lâche que celle qu’ils avaient à leur disposition dans les 3 premières saisons.

Le fait de faire se rejoindre Brienne, Stannis, Sansa, n’est pas de l’irrespect ou un gros « fuck  » lancé à la tronche des fans du livre. C’est un principe assez logique dans une série aussi riche en personnages que de choisir d’en faire se réunir quelques-uns plutôt de les laisser évoluer chacun de leur côté. Ne serait-ce que pour l’aspect émotionnel de la chose. Le public, largement composé de non-lecteurs, aurait sans doute trouvé très chiant et contre-productif de voir Brienne errer seule deux saisons durant à rencontrer des gens dont on n’entendra plus jamais parler après.

La série n’en aurait pas eu le temps, déjà, et ensuite, cela aurait dilué une nouvelle intrigue jusqu’à plus soif. Pas qu’on avait déjà eu assez des errances d’Arya (pas trop mal menées dans la série, avec le recul) mais imposer le même sort à Brienne sur deux saisons aurait été redondant et sans intérêt. Certes, on y perd en dépiction du chaos dans le Conflans, mais le format série de 10 épisodes la saison ne permet pas d’en faire plus.

Il faut compresser, relier, réécrire, quitte à s’éloigner radicalement du canon, du moment que cela fonctionne encore. Et force est de constater que malgré des ficelles grosses comme les amarres de l’Unique, malgré des étrangetés et des maladresses, le fil de la série continue de très bien se suivre et de faire son job.

Et oui, c’est loin d’être parfait, comme lorsqu’on nous impose le schéma trop prévisible de la « scène émotionnante » qui a fonctionné à pleine blinde cette saison pour massacrer joyeusement divers personnages.

Autre caractéristique de cette année, un rythme différent des autres saisons, qui en général offraient des montées en puissance sur les premiers épisodes jusqu’à un event de milieu de saison après lequel le soufflé retombait jusqu’à l’épisode 9. Cette année, la montée en puissance s’est faite tout du long, par un long travail de mise en place qui a aboutit à cette explosion de violence dans les derniers épisodes. De nombreuses scènes qui nous avaient semblées bizarres, nulles ou gratuites, se sont révélées être de petits instants anodins amenés à prendre sens quelques épisodes plus tard, selon la technique de la scène amorcée a posteriori. Cette façon de faire est à double tranchant car D&D ont très souvent couru le risque de voir ces scènes se faire taxer de remplissage, alors même qu’elles étaient lourdes de sens. Un sens que l’on ne pouvait pas deviner à l’instant T mais qui éclate soudain. En cela, on retrouve un peu la manière de construire les histoires de GRR Martin, qui n’aime rien tant que de poser ses jalons très en amont pour mieux ensuite faire exploser une situation dans un grand moment de « OMG tout est lié !!!« .

Le hic c’est que cela fonctionne très bien à l’écrit, moins sur un écran. Surtout quand la série qui choisit cette option a déjà par le passé lourdement péché par remplissage ou délayage de mauvais aloi.

Si cette saison ne m’a pas totalement enthousiasmée, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Parce que pour moi, D&D ont participé à une course avec double handicap :
-adapter de tomes de transition.
-le faire au moment où eux même sont en transition entre les livres parus et les livres non-parus.

Aussi, avant de me prononcer sur leur capacité à mener à bien leur chanson de la glace et du feu, je crois qu’il faut laisser passer les saisons 6 et 7, puis en tirer un bilan global. Malgré tout, l’an prochain sera décisif quant à l’avenir de la série, question qualité.

Pour l’heure, elle reste un objet télévisuel fascinant, inégal, mais puissant, autant dans certains de ses passages particulièrement réussis, que pour sa capacité à générer des débats et discussions jusque devant la machine à café.

Rien que pour ça, je lui tire mon chapeau, et je me dis que malgré les réaménagements, l’œuvre de GRR Martin n’est décidément pas si mal servie que cela par cette adaptation qui rend justice à sa force et à sa pertinence.

Aller, à l’année prochaine, pour tous ceux qui déserteront ces pages d’ici avril prochain ! Vous me manquez déjà !
Et pour les autres, à très bientôt pour de nouvelles aventures.

Et d’ici là, n’oubliez pas :

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