Jakartagueule à la récré

C’est l’été. Saison maudite, invention d’un esprit sournois. On y subit pêle-mêle le soleil, les moustiques, le virus Ebola, les programmes de France Télévision, des horaires de travail farfelus, et pire que tout, les Hollandais.

Peuple sympathique, les Hollandais sont une espèce transhumante qui les beaux jours venus, quitte massivement son habitat naturel, la Hollandie, pour se rendre en des lieux plus accueillants qu’un polder sans cesse menacé de submersion. On les retrouve généralement nichant en groupes dans n’importe quel camping en France, Espagne, Italie, Croatie, et visiblement aussi, en Slovaquie.
Si l’on en croit leur nombre, pendant les deux mois d’été, les Pays Bas doivent être aussi vide que le centre ville de Seattle dix ans après une apocalypse zombie.
Donc, ami dictateur / conquérant / farceur, si tu souhaites ajouter de nouvelles terres à ton escarcelle, envahis donc la Hollande pendant l’été, tu ne seras pas déçu. Parait que le fromage est excellent et Amsterdam est une jolie ville. En plus, ça te fait une tête de pont pour la conquête du Danemark, l’été suivant.

Bref, c’est l’été et le Hollandais est bien présent. Ainsi, pour lui rendre hommage, quoi de plus approprié que de parler de l’une de ses ex-colonies le temps d’un billet ?
Rendons-nous sans plus attendre en Indonésie, et parlons de « The Raid 2 »

Attention, un Garrett peut en cacher un autre.
Veillez donc à ne pas confondre, Garrett EVANS, réalisateur de « The Raid » et « The Raid 2 » avec Garrett EDWARDS, réalisateur de « Godzilla » et bientôt « Godzilla 2 ».
Restons vigilants.

Maintenant que je vous ai alerté sur cette confusion tellement fréquente que je dois être la seule à la faire (sans déconner, ça me perturbe grave cette affaire), je peux sereinement attaquer ce billet sur « The Raid 2 », un film pour par avec des hommes d’action, et qui reste à ce jour le meilleur spot commercial contre un voyage en Indonésie. Parce que je sais pas vous mais moi, me balader dans un pays où les gens se promènent dans la rue avec des battes de base ball ou des machettes, vous éviscèrent avec un marteau ou se lancent dans des courses poursuites sur le périf parce que c’est FUN, non merci.


« Dans quelle direction la Porte d’Orléans, s’il vous plait ? »

« The Raid 2 », quoi qu’est-ce donc.

Pour les deux du fond qui n’ont ni vu ni entendu parler du numéro 1, un point s’impose. Garrett Edw…Scrogneugneu EVANS, réalisateur d’obédience britannique ascendant gallois se prend un matin d’amour pour un art martial indonésien et décide d’en faire un film où des mecs se fightent dans une tour de trouzmille étages. La légende dit qu’il y aurait un scénario prétexte derrière à base d’opération de la police indonésienne cherchant à démanteler un cartel de la drogue mais c’est pas facile tout les jours vu que les policiers sont corrompus.
En gros, c’est exactement le même scénario et la même configuration géospatiale que « Dredd », sorti à quelques mois d’intervalle, starring Eomer Troisième Maréchal du Riddermark et sa Majesté Cersei Lannister. Mais avec des Indonésiens.

A la fin du film, le héros, Rama, qui a génocidé à lui tout seul la moitié de la pègre de l’archipel à coup de high kicks et de tubes néons, est sauvé par son frère, lequel officie du côté obscur de la force, avec les trafiquants. Rama se jure de venger ses camarades de la police en luttant de toute la force de ses petits poings contre les policiers véreux.

Dans « The Raid 2 », le frère de Rama se fait donc dessouder d’entrée de jeu par un cartel rival du sien, ou contrôlant le sien, je ne sais plus, Rama est donc bien triste et accepte alors le marché proposé par un membre de l’IGPN : infiltrer l’organisation d’un parrain de mafia locale pour rassembler des preuves contre les fonctionnaires et autres élus de la République impliqués dans des affaires criminelles.
Rama va donc passer trois ans en prison à cultiver une bromance torride avec le fils du parrain, bromance dans laquelle il y a plus de tension sexuelle que dans l’intégralité de la série « X Files » entre Mulder et Scully, je tenais à le dire. Sérieusement, j’ai passé mon film à me demander QUAND ils allaient se la rouler, leur galoche. Peine perdue…
Devenu l’homme de confiance d’Uci, le fils de Don Corleone, Rama va donc devoir faire semblant de faire des trucs intéressants, mais globalement il passe surtout son temps à courir partout et à enchaîner ses deux expressions faciales (pas content/surpris) pendant que l’histoire se déroule sans lui, en mode John Woo du pauvre.


En vraie femme moderne, Ming Li était Castomaniac.

Autant « The Raid » avait un concept de base largement prétexte à enchainer les scènes de baston sans que le spectateur ait trop à s’en soucier, autant « The Raid 2 » ne ressemble à rien.
Déjà, je m’interroge sur l’opportunité d’avoir conservé le titre « The Raid », pour un film qui n’en contient aucun, de raid. Sauf pour surfer sur le succès du premier film et faire semblant de lancer une franchise. Une belle idée de mayrde, si vous voulez mon avis.
Ensuite, il y a le personnage de Rama, le seul élément faisant le lien entre les deux films, et qui n’est présent que pour faire de la figuration. Le moment où, dans le dernier quart, il découvre ne pas être le seul flic infiltré dans l’antre de don Corleone est à la limite du risible tant il dessert pour l’éternité son personnage, qui se révèle dans toute sa splendeur comme un ajout maladroit, destiné à créer artificiellement cette fameuse franchise dont je parlais plus haut.
Si l’on retranche son personnage, hautement dispensable, reste un film de gangster qui aurait pu tenir la route si Garrett Evans (du premier coup, je suis fière) avait daigner ne pas singer John Woo, délaissant son style brut de pomme pour s’enliser dans des poses arty d’un goût plus que douteux. Genre la mise à mort du tueur à gage, concluant un arc déjà trop long et inutile, sur fond de sarabande d’Haendel avec un gigantesque voyant qui s’allume au milieu de l’écran pour vous hurler « OMAGAD je cite KUBRICK, regarday, je cite KUBRICK, je suis trop un AUTEUR »

Nope.
Nopenopenope.

Même chose quand il se pique d’insérer des plans qui n’ont rien à voir avec le krupuk pour faire genre illustration allégorique.
Pas que se soit inutile, puisque cela pourrait fonctionner s’il avait vraiment quelque chose à dire. Malheureusement, « The Raid 2 » n’est pas une grande fresque tragico-familial sur fond de drame puissant et cathartique où pères, fils, amis et love interests se déchirent pour le pouvoir, l’argent, ou le contrôle du bar karaoké le plus en vue de Jakarta.
Non, c’est juste un film avec des bastons toutes les 5 minutes, ce qui fait de l’histoire et du scénario des éléments aussi essentiels à l’intrigue qu’ils le seraient dans un porno.


« Top Chef : Indonésie » : Rama essaye de lever des filets de sole.

Et du coup, de ce côté-là, côté de la baston, je veux dire, bande de gros dégueulasses, et bien Garrett Evans oscille entre le bon, le moyen et le médiocre. Si les combats sont plus variés dans ce deuxième film que dans le premier, où l’unité de lieu, de temps et la faible variété de protagonistes réduisaient d’eux-mêmes le potentiel du film, on n’en a pas pour autant plus pour le même prix.
Au lieu de jouer sur des chorégraphies bien mises en scène, Evans ne semble compter que sur les impacts, les coups qui font mal, ce qui réduit assez vite les combats à des jeux de massacre où l’on perd de vue l’aspect qui ressortait plutôt bien dans le premier film, à savoir la mise en valeur d’un art martial pour lequel le réalisateur se passionne.
Evidemment, l’exercice est cette fois plus ingrat pour Garrett Evans, qui a visiblement envie de faire autre chose qu’une resucée de « The Raid », mais se voit malgré tout obligé de le faire. Il tente donc de nous déployer un film de gangster interrompu toutes les 5 minutes par une baston quelconque, cherchant péniblement à faire exister le premier, sans pour autant brader l’action.
Résultat, il échoue sur les deux tableaux. Trop long, mal équilibré, visiblement écrit n’importe comment, « The Raid 2 » ne vaut rapidement que pour les quelques scènes de combat qu’Evans n’a pas foiré, prenant son temps pour poser son action et ses cadres. Il réussit entre autre plutôt bien un duel dans une cuisine, où l’on retrouve l’aspect viscéral, jouissif et haletant de « The Raid ». Et il se fend d’un faux plan séquence lors d’une baston dans la boue au début du film, qui n’a pas grand intérêt (le plan séquence, je veux dire), et qui souffre de raccords trop grossiers pour rester crédible. Mais la séquence fonctionne assez bien, malgré tout, sans pour autant parvenir à convaincre.
« The Raid 2 » est donc ce machin dispensable, hybride maladroit et trop long qui dément presque tout ce que l’on avait pensé de Garrett Evans après le premier opus.

Note : * (parfois, ma générosité m’effraye)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *