L’âge des explosions

Murica…
Patrie de la Liberté avec un L majuscule, de la bière légère, des mini-shorts et des shotguns.


Murica, sur ton sol j’écrirai le nom de Michael Bay en lettres de feu puis j’y jetterai des bâtons de dynamiteBOUUUUMBAAAMCRRRRRRSSSHHHHHOOOOUUUUPRRRFFFFFBBBBRRR.

Après le très bon « Pain&Gain », son film d’auteur, son « Citizen Kane » à lui, starring son meilleur pote de toute la vie, Marky Mark Walberg, Michael Bay nous revient tel le Messie du Septième Art, pour nous expliquer que les films 3D, y’a pas que Jean-Luc Godard qui maîtrise.


Awesome over 9000, fuck yeah.

Déjà parce que dans les films de Godard, y’a pas de robots géants qui se mettent sur la jante, alors bon, dégage, gros naze, et laisse donc le patron exprimer son art.


Oh yeah…

Oh fuckin’ yeah…

(parce que je ne parvenais pas à décider laquelle des deux était la plus awesome.
Tu vois à quelles extrémités je suis réduite, Michael ?)

Michael Bay revient donc aux affaires avec son AWESOME franchise faite de robots géants, d’explosions et de biatches.
Mais cette fois, est-ce la présence d’un acteur principal plus âgé ou la volonté de faire, pour une fois, quelque chose de bien construit avec un « Transformers », Michel de la Baie nous gratifie d’un travail plutôt agréable à suivre.
Pour mémoire, j’ai souffert, physiquement et mentalement les deux premiers films et supporté le troisième. Ici, je me suis juste contentée de le trouver trop long.
« Transformers : the Age of Extinction » est-il le « Transformers » de la maturité ? C’est ce que nous allons voir tout de suite.


Un film, qu’il a de belles couleurs.

Résumé of Extinction.

L’Islande, terre sauvage où s’égaillent les poneys, les Arya Stark et les Space Jockeys, s’y j’en crois « Prometheus », semble bien devenue le nouveau lieu de tournage à la mode dès qu’il s’agit d’évoquer la lointaine mais awesome époque où jadis, naguère, autrefois, les dinosaures peuplaient notre planète.

Ainsi, un dinosaure, plutôt laid au demeurant, est occupé à faire des trucs de dinosaure quelque part en Islande, genre faire les courses au Mammouth du coin, aller chercher les enfants à l’école et discuter avec ses voisins devant la boite à lettre. Classique.
KANSOUDIN, TOUTAKOU, un objet non identifiable pour un malheureux dinosaure islandais surgit du ciel : est-ce un ptérodactyle ? Un astéroïde exterminateur ? Super Raptor ?

Que nenni, c’est un vaisseau spatial.

« Fuyez, pauvres fous ! C’est Ridley Scott qui raboule pour tourner « Prometheus 2 » !!!! » Hurle Isidore le dinosaure à ses camarades.

Las, Isidore, c’est un danger bien pire encore qui te guette mon ami : un film de Michael Bay. Ce qui signifie qu’à bord du vaisseau se trouvent des extraterrestres et que ceux-ci on fermement résolu de terraformer la face de notre planète à coup d’EXPLOSIONS BOUMBOUUUUMBAAAMCRRRRRRSSSHHHHHOOOOUUUUPRRRFFFFFBBBBRRRRBAMBAMBAM #AWESOME.
Je note au passage que l’extraterrestre qui pilote ressemble vaguement des mains à ET. Une créature inventée par Steven Spielberg. Ah. Le plus grand chasseur de dinosaures de la galaxie. Genre TOUT EST LIE.

Quelques millions d’années plus tard…

Le Texas.

Ou la prise de conscience brutale que l’évolution, parfois, ne va pas dans le sens que l’on voudrait.

Mais peu importe car nous retrouvons Mark Walberg, Marky Mark en personne, les bras encore un chouia hypertrophiés de son passage dans « Pain&Gain », occupé à sauver de la destruction et de l’oubli de vieux toasters et une épave de camion.
Mark Walberg est dans ce film un inventeur de génie, un ingénieur incompris, un peu le Tesla de son temps, mais avec une fille de 17 ans devant laquelle s’ouvre une carrière chez Victoria Secret.
En bricolant le vieux camion dans son garage, Mark Walberg, baptisé ici monsieur Yeager, ce qui me faisait penser à « Pacific Rim » toute les deux secondes (le fait de l’avoir revu juste avant n’ayant rien arrangé), réalise qu’il a comme qui dirait les deux mains dans le fondement d’un Transformer #malaise.
Pendant ce temps, à la CIA/FBI/NSA/insérer ici n’importe quelle agence avec des mecs en noir à l’air vaguement sinistre, des mecs en noir à l’air vaguement sinistre lancent des attaques sournoises sur les quelques autobots encore en vie. Leur cible, principale, Optimus Prime en personne, vient juste d’être repérée au Texas.
Assaut => EXPLOSIONS BOUMBOUUUUMBAAAMCRRRRRRSSSHHHHHOOOOUUUUPRRRFFFFFBBBBRRRRBAMBAMBAM #AWESOME => course poursuite en voiture awesome avec des EXPLOSIONS FTW => combat de robots filmés à moitié en gros plans, à moitié hors champs => des cris et des hurlements => une explosion finale et un bon vieux ralenti parce qu’on est chez Michael Bay, mayrde.

Voilà, l’intrigue est lancée après facile une heure de film à regarde Mark Walberg tripatouiller Optimus tandis que sa fille passe régulièrement dans le champ avec un short de plus en plus court. Et que des mecs trop dark fomentent des complots.

Filou, Michael Bay rassemble dans son interminable exposition le secret d’un film d’été réussi : des guns, des bad boys, des biatchs et des robots parce que tout le monde aime ça, les robots.

Question : quand inventera-t-il le concept du robot biatch ? Parce qu’à ma connaissance, y’a pas de madame Transformer. Du coup, ils font comment pour se reproduire ? Au rythme auquel ils meurent, il faudrait songer rapidement à perpétuer l’espèce. Je fais confiance à Michel de la Baie pour nous pondre la solution à ce problème.

Alors donc, « Transformers 4 », est-ce que c’est de la daube ou pas ? Et bien oui, sans hésiter, mais de la daube qui sait qu’elle est de la daube et qui du coup assume complètement son côté daubesque.
Michael est presque assis à côté de toi pendant toute la séance à rire comme un con toutes les deux minutes en te répétant « fucking nuts, but AWESOME » (votre anglais est limité ? « fucking nuts » signifie « c’est complètement con », et pas « je copule avec des noix »).

Comme toujours chez Michael Bay, le film est avant tout honnête avec lui-même et le spectateur. Jamais pris en traitre, celui-ci vient pour voir des robots se mettre sur la tronche dans une esthétique de pub pour Coca Cola, et bien il en aura pour son argent. Le scénario fuit par tous ses trous ? On s’en tape, y’a des explosions de partout, des gun fight, des trucs et des machins qui surgissent sur l’écran toutes les deux minutes.
Michael Bay n’a pas une once de talent dans son corps d’athlète (je suis méchante, il m’a démontré le contraire pas plus tard que l’an dernier) ? Mais qu’est ce qu’on s’en tape, il est au courant, et il s’acharne à compenser ce déficit par une application évidente à faire un film agréable à regarder. Les trois quarts du temps, ses effets sont totalement gratuits, ne servent rien ni personne à part l’awesomeness du film, mais pas grave. Ce qui compte c’est que ça ait de la gueule. Et ça en a.

Contre toute attente, « Transformers 4 » est un film plus proche de « Armageddon » que des autres titres de la franchise. Un peu le blockbuster ultime de la maturité pour Michel qui abandonne les boufonneries pour imposer un ton plus grave, pas forcément moins léger, mais plus volontiers dramatique. Pas de robot se frottant langoureusement à la jambe d’une bombasse en bikini, pas de personnage complètement over ze top à la Ken Jeong ou John Turturro pour balancer des punchlines style « Affirmatif, j’ai l’ennemi en visuel, je suis sous son scrotum » #monDieu… Pas de séquence pétage de plomb hystérique, même pas trop de plan lascif sur son actrice de 17 ans (du coup, Littlefinger n’ira pas voir le film).
Presque sage, ou du moins, presque sérieux.
Et avec cette décision en forme d’aveu de faire sauter (littéralement) l’élément comique du groupe dans le premier tiers, permettant à Michael Bay d’affirmer le caractère fuckin’ serious de son film.

En gros, le « Transformers » de la maturité.


Et pour appuyer mon propos, une photo de Mark Walberg armé d’un alien shotgun courant devant une Chevrolet.

Attention toutefois à ne pas amalgamer le sérieux de ce film avec le succès critique et public de « Pain&Gain ». On peut en effet reprocher un milliard de choses au cinéma de Michael Bay, mais certainement son manque d’identité. Les films de Michel ne ressemblent à aucuns autres (comme les films des Dardennes, pour des raisons diamétralement opposées). Il fait parti de ces réalisateurs dont les productions s’identifient d’un coup d’œil. Un univers très personnel et une grammaire cinématographique certes souvent utilisée de façon nawaquesque et gratuite, mais bel et bien propre à Michael Bay en personne : ralentis gerbants sur fond de musique ronflantes où des personnages hypertrophiés font des trucs dont l’awesomenesse le dispute à la badassitude, esthétique de spot de pub où chaque *utain de plan est composé avec un soin de maniaque qui s’en fout totalement de ce que le truc raconte du moment que ce soit vachement beau (et ça l’est), explosions, parfois au ralenti et toujours nanties d’une esthétique léchée qui donne envie d’acheter du TNT, et j’allais oublier les biatchs. Honte à moi.
Michael Bay, est donc de ces mec impossible à confondre avec un autre. Imité mais jamais égalé, car Michel de la Baie osera toujours LE truc plus nawak, plus awesome ou plus vulgos que ses concurrents. Ce type n’a peur de RIEN.
Et surtout, Bay me semble honnête dans sa démarche, respectueux de son public, qu’il ne cherche pas à duper ou à prendre pour plus con/intelligent qu’il ne l’est.


Et pour une fois, les Autobots ne sont pas des sides kicks totalement interchangeables. Même moi qui ne fais jamais la différence entre Bumblebee et « l’autre caisse jaune », cette fois, j’arrivais à suivre. Même dans les scènes de combat stroboscopiques.

Mais revenons au sérieux de « Transformers 4 », que je ne veux donc pas lier à une forme de légitimité dans le faisage de trucs sérieux acquise après « Pain&Gain ». Si j’ai comparé le dernier film de Michael Bay à « Armaggedon », ce n’est pas par hasard, mais bien pour vous montrer que cela fait des années que Michel a son quatrième « Transformers » sous le patin. En y injectant le drama qui manquait jusque-là à sa franchise, il parvient à produire un film qui tient assez bien la route, entre autre parce qu’il s’attache à suivre un fil émotionnel certes ténu, certes écrit à la truelle, certes facile, certes pas original pour deux sous, mais bel et bien présent, et agissant comme un catalyseur, permettant de garder en tête les enjeux de l’histoire. Précisément ce qu’il manquait aux trois précédents films où Michael Bay se contentait de filmer Shia Laboeuf hurlant « NONONONONONONONONON !!!!! » sur fond d’explosion avec les boobs de Megan Fox/ Rosie Huttington Hurley qui font bouingbouing à côté.

On ne va pas non plus se mentir, la petite famille Yeager n’est pas incroyablement attachante non plus, mais, et c’est le plus important, le film arrive à développer une forme d’inquiétude à l’endroit du personnage de Mark Walberg, tellement prêt à tout pour protéger sa fille que l’on finit par craindre pour sa vie.
Ce qui signifie, que oui, il y a bel et bien un enjeu clairement identifié dans ce film autre que « les robots se mettent sur la tête pour protéger la Terre de l’anéantissement et Optimus Prime déchire grave sa race ».
Michael Bay recycle ici de manière plutôt pertinente un thème vieux comme Hérode, ce même thème qui fait les choux gras d’un Steven Spielberg ou d’un M Night Shyamalan, à savoir la famille, et sa protection à tout prix. Pas original, mais cela a au moins le mérite d’être efficace quand bien traité.
Du coup, en s’attachant à cette thématique, Michael Bay réalise son premier « Transformers » qui ne soit pas un clip promotionnel de deux heures pour l’armée américaine.
Non cette fois, il est à un autre niveau. On va carrément, dans la première partie du film, taper dans le western avec ce ranch isolé assailli par des hommes en arme, agressant gratuitement des enfants que doit défendre un bon père de famille.
Bon père de famille qui est aussi un inventeur génial, qui a chevillée au corps, la foi en son succès future. L’auto entrepreneur, celui qui croit encore au rêve américain au fin fond de sa grange moisie.
« Transformers 4 » c’est presque le film qui célèbre l’Amérique Profonde, et ses valeurs les plus sacrées : protéger les siens, à tout prix.
Une dimension qui n’existait guère dans les précédents films de la franchise et qui ici est pourtant au cœur de tous les enjeux, pour le personnage principal, comme pour Optimus, qui ressemble de plus en plus à un genre de Captain America en métal.
Concrètement, plus ricain que ce film TU MEURS.


Star Splangled Truck from outer space.

Preuve qu’une certaine qualité d’écriture (certaine, hein, ne voyez pas des hommages laudatifs dans tout ce que je dis de bien sur ce film… je reconnais les progrès, c’est tout), même le personnage hautement dispensable de Shane, le petit ami pilote/Irlandais/boire ou conduire il faut choisir/cliché raciste/vraiment La Dame, c’est pas bien…, s’en sort avec une ébauche de construction de caractère qui permet d’en faire autre chose que le mannequin pour slip venu remplir le quota Mickey. Ce qui lui permet d’avoir plus de personnalité que le Marine qui traverse les trois premiers « Transformers » et que l’on peut résumer à « shotgun » et « loyauté ».
Une caractérisation qui tient sur la tranche d’un timbre-poste, là où Shane bénéficie d’un développement tenant sur la moitié de la face d’un timbre. => progrès.

Par contre, ne rêvez pas trop : le reste du scénario se barre tellement dans tous les sens qu’on finit le film dans l’incapacité physique et mentale de le résumer. Pourtant, l’histoire est assez simple : les créateurs des Transformers veulent récupérer le plus éminent d’entre eux, Optimus Prime. Pour se faire, ils s’allient à une agence gouvernementale chargée de traquer les derniers Autobots sur Terre pour les interroger et les exécuter. Leurs restes sont utilisés pour fabriquer de nouvelles armes basées sur la technologie Transformers. Un deal honnête puisque l’humanité bénéficie d’un progrès scientifique et technique majeur tandis que les extraterrestres peuvent récupérer Optimus pour… On sait pas trop pour quoi, mais ça n’a aucune importance.


Genre, quand Optimus génocide la moitié de Hong Kong déguisé en chevalier du Moyen Âge, armé d’une vorpale et chevauchant un dinobot, très peu de choses vous semblent soudain importantes.

Voyez, simple. Mais l’écriture est tellement bordélique, la mise en scène tellement pompière et explosive que l’on se retrouve noyés dans le flot du gigantesque barnum déployé sous nos yeux.
Honnêtement, c’est fun, beaucoup plus agréable à suivre que les films précédents. On retrouve le style plus posé mais non moins grandiloquent du troisième « Transformers », et une mise en scène pensée pour la 3D (malheureusement, je n’ai pu le voir qu’en 2D, mais au regard du nombre de plans qui claquent à plat alors qu’ils sont d’évidence conçu pour la stéréoscopie, j’imagine que ça envoie violemment du bois), avec en prime une écriture qui tente de garder un minimum de sérieux, évitant au film de verser dans la gaudriole.

On est finalement devant un film bien mieux équilibré que les trois précédents, qui aurait pourtant gagné à être 20 minutes moins long.
Elégant visuellement, souvent drôle sans être lourd, farci de références et autres punchlines, de combats WTF et d’ EXPLOSIONSBOUMBOUUUUMBAAAMCRRRRRRSSSHHHHHOOOOUUUUPRRRFFFFFBBBBRRRRBAMBAMBAM, « Transformers 4 » est avant toute chose un film franc, n’assumant rien d’autre que son statut de divertissement, cherchant sincèrement à faire au mieux tout en restant léger sans cette fois verser dans le teubé.

Et comme à chaque fois que je sors d’un de ses films : COMMENT parvenir à détester Michael Bay ?

Note : ** (je ne le déteste tellement pas que je lui mets deux étoiles. Pour un « Transformers » en plus. Non mais c’est n’importe quoi. Et puis merde. J’assume. C’était cool. Voilà. Allez le voir)

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