Lonesome bartender

Et nous arrivons à la fin de l’année, et non, ma fréquentation des salles obscures n’a pas été ce qu’elle aurait dû ce semestre, faites-moi donc un procès !
Mais, bonne nouvelle, la semaine prochaine, des tas de choses vont se produire !
1) sortie de l’ultime volet du « Hobbit », dernier voyage ciné en Terre du Milieu et malgré toutes mes ronchonneries et mes réserves sur les adaptations jacksoniennes, cela me rend bien triste.
2) je suis en vacances à partir du vendredi soir ce qui veut dire que je pourrai sous peu rattraper un peu de mon retard
3) c’est Noël donc c’est cool, en plus j’ai eu un de mes cadeaux en avance. Bon ok, un cadeau que je me fais moi-même, et ok encore il s’agit d’un simple gant. Oui. UN gant. Pas une paire. Moquez-vous.

Bien, plutôt que de raconter n’importe quoi à 0 sous de l’heure, si on causait plutôt du film du jour, un film starring, Tony Soprano, Mad Max et Lisbeth Salander.
Rien que ça…

Le film du jour a commencé à me réjouir dès ses premières secondes. En effet, je venais voir un long métrage intitulé « Quand vient la nuit » lorsque SOUDAIN! apparut sur l’écran la version originale du titre : « THE DROP »

Alors oui, je sais, je gueule souvent sur les traductions des titres anglais, oui, je suis souvent tatillonne et de mauvaise foi mais là, tout de même, avouez que le ou les types qui s’y sont collés ont fait particulièrement fort. Sans rire c’est renversant.

Même si je reconnais volontiers que « The Drop » est un titre foutrement complexe à traduire dans notre langue. Le mot est en effet polysémique en lui-même et dans le cadre du film.
Tout gamer qui se respecte connait fort bien l’un de ses sens de ce mot : un drop, c’est quand un monstre que vous venez de tuer à fait tomber un objet. En effet, c’est là un des sens possible du titre du film, « drop » au sens de « faire tomber », « déposer ». Ce qui nous renverrait ici à la fois aux « drop bars », ces établissements qui reçoivent et stockent l’argent des paris, et qui sont au cœur de l’histoire du film, et au chien, déposé dans une poubelle et qui sert de point de départ à l’intrigue.
« Drop » signifiant également en anglais « goutte », on peut aussi lire ce titre comme une référence à la série d’évènements qui tels des gouttes d’eau, vont finir par remplir et /ou faire déborder le vase des personnages principaux.

Donc oui, il était délicat de traduire « The Drop » de façon littérale, ne serait-ce parceque « Le Dépôt » ça sonne moyen. Mais sachant qu’il arrive souvent tout de même que l’on conserve les titres originaux, pourquoi ne pas avoir conservé celui-ci, pas compliqué à retenir ni difficile à prononcer ?
Parce que « Drop » n’est pas un mot parlant ? Certes, j’en conviens. Mais est-ce que « Quand vient la nuit » est réellement plus évocateur du contenu ? J’en doute.

Bien, et maintenant, se serait bien si on parlait un peu du film.

Résumons rapidement l’intrigue : Bob est un gentil barman un peu renfermé et solitaire travaillant pour son cousin Marv dans l’établissement de ce dernier. Ou plutôt disons qu’il travaille avec Marv, son cousin gérant de son ex-établissement qu’il a du céder à des mafieux Tchétchènes. Une perte qui lui pèse beaucoup à lui, l’ex chef de bande, miné parce qu’il perçoit comme une déchéance.
Un soir, Bob trouve un chiot dans une poubelle. Avec l’aide d’une habitante du quartier, Nadia, il décide d’adopter le petit pitt bull.
Quelques jours plus tard, le bar est victime d’un cambriolage et dès le lendemain, les propriétaires demandent à Marv des comptes.


Cuteness overload

Et là, vous vous demandez comment l’histoire du chien vient s’insérer là-dedans et veuillez me laisser deux minutes pour vous répondre.

Premièrement, il faut savoir que le film construit actuellement sa bonne réputation (non usurpée) sur le nom de son scénariste, Denis Lehane, le pape du polar américain (une référence qui devrait suffire : « Mystic River », c’était à l’origine de lui). Lehane adapte ici pour le cinéma une de ses nouvelles, dont la réalisation a été confiée à Mickaël Roskam, un Belge dont il s’agit là du deuxième long métrage.
Modestement, son premier « Bullhead », a pris un aller simple pour les Oscars en 2012. Like a boss.

Mais je n’ai pas vu « Bullhead », je suis donc en manque cruel de recul sur ce film qui est ma foi pétri de qualités.
La première étant entre autre une utilisation extrêmement intelligente de son casting qui est aussi prestigieux qu’il permet une grande concision narrative (Tom Hardy, James Gandolfini et Noomie Rapace, pour ne pas citer le aussi belge qu’il est bon Matthias Shoenaerts).
Roskam utilise très bien ses acteurs et leur aura pour suggérer les caractères de ses personnages. Lesquels sont le cœur même du projet, et s’avèrent mille fois plus intéressants que l’intrigue elle-même.

Je parle très rarement des acteurs et de leur travail dans mes billets, mais cette fois je trouvais important de souligner combien le réalisateur joue de leurs rôles précédents pour appuyer son propos et faire passer une idée.
Ce n’est pas sans rappeler la manière dont Oliver Stone avait construit son casting dans « Alexandre », en usant de la réputation de ses acteurs pour crédibiliser leurs personnages, Colin Farrell et son alcoolisme en tête pour faire passer un Alexandre tout feu tout flamme prompt à lever le verre et à se bastonner à 4 grammes.

Comme je le disais plus haut, ce parti pris est d’autant plus pertinent qu’il s’inscrit dans la logique même du film, qui dresse davantage le portrait de ses personnages qu’il ne raconte une histoire.
Au centre du récit, il y a donc Bob, le solitaire qui se fond aisément dans le décor, ne prononce jamais un mot plus haut que l’autre, sait rester à sa place. Le scénario construit patiemment, au gré de répliques ou de petites habitudes (comme le fait d’aller à la messe tous les matins), une épaisseur qui prend tout son sens dans le final. Comme on tisse une toile dont on ne peut apprécier le dessin qu’avec un peu de recul, quand l’ouvrage est terminé.
Le même traitement est réservé à Marv, sorte de monolithe condamné à l’aigreur dont la déchéance s’accompagne très habilement à l’écran d’une récurrence de plus en plus forte des plans où il apparait assis, spectateur des évènements qui précipitent son destin. Un personnage défini par son impuissance, laquelle s’exprime visuellement par sa lourdeur et son immobilisme.

Bien construit visuellement, « The Drop » se développe aussi sur la construction de ses personnages, définis par touches successives, à la manière d’un tableau impressionniste. On assiste, par morceaux, à la composition d’une toile d’ensemble dont on ne prend la mesure que dans les dernières minutes, quand le film termine de dérouler ses arcs pour faire exploser sa vérité à l’écran.
Au cœur de cette narration subtile, Bob, campé par le toujours aussi comestible mais aussi impeccable Tom Hardy. Bob est une figure atypique, construite sur une progressive mise en tension. D’élément fondu dans son décor (le bar, la rue), Bob acquière une identité à mesure que l’histoire progresse et le rend à lui-même. Détaché du reste du cadre ou filmé de plus en plus en gros plans à mesure que l’intrigue progresse et que sa tension nerveuse augmente, Bob est l’élément moteur du film auquel il imprime son rythme : lancinant et routinier au début de métrage, nerveux sur la fin…

Seul défaut du film, son aspect au final assez lisse et consensuel, presque timoré au regard de la violence physique et psychologique qui est exprimée à l’écran. Cela ne constitue en aucun cas une faute de goût mais cantonne « The Drop » à être un film honnête de très bonne facture quand un poil plus de ballz lui aurait sans doute fait passer la marche supérieure.

Se terminant sur une très belle conclusion où un hors champ prend un sens extrêmement émouvant, « The Drop » s’impose comme une belle réussite dont je n’ai pas envie de parler davantage de peur de vous spoiler l’intrigue. Du coup, je vous conseille simplement de lui donner une chance de vous convaincre, comme il m’a convaincu que ce Mickaël Roskam était un petit Belge à suivre de très près.

Note : **/*

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