Père des Dragons.

Et me revoici qui viens à vos devants, les bras chargés de nouveaux billets, et ceci est une double métaphore attendu que mes billets sont rédigés sur PC et que donc, je ne peux pas les porter, sauf si je voulais prendre mon ordinateur dans mes bras pour quoi faire me direz-vous, en plus avec mes muscles en mousse, bien que renforcés par l’intensive pratique conjuguée du tir à l’arc japonais traditionnel et de la marche nordique, je pourrais le faire tomber, et se serait dommage parce que j’ai toujours pas fini Skyrim… ET J’EN ETAIS OU DE MON MOT D’EXCUSE POUR CE SILENCE AUSSI INTENSE QUE PROLONGE sauf sur Facebook pour vous poster des queuneries à base de GoT et de football (Brésil-Allemagne = les Noces Pourpres, d’ailleurs), donc ouais, les bras chargés de billets qu’en fait, je n’ai pas encore vraiment écrit (ceci pour expliquer l’autre sens de ma métaphore, que j’avais annoncée double, vous vous en souviendriez si vous suiviez un peu. Vous manquez de concentration, c’est à cause de tous ces jeux-vidéo auxquels vous jouez), JE REVIENS donc avec un texte, un bon film, du Moyen Âge, des dragons, des badass, le tout garanti sans « Game of Thrones » parce qu’on est tous à la DIETE pour UN AN.
Ainsi va la vie, mais heureusement, la routourne finira par tourner.

Sans transition, là, dans vos faces brûlées de soleil :

ATTATION, ça spoile vachement.

Il y a quelques années « Dragons » avait été l’heureuse surprise envoyée par les studios Dreamworks, plus connus pour des productions mi comiques mi teubés telles « Shrek » ou « L’Âge de Glace ». Inutile de dire que lorsque « Dragons » a pointé le bout de son nez avec son high concept qui AVAIT TOUT POUR ME PLAIRE : DRAGONS + VIKINGS, genre les concepteurs du projet avaient pensé le truc juste pour moi, hein, et bien inutile de vous le dire donc, mais je vais le faire quand même, parce que j’aime bien me regarder écrire : j’étais circonspecte.

Mais le genre de circonspection teintée de méfiance et de regards en coin genre « ahah Dreamworks, cause toujours. »

Dreamworks causa, je visionnai par « accident » une bande annonce américaine particulièrement convaincante, je me rendis en salle et BAM ! Moins de deux heures plus tard, « Dragons » venait d’entrer dans mon panthéon des œuvres roxxatives à l’extrême.


Sortie de séance, en résumé.

Etant donné le succès public et d’estime reçu, ma grande peur tournait autour d’un « Dragons 2 » qui ne serait qu’une tentative de capitaliser sur le premier, un peu comme, exemple pris totalement au hasard parce qu’il y a aussi « dragon » dans le titre, comme quand Bioware et EA Games se disent « trololo, « Dragon Age : Origins » a trop cartonné, sur la vie de ma mère, on va faire un numéro 2 qu’on va développer en moins d’un an et demi ! » => BEST.IDEA.EVER.

Mais Dean Deblois est un garçon sur lesquel compter. Pour ne pas saborder leur franchise, et pour dorloter leur projet le temps nécessaire à la production d’une suite de qualité, reprenant largement la recette du premier pour le porter à un niveau différent, ni supérieur, ni inférieur.

En effet, on peut faire un gros reproche à « Dragons 2 », celui d’avoir une structure très similaire au premier opus, en reprenant les grands tournants pour se terminer sur un climax finalement assez proche.
Statu quo brisé => découverte => connaissance => opposition => affrontement => baston générale sur une île => DRAMA§§ !!=> épiphanie du héros qui se perfect un *UTAIN DE GROS DRAGON => cotillons et cornes à boire.

Rien de bien nouveau sous le soleil de Berk, mais s’arrêter à la similarité des structures n’est pas rendre justice à un film qui développe intelligemment son propos tout en portant son sens de l’épique au-delà de celui de « Dragons ».

Preuve de sa pertinence, « Dragons 2 » va par exemple capitaliser sur le film précédent pour explorer les rapports entre les personnages. Au cœur du premier film était une relation père fils conflictuelle, faite d’incompréhension, de déceptions et de défiance mutuelle. Cinq ans après, les rapports entre Hiccup et Stoïk ont considérablement évolués, dans une logique de respect mutuel et de redécouverte de l’autre.
C’est d’ailleurs chez Stoïk que l’on peut mesurer tout le chemin parcouru depuis le tueur froid jusqu’au dragonnier, converti par son fils et Crocmou au changement. Plus ouvert d’esprit, confiant comme jamais en les capacités de son fils à dignement lui succéder, il révèle son changement radical de caractère lors de la scène de ses retrouvailles avec Valka. Le Stoïk du film précédent aurait fait un scandale, exigé des explications, et imposé son point de vue sans jamais autoriser le dialogue. Le nouveau Stoïk est plus à l’image de son fils, ouvert, aimant et surtout apte au compromis.

Les rapports apaisés entre tous les personnages principaux donnent la fausse impression que « Dragons 2 » est un film terne. Contrairement au premier film, lorsque son héros, Hiccup, était le paria de sa communauté, vilipendé pour sa faiblesse physique et sa couardise, mis au ban par son père et les enfants de son âge à cause de sa différence, dans « Dragons 2 », c’est lui le leader, l’inspirateur d’une communauté entière.
Berk a été convertie à son point de vue et à sa manière de penser. On le voit d’ailleurs dans les couleurs choisies pour représenter la petite ville. Dans le premier film, Berk était un monde gris, noir, marron, lové dans sur une île souvent plongée dans la brume. Les touches de couleur dans cet univers âpre étaient apportées par les dragons. Toutes les scènes avec Crocmou étaient l’occasion d’ouvrir la palette des couleurs, faisant entrer dans un univers presque bichrome, de nouvelles nuances. Cela reflétait l’état d’esprit des habitants de Berk, voyant le monde comme une lutte entre humains et dragons, tandis qu’Hiccup, dans son monde de couleurs, percevait une réalité plus riche, plus complexe, traduite par cette explosions de teintes vives.

Dans « Dragons 2 », Berk nous apparaît pour la première fois de jour (souvenez-vous l’ouverture dans la nuit du premier film, où le village était les ténèbres que les dragons incendiaient), et il apparaît très vite que l’endroit a gagné en couleurs. Les Vikings y sont désormais des dragonniers, et la couleur de leurs montures s’affiche partout.
Stoïk règne désormais sur une société utopique, éclairée, à laquelle son fils à montré la voie.

Car si désormais la première des distractions à Berk n’est plus de repousser les attaques des dragons mais de faire des courses avec ses derniers, l’île est aussi devenue le centre d’une activité scientifique intense :
-travail sur un système anti-incendie performant.
-fabrication de matériel de monte pour dragons.
-exploration du vaste monde afin d’en réaliser la carte la plus complète possible.

En bref, Berk est passée de l’obscurantisme au savoir grâce à l’influence d’un seul homme qui a ouvert les yeux de toute une île, et apaisé leurs rapports.
Le conflit entre dragons et Vikings du premier film étant clairement une expression de celui entre Hiccup et son père, une fois celui-ci apaisé, il n’est plus nécessaire de revenir sur l’ancienne opposition entre les deux hommes.
L’un comme l’autre sont passés à autre chose, et désormais, c’est la peur de devenir un adulte qui pousse Hiccup à s’isoler, quand il se voit proposé le rôle de chef.

« Dragons 2 » traite en effet avant tout de cela, de l’élévation de son héros à l’âge adulte, de la prise de responsabilité, et des choix parfois difficiles qu’il convient de prendre pour rendre le monde meilleur.

En cela, les retrouvailles avec Valka n’ont rien d’un twist facile, mais montrent bien les intentions de Dean Deblois. Valka est, comme Stoïk le lui avait toujours dit, très proche du caractère d’Hiccup. C’est sa curiosité, sa dévotion et sa conviction profonde d’œuvrer pour le Bien Suprême (Valka en armure complète ressemble d’ailleurs vaguement à un Tau : hasard ? coïncidence ?), qui la poussent à prendre la décision de ne pas retourner vers les siens pour se consacrer aux dragons, leur créer un refuge et se faisant, les éloigner des humains.

Hiccup, en réalisant l’impossible, l’alliance entre les dragons et les hommes, se positionne très clairement comme étant le continuateur de son œuvre, son héritier d’esprit et de droit.

Les retrouvailles apaisées et singulièrement dénuées de tout conflit entre les membres de la famille sont la conséquence des bouleversements apportés par Hiccup dans ce monde si dur. Et c’est justement cette absence de conflit, cette douceur, cette compréhension mutuelle, qui construit dans les deux premiers tiers du film, une harmonie qui sera violemment brisée par Drago, l’antagoniste principal, la Nemesis absolue d’Hiccup, son jumeau maléfique.

Tous les deux portent une armure les faisant ressembler à des dragons. Mais là où Hiccup utilise la sienne pour voler et se rapprocher d’eux, Drago se sert de sa cape pour survivre à leur feu et les mater par la force.
Là où Hiccup les apprivoise à force de douceur, respect et gentillesse, Drago s’impose par la force de sa volonté brute, sans effect.
Là où Hiccup les apaise pour favoriser une vie harmonieuse entre les hommes et les dragons, Drago les soumet pour combattre leurs semblables.

Drago est aussi un élément de contexte qui vient expliciter l’aversion de Stoïk pour les dragons dans le premier épisode. Si l’on avait bien compris que c’était à la fois le poids de la tradition et la disparition de sa femme qui avaient contribué à l’endurcir, on peut aussi voir son expérience avec Drago comme la confirmation qu’une alliance entre humains et dragons ne peut être qu’une abomination vouée à la destruction.
Drago a beau être un personnage inventé pour le deuxième film, je trouve intéressant de constater que Deblois a très bien réussi à l’intégrer dans la logique de la franchise, ajoutant encore un niveau de complexité aux rapports entre Stoïk et son fils dans le premier film.

La rupture violente de l’harmonie si bien exprimée jusqu’alors par les personnages conduit le film jusqu’à un climax extrêmement puissant, et d’une très grande violence. Déjà, dans « Dragons », le choix d’estropier Hiccup dénotait d’une grande maturité dans la conception de l’histoire, ne souhaitant pas brader au divertissement tout public les réalités d’un univers présenté dès le départ comme violent et dangereux.
Ici, la mort de Stoïk est un choc réel, autant parce qu’elle est rendue insupportable par les dynamiques familiales élégamment présentées quelques scènes plus tôt, que pour les gestes qui conduisent à cette mort.
La scène d’une cruauté extrême, n’a pourtant rien de gratuit. Elle permet de relancer l’intrigue, de précipiter certains choix (Hiccup acceptant enfin son rôle de leader, après avoir du « tuer le père »), et de conduire à un affrontement final sans doute un poil en dessous, émotionnellement parlant, du premier, mais s’offrant une conclusion intense et très touchante.

Car la force ultime de « Dragons 2 », c’est de venir te tabasser la tête toute les cinq minutes avec soit des plans magnifiques (j’ai rarement pensé aussi souvent « tiens, ça ferait un superbe fond d’écran… »), soit des personnages tous en mode BAD ASS MOTHERFUCKER = BAMF.

TOUT. LE. TEMPS.

Hiccup tape une classe extrêmement violente dès sa première scène, la fameuse scène de vol teasée il y a de nombreux mois déjà.
Astrid tape une classe monstrueuse en dragonnière intrépide et confirme tout son potentiel de future reine Viking of megadoom.
Stoïk est plus charismatique qu’Optimus Prime.
Drago est méchamment caricatural juste ce qu’il faut pour exister en tant qu’antagoniste mi-réel, mi-allégorique.
Et Valka… Valka possède juste cette classe ultime. Sans déconner quoi. Sa première apparition est d’une beauté…

L’animation des personnages est une réussite totale. Les dragons sont splendides, les scènes de vol aussi vertigineuses que dans le premier opus, les gestes des humains sont naturels, fluides, Valka et ses attitudes reptiliennes en tête.
Tout le film peut être qualifié de gracieux. D’élégant.

Et l’écriture du film est à ce même niveau, construisant très intelligemment sa progression dramatique, le parcours de son héros, afin de le mener vers la conclusion de la façon la plus logique qui soit, narrativement et émotionnellement.

Un gros reproche peut tout de même être apporté à l’histoire, qui nous présente, là, comme ça, sans préparation, deux « clans » de « dragonniers » en plus de celui de Berk.
Je m’explique : Valka et Drago sont chacun à la tête d’un clan différent (façon de parler) où les humains vivent avec les dragons.
C’est très clairement un moyen de dessiner le spectre le plus large possible quant aux rapports entre les deux races (Valka occupant l’extrémité de l’assimilation, tandis que Drago campe sur l’asservissement), afin de placer Berk à sa juste valeur, celle de la voie médiane de l’harmonie (un des thèmes de fond du film, donc).
Sauf que cela est balancé comme un cheveu sur la soupe, que cela rend les exploits d’Hiccup et des Berkiens un rien plus banals, surtout quand l’antagonistre principal, Drago, se révèle capable de soumettre à sa volonté rien de moins qu’un Alpha. Clairement l’exploit de sa carrière, son 1-7 en demie-finale de la Coupe du Monde, ou alors il est tombé sur un Alpha eu peu neuneu, au saut du lit, ou un soir de cuite. Difficile à dire.
Mais là, on touche carrément à la facilité scénaristique, ce qui est plus que dommage, considérant la qualité générale du film. Qualité qui contre balance efficacement ces déficiences, somme toutes légères.

Inutile de dire que les attentes placées dans le troisième volet sont désormais extrêmement élevées.

Note : ***

PS : la fille, elle publie pour la première fois depuis un mois, et elle fait ça le soir de la finale de Coupe du Monde de foot. Sens du timing, cohérence.

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