La rétro : « Lone Survivor » de Peter Berg : dans l’Hindou Kouch, personne ne vous entendra crier.

(Avant-propos : ce billet a été rédigé il y a, ouhla, facile trois semaines. Voilà pourquoi cette intro est légèrement faisandée)

Deux ans et demi après son élection, François Hollande s’impose comme le président le plus badass de la Cinquième République.
Depuis son accession à la fonction suprême, Flamby a tout de même engagé la France dans pas une, pas deux, mais TROIS guerres messieurs dames : Mali, RCA, et maintenant Irak.
Like a boss.


« Take my breath awaaaaaay…. »

Limite si sa manie de déployer toute la PUISSANCE d’une armée qui a à peine de quoi s’acheter des chaussures ne deviendrait pas suspecte.
Valérie Treiweiler sort un brûlot à charge ? Toutes ballz dehors, le président déclare la guerre à Da’esh.
Une conférence de presse chaotique pleine de questions gênantes ? Le lendemain, l’Elysée se fend d’un communiqué en mode : « AS-TU VU ? AS-TU VU LES RAFALES ??? »


« SPECTACULAIRE !!!!!! »

Au prochain scandale ministériel, il nous fera sortir le Charles de Gaulle. Si Julie Gayet bouge le petit doigt, on n’est pas à l’abri de le voir balancer un missile nucléaire sur Damas, c’est moi qui vous ledit.

Il est comme ça François : hard core.


« Et si je baisse encore dans les sondages, vous êtes les prochains sur qui ça tombe ! »

C’est donc dans cette ambiance martiale à souhait que je me suis retrouvée à rattraper un honteux retard.

Ça faisait un bail mais il est grand temps de ressortir « La Rétro », aka le titre de la honte « bouhou tu n’as même pas été capable de traîner ta carcasse jusque dans une salle de cinéma, SKANDAL !!! » (pour un effet mélodramatique ascendant gothique, toujours remplacer un C par un K, konseil d’amie).
Sauf que là, j’avais une bonne excuse pour ne pas me rendre en salle visionner un film de Peter Berg avec Mark Walberg en Navy Seal poursuivit par des Talibans : ce pitch. CE. PITCH.
Mon excuse c’est donc que j’étais malade, c’était l’hiver, rude saison où la pandémie est à chaque coin de rue : grippe, coqueluche, diphtérie et choléra.

Mais trêve d’apitoiement sur mon triste sort (j’en ai profité pour me faire l’intégrale version longue du « Seigneur des Anneaux », voyez, je n’étais pas fondamentalement malheureuse), chaussons donc rangers, enfilons treillis et partons gaiement arpenter la montagne afghane, c’est très joli à cette époque de l’année.

Je pense que l’immense majorité des réfractaires au film a été achevée dès son ouverture par ce montage de prime abord étonnant sur la formation des Navy Seals.
Pour le coup, on se prend moult démonstrations de force, courage, abnégation, exercices hard core sa race (« eh les mecs, aujourd’hui, on va tous vous noyer !!! » => « DAFFUQ COLONEL  »).
L’esprit chagrin n’y verra que clip promotionnel à la gloire des puissants soldats de l’Oncle Sam formatés pour être des machines de guerre. L’HORREUR.

Sauf que si tu prends deux secondes la peine de te sortir la tronche de tes préjugés, tu constates que ce montage insiste avant toute chose sur une idée force, qui traversera tout le film : la fraternité d’arme. Celle qui se forge, comme l’indique le titre français (curieux mais dans le fond pas si mauvais), dans « le sang et les larmes ». A mesure que le montage avance et que le nombre de candidats diminue, les plans se font de plus en fréquents sur deux soldats qui s’entraident, des tapes dans le dos, des éclats de rire, des efforts collectifs. « Efficaces » est le meilleur mot pour décrire ces premières minutes qui permettent d’appréhender sans difficulté les liens unissant les personnages principaux. Et de s’immerger dans l’esprit de corps.

La suite étant pitchable, je vous la pitch : un chef taliban du genre turbulent est repéré dans un village afghan. Ni une, ni deux, un groupe de Navy Seals est formé afin de lui offrir un aller simple pour le paradis des islamistes.
Malgré une mise en place minutieuse et une grande rigueur sur le terrain, l’opération entière est compromise quand trois chevriers tombent par accident sur les commandos en planque.

C’est donc à ce moment précis que se joue le film et le destin des quatre hommes plongés au cœur de l’enfer. Confrontés à un dilemme moral, ils doivent choisir entre exécuter froidement un grand père et ses deux petits garçons, ou les laisser repartir, tout en sachant que ces derniers iront aussitôt donner l’alerte au village.
C’est cette dernière solution, presque aberrante, qui est retenue.

Fondé sur une prise de position morale, qui finalement interroge aussi l’importance et la place de ce type de questionnement dans un contexte aussi tendu, le reste du film bascule alors dans le genre survival le plus pur. Une course poursuite dans la montagne qui tourne à l’avantage des Talibans, ayant pour eux le nombre et la maitrise du terrain, une succession de coups du sort achevant de condamner les membres du commando, affrontement avec l’adversaire dans toutes ses dimensions (l’environnement devient rapidement aussi hostile que les poursuivants)…

Peter Berg remplit sans problème et avec une belle maitrise technique son cahier des charges. Avec des prises de vue sur le vif, il s’octroie une mobilité sans originalité aucune par les temps qui courent où tu ne peux plus tourner sérieusement un film de guerre sans une caméra à l’épaule (on ne remerciera jamais assez Spielberg d’avoir imposé cette convention qui fait plus souvent office de cache misère chez des gens qui n’ont pas un dixième de son talent, mais passons…). Mais ce style, déjà mis à l’épreuve dans « Le Royaume » s’avère être un choix payant car utilisé à bon escient.

Indépendamment d’une forme bien pensée, Peter Berg revient sans avoir l’air d’y toucher sur ce qui était déjà au cœur du « Royaume ». Ce film suivait l’enquête d’agents du FBI envoyés à Riyad après un attentat dans un quartier résidentiel américain.
Montrant entre autre le rapprochement entre les agents américains et les policiers saoudiens, « Le Royaume » se concluait sur une note terrible, mettant dos à dos les volontés irréductibles de deux camps que rien ni personne ne saura raisonner.
Dans « Lone Survivor », c’est cette même idée que l’on retrouve, mise à l’épreuve par deux fois, sur le sort réservé aux chevriers, et dans la dernière partie du film où l’unique survivant du commando se retrouve hébergé dans un village afghan.
Peter Berg confronte là l’humanité à son meilleur et à ses pires travers. Loin de proposer une vision manichéenne, il dresse un portrait sans doute très juste de notre espèce, capable de solidarité et de compassion comme de la plus extrême des violences au nom des idéaux qu’elle veut défendre.
Et comme dans « Le Royaume », sa réflexion interroge aussi les finalités des interventions au Moyen Orient, le résumant finalement à des échecs annoncés. « Lone Survivor » ne raconte finalement rien d’autre que la tragique défaite des meilleurs des meilleurs, surentrainés, super équipés, tout comme « Le Royaume » se concluait sur l’impossibilité d’une réconciliation, la dernière scène réduisant à néant tout ce que les interactions entre FBI et police saoudienne avaient contribué à créer tout au long du film.

Formellement, Berg impose son style brut, presque cruel envers ses personnages auxquels il n’épargne rien. Non seulement parvient-il à créer un cadre oppressant en enfermant ses héros dans les forêts et les dédales minéraux afghans, mais réussit-il aussi à retranscrire le calvaire physique des soldats, à bout de souffle, de force, troués de partout, aux prises avec un ennemi qui se fond parfaitement dans son environnement.
En transcrivant l’histoire d’un échec, Peter Berg ouvre son propos à un questionnement à la fois contemporain et intemporel. Car s’il interroge les finalités et les conséquences des conflits modernes, il se penche aussi avec une sincère tendresse sur la plus petite unité en temps de guerre, le soldat et ses camarades, pour lesquels on crèvera plus surement que pour n’importe quel idéal. Se faisant, « Lone Survivor », en posant d’entrée de jeu la fraternité d’arme comme son alpha et son omega ne trompe à aucun moment le spectateur sur la marchandise.

Peter Berg s’il ne brille pas par un talent immense ou une étincelle de génie absolu, s’impose de film en film comme un metteur en scène habile, qui a non seulement quelque chose à dire, mais qui s’applique à bien le faire.

Note : **

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *