Rise of Mysterion.

En été fleurissent les allergies comme les blockbusters. D’ailleurs, certains de ces films collent tout autant de boutons et plaques urticantes que l’exposition prolongée à un puissant allergène. Mais comme personne ne saurait résister à la tentation de se faire du mal pour 10 euros, la masse se soumet bien volontiers au risque de développer éternuements, yeux qui pleurent ou œdème de Quincke.
Aventuriers que nous sommes…

Le bal fut ouvert (et sera vraisemblablement clôturé) par Marvel, valeur sûre dès qu’il s’agit de proposer du blockbuster sans ambition mais avec de la lolz. Mais avec le film du jour, je peux presque me risquer à affirmer qu’il existe désormais une autre franchise qui tend à proposer un rendez-vous régulier, sans lolz mais avec des ambitions inabouties : le TomCruiseMovie.
Après « Oblivion » et son high concept tout mou, voici donc « Edge of Tomorrow », un film hommage à la vie et l’œuvre du régulièrement regretté Kenny Mc Cormick.

Autant le dire tout de suite, il en est de « Edge of Tomorrow » comme de « Oblivion ». Le film n’est rien d’autre qu’un Tom Cruise show, dans lequel notre bon nabot lutte puis se sacrifie héroïquement pour le bien de l’humanité, sans oublier de se taper la fille super canon à la fin. On jurerait le cinquennat de Nicolas Sarkozy dites donc…

Sur le papier « Edge of Tomorrow » a pourtant tout pour bien se tenir sur la durée. Bon, sur la question de la mise en image, l’ensemble étant aussi propret et fonctionnel qu’un « Oblivion » moyen, sans ce petit truc qui faisait dire alors « ouais, ça aurait pu être vachement mieux sur le réal avait eu les coudées franches et un script ambitieux ».
Ici, on se contente poliment de faire « ahah, oh, ceci est une scène d’action » et de passer à la suivante. ’oilà.

Nan, ce qui détruit très vite « Edge of Tomorrow » c’est bien son concept, ou plutôt son traitement.
Et une scène qui lance l’intrigue totalement WTF. Au risque de vous faire déconnecter du film d’entrée de jeu. D’ailleurs, c’est précisément ce qui m’est arrivé. Je n’y suis revenue que grâce au #masqueglaçant d’Emily Blunt.


« OMG ce malaise… » => que les hippies qui se sont empressés de vilipender cette photo se rassurent : ils ont bel et bien eu la peau et la santé mentale de ce malheureux légionnaire. C’est beau, quand même…

Attendez, je vous explique : le héros, que j’appellerai le colonel Kenny Mc Cormick, est un fake militaire, plutôt un genre de pro de la communication, galonné pour faire joli sur la vidéo. Son job : assurer la promotion de l’alliance militaire planétaire qui essaye de repousser une invasion extraterrestre sur notre planète (mais ils ont la même stratégie que les aliens dans « Battle for LA », débarquement en météorite et puis pas d’aviation, c’est pour les tapettes, donc inutile de dire qu’ils sont tout aussi demeurés). Et il se trouve qu’à ce petit jeu, le colonel Mc Cormick est plutôt bon.
Alors qu’une grande offensive se prépare depuis l’Angleterre sur les côtes normandes #sansdéconner, Mc Cormick se rend à Londres pour y rencontrer le général Maugrey Foloeil (oui ben je ne retiens toujours pas les noms, que voulez-vous) qui lui annonce à brûle pourpoint qu’il va l’envoyer en première ligne avec une troupe de soldats d’élite.

Ah.

Kenny est surpris, et nous aussi parce qu’on l’avait pas trop vue venir. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi le général Foloeil a décidé de faire une chose pareille. Il faut supposer que la tête de Mc Cormick ne lui revient pas…

Et quand bien même, c’est totalement idiot vu que Mc Cormick n’est pas un vrai soldat, juste un porte-voix avec des jambes. Et qu’il est très bon dans son métier.
Même qu’il passe tout les jours sur BFM télé pour parler de l’importance de s’engager dans l’armée et tout.
Ce qui n’empêchera pas aucun soldat qu’il croisera par la suite de ne jamais le reconnaître, d’ailleurs, mais bon, détail, visiblement les mecs qui écrivaient le scénario avaient des trucs plus important à penser que de donner un peu de cohérence d’ensemble à leur texte.

DONC, je vous épargne les détails de la suite, mais Kenny se fait tuer à Omaha Beach #capitaineMiller et respawn un jour avant.

Comprenant qu’il est coincé dans une boucle temporelle il tente d’améliorer, jour après jour, son l33t sk1ll de survie sur une plage, jusqu’à ce qu’il rencontre un beau matin Emily Blunt qui semble étrangement comprendre ce à quoi elle a affaire et donne rendez-vous à Mc Cormick à son réveil.

Oo.

Bref.

Passons.


Et donc, Locke, m’sieurs dames.

Parce qu’honnêtement, l’histoire, on s’en fout un peu, ce qui compte, c’est la manière dont elle est racontée et franchement, hein, dans « Edge of Tomorrow », on se fout un tantinet de notre face à tous les étages.

Premièrement parce que Mc Cormick, c’est le principe de base de cette histoire, passe son temps à mourir. De façon violente. Douloureuse. Il traverse tous les jours le même champ de bataille, voit des mecs se faire désanuser par des aliens, se faire régulièrement démembrer, brûler, décapiter, headshot, flèche dans le genou et autres atroces manières de décéder.

Mais psychologiquement, ça va.

Ouais.

Aussi désabusé que s’il était piégé dans le jour de la marmotte.

Sauf que non, pardon les mecs mais ça peut pas fonctionner comme dans « Un Jour Sans Fin » votre affaire. Parce que le type est à la guerre. Il meurt. Tout le temps. Personne ne peut mourir aussi souvent sans en être un peu affecté.

Dans « Edge of Tomorrow », le seul truc qui semble défriser le personnage principal, c’est le côté relou d’avoir à se retaper les mêmes dialogues jour après jour.
Un peu comme quand vous recommencez pour la dizième fois un jeu vidéo et que vous en avez votre claque des quêtes de bas niveau parce que bon, vous les connaissez par cœur, tellement que vous récitez le texte des PNJ à leur place (je peux encore vous réciter de mémoire tout « Baldur’s Gate ». Sans déconner)
Vous voyez le principe ?
Et bien ici, la même… LA MÊME CHOSE.



« Emily Blunt ? Je l’ai pécho. »

Cet oubli malheureux n’est finalement que le révélateur du manque cruel de profondeur dans ce film qui se contente de poser son high concept sur le front du spectateur sans daigner s’auto justifier par un peu de cohérence interne. Ainsi aucun soldat ne reconnaît le colonel Mc Cormick de la télé. Non mais vraiment PERSONNE quoi.

Et au lieu de se payer un trauma modèle titan rapport au fait qu’il passe sa vie à mourir à la guerre, Kenny se fait des cheveux blancs parce que en fait, c’est Emily Blunt qui meurt tout le temps.
Oh.
Bon, ok, on peut comprendre Mc Cormick, elle fait tellement bien la planche Emily Blunt… Et là je dis respect parce que bon, d’expérience, je sais qu’il n’est pas facile de rester digne aussi longtemps dans cette position. Donc, Mamzelle Blunt, respect robustesse pour votre science du gainage.

Tenez, là aussi on touche à un problème majeur du film : Emily Blunt. Dont le personnage est l’objet d’une ébauche d’iconisation abandonnée aussitôt que le rôle de Tom Cruise commence à prendre un peu d’importance. Pourtant, on nous vend de l’Ange de Verdun en veux-tu en voilà, on nous balance quelques plans où elle apparaît en mode BAMF tout ça pour qu’en fait, elle ne serve que d’utilité au personnage principal à partir du moment où elle fait sa connaissance.
Et là j’ai envie de dire « tout ça pour ça ? »

Et je crois que je viens de résumer le film. Qui avait pourtant, au regard de son concept, de quoi devenir une référence agréable de SF. Mais qui n’ayant pas été développé plus loin que « cay TOMCRUISE ki sov le monD olol », se contente d’être juste regardable. Et un poil trop long aussi.

Et puis, la cerise au kirsch sur ce gâteau chimique : la FIN.

Non mais là, au secours les gens, vous réfléchissez deux minutes quand vous écrivez ? Vous étiez défoncés au crack ? Au glaçage de cupcakes ?

Kenny Mc Cormick possède le pouvoir de remonter le temps parce qu’il a mélanger son sang avec celui d’un alien lors de sa première mort sur la plage. Quand il parvient ENFIN à poutrer l’omega, planqué dans le tombeau de Marie-Madeleine sous la Grande Pyramide du Louvre, il mélange à nouveau son sang à celui de son ennemi. Si on suit bien tout depuis le début, on comprend alors qu’il va pouvoir reset sa journée en mode sans échec. Ce qui est un peu balot parce que bon c’est la fin du film, et qu’on va tout de même pas se retaper encore la journée où ça y est, le héros a gagné, ça n’aurait aucun sens.
Du coup, les scénaristes le font se réveiller dans l’hélico qui l’amenait à Londres, deux jours plus tôt.
Et là, Kenny découvre que la guerre est finie, parce que l’Omega a explosé quelque part sous Paris et que tous les aliens se sont débandés ?

Il a l’air surpris, Kenny, et moi aussi parce que la mort de l’Omega était supposée survenir quelque chose comme deux jours plus tard. Dans cette ligne temporelle qu’il vient de remonter, il n’en est même pas encore à se faire envoyer sur le front par le général Foloeil.
Cette scène de fin n’a donc officiellement aucun sens.
Sauf à considérer qu’il a chopé le pouvoir de l’Omega, qui doit être hyper puissant et que du coup, il a pu se réveiller quelques jours plus tôt que d’habitude, engager un commando pour aller butter l’Omega la veille de son arrivée à Londres, mourir en le buttant, se réveiller un jour plus tard dans l’hélico pour aller rouler des pelles à Emily Blunt, toujours occupée à faire la planche.
Voilà, mais notez que bon, c’est hyper tiré par les cheveux comme raisonnement. Du coup, comme le film ne m’a fourni aucun indice pour étayer cette thèse, je vais me contenter de conclure en disant que c’est n’importe quoi.

Note : * pour Emily Blunt, qui milite pour l’UDF en armure énergétique.

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