Allumer le feu

Les attentes pavent les routes d’un pays nommé déception.

Je ressens soudain le besoin de m’envoler très haut, très loin de Dorneville, très loin de Stannis Baratheon, très loin de Meureen. Prendre le recul nécessaire pour digérer un final pas tout à fait visuellement à la hauteur de mes espérances. Enfin disons qu’à la décharge du metteur en scène (monsieur « Noces Pourpres »), ce passage était casse-gueule et qu’il s’est pris les deux pieds dans le tapi.
Sinon, pour le reste ma foi, cela restait dans la norme de cette saison, ni bon, ni mauvais, souvent sympa, parfois juste fonctionnel parfois les deux.
Oui « Game of Thrones » est une série où un truc comme voussavezquoi est un élément sympa et fonctionnel.

Figurez-vous que dans une semaine seulement, c’est la fin de cette saison 5. Une saison controversée, pas toujours très bonne, parfois excellente, déroutante, stupide, prenante et qui marquera sans doute l’histoire de la série comme son ventre mou, sa partie la plus laborieuse. Pas de quoi fouetter un chat, beaucoup de séries connaissent ces transitions en dessous de ce qu’elles sont capables de proposer pour mieux préparer leur grand final.

Quelle que soit la qualité globale de cette cinquième année, il faut lui reconnaitre une construction moins classique que les précédentes, du fait de l’adaptation de deux tomes parallèles, assez riches de contenus et difficiles à condenser en 10 épisodes de 50 minutes. Du coup, j’y reviendrai plus tard, nous avons eu en quelque sorte un double épisode 9, à moins qu’il ne s’agisse d’un double épisode 10, la semaine prochaine nous le dira.
Bon, c’est parti pour l’épisode qui vous fera prendre conscience qu’une bonne mise en scène, ça fait TOUT, et qui vous arrachera le coeur à mains nues.


Dorneville.

Dorneville, charmante station balnéaire de la côte méridionale normande accueille tous les ans un festival des arts du cirque. Cette année, l’édition est consacrée aux clowns et autres amuseurs publics. Dansez pour moi, Ellaria et les Harpics, faites-moi l’inventaire complet de vos pitreries !

Keskicépassé ? Oukilé le contenu ? Kicékison ces gens ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue et je fais comme l’oiseau contemple le désastre : Tyerne et Nym jouant à un jeu de réflexe que même un enfant de 5 ans il pourrait gagner une fois sur deux, Ellaria qui rentre de le rang et puis en fait non et puis si juste pour aller balancer son inceste à la face de Jaime, gratuitay, j’écris ton nom avec du vin de la Treille.

Sans rire, pourquoi en avoir fait une information de notoriété publique ? Pour mémoire, la liaison entre les jumeaux Lannisters est une rumeur colportée par Stannis Baratheon sur la foi du témoignage de Ned.
Que l’on y trouve du crédit, pourquoi pas, surtout quand on vit à Culpucier et qu’on appartient au lumpenproletariat exploité par les riches bourgeois qui sont rien qu’une bande de dépravés.
Mais que le monde entier semble convaincu de la véracité de la rumeur, ça, je n’adhère pas. Je sais bien que les derniers Targaryens sont morts depuis peu et que leur pratique de l’inceste était acceptée ou du moins tolérée, ce qui peut expliquer pourquoi les gens ne sont pas plus choqués que cela de l’affaire. Dans centaines d’années de copulation entre frères et sœurs au plus haut niveau de l’Etat ont émoussé la capacité d’indignation du Westrien. Soit.
Mais dans cette perspective, rappelons tout de même que le nœud du problème n’est pas tant l’épée de Jaime dans le fourreau de Cersei, que le fait que leurs enfants sont donc des bâtards royaux portant une couronne sur laquelle ils n’ont donc aucun droit.
Du coup, je sais pas moi, mais je suis un puissant, un allié ou un ami des jumeaux, perso, j’évite de leur rebattre les oreilles de la bâtardise de leurs enfants. Soit parce que je préfère jeter un voile pudique sur mes doutes, soit parce que je n’y crois pas. Les Lannisters ne sont pas des Targaryens, les seuls à pratiquer l’inceste, et comment prêter foi à une rumeur venue d’un candidat au trône dont le seul argument pour sa légitimité repose sur ce scénario improbable ?
Le fait que tout le monde prenne cette rumeur pour argent comptant est à peu près aussi débile que si Stannis avait été raconter partout que Cersei avait les pieds plats et qu’à chaque fois que la reine sortait « Ouhlala Majesté, permettez que je vous tienne le bras, faudrait pas que vous vous esquintiez les orteils quand même. »

Alors ok, je comprends bien que D&D savent que leur série est regardée par des tas de gens qui n’accordent pas autant d’attention qu’ils le devraient au contenu des épisode. Ils craignent sans doute que les gens oublient certaines parties de l’histoire qui sont amenées à devenir importantes. Je ne vais pas leur jeter la pierre pour faire en sorte que leur série soit claire.
Mais sur la relation Cersei/Jaime, j’ai comme un doute. Un doute parce qu’elle était au cœur de l’intrigue de la saison 1 et qu’elle aura été présentée au public de manière très forte, entre une scène qui ne laissait aucune place à l’imagination, et une tentative de meurtre sur un enfant de 8 ans, tout ça pour protéger le secret.
Peu de chance que le public oublie ce « détail ».
Et peu crédible qu’un Bronn de bas étage puisse balancer à la face de Jaime « Fockin’ » Lannister que Myrcella est sa fille.

Mais foin d’esprit chagrin, embrayons tout de suite sur l’époustouflante scène de l’apéro :

«-Ser Jaime, prenez place. Pastis ou Ricard ?
C’est une question piège ?
Mais enfin, non !
Je préfèrerais un rosé pamplemou… Omagad, Myrcella ma fnièce… C’est un vêtement ou une balise spoiler ?
Un vêtement, PTonton.
Je crois que je commence à comprendre ce que vit le père de Miley Cyrus.
Les enfants grandissent trop vite !
Certes, prince Doran. Si je comprends bien, vous m’invitez à un apéro de réconciliation ?
Non, ceci est un apéro de compréhension. Dite moi, ser Jaime, si vous êtes venu ici pensant votre fnièce en danger, pourquoi ne pas être venu directement m’en parler ? J’ai tout sauf la réputation d’avoir la tête près du bonnet. Pas comme certaines dames que je connais.
C’est vrai que j’aurais pu faire ça aussi…
Ben oui… Parce qu’à part Darth Maul et les Triplettes de Dorneville, ici, on est plutôt des gens civilisés tu vois.
Vous savez, prince Doran, j’ai jamais été un grand stratège. Frapper à la porte ne m’était même pas venu à l’esprit. »

Et alors que Myrcella et Trystan se nourrissent mutuellement de guacamole en gloussant comme deux dindes TROP IN LOVE, Doran se décide enfin à justifier le salaire d’Alexander Siddig dans cette série en poursuivant l’échange avec de vraies lignes de dialogue et même, de la politique.

«-Bien, maintenant que nous sommes tous à nouveau grands amis et que nous avons rompu les tacos ensemble, je m’en vais vous proposer un deal, ser Jaime. Vous récupérez votre fnièce…
NONJAMAY !!!! Notre amour est éternel aussi longtemps que je vivrai et même que si vous nous séparez je vais retenir ma respira…
Voilà, c’est pour ça que je veux que vous repartiez avec elle. ET en prime, vous embarquez Trystan. J’ai déjà perdu mon frère à Port Réal, je peux bien vous envoyer mon fils, tant qu’il ne s’avise pas de se battre en duel pour les beaux yeux d’un nain…
Supayr ! »

« Hmmm, trop supayr » se dit ser Jaime à la seule idée de passer 5 jours sur le même bateau que deux adolescents en rut dont un est sa propre nfille.


Cette saison aura décidément été celle des faux suspens insoutenables. Et cette semaine encore c’est Bronn qui en fait les frais avec la « menace » de représailles de la part de Trystan. Tu flippes un tantinet que le prince des Mille et Une Boucles le condamne à se faire couper la main qui l’a frappé (ça aurait été classe, quand même, « Bronn&Jaime : deux mains gauches, un cerveau »).
Mais non, en lieu et place, Bronn se reçoit une grosse mandale dans la joue gracieusement distribuée par Aeroh Hotah.
Trystan est gland au point de ne pas savoir mettre des claques tout seul. Et soudain, on comprend pourquoi son père veut l’envoyer lui aussi à Port Réal.

Bon et bien Dorne n’a guère été plus glorieux cette semaine que sur le reste de la saison. Même si cette semaine, avec les interventions éclairées de Doran, on a eu droit à deux sous de bon sens dans les dites scènes, ce qui est un progrès considérable par rapport au reste des épisodes.
Sauf que quand un personnage de votre série vous explique que l’arc de Jaime était d’une crétinerie sans nom, il est grand temps de faire un peu d’introspection, mes petits D&D. Ok, vous avez gravement foiré Dorne. C’est triste. Mais il y a tellement pire dans la vie. Il y a passer à côté des arène de M…
Oh et puis non, zut, rater Dorne, c’était impardonnable. Voilà. Bouh.

Braavos.

C’est donc comme de par hasard en vendant ses huitres qu’Arya tombe comme de par hasard sur Ser D’Artagnan escorté par ser Optimus, fraichement débarqués à Braavos.

C’est moi où ils ont pris le navire le plus lent de tous les temps ? Non parce qu’ils sont partis au début de la saison les mecs quand même. Limite si le père Tyrell n’avait pas commandé des escales dans toutes les Cités Libres, pour vivre son rêve d’une croisière Costa. Ou alors Gendry était le timonier…

Et donc Braavos, étape de charme, ses canaux, ses temples, ses bordels, tout ce à quoi aspire le cœur d’un gentilhomme épris de poésie et de liberté. Rien qu’à voir la tête de ser Meryn tu sens que le voyage a été long et pénible pour lui.
C’est qu’il a une sacrée patate le ser D’Artagnan, au point de pousser la chansonnette devant la banque, Luciano Pavarotti style, La Dona E Mobile, « la femme est mobile » LV3 italen, vous pouvez pas test.
C’est pour ça que je ne juge pas trop ser Meryn Trant quand il décide de quitter Mace Tyrell pour la soirée. Ça fait certes de lui le pire garde du corps au monde, mais à sa place, j’aurais sans doute guetté la première occasion pour fausser compagnie à Roberto Alagna, après trois semaines coincé dans la même galère que lui.

Pendant que dans le lointain, Mace s’égosille « NEEEeeeeessuuuuuuuun Doooooorrmaaaaaa ! », ser Meryn, Serge et Gaetan, gardes Lannister de leur état s’en vont donc gaiment vers le Palais des Milles Tourteaux, un établissement où c’est qu’on aime bien les fruits de mer, mais pas les jeux de mot faciles.
Arya y voit une opportunité, et s’élance TOP DISCRETE avec son plateau et ses chouquettes, traversant la salle en bousculant les convives : « Elles sont fraiches mes palourdes !!! », sans doute dans l’espoir improbable que ser Meryn aura envie de se taper un petit bulot.

Et croyez-le, croyez-le pas, c’est précisément ce qu’il va se passer. Ser Meryn, en plus d’être un voleur de manteau (il porte celui de Jaime en saison 1. Il s’agit donc de la tenue décontractée des gardes royaux) est donc aussi un pédophile.

Alors j’entends déjà les récriminations des chafouins arguant que on sait que ser Meryn il est méchant et sadique vu qu’il adorait mettre des coups de latte dans Sansa et qu’on n’a pas besoin d’en faire plus sur son compte.
J’ai presque envie de dire que ce n’est pas ça le problème (déjà parce que son évidente bonne volonté à brutaliser une jeune fille comme Sansa était un bon indice sur ses penchants). Ce qui m’a un peu dérangée dans cette affaire c’est le côté HOW CONVENIENT de ce penchant chez Trant. Qui ne va pas du tout faciliter la tâche à Arya pour accomplir son forfait. Une Arya qui au début de l’épisode, s’est prise en pleine tête une proposition indécente. Proposition qui va sans doute faire son chemin dans son esprit. Arya n’est plus perçue par les autres comme une enfant, elle-même va donc peut-être envisager de mettre de nouvelles cordes à son arc.
Il lui sera sans doute aisé de jouer les opportunistes souhaitant arrondir ses fins de mois pour se retrouver seule avec Trant et lui mettre du poison dans son vin. Reste à espérer qu’elle aura plus de chance que sa sœur par la suite.

Megève.

Ouais alors là, je ne vous cache pas que ça va être dur. Parce que D&D ont déjà été cruels par le passé, aussi cruels que George, mais là, ils se sont clairement surpassés.
MON. DIEU.
Vous êtes de grands malades les mecs.

Certes, on le voyait venir à 15 bornes depuis l’année dernière, mais ça ne rend pas la mort de Shoren plus facile à digérer. Surtout pas après qu’on lui ait collé deux instants choupi avec Davos puis son père. Son connard de père, si je puis dire.

Après le raid de Ramsay sur le camp de ce connard de Stannis, Mélisandre insiste donc à nouveau sur la nécessité de combattre le feu par le feu. Le froid par le feu. Bref. De combattre par le feu.

«C’est bon, femmes ! Vous m’avez convaincu, je vais brûler mon unique héritier ! » => quelle merveilleuse idée, espèce de sale connard ! Je sens bien que tu es aux abois et que le vent de la Berezina souffle fort sur ta nuque, mais tout de même, tu n’as pas le sentiment troublant que tu es en train de te tirer une balle dans le pied ?
Okay, la victoire, là, maintenant, tout de suite, c’est très important, et tu n’as plus vraiment le choix. D’un point de vue militaire comme politique.
Mais juste une question pour voir : une fois que tu as récupérer Winterfell en y foutant le feu avec les braises du corps de ta fille, tu vas attendre l’été pour marcher sur Port Réal, t’en emparer, et poser tes miches sur le Trône de Fer. C’est bien ça le plan ?
Et après ? Tu n’as plus de frère, tu n’as pas de neveux ni de nièces. A part brûler ta femme (ça aurait été une bonne idée non ? Elle est reine que je sache) pour t’en prendre une plus jeune, tu comptes faire comment pour le fonder ton Reich de mille ans ?

Ces considérations pratiques mises à part (on reviendra là-dessus la semaine prochaine), l’enchainement des scènes dans l’ost Baratheon était plutôt bon.
Stannis avait une première fois refusé d’en venir à une telle extrémité, mais devant le désastre que va devenir sous peu son raid vers Winterfell, il ne peut plus ne pas considérer l’option.
Les pouvoirs de Mélisandre sont réels, il a pu le constater à plusieurs reprises.
De la même manière qu’Agamemnon accepta de sacrifier sa fille Iphigénie pour permettre à ses navires de partir pour Troie, Stannis doit consentir au pire sacrifice qu’il soit pour gagner la guerre. Sacrifier sa lignée, son enfant.
Depuis le début de la saison, Stannis a fait comprendre à tout le monde que le retour en arrière est impossible. S’il veut pouvoir continuer d’avancer vers Winterfell, vers la victoire, vers le Trône de Fer, il n’a plus d’autre choix que de tenter le tout pour le tout.
Shoren est doublement condamnée par cette résolution car elle est aussi une attache du passé pour Stannis. Le personnage est défini depuis son départ de Peyredragon comme une pulsion tendue vers l’avant. Stannis Baratheon prend des décisions iconoclastes, difficiles, presque inconcevables pour ceux qui l’entourent. Pour atteindre son but, il ne recule devant rien : tromper son épouse avec Mélisandre pour engendrer l’ombre tueuse qui assassinera son frère, escalader lui-même les murailles de Port-Réal, brûler des hérétiques pour asseoir le culte de R’hllor sur son île, débarquer au-delà du Mur en suivant une vision de Mélisandre pour affronter la plus grande armée sauvageonne jamais rassemblée, puis faire de ces sauvageons ses alliés improbables.

Sa décision, aussi dure, aussi terrible soit-elle, n’est que la suite logique de son personnage. Depuis la saison 2, tout nous conduisait quelque part à ce moment tragique.
Pourtant, Stannis n’est pas, et n’a jamais été un type sévère mais juste. Stannis est un être résolu, intransigeant, capable du pire si les circonstances l’exigent. Et il a assez de recul sur lui-même pour le savoir. Raison pour laquelle il garde un Davos Mervault dans ses parages. Davos est la conscience de Stannis. Une conscience qu’il était allé chercher aux oubliettes quand il s’interrogeait sur le bien-fondé du rituel avec Gendry, et qui l’avait convaincu de ne pas laisser Mélisandre disposer de la vie du forgeron.
Une conscience qu’il écarte aujourd’hui parce qu’il ne peut pas se résoudre à reculer.

Je me demande quelle sera la réaction de Davos après ça. C’est que la demi-main du roi en a supporté depuis l’arrivée de Mélisandre. Mais là, Stannis est clairement allé trop loin pour lui. Il y a ici largement de quoi lui faire réviser son jugement sur ses qualités proverbiales.

S’il y a à redire sur cette saison, il faut tout de même saluer la roublardise des auteurs et showrunners qui ont pris un malin plaisir à nous placer régulièrement des scènes à double détente. Celle de Shoren et Stannis à Châteaunoir apparait maintenant comme une de celles-ci puisqu’elle était destinée à nous instruire sur la léprose pour préparer la traversée de Valyria et l’infection de lord Friendzone, mais aussi parce qu’elle servait à révéler la sincérité de l’amour du père pour sa fille, en même temps qu’elle plaçait des concepts à double tranchants dans l’esprit de la princesse : « Je suis la princesse Shoren de la Maison Baratheon. Je suis ta fille. Je veux aider. » (scène qui s’ouvre sur le jouet en forme de cerf filmé devant des flammes…)
Non, tu veux pas, non…
La cruauté de replacer ses lignes dans sa bouche, la faisant justifier sans le savoir la décision que son père a prise pour elle.
Tout l’intérêt de la scène à Châteaunoir explose soudain, comme si ses sens cachés se déverrouillaient en direct. C’était aussi réussi que terrifiant.

Réussie aussi la construction du personnage de Stannis dans la série. Au départ Stannis n’était montré que comme un énième candidat au trône un poil plus dangereux que les autres car n’hésitant pas à recourir à la magie chelou pour arriver à ses fins. Bûchers, sang de roi, divination dans les flammes font partis de son paysage depuis longtemps.
Stannis a longtemps été un personnage décrit dans le vase clos de Peyredragon, tiraillé entre Mélisandre et ses promesses de victoire et Davos, l’ordre moral et le bon sens près de chez vous. Dans ce contexte, Stannis n’a jamais été au mieux et a toujours semblé une sorte de caricature de second couteau foireux plein d’ambitions.
A chaque fois que la série lui a fait quitter son île, Stannis a acquis une dimension qui lui manquait, celle du leader qu’il est. Que cela soit pendant le siège de Port Réal ou durant son séjour au Mur, Stannis a démontré ses qualités de chef de guerre, sa détermination, son sens politique. Son soutien à Jon et sa générosité vis-à-vis de lui nous auraient presque fait oublier qu’il n’a jamais été rien d’autre qu’un opportuniste borné persuadé d’être l’élu de quelque chose, destiné à s’asseoir sur le Trône de Fer. Et ce, peu en importent les moyens.
Qu’il aime sa fille ne change rien à l’affaire. Mis devant la promesse d’une déroute certaine, avec pour seule option de consentir à la mort de son unique enfant, il n’est pas et n’a jamais été le genre d’homme à reculer. Il a simplement tenu jusqu’à ce que cela devienne inévitable.

Tout le contraire de Selyse, qui est une fanatique de la première heure, par conviction personnelle, là où Stannis, pragmatique, a voulu tester et voir. Selyse dont la foi ne peut faire le poids face aux cris d’agonie de sa fille et qui se réveille brutalement en réalisant ce qu’elle vient de faire.
Rien d’étonnant à ce brutal retournement, sachant que le personnage nous a toujours été présenté comme vulnérable, instable psychologiquement et surtout très influençable. Selyse ne pense pas réellement par elle-même dans cette affaire. Au contraire de Stannis qui sait exactement ce qu’il fait et pourquoi il le fait.
L’un comme l’autre sont des monstres.
Parents de l’année, à l’aise.

Si la décision coûte énormément à Stannis, cela ne l’empêchera pas de la prendre tout de même et de vivre avec, en regardant sans ciller Shoren se consumer sous ses yeux. La même Shoren qui avait fermé les yeux pour ne pas voir Mance Rayder brûler plus tôt dans la saison et qui se retrouve désormais à la place de ces condamnés à R’hllor.

Dans le fond, cet évènement était en gestation depuis la saison deux, et lentement mais sûrement (surtout depuis l’année dernière), D&D ont préparé le terrain de ce sacrifice qui survient en toute logique dans la série.
Les lecteurs peuvent bien s’arracher les cheveux concernant cette mort (liberté ou spoiler), rien ne change le fait que D&D ont très bien mené leur barque jusqu’à ce moment terrible, et insoutenable.
Maintenant, Mélisandre, y’a intérêt que ça marche du tonnerre du R’Hllor, ton affaire.

Meureen.

Laborieuse, cette scène pourtant supposée être l’acmé de Daenerys, son grand décollage hors du marasme de Meereen.

Mais avant d’en arriver là, petit tour de ce qui précède.

Dans la tribune présidentielle, tout le monde attend Corentin :

«-Bon sang mais où tu étais passé ???
J’étais aux cabinets en train de vérifier si le Pastis était bien au frais.
J’espère que vous êtes parvenu au bout de cette tâche capitale…
Le Pastis pendant les jeux du cirque c’est traditionnel, Khaleesi.
Je crois que ce que sa Grâce veut dire c’est qu’elle s’en bat les steaks de ton Pastis et de ta tradition, Corentin.
Ouh là, le nabot ! Sur un autre ton s’il te plait ! Attends un peu que les combat commence que je te serve un couplet sur la supériorité des grands sur les petits !
COMMENT OSES-TU MENACER MON CONSEILLER DE POCHE A MOI QUE J’AI ???
C’est lui qu’a commencé ! »

Cette joyeuse ambiance de cour de récré masque à peine l’entrée du présentateur des jeux, Cyril Hanouna, qui annonce les noms et qualité des combattants, parmi lesquels lord Friendzone.

«-Damned, j’ai déjà vu cette scène y’a 15 jours, semble se dire Daenerys. Y’a un bug dans la matrice ou bien ?
Vous allez le re-bannir ?
Ou le rebaptiser lord Boomerang, j’hésite… »

Le temps d’hésiter, ser Jorah tue moult adversaires en galérant un peu, mais toujours vainqueur, parfois sans coeur mais jamais sans tendresse, tel Gigi L’Amoroso, il peut fanfaronner une nouvelle fois devant sa Khaleesi, la noyant sous un regard d’amour aussi épais qu’un aïoli et en lui balançant sa grosse lance turgescente à la figure.

Les Immaculés : pires soldats de tous les temps. Déjà que leur tenue de service laisse à désirer, gilet et jupette de combat accessoirisés d’une lance de 12 mètres et d’un bouclier rond, très adaptés au combat de rue dans d’étroites venelles, les voilà maintenant qui laissent passer des Fils de la Harpie dans la tribune présidentielle. J’essaye d’imaginer la scène :

«-Veuillez décliner votre identité et me montrer votre carton d’invitation en loge VIP, monsieur.
Philippe Harpisson, j’ai pas de carton d’invitation, mon chien l’a mangé avec le devoir de math de mon fils.
C’est pas de chance.
Bah non.
Dites, pourquoi vous portez un masque ?
… C’est parce que c’est… Traditionnel.
Ok, passez une bonne journ… Monsieur !
Oui ?
Vous avez laissé tomber votre poignard !
Merci bien.
Faites attention de pas vous couper, c’est que c’est très tranchant. Bonne journée Monsieur ! »

Voilà, c’est à peu près la seule explication logique que j’ai trouvé à ce pop spontané d’un Fils de la Harpie dans le dos de Daenerys. Et dans l’ensemble de l’arène, parce que bon, heureusement que Meereen c’est dans un univers médiéval fantastique et qu’il n’y a pas de portail de sécurité à l’entrée du stade sinon jamais Philippe n’aurait pu réussir son coup et s’infiltrer discrétos avec tout le matériel d’apprenti révolutionnaire.

Mais pendant que tout le monde commence à comprendre que caylamerde et que des Immaculés se mettent enfin à distribuer des allers simples pour le Valhalla, Corentin meurt dans l’indifférence générale.
Alors là je dois avouer que c’était une surprise puisque dans les livres, il survit aux évènements d’autant plus facilement que les Fils de la Harpie n’y attaquent jamais, et qu’il est membre de la bande à ses heures perdues, accessoirement. Ainsi mourrut Hizdahr Zo Loraq, coupable de collaboration à l’horizontale, mais aussi d’avoir sans doute été un personnage plus sincère dans la série que dans les livres, cherchant réellement à faire au mieux pour Meereen.
On note le faux suspens, avec Corentin qui arrive en retard au prétexte d’être allé vérifier que tout était prêt et que facile 95% des gens ont interprété d’un « IT’S A TRAP !» alors qu’en fait, non, Corentin était juste très soucieux de la fraicheur du Pastis. Et de la tradition.

Pendant que Corentin se vide de son sang sur le plancher, lord Friendzone rejoint Daenerys qui accepte de le suivre hors de la tribune présidentielle. Un instant touchant, vraiment, que la réunion entre ces deux personnages aux histoires tourmentées. Mais cela ne dure pas, parce que l’on entre dans la partie la plus laborieuse de l’épisode, celle où tu sens que le réalisateur, il veut bien faire, mais ça fonctionne pas, quoi qu’il tente.

Cernée de toute part par les Fils de la Harpie, Dany s’écrit :
«-Philippe ! Je sais où tu te caches ! Viens ici que j’te butte, enculé !
Ta gueule ! Répond un des gondoliers.
Salaud ! » Rugit au loin une voix caverneuse.

Et donc, ce moment que j’attendais de voir depuis bientôt 4 ans était enfin arrivé. Le retour du fils prodigue, Drogon dans toute sa splendeur, ravageant les arènes de Meereen.
Pour les non-lecteurs, le scénario des arènes est très différent dans les livres car c’est l’odeur du sang et les cris qui attirent Drogon, lequel se met à bouffer les gladiateurs. Alors que la garde tente de le neutraliser, Dany se précipite à la rescousse de son dragon dans la confusion générale et parvient à vaguement le calmer, puis à le chevaucher.


Du coup, vu le côté « Drogon to the rescue », je m’imaginais une entrée en scène comme dire… Un peu plus emphatique que cela. Du coup, première déception avec l’entrée en matière. Et avec sa décision idiote de se poser pour continuer le massacre.
Sauf si Philippe maîtrise le cri de Fendragon, bien entendu.
Et ça continue dans la manière dont l’intervention de Dany est mise en scène. Je ne saurais pas trop quoi invoquer pour continuer de me plaindre, à part le fait que niveau CGI c’était un peu limite, mais je vais pas chipoter non plus, les CGI ça reste du décorum. Or là, pour moi, c’était la mise en scène qui pêchait et manquait de souffle. Les cadrages, la direction d’acteurs, le fait qu’Emilia Clarke ne sache pas jouer avec un dragon en plastique, ou celui que son personnage est vraiment rien qu’une grosse radasse, qui abandonne ses amis à une mort certaine (y’a encore des Fils de la Harpies debout) pour aller faire un tour à dos de dragon.


« KEVANO LES BOUSEUX »

De même que sa posture en vol, bien que parfaitement logique anatomiquement parlant ne fonctionnait pas, et je serais là encore bien en peine de vous dire pourquoi ce plan était foireux.


Et c’est le moment le plus EPI…. Non c’était juste moche.

A mon avis, ça tient au cadrage, à ce plan de profil qui ne donne aucune impression de vitesse ou de puissance. On a juste Dany sur un fond d’images de synthèses plus que discutable, et que l’on remarque d’autant mieux que l’on est pas pris comme il faut par le souffle que cette scène demandait, qui chevauche son dragon.
Pour la première fois.
Vous avez vu « Dragons » ? Vous vous souvenez du premier vol d’Harold sur Croquemou ? Voilà.
Bien évidemment « Game of Thrones » ne peut pas prétendre à la même virtuosité, déjà pour commencer parce qu’il s’agit d’une série live et pas animée, mais je reste sur l’idée que la mise en scène était tout sauf épique, tout sauf prenante, tout sauf comme ce qui nous a pris à la gorge la semaine dernière dans « Hardhome ».
En plus, désolée, mais le moment où Dany monte sur Drogon, je ne pouvais pas m’empêcher de me faire ses monologues intérieurs dans la tête.



« Prenez un chewing gum, Emile. »


« Ouhlala, c’est haut ce truc ! Gnééégnééé ! En plus c’est bourré de pics ! »


« Allez Dany, serre les dents, ne pense pas aux pics qui te rentrent dans le fondement… »

Point chiffon ultra rapide, pour saluer la clairvoyance d’Elwing concernant les robes blanches de Daenerys, plus particulièrement concernant leurs manches/capes qu’elle décrivait comme des ailes lestant Dany au sol et l’empêchant de s’envoler. Regardez donc le gif avec Dany et Drogon de profil, et vous verrez si soudain, elles ne volent pas, ces ailes. Bien vu, Elwing.

Mouvement redondant cette semaine à Meereen, les panoramas circulaires ou les déplacements elliptiques de la caméra d’un personnage à l’autre. En voilà une idée qu’elle est bonne. D’un strict point de vue esthétique, ce mouvement répond à la forme circulaire de l’arène. Mais d’un point de vue narratif, cela traduit l’état d’esprit de Daenerys, piégée dans le bourbier meereenois. On le dit on le répète depuis l’année dernière, la Khaleesi tourne littéralement en rond dans sa frakking pyramide. Une idée appuyée par le retour de Jorah dans l’arène. Ce qui semblait un brin WTF la semaine dernière devient désormais logique.
Dany bannit Jorah une première fois, Jorah revient en apparaissant dans une arène. Elle le bannit à nouveau et Jorah revient encore dans une autre arène.
BREAK THE WHEEL => la tienne, Dany, brise ta roue à toi, en acceptant de pardonner à Jorah. Premier acte d’émancipation pour la reine, émancipation des propres règles qu’elle s’est fixée.
Pour que ce cercle se brise, il en faudra toutefois plus. Il faudra par exemple suivre le conseil de Daario (son seul bon conseil), et redevenir la reine dragon.
En montant Drogon dans une mise en scène poussive lorgnant sur le nanar, Daenerys fait se briser la norme de mise en scène sur ce passage à Meereen, en introduisant un mouvement de caméra vertical. L’arène, remplie des sbires de Philippe, n’est plus que le symbole de la ville entière, une ville dont il faut s’échapper pour redevenir soit même.

La semaine prochaine…

Je sais, je n’ai pas parlé de Jonsnow et de son bon cœur qui nous perdra tous.
Ah si, je viens de le faire, vous voyez, pas de quoi y consacrer un paragraphe. Rien que des choses auxquelles on s’attendait (ser Alliser est un connard, mais c’est un connard loyal), ou d’autres que l’on avait déjà vues (Olly qui fait la gueule, Sam qui fait le bon camarade)…
On en recause dans une semaine.

Et dans une semaine, on va avoir du pain sur la planche c’est moi qui vous le dit car tout ce qui a été omis dans cet épisode va avoir droit à son final.
Parce que cette année, oui, on a eu droit à une saison de 9 épisodes, dont un de 2 heures pour conclure.
On peut en effet se dire que « Hardhome » était l’équivalent d’un épisode 9 classique avec son gros event de fin de saison et que les deux dernières parties de la saison s’apparentent à un long season finale, contenant quelques morceaux sympatoches.
Oui parce que l’envol de Dany était à ce point mou que je n’arrive pas à le qualifier autrement que de sympatoche.

La semaine prochaine en tout cas, retour à Port Réal, auprès de notre bonne reine Cersei et du Captain High Sparrow, mais surtout, retour à Winterfell, avec, je l’espère très fort, une conclusion des arcs de Stannis et Bolton, clairement l’affrontement à venir que je détesterais de voir laissé en suspens pendant un an.
Même si c’est carrément ce qu’il va se passer, souvenez-vous du final de la saison 2 au Poing des Premiers Hommes, ahah, qu’est-ce ce qu’on s’est marré quand même cette année-là.

La semaine prochaine, on essayera de faire un bilan de cette saison 5, déroutante pour le lecteur.
Je pense que plus que jamais il nous faut nous détacher complètement des livres et ne plus critiquer la série que pour ses choix propres. Les deux saisons à venir proposeront un contenu totalement inédit pour tout le monde. Il est grand temps de laisser les ménestrels D&D chanter leur chanson de la glace et du feu, et surtout, de leur accorder l’attention qu’ils méritent pour se frotter à un exercice aussi périlleux que celui d’avoir à révéler l’œuvre d’un autre.
Je n’aimerais pas être à leur place aujourd’hui.

A dans une semaine, et d’ici là, à que n’oubliez pas

PS : je suis en train de me demander si les vocalises de Roberto Alagna ne sont pas plus douloureuses à écouter que les cris de Shoren.

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