Attention, ça va Barder…

Vieux garçon désœuvré de Cul de Sac, une banlieue chaude d’Hobbitbourg, Bilbon Sacquet voit sa vie basculer le jour où il se fait recruter par Gandalf Le Gris, un individu défavorablement connu des services de police de part son statut de vagabond et sa consommation de produits stupéfiants type Vieux Toby.

En une soirée, Bilbon Sacquet tombe dans la spirale de la radicalisation. A la sidération de ses voisins, il quitte du jour au lendemain son domicile pour aller faire le Jihad avec une bande de barbus, quelque part en Orient.

Mais comme beaucoup de jeunes recrues, Bilbon Sacquet se heurte violemment à la réalité d’une guerre fantasmée dont la prétendue noblesse camoufle une vérité plus sordide. Danger, précarité, mort omniprésente, deviennent le quotidien du Hobbit, dont la motivation flanche à de nombreuses reprises. La force de continuer, il la puise dans son chef de groupe, Thorin Ben Thraïn, jihadiste mondialement recherché et auteur de la fatwa contre le dragon Smaug.

Rapidement, les deux hommes deviennent les têtes pensantes de leur cellule terroriste, Bilbo fomentant leur évasion du Guantanamo de Mirkwood.
Soutenus par la cité-état d’Esgaroth, les jihadistes parviennent au terme de leur mission, le légendaire califat d’Erebor. Sur place, ils affrontent le dragon Smaug qui décide d’opérer quelques frappes préventives sur Esgaroth, afin de détruire ses usines d’armement et prévenir d’autres opérations de la part de barbus radicaux.


Une affiche animée, parce que vous l’avez bien méritée.

Il y a trois ans nous prîmes gaiement la route de la Montagne Solitaire, chevauchant allègrement sur les sentiers de la Terre du Milieu en compagnie d’un magicien capricieux, d’un vieux garçon frisé, de son bro alliant sang bleu et swag intense, d’un tas de sidekicks aux artifices capillaires extravagants, ainsi que d’un étrange nain imberbe dont la carrière s’arrêta violemment, d’une flèche dans le genou.

La dernière fois que nous avions eu de leurs nouvelles à tous, Bilbo zonait en robe de chambre dans les couloirs d’Erebor, ce qui tout bien considéré n’est qu’un changement d’échelle par rapport à son quotidien à Cul de Sac. Moins banal en revanche, le duels au sommet, le choc des paires de ballz en titane entre Thorin et Smaug, se soldant par la sortie majestueuse de ce dernier, couvert d’or en fusion because « fire cannot kill the dragon« .

Pendant que toutes ces choses awesome se déroulaient, Kili agonisait la tête dans un bol de noix sous les yeux d’une Tauriel rétro éclairée. Ne voulant pas décéder bêtement d’un diabète foudroyant pour cause d’exposition prolongée à cette dose massive de sucrerie, Legolas était parti dans de l’unagi dans les rues de Lakeville. Un avantageux moyen de remplir le quota de legoleries que se doit de contenir tout film en Terre du Milieu réalisé par Peter Jackson.


Vous dites ? Des nouvelles de … ? Qui ? Gants d’Alf ? Mais enfin vous délirez, Alf a assez de poil sur les mains pour ne pas avoir besoin de moufles en hiv…

Oh ok, c’est sa faute aussi à l’autre demi-dieu rempli de savoir et de sagesse qui s’est dit un matin en se brossant les dents « eh, si j’allais tout seul prendre d’assaut la forteresse d’un nécromancien et son armée d’orcs avec un vieux bâton et mon cure-dent de Gondolin ? »
Y’a des moments, tu essayes d’y croire et puis d’autre, comme celui-là, on tu ne cautionnes plus.

Pour une mémoire fraîche et pimpante, voici le billet sur « Un Voyage Inattendu« , et celui que « La Désolation de Smaug« .

« Le Hobbit » : un bilan mitigé.

On ne va pas se mentir, tout est dans ce sous-titre, je suis assez partagée sur cette trilogie et son troisième volet qui m’a de cesse de me plonger dans des affres de perplexitude teintée de rage mal contenue.

« POURQUOI !!!!!!!!1 !!!!11 !!!!!one !!!!! » est sans doute le mot qui aurait le plus souvent traversé mon esprit pendant le visionnage, juste devant « Oh ! C’est déjà fini ? », autre problème majeur de ce film qui passe son temps à couper court à toute tentative de s’éterniser un peu plus longtemps en Terre du Milieu.

Beh quoi, Peter ? Tu commences à en avoir marre de Tolkien, des pieds poilus et toutes ces conneries à base d’elfes qui vomissent sur la gravité ? Nan, je dis ça parce que ça se voit, en fait. Même si tu tentes de le camoufler derrière des elfes qui pissent sur la tombe de Newton. A moins que leurs cabrioles en apesanteur ne soient finalement que des appels au secours.


« La Bataille des Cinq Armées » est d’ailleurs le plus court des trois films, constat qui va me conduire à vous illustrer mon mitigeage :

1) plus court c’est bien car on sent moins de dilution ou de tentatives d’allonger artificiellement la sauce. Même si ce que j’écris là sera compensé plus tard quand j’évoquerai le choix narratif et de montage désastreux que constitue le « cas Alfrid »

2) mais c’est pas bien parce que l’on n’a pas le sentiment d’avoir eu droit ni à de vrais adieux, ni à un final aussi généreux qu’il aurait dû l’être.

En gros, Peter Jackson a passé un film entier à me réjouir, à m’énerver, à me donner des frissons et in fine, il m’a savaté la face avec le dernier acte le plus FRUSTRANT de l’histoire.

Et s’il maîtrise toujours l’art de la transition, il ne gère absolument pas les déplacements de ses personnages et se vautre magistralement dans son montage sur un choix malheureux.

Géographie de la Terre du Milieu.

Tolkien a toujours été d’une rigueur extrême concernant les temps de déplacement de ses personnages. Et c’est bien normal quand on s’est fait suer à inventer un continent complet, son relief ses climats, et ses peuples affublés de jambes plus ou moins courtes qui les conduiront à connaître plus ou moins de difficultés sur tel ou tel type de terrain.

Le pire que Tolkien ait fait en matière de triche sur les temps de déplacements et la cohérence interne de son récit, c’est quand il file à ses personnages des montures volantes (Gwaihir et les Aigles en général sont de temps à autre utilisés pour accélérer les déplacements de Gandalf, seul personnage à bénéficier de véritables « boost » de rapidité, mais comme c’est une sorte de dieu, on va dire que c’est compris dans son kit de départ), ou des montures plus rapides que la normale (pour Gandalf, encore, kit de départ de l’Istar, toussa…).

Dans l’ensemble, tant qu’il colle au texte de Tolkien, Peter Jackson respecte cette cohérence temps/distance, ce qui lui permet de conserver une logique interne forte. C’est tout con, mais le fait de marquer ce temps et le chemin parcouru d’un endroit à un autre renforce la crédibilité de l’univers dans lequel l’histoire se déroule. Qu’un Hobbit et ses toutes petites jambes galère pendant des jours dans l’Emyn Muil fait sens pour le lecteur ou le spectateur. Cela donne l’illusion que ce monde est bel et bien réel.


On aura déjà noté dans la trilogie de l’Anneau que Peter Jackson, lorsqu’il sortait des ornières tracées par Tolkien, commettait parfois des erreurs, ou plutôt des fautes de goût. Ainsi, quand il décide de faire apparaitre des elfes au Gouffre de Helm. Ceux-ci viennent tout droit d’un royaume très fermé, en état de siège, mais réussissent à traverser tout le Rohan pour venir au secours de Theoden reclus dans sa forteresse pour l’aider contre les Uruk Haï de Saroumane. Le scénario justifie l’envoi de ce contingent par une phrase d’Haldir Long Tarin « La Dame de Lorien vous envoie son soutien, en souvenir des vieilles alliances de jadis naguère autrefois, roi Theoden ».

Ouais, bon, je ne vais pas revenir sur cette curieuse lubie de Galadriel d’envoyer ses soldats en OPEX dans le Rohan, mais plutôt que leur pop spontané à la porte des Rohirrims, quand on sait qu’ils sont venus à pied depuis Caras Galadhon, ce qui fait une sacrée trotte tout de même, visiblement alertés du mouvement des troupes de Saroumane soit par le pouvoir du bullshit absolu, soit par un appel de Gandalf à Galadriel « J’ai besoin de tes mecs, c’est pour une opération de maintien de l’ordre. Oui, comme la guerre d’Algérie, c’est exactement ça. » Dans le même temps, Gandalf va se farcir une chevauchée fantastique à la recherche de l’eored d’Eomer, ce qui est à peu de chose près la même chose que dans le livre, puisqu’il suffit juste de remplacer le Troisième Maréchal du Riddermark par Erkenbrand. Mais ils sont à cheval les mecs.


J’ai décidé de ne pas commenter le passage où Galadriel entre en fission. Pour mon bien, le votre, et celui du nucléaire civil.

Autre accroc dans la trilogie de l’Anneau (c’est minime, comme vous pouvez le constater, mais ça va avoir de l’importance pour la suite), la livraison express Colissimo d’Anduril. Anduril, l’épée des rois du Gondor (so to speak, bande de puristes, je sais bien que c’est Narsil et que Anduril en est juste la version reforg…. Oh et zut) qu’Aragorn, wanabee roi du Gondor a OUBLIEE derrière lui en partant de Fondcombe, distrait qu’il était sans doute par les larmes d’Arwen, ou par les restes de sa cuite au miruvor de la veille. On se souvient tous de cette scène où Elrond surgit au milieu de la nuit à Dunharrow pour remettre son bien à Aragorn.

Bien qu’il chevauche Asfaloth, le cheval à réaction d’Arwen dans « La Communauté de l’Anneau », le seigneur de Rivendell se fend là d’un suuuupeeeeerbe raccourci scénaristique pour le moins incongru. En franchissant si rapidement la distance séparant Imladris de Dunharrow, il résout certes pour le grand final la question de l’épée laissée en suspens depuis le premier film, mais il écorne surtout la cohérence interne. Alors oui, vous allez me dire, et vous aurez raison, que ce n’est pas très grave et que seuls les lecteurs hard core de Tolkien viendront pinailler sur ce qui n’est finalement qu’une facilité scénaristique, chose qui n’a jamais tué personne, voyons, ne fais pas l’enfant.

Oui. Mais quelque part, ces carabistouilles sont révélatrices des difficultés que Peter Jackson va avoir par la suite à gérer les déplacements de ses personnages dans « Le Hobbit ».
Si dans le premier film la gestion du temps de voyage des uns et des autres étaient bonne, parce que suivant les ornières cohérentes tracées par Tolkien, c’est lorsque Peter Jackson s’amuse à inventer des voyages ou à imaginer les déplacements de Gandalf qu’il crée des zones d’incohérences.

Dans « La Bataille des Cinq Armées », le fait que Tauriel et Legolas semblent soudain se téléporter dans une forteresse dont on ne nous avait jamais parlé alors mais qui ne semble pas si loin que ça, oh en fait, on en sait rien, peu importe du moment qu’il y ait du sport, désolée, mais ça ne fait qu’ajouter au sentiment général de bricolage. Et cela fait perdre en cohérence dont en réalisme (réalisme s’entendant ici au sein de la réalité créée par l’œuvre, pas celle de notre monde réel).

« I am fire. I AM DEATH. I AM….. dead already? Oh dear….”

A l’origine, “Le Hobbit” aurait dû être découpé en deux films, ça tout le monde le sait. Le choix de faire trois films de plus de 2h30 chacun n’a pas été sans conséquences car il a non seulement fallu rajouter des éléments (le triangle amoureux, ajouté lors des reshoots, par exemple), mais aussi revoir l’ensemble du découpage.

Celui qui en aura le plus pâti est bien Smaug, qui dans cette « Bataille des Cinq Armées » se voit expédié ad patres dans le prologue.

Awwwwww…..


Bien sûr que je savais que son espérance de vie était limitée dès lors qu’il quittait sa montagne. Mais de là à le voir se faire exécuter en un petit quart d’heure, j’avoue que j’ai été un peu surprise. D’autant plus que je pensais vraiment que l’on aurait eu droit à du délayage à ce niveau.

Attention, je trouve tout de même la séquence très bien troussée dans l’ensemble. Impeccablement rythmée, même. J’aime beaucoup l’utilisation qui est fait du fils de Bard, le bricolage de l’arbalète à partir d’un arc brisé, Smaug dans son ensemble (y’a pas à dire, il est superbe), mais alors que le titre « La Bataille des Cinq Armées » apparaissait sur l’écran, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que ce tronçon eut été mieux à sa place à la fin de « La Désolation de Smaug ».

Vous allez me dire que c’est pas possible, qu’il y avait déjà trop de choses dans ce film-là. Et je vous répondrai que virer purement et simplement le personnage de Tauriel ainsi que celui d’Alfrid aurait dégagé le temps nécessaire pour placer la mort de Smaug dans le final du deuxième film.
Lequel, et c’est le paradoxe, a tout de même un superbe cliffangger.

J’imagine bien qu’il a dû être difficile pour Peter Jackson de faire certains choix, et que conclure « La Désolation » comme il l’a fait n’en est pas un mauvais choix. Mais force est de constater l’existence d’un réel problème dans « La Bataille », dont le maître mot semble être l’expédition rapide des vrais enjeux et personnages importants.

Smaug est présenté comme l’antagoniste avec un grand A depuis le début du « Voyage Inattendu ». Est-ce que lui offrir une sortie d’un quart d’heure au début d’un film qui contient une bataille entre 5 armées durant approximativement 30-40 minutes était vraiment la meilleure chose à faire pour lui rendre justice ?

J’en doute. D’autant plus fort que le traitement (excellent) de Thorin dans ce troisième film en fait un substitut parfait au dragon. Smaug mort, Thorin lui succède sous la Montagne et que « La Bataille » se soit ouverte sur cette image du roi rongé par la folie m’aurait je pense très bien convenu, un an après avoir séché mes larmes pour la perte de Smaug.

Et comme je l’ai dit plus haut, malheureusement, le dragon n’est pas le seul à souffrir d’une fin prématurée, voir éludée.

«In the halls of Valhalla, where the brave may live forever.»

Parce qu’il faut visiblement passer son temps sur un triangle amoureux ou sur l’histoire sans intérêt d’un personnage dont tout le monde se fout, « La Bataille des Cinq Armées », film le plus court de la trilogie, brille par la frustration qu’il engendre.

Frustration déjà de voir les nains complètement relégués à la figuration. Seul Thorin (mais c’est normal) et l’autre truffe de Kili ont droit à un vrai temps d’antenne. Fili et Dwalin et Balin sont tout juste d’efficaces side kicks dont on n’aura de toute manière AUCUNE nouvelle dans la fin du film (surtout Fili, parce qu’il est mort… ahah.)

Difficile de trouver une autre façon de le dire : le film expédie ses personnages sans état d’âme. On nous a fait suer deux films durant avec les facéties de Radagast le Brun pour le voir 45 secondes à l’écran.

Pire encore le traitement de Beorn qui apparait en tout et pour tout 10 secondes, plongeant sans doute les spectateurs les moins attentifs dans une profonde perplexité à base de « c’est qui le mec OHMONDIEU il s’est changé en OURS !!! ».

Non, Peter, écoute… Je sais que les puristes ont pleuré l’éviction de Tom Bombadil de la trilogie de l’Anneau. J’imagine qu’avec Beorn tu as sans doute voulu bien faire. Mais si c’était pour ça, franchement, autant le couper purement et simplement de ton histoire. Limite, tu écrivais une scène ou les nains volaient ses poneys à un paysan pour expliquer comment ils réussissent à gagner Mirkwood en monture. Je crois que j’aurais encore préféré ça à ce caméo sans intérêt qui ne sert en aucun cas le personnage.

Ou alors tu as voulu démontrer par l’absurde pourquoi il te fallait impérativement virer Bombadil de « La Communauté ».

Ou alors, dernière hypothèse, il y a plus dans la version longue à venir. Et sans doute aussi LES DEUX SCENES dont j’ai été injustement privée dans cette curieuse et inégale version cinéma.

Mais avant d’en arriver là, je voudrais revenir sur les morts de Fili et Kili. Bien que maintenue, ce qui est très bien, je les ai trouvées un peu ternes émotionnellement parlant. Sans doute parce que dans le livre, ils meurent en protégeant Thorin, blessé à mort, des assauts des orcs sur le champ de bataille. Ici, chacun meurt sagement dans son coin, ce qui enlève un peu le côté épique que j’attendais. Mais comme je viens de le dire, j’avais des attentes relatives à ses morts qui n’ont pas été satisfaites. Suis-je la mieux à même de juger ?… Oh et puis merde, oui. Kili qui meurt en protégeant Tauriel est l’apothéose de la nullité de cet arc qui jusqu’au bout aura été maudit, jusqu’à priver le sang de Durin de s’éteindre dans un ultime barout d’honneur.

Frak.

Les pieds dans le tapi.

« La Bataille des 5 Armées », outre souffrir de coupes sauvages amputant le film de quelque chose comme 20-30 minutes de contenu (dont pas mal de scènes présentées dans les bandes annonces et absentes de ce montage), pêche aussi par les désormais traditionnelles fautes de goût de Peter Jackson qui n’hésite pas à injecter dans l’univers de Tolkien son ton loufoque et potache. Tout l’arc d’Alfrid souffre par exemple de cette tonalité décalée, laquelle s’ajoute au caractère inutile de l’arc lui-même (j’y reviendrai).

Et puis il y a aussi des ajouts malheureux, tels les mange-terres, difficiles à expliquer et à comprendre. On peut les concevoir comme une astuce scénaristique destinée à expliquer l’arrivée rapide des armées orcs au pied de la Montagne, mais au final, leur irruption sans préparation et leur disparition immédiate, alors qu’Azog aurait pu les utiliser durant le combat, les relèguent au rang de deus ex machina maladroit. Le film étant déjà supposé composer avec celui des Aigles, qui, tels que présentés dans ce montage, peinent à donner l’impression qu’ils peuvent faire s’inverser le cours de la bataille, l’ajout étrange de ces vers tout droit venus d’Arrakis a de quoi surprendre.




Mais la séquence qui fait le plus de peine, et tristement, c’était prévisible, reste l’affrontement du Conseil Blanc avec le Nécromancien. Il faut sans doute considérer que ce passage est lui aussi victime de nombreux rafistolages. Si l’on prend toute la séquence de Dol Guldur dans « La Désolation de Smaug » et qu’on la compare avec sa version longue, on ne peut que mesurer, un peu atterré d’ailleurs, à quel point le film sorti en salle n’était qu’une vision amputée. Et « La Bataille des 5 Armées » est exactement du même acabit.

Mais au-delà des ajouts à prévoir qui fluidifieront sans doute ce passage, il reste des choix plus que contestables d’un point de vue esthétique, ainsi que des incohérences internes dommageables.

Après la déroutante scène du conseil dans « Un Voyage Inattendu », où Saroumane passait pour un vieux neuneu dont les autres se moquaient, nous découvrons ici un truc ‘achement intéressant : Galadriel peut porter à bouts de bras un Gandalf.

Oh.
Bon, admettons que les elfes soient super forts et tout, mais sérieusement, à quel moment c’est élégant ce passage où la dame de Lorien descend les escaliers en portant le magicien ? Cela n’aurait-il pas été plus simple et moins bizarre de la voir le soutenir ?

Sans parler du fait qu’elle se raboule en robe, ce qui désolée de faire une fixette sur le sujet, était tellement dispensable. On veut Galadriel en armure. Voilà.


A priori c’est un fake mais ceci a circulé un temps comme concept part pour la bataille de Dol Guldur. Voilàvoilà…

Autre fait étrange, face aux Nazguls, elle flippe. Galadriel. Dame frakking GALADRIEL. Qui pétoche devant les spectres de l’Anneau.

Là où sa petite filotte 60 ans plus tard les défiera sans crainte, like a boss en forme de Liv Tyler.
Non. Désolée, non. Une elfe de Valinor couiner devant des fantômes d’humains asservis par un Maia déchu, c’est tellement improbable que j’en ai presque eu envie de lui hurler « WHERE ARE YOUR BALLZ GALADRIEL ? »

Je préfère passer sur le fait qu’elle s’occupe de Gandalf, une créature qui lui est en tout supérieure, et elle le sait très bien, comme s’il s’agissait d’un petit vieux échappé de la maison de retraite que l’on aurait retrouvé errant au bord de l’autoroute. Tout ça dans la droite ligne de ce fameux conseil du premier film qui envoyait bouler la hiérarchie entre les êtres en Terre du Milieu (Saroumane > Gandalf > Galadriel > Elrond. C’est pourtant pas compliqué). Et je ferai silence sur leur relation quasi amoureuse hein parce que c’est SALE.

Je m’acharnerai donc avec joie sur le combat entre le Conseil Blanc et les Nazguls. Souvenez-vous c’était il y a 13 ans, « La Communauté de l’Anneau » nous apprenait que les Spectres étaient non seulement hydrobloquant (dans l’incapacité physique de traverser un ruisseau d’eau douce) et très sensibles au feu. D’où ma question : pourquoi Saroumane, qui est mage, ne s’amuse t’il pas à leur envoyer des boules de feu à la face (il sait le faire, même si ce n’est pas canonique, on l’a vu en balancer sur Theoden dans « Le Retour du Roi ») plutôt que de faire du kung fu ?

Et Elrond, qui possède lui une arme et du skill à en revendre, comment se fait-il qu’il soit incapable d’en occire un ou deux alors que, c’était il y a 11 ans, une toute petite gonzesse épuisée par une longue chevauchée, une charge de cavalerie, un combat contre un oliphant, une lourde chute de cheval et un duel avec un Maori de 3 mètres parvenait d’un coup d’épée tout à fait standard à mettre le Roi Sorcier au tapi ?

Quelque chose ne fonctionne pas dans la scène, que se soit dans les choix visuels et dans sa logique interne. Le Conseil Blanc, qui réuni les êtres parmi les plus anciens et les plus puissants de la Terre du Milieu, se voit réduit à contenir mollement un groupe de 9 ectoplasmes aux abois. Désolée, hein, mais je n’ai pas trouvé la scène convaincante un seul instant. Moins spectaculaire certes, mais préférable, aurait été de montrer Sauron fuyant devant eux, sans chercher à combattre, peut-être après avoir essuyé un défi de leur part. La tirade finale de Galadriel était par exemple suffisante pour lui expliquer combien il était encore vulnérable. Pas la peine de s’embêter avec cette image assez laide en plus de Sauron et ses Nazguls, posant en mode photo de famille devant le Conseil Blanc.

Quant à l’attitude de Saroumane, elle continue dans l’incohérence posée dans le premier film qui semble en faire un vieux sénile incapable de percevoir le danger, et qui prend la décision, forcément suspecte quand on connait la suite, de s’occuper seul de Sauron.

Là où « La Communauté de l’Anneau », film suivant donc « La Bataille des 5 Armées » dans le cycle, le présente comme le plus sage de l’ordre des magiciens, perverti par l’Ennemi via son palantir, selon un processus long de plusieurs dizaines d’années. Vous allez me dire que c’est là une logique propre au livre qui n’a pas forcément lieu d’être dans le film, mais je ne peux pas m’empêcher de déplorer le manque de finesse de traitement du mage blanc, qui aurait gagné à être montré comme sage et puissant pour mieux appuyer sa chute dans le premier film de la trilogie de l’Anneau. Le public n’est pas, rappelons-le, assez con pour ne pas comprendre ce type d’évolution. Surtout pas considérant la très claire explication donnée par Gandalf sur les raisons qui ont poussé Saroumane à trahir. Une trahison dont les prémices n’ont pas lieu d’être aussi tôt dans le récit.

Dernière scorie qui m’a vraiment agacée, mais je pense que je suis la seule à m’être rongée le poing sur la question : les armures des nains.
Dans une scène, très belle au demeurant, on les voit s’équiper de magnifiques armures puis défiler entre Bilbo et Thorin. Des armures qu’ils arboreront jusqu’à CE QU’ILS S’ENGAGENT DANS LE COMBAT FINAL.
Mais WAT.

WATWATWAT

Premièrement, j’étais frustrée. Frustrée par ce que ce petit con de Richard Armitage n’avait survendu les armures en question il y a déjà 2 ans et que du coup, j’étais fort jouasse de les découvrir. Dans la pénombre. Parce qu’au moment de sortir se battre au soleil, tout le monde a remis sa tenue de voyage. Pourquoi ? C’est un genre de tradition chez les nains, les armures lourdes dans une bataille rangée c’est pour les faibles ?
NoNONONONONONON.

Et ce plan superbe de Thorin remontant le grand hall dans la lumière des forges n’aurait-il pas été 20 fois plus awesome/majestic s’il avait porté son armure de Roi sous la Montagne ? Franchement ?

« The Evil that Men Do. »

Si je suis partagée, pour ne pas dire très mitigée sur le compte de cette « Bataille des Cinq Armées », il serait malhonnête de ne pas reconnaître ses réussites. Dont la plus éclatante reste le traitement de son thème central, l’ennemi intérieur.

Car si Peter Jackson multiplie les morceaux épiques, attaque de dragon, affrontements gigantesques, décors monstrueux, il parvient à conserver la cohérence de ce thème d’un bout à l’autre. Simplement en ramenant, au sein de chaque action, les enjeux globaux aux enjeux humains. Cela passe par des choix comme ceux fait pour Bard, dont le rôle a été considérablement augmenté par rapport au livre et qui dans la bilbologie se retrouve nanti d’une famille devenue le moteur principal de ses actions.

Ou par le traitement de l’attaque de Smaug qui est décrite presque exclusivement d’un point de vue de spectateur, soit citoyen d’Esgaroth, soit nain impuissant assistant au massacre depuis Erebor. La puissance de destruction du dragon, sa folie vengeresse, en sont décuplés d’autant plus efficacement que le précédent film avait, dans la séquence finale de la course poursuite sous la montagne, préparé à ce déchainement de violence. Smaug y était apparu comme retors, gigantesque, et surtout impossible à tuer, malgré son bain dans l’or en fusion.

Lorsqu’il s’abat sur la cité lacustre, c’est toute l’impossibilité de la tâche de Bard qui explose, flèche après flèche, jusqu’à la scène finale, parfaite réussite. Et illustration littérale de ce retour constant à l’humain voulu par Peter Jackson. Bard ne peut en effet décocher la flèche noire qu’avec l’aide de son fils, pour lequel il accepte de défier Smaug.

Depuis « La Désolation de Smaug », la bilbologie a pris une direction franche, et inattendue. En effet, le premier film hésitait encore un peu, entre récit d’aventure et drame, pour la simple raison que Bilbo lui-même passait progressivement de l’exaltation et de la joie des découvertes à l’amertume et la confrontation avec le mal qui ronge la Terre du Milieu. Un mal qui ne dort jamais, comme celui de la trilogie de l’Anneau, mais qui contrairement à cette dernière, sera cette fois incarné, à de nombreuses reprises. Par Smaug, par le Maître, par Thorin, les elfes, et surtout par cette apparition de Sauron.

Concept impalpable dans la première trilogie, le mal devient ici une force motrice, animant chaque personnage à des moments clés du récit. Bilbo y succombait dans « La Désolation » face à la jeune araignée, puis se sera Thorin, victime autant de la malédiction de l’or que de sa fierté.

Le final lui-même est emplie de cette amertume, de ce constat désabusé où rien ni personne ne semble épargné par la tentation du mal. Pas même cette « belle personne » qu’est Bilbo Baggins, sous l’emprise de l’Anneau, qui va dans quelques décennies précipiter une nouvelle guerre. Un Hobbit que l’on découvre aussi brisé par son aventure, le jeu de Martin Freeman évoquant dans les scènes de son retour celui qui était le sien dans le pilote de « Sherlock », quand il incarnait un Watson victime de stress post traumatique après l’Afghanistan. Et un Hobbit qui après avoir tourné le dos à l’avidité des hommes et des elfes se retrouve violemment confronté à celle de ses semblables venus piller sa « montagne » parce qu’ils le croient morts.

Dans cette petite scène finale, Bilbo est renvoyé dos à dos avec Smaug. Des êtres avides le pensent morts et s’empressent de pénétrer son logis et de le piller. Bilbo revient à temps pour les en chasser, et continuer de couver son trésor, dont la pièce maîtresse, la nouvelle Arkenstone (symbole de pouvoir, comme l’Anneau, dont l’influence pernicieuse est identique), l’Unique, va provoquer sous peu ruine et désolation.

Pièces rapportées.

Sincèrement, je pensais que ce serait Tauriel qui canaliserait une bonne part de mes réserves et énervements dans ce troisième film.
Je m’étais lourdement trompée.

Bien sûr, comme dans « La Désolation de Smaug », sa présence demeure dispensable, et son arc n’est destiné qu’à assurer un quota « romance » sans intérêt.

Et aussi à imposer au forceps un « strong female character », au prix d’arguments pseudo féministes douteux au motif qu’il y aurait trop de testostérone dans le livre de Tolkien. Même rhétorique foireuse que le célèbre « Arwen représente la femme soumise des années 50« .

Ajoutons aussi, pour ne pas accabler uniquement les scénaristes, le poids des studios qui ont leur mot à dire et qui pour élargir au maximum l’audience du film ont dû estimer nécessaire d’y placer un personnage féminin actif, espérant ainsi attirer ces dames en salle.


Strong female character mais bon, j’aurai quand même besoin de me faire sauver les miches par un mec.

Il aurait été sans doute plus fun et simple de montrer une Galadriel en armure affrontant les Nazguls à Dol Guldur. Déjà parce que ça aurait « rempli le quota », ensuite pour la référence au Silmarillion et son passé guerrier. Et aussi parce que TOUT aurait été mieux que cette scène pourrie du Conseil Blanc faisant du kung fu avec le Roi Sorcier.

Mais restons concentrés sur notre sujet, à savoir les deux personnages inventés pour le film que sont Tauriel et surtout Alfrid.

Si Tauriel est au mieux inutile au pire niaise comme pas deux (« pourquoi ils élèvent des chauve-souris géantes dans leur forteresse, Legolas ? Hein diiiiiiiis ???« ), Alfrid pose lui un très sérieux problème.

Apparu dans « La Désolation de Smaug », Alfrid est le bras droit du Maître d’Esgaroth. Aussi veul et vénal que ce dernier, il était le détestable exécuteur de ses basses œuvres. Mais alors que le Maître meurt écrasé par un dragon dans le prologue, Alfrid lui, survit jusque dans le dernier quart du final, animant une série de scénettes dispensables où il ne fait que montrer sa lâcheté, sa malice et son goût immodéré pour l’or.

Pourquoi ?

N’a t-on pas eu depuis deux films déjà suffisamment de personnages pervertis par le pouvoir et l’appât du gain ? Smaug et Thorin illustrent parfaitement cela. A plus grande échelle, c’est toute la trilogie qui tourne autour de cette idée. Et la trilogie de l’Anneau dont l’un des thèmes centraux est la corruption du pouvoir. Pouvoir incarné dans la bilbologie par le trésor d’Erebor, convoités par de nombreux protagonistes.

Si les scénaristes voulaient faire d’Alfrid une figure opposée à celle de Bard, c’est réussi. Ce dernier ne réclame sa part du trésor que pour reconstruire sa cité, tandis que l’autre veut la richesse pour l’amour de l’or. Ils sont tous deux des figures de l’autorité, Bard acquérant la sienne, ascendante, au mérite, et Alfrid la perdant une fois le Maître disparu. La déchéance d’Alfrid n’est pas fondamentalement une mauvaise idée narrative, mais c’est son traitement qui pêche, le cantonnant à un ressors comique qui de plus s’avère redondant. Et qui aurait gagné à être évacué du montage cinéma pour venir, pourquoi pas, enrichir la version longue.

Personnellement, je pense qu’il s’agit d’un arc mal écrit dont je me serais dispensée au profit de scènes plus intéressantes comme des ajouts concernant les nains, les grands oubliés de ce troisième film, ou même la fameuse bataille finale, que l’on sent amputée d’une bonne part de ses scènes.
Comme l’arrivée de Beorn, résumée à 2 secondes, ou le dog fight aigles vs chauve-souris que j’attendais depuis 4 ans et que je n’ai pas eu.

J’ai vraiment du mal à comprendre ce choix : privilégier un arc plus que secondaire au détriment du cœur du film qui, on va le voir, se trouver sévèrement écorné dans ses conclusions.

A la fin de toutes choses.

Remarque récurrente dans la critique sur cette « Bataille des 5 Armées », la longueur de son épilogue qui dénoterait, soit disant, de la difficulté qu’aurait eu Peter Jackson à abandonner la Terre du Milieu, comme se fut le cas dans « Le Retour du Roi ».

Comment se fait-ce donc, par la sainte culotte d’Andrasté, que j’ai eu exactement le sentiment inverse au visionnage ?

Dans « Le Retour du Roi », l’épilogue était certes long, mais jamais trop, nécessaire pour conclure le cycle et signer des adieux pleins de mélancolie et d’apaisement.

Dans « La Bataille des 5 Armées », l’épilogue n’est rien d’autre qu’une conclusion logique ouvrant sur la trilogie de l’Anneau.

Enfonçons des portes ouvertes avec La Dame !!!!!

Ma méchanceté naturelle me pousse à suggérer que ce film sans réelle émotion est à l’image d’une trilogie qui, rappelons-le, était non désirée par Peter Jackson. Alors qu’il aurait dû en être un producteur exécutif et scénariste, il se retrouve brutalement à devoir à nouveau piloter le projet de A à Z après le départ de Guillermo del Toro. Dans les bonus du « Voyage Inattendu », on peut constater, malgré l’enrobage promotionnel, que ce revirement lui a fait tout sauf plaisir.

Non pas qu’il déteste cet univers, c’est même je pense tout l’inverse, mais parce que fort de l’expérience de la première trilogie, Peter Jackson n’avait pas franchement envie de s’infliger à nouveau un tournage aussi lourd. Question de nouvelles envies, de temps, d’énergie à investir.

Au moment de mettre un point final à l’adaptation du « Hobbit », il s’est donc, à mon avis, un peu contenté de poser platement ses conclusions d’arc (allant carrément jusqu’à supprimer certaines, on en reparle), estimant, à raison d’ailleurs, que la fin véritable du « Hobbit » est contenue dans les 10 dernières minutes du « Retour du Roi », avec le départ des Porteurs de l’Anneau pour Valinor.

La fin de « La Bataille des 5 Armées » n’est donc pas trop étirée, ou volontairement rallongée pour cause de « ze veux pas que ce soit finiiiiiii !!!!! » mais à mon sens un poil trop abrupte.

Et la faute en revient principalement au choix plus que contestable d’avoir renoncé à montrer à l’écran les funérailles de Thorin.

Une faute majeure à mes yeux, qui rappelle tout de même les heures les plus sombres du montage final du « Treizième Guerrier ». Certes, j’ai eu à moult reprises l’occasion de souligner le cousinage entre « Hobbit » et le film de John Mc Tiernan, je n’aurais jamais imaginé que les points communs seraient allés jusqu’à une ellipse au montage aussi malheureuse dans l’un que dans l’autre.

Explication : dans « Le Treizième Guerrier », un superbe film maudit dont j’ai eu l’occasion de parler en long en large en travers et même en 4 dimensions ici (lien), existe une dynamique entre les deux personnages principaux, Ibn, un érudit arabe embarqué malgré lui dans une quête épique qui le mènera jusqu’en Scandinavie, et Buliwyf, un guerrier viking charismatique mandé pour sauver un royaume des griffes d’un étrange monstre.

« Le Treizième Guerrier », adaptation d’un livre de Michael Crichton, est une relecture du mythe de Beowulf, un poème épique bien connu de Tolkien qui s’en est ouvertement inspiré lors de l’écriture du « Hobbit ».

Hasard ou coïncidence, il faudrait demander à Michael Crichton, si vous avez un guéridon et une planche oui-ja, le personnage d’Ibn, un noob plongé dans une civilisation étrangère, contraint de s’adapter pour survivre, et qui gagne peu à peu le respect de ses compagnons, en particulier celui de Buliwyf, est assez proche de celui de Bilbo dans « Le Hobbit », dans ses trajectoires et sa destinée.

Comme Buliwyf, Thorin casse donc sa pipe à la fin du récit, mourant en héros, et recevant des funérailles royales.

Dans le film « Le Treizième Guerrier », la scène des funérailles de Buliwyf avait été tournée par John Mc Tiernan, mais dans le montage final, sur lequel il n’a pas eu son mot à dire, elle avait été supprimée par une ellipse. Un plan très bref sur le corps de Buliwyf porté par ses compagnons, et un autre sur le visage d’Ibn, regardant quelque chose au loin. Cette décision de faire l’impasse sur les funérailles du héros était dans le film justifiée par le souhait de la production de mettre en avant le personnage d’Ibn, joué par le fort bankable Antonio Banderas. Tout le film avait d’ailleurs été monté pour mettre son rôle en avant, reléguant Buliwyf au rang de personnage secondaire.

Si l’on peut assimiler Bilbo à Ibn et Thorin à Buliwyf, force est de constater qu’Ecu de Chêne n’a à aucun moment de la trilogie vu son rôle minoré au profit d’un autre. Même s’il a été un peu moins mis en valeur dans « La Désolation de Smaug », son traitement exemplaire dans « Un Voyage Inattendu » en a fait un personnage éminemment charismatique. Un travail qui s’avère payant dans « La Bataille des 5 Armées », malgré les coupes du montage cinéma. Son duel avec Azog est par exemple une réussite totale, tant plastique que thématique, car depuis le début de la trilogie Peter Jackson a explicitement montré à quel point Azog et Thorin sont le reflet l’un de l’autre. Après sa scène du miroir d’or où Thorin parvient enfin à vaincre ses démons, celle du lac gelé achève brillamment une figure du style déclinée sur trois films : dans la salle du miroir d’or, Thorin affronte son reflet, dans celle du lac, lorsqu’Azog se met à dériver sous la glace, c’est exactement comme si une nouvelle fois Thorin affrontait sa propre image. Et la conclusion du duel, emportant les deux adversaires, est un point final magistral à cet arc de l’ennemi intérieur admirablement mené de bout en bout.




Et si la mort de Thorin est également une réussite, reste un goût d’inachevé.

Sa dernière scène avec Bilbo est là encore une des réussites du film. Elle sanctionne leur bromance, et entérine la rédemption du Roi sous la Montagne. Elle est du reste un écho explicite à la mort de Boromir dans « La Communauté de l’Anneau ».

Thorin est en effet une sorte de version préparatoire du capitaine du Gondor. Tous deux sont des personnages nobles, parmi les meilleurs de leurs peuples respectifs. Ils sont dévoués, courageux, fiers, mais ils sont aussi faillibles, corruptibles. Mais contrairement à ceux qui se laissent dévorer par la tentation, ils s’amendent, par un dernier acte de courage, et meurent en reconnaissant leurs erreurs.

Au-delà d’une parenté héritée du processus créatif de Tolkien d’un livre à l’autre, il y aussi le choix de Peter Jackson qui fait des rappels constants à la mort de Boromir par des choix de mise en scène. Il y a ce plan sur la cascade gelée qui se teinte peu à peu du sang d’Azog, comme le rappel de celui sur les Chutes du Rauros où tombe la barque emportant le corps de Boromir. Il y a aussi cette très belle image des visages de Bilbo et Thorin dans le même plan, aussi chargée d’émotion que celle où Aragorn appuyait son front sur celui de son frère d’arme. Et il y a ce plan large des nains s’assemblant autour de leur roi, comme les membres restant de la Communauté se réunissaient près de l’arbre où Boromir venait de mourir.

Vous allez me dire qu’il n’y a pas 36 façons de filmer ce type de mort, et vous avez presque raison. Il n’y a en effet pas non plus 36 façons de montrer un personnage qui dit adieu à un autre mortellement blessé.

Cependant, je l’ai déjà évoqué dans les précédents billets, la bilbologie a pris comme principe depuis ses débuts de fonctionner en miroir de celle de l’Anneau. Tout simplement parce que les deux œuvres de Tolkien elles aussi se répondaient et que « Le Hobbit » était en quelque sorte un galop d’essai avant la grande œuvre romanesque que fut « Le Seigneur des Anneaux ».

Au lieu de faire comme si, Peter Jackson a choisi d’assumer ce fait et d’en jouer, très habilement d’ailleurs.

Et c’est la raison précise pour laquelle il a changé la mort de Thorin. Dans le livre, ce dernier succombait à ses blessures après la bataille. A noter que Fili et Kili y passaient en aussi, en essayant de couvrir leur tonton pendant le combat. Morts autrement plus classes et poignantes que leurs sorties respectives un peu vaines, surtout pour Kili.

En changeant totalement le contexte et le scénario de la mort de Thorin, Peter Jackson a recherché diverses choses : isoler l’affrontement final avec Azog, le grand ennemi de Thorin, pour lui donner plus d’impact, créer l’effet de style du miroir avec la scène de la salle dorée, et tracer un parallèle entre Thorin et Boromir.

Mais si Boromir eut droit en son temps à une scène de funérailles, le pauvre Thorin lui s’en est vu privé, du moins dans le version cinéma de « La Bataille des 5 Armées ».

Et de la pire des façons car celle-ci existe certainement sous une forme ou une autre, très certainement celle d’une procession vers Erebor, qui nous est suggérée par un plan sur Dale. Après la mort du roi, nous voyons en effet les habitants de la cité se réunir sur ses remparts, certains en larmes, regardant vers la Montagne, au son lancinant des cors. C’est beau, on se doit qu’il se passe un truc vers là où ils regardent, un truc vachement émouvant comme, je sais pas, une cérémonie, un grand bûcher, bref, un truc en hommage aux morts de la bataille, dont Thorin.

Sauf que ça, mon ami, tu ne le verras jamais. Et pourtant, dans ton petit cœur, tu SAIS que le contre-champ aurait pu être grandiose, et poignant et tout et tout. Mais non. Tu te contentes de regarder Bard, ses enfants et leurs tronches de circonstance que même David Pujadas il en fait pas d’aussi convaincantes et CUT !!!!!!

Passons à Bilbo qui se tire avant le banquet funéraire.

MAIS WAT

On jurerait le final expédié du « Treizième Guerrier » avec 1/4 de seconde de procession en fondu sur la face d’Ibn regardant « un truc » et CUT, Ibn est sur un bateau direction La Mecque, et FIN.

Sérieusement c’est du même tonneau et c’est aussi injustifié que contre productif. Oui, la scène des adieux de Thorin à Bilbo est très belle et très réussie, mais il se trouve, c’est bête, que Thorin est LE ROI SOUS LA MONTAGNE et le *UTAIN de perso le plus charismatique EVER de cette trilogie avec Smaug et Thranduil.

Il méritait un plan funérailles grandioses. Même un plan large et court. Juste un contre-champ à ces visages de Dale tournés vers Erebor.

Mais non.

Et après y’en a qui trouvent encore que Peter Jackson a eu du mal à quitter la Terre du Milieu…

Pourtant, y’avait de la place. Ce troisième film est le plus court de la bilbologie, un plan ou deux sur les funérailles de Thorin n’aurait pas été du luxe. Genre l’entrée de la procession dans Erebor, et la mise au tombeau du roi, tenant entre ses mains l’Arkenstone (dont on ne sait ce qu’elle devient dans ce montage, soit dit en passant… Après tout le tapage que l’on a fait sur elle)

Là voilà, c’est dans ces moments-là que moi, je sens que PJ, il a un tout petit peu expédié son dernier film, en mode « cut the crap », faisant au passage quelques erreurs de goût.

Miroirs inversés.

Comme les deux films précédents, « La Bataille des Cinq Armées » joue sur les correspondances entre « Le Hobbit » et « Le Seigneur des Anneaux » en assumant, voire en créant, des similitudes entre les deux œuvres. Certaines existent déjà, comme la confrontation entre Bard à la tête de la coalition Esgaroth-Mirkwood et Thorin à la porte d’Erebor, d’autres sont inventées, comme l’assaut sur Dale par les forces d’Azog.


La scène de négociation devant les portes d’Erebor est bien évidemment le pendant de celle devant la Porte Noire dans « Le Retour du Roi ». Les enjeux sont cependant différents. Dans la trilogie de l’Anneau, il s’agissait de gagner du temps pour laisser la possibilité à Frodon de rejoindre la Montagne du Destin. Ici, Bard tente d’obtenir de l’aide pour les réfugiés de Lakeville. Comme je l’ai déjà évoqué l’an passé, Bard a toujours été un Aragorn en gestation. Comme Grand Pas, Bard l’archer se fond dans la masse des gens du commun. Tout ce qui est d’or ne brille pas. Car comme lui, il est de sang royal et pour sauver les siens, il doit accepter son héritage.

A noter que cette dimension chez Aragorn tient plus à la relecture qu’en ont fait PJ,Fran Walsh et Philippa Boyens. Dans le livre, Aragorn attend le moment de reprendre son trône. Il a ses doutes, mais il assume fièrement son héritage et sa filiation. Dans « La Bataille des Cinq Armées », Bard va passer par un cheminement similaire à l’Aragorn des films, puisqu’il va devoir endosser le rôle de chef un peu à cause des circonstances.

Ici, Bard renvoie donc à Aragorn et Dale à Minas Tirith, cité des hommes campée près de ce lieu « où vit un mal qui ne dort jamais ». Erebor et son trésor, incarnent dans la bilbologie la tentation, celle qui exacerbe le pire tapi en chacun des personnages. Thorin ayant succombé à la fièvre de l’or, devient l’émissaire de ce mal. Il tient en quelque sorte le rôle de la Bouche de Sauron, rejetant avec force l’offre fait par le roi des hommes.

A ceux qui voient trop volontiers du manichéisme dans « Le Hobbit », je tiens tout de même à rappeler que dans cette scène, Peter Jackson met en scène celui qu’il avait présenté depuis deux films comme un héros, un personnage noble et droit, admirable sur bien des points, comme il mettait en scène les grands méchants de sa précédente trilogie. Ce faisant, il enfonce encore le clou dans l’exploration de sa thématique de fond sur trois films : l’ennemi intérieur. Chacun des protagonistes peut succomber au pire. Et ce faisant, il prépare le terrain de la continuité pour la trilogie de l’Anneau. Rien à dire là-dessus, c’est une parfaite réussite.



L’assaut de Dale lors de la bataille renvoie bien évidemment à celui sur Minas Tirith, que la cité des montagnes remplace ici. Renversement encore de notre point de vue, Peter Jackson met en scène l’arrivée de l’armée de Dain exactement comme celle des Rohirrims. Quelque part, il nous malmène en nous obligeant à ne pas prendre de parti dans cette bataille. Nous ne pouvons ni cautionner l’attitude de Thorin, ni souhaiter sa défaite. Pas plus que nous ne le pouvons pour Bard et Thranduil. L’armée de Dain est un élément éminemment perturbateur dans le dernier tiers du film car elle confronte le spectateur à la relativité de ses opinions. Peter Jackson pousse ici le jeu assez loin pour un film qui a été qualifié ici et là de simplet et de nanar.

Que sont-ils devenus ?

Dans la même logique et au rang des erreurs grossières, il y a les raccords douteux à la trilogie de l’Anneau.

Je ne parle pas de l’élégante fin, transition entre le jeune et le vieux Bilbo conduisant à l’arrivée de Gandalf à Cul de Sac au matin du 111e anniversaire.

Non, je parle plutôt de cette idée saugrenue de faire l’impasse sur les destins des nains, des nains que l’on a très peu vu tout le film durant, et qui semblent disparaitre avec le peu que le réalisateur en a encore à foutre de sa trilogie (j’exagère, je sais… Un mec n’en ayant rien à foutre ne se serait pas décarcassé comme Peter Jackson l’a fait ici).

Toujours dans l’idée d’un film plus court que les deux précédents, ça coutait quoi de caser une ligne de dialogue avec Balin, par exemple, où ce dernier dirait à Bilbo qu’il a pour projet de reprendre la Moria ? Hein ?

Mais non. Au lieu de ça, si on mettait une scène bien random où Thranduil, pour une raison connue de lui seul, demande à Legolas d’aller chercher Aragorn.

Ok, je comprends bien que cela permette de justifier l’amitié que la trilogie de l’Anneau présente comme étant ancienne entre le Rôdeur et l’elfe, mais sans déconner, c’est quoi cette logique ? Thranduil est présenté depuis le départ comme un gros empafé qui ne se soucie de rien hors de ses frontières, mais là, il aurait eu vent de l’existence de l’héritier d’Isildur, alors qu’il doit à peine savoir placer le Gondor sur une carte !!!

Ce dialogue, qui sent le bricolage à plein nez, et donne à Legolas une importance qu’il ne mérite pas, a le mauvais goût de surgir au milieu d’une scène d’adieu entre père et fils qui, mis à part cette scorie, est très belle. Surtout dans le salut final, avec cette esquisse de geste de Legolas, tendant la main vers Thranduil avant de partir pour de bon.

Peter Jackson et son crew avaient-ils vraiment besoin de mentionner Aragorn dans la bilbologie ? Sincèrement, je ne le pense pas.

Soit parce que c’est un clin d’œil maladroit et dispensable, soit parce qu’ils prennent un peu leur public pour une bande de neuneu trop bête pour raccrocher les wagons avec la trilogie de l’Anneau. Sérieux, on se fout totalement d’Aragorn dans « Le Hobbit ». L’allusion aux Rôdeurs n’a pas lieu d’être. On a déjà une mention du Gondor au moment du bannissement de Sauron qui suffit largement à assembler les pièces du puzzle ensemble.

Tant qu’à enfoncer le clou un maximum, revenons sur Tauriel et Alfrid, qui non contents de parasiter l’intrigue, n’ont même pas de conclusions réelles. La première émeut le cœur de Thranduil le temps d’un discours neuneu sur l’amour et le seconde se casse purement et simplement avant la fin du film, ce qui tombe en fait assez bien, tant on s’en fiche royalement. Autant Alfrid n’est qu’un ressors comique nanard dont la fin abrupte ne gêne guère, autant Tauriel est un problème plus épineux. Après la mort de Kili et son monologue sur « l’amour sa fé mal OMG » digne d’une télénovela colombienne, que se passe-t-il pour elle ? Le roi Thranduil, émotionné au tréfond de ses sourcils va-t’il lever le banissement ?

Partira-t’elle finalement avec Legolas vers de folles aventures dans le Chnord de la Terre du Milieu ?
N’aurait-il pas été plus simple de tuer son personnage ? Ce qui aurait renforcé la haine de Legolas envers les nains, par la faute desquels Tauriel, qui l’a friendzone pour un barbu à la verticalité contrariée, serait morte ?

Dans la continuité, j’aurais trouvé ça plutôt bien. Cela aurait été cohérent avec l’agressivité entre lui et Gimli dans « La Communauté », déjà bien posée par l’antagonisme elfes/nains.

La route se poursuit sans fin.

Ce qu’il y a de bien avec « Le Hobbit », c’est que j’ai désormais le recul de la trilogie de l’Anneau pour savoir que d’ici 10 ans, j’y reviendrai avec plaisir et que je pourrai sans doute mieux l’apprécier. Sauf Alfrid et Tauriel, il faut pas pousser tout de même.

En attendant d’en arriver à cet état de zenitude face à un objet aussi enthousiasmant qu’il est agaçant, je voudrais rendre à César ce qui lui appartient. Peter, toi et moi, ça a toujours été compliqué. Je t’en veux encore, pour Faramir, Arwen, Eowyn qui sert du ragout, Gimli et Legolas, le meurtre de la Bouche de Sauron.

Mais merci. Du fond du cœur. Pour ces presque 18 heures de pure fantasy sur grand écran, pour cet exploit inégalé, pour les instants de grâce, pour la qualité extrême du travail fourni. On a beau ne pas être toujours d’accord, il serait malhonnête de ma part de ne pas reconnaitre ton immense talent, ton sens incroyable de l’image, de la narration, ta science du découpage et ta capacité à injecter tant de puissance d’évocation dans ces films qui continueront pour très longtemps d’être les références absolues en matière de fantastique au cinéma.

Mais pour Alfrid sérieux, va mourir.

Note : **/ (pour l’ensemble de la bilbologie)

PS : je tire également mon chapeau à Martin Freeman, plus Bilbo Baggins que Bilbo Baggins. Si seulement Frodon avait eu un tel interprète…. Et je salue aussi Richard Armitage, parce que c’était un boulot magnifique. Des acteurs pareil, c’est de l’or en barre.

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