Star Spangled Man with NO Plan.

Chose promise, chose due. Puisque « Game of Thrones » ne reprend que dans une foutue semaine, comblons donc cet intervalle de quelques billets, qui peineront sans doute à apaiser notre frustration face à cette insupportable attente (enfin non, moi je m’en fiche, je sais ce qu’il va se passer, comme les ¾ d’entre vous ici).

J’espère que vous avez remarqué combien de biaise pour faire croire que tout était parfaitement prévu : GoT et rien que GoT et pouf, des billets ciné dans la pause du Memorial Day. Que dalle. Je n’ai en fait aucune excuse valable. Sauf peut-être que je ne suis pas allée tant que cela au cinéma depuis quelques semaine, et c’est pas de ma faute, enfin si, disons que j’étais pas motivée et puis j’étais de mariage, Dieu que cette excuse est pitoyable et j’avais beaucoup de travail et j’étais fatiguée et et et…

DONC MEMORIAL DAY, l’occasion pour les S’tats-Unis de l’Amérique et du Monde Libre de rendre hommage à leurs soldats disparus, vibrant éloge de la Nation à ses héros, du coup QUOI DE MIEUX qu’un billet consacré à « Captain America : The Winter Soldier », c’est fou tout de même, ces hasards du calendrier.

Au sein du catalogue Marvel, Captain America est sans doute le superhéros le plus déprécié dans nos charmantes contrées. Dans son genre, il est tout autant poissard que son alter ego des mal-aimés du catalogue DC, Superman. L’un comme l’autre partageant un même défaut, celui d’être de manière évidente des figures symboliques fortes, ce qui est aussi le cas des autres supers, me direz-vous, mais en moins prononcé tout de même. Superman est donc un dieu parmi les hommes, surpuissant, parfait, tandis que Captain America est l’incarnation vivante d’un rêve, destiné moins à sauver l’humanité qu’à l’inspirer et l’entrainer à sa suite.
Et dans nos contrées hexagonales, le pauvre a aussi un vilain défaut, du genre tare rédhibitoire : il s’appelle Captain America, et porte une bannière étoilée sur le torse. Il ressemble ainsi plus à une gondole promotionnelle imposée au forceps et sans subtilité aucune à un public conditionné depuis la sortie de la guerre, à regarder avec méfiance tout ce qui vient d’Outre Atlantique en déclamant de beaux discours sur la liberté.


Mesdames, monsieur, je vous présente le Captain Merica.

Mal-aimé, Captain America est pourtant un des personnages les plus fascinants du catalogue Marvel en ceci qu’il a été d’évidence l’incarnation du regard des Etats-Unis sur eux-mêmes. D’objet d’un rejet il gagne à devenir objet d’étude car son essence même a toujours été d’être le miroir de l’Amérique, dans ce qu’elle aura eu de plus beau ou de pire. Aspiration à la liberté, impérialisme, doutes, tout est passé par Captain America, jusqu’à l’acte de résistance contre l’Etat, au nom de la protection des plus faibles. En traversant les époques, Captain America reste un témoin privilégié de l’histoire des Etats-Unis, et son statut de « man out of time » en fait le rappel constant des idéaux sur lesquels le pays s’est bâti et s’est battu.

L’exploit de « Captain America : The First Avenger », de Joe Johnston résidait dans sa prise à bras le corps du mythe, auquel il ne sacrifiait jamais la part d’humanité du personnage. Alors que les films de super héros du moment privilégient, tant que Marvel que DC, une approche usée, fatiguée et surtout principalement en civil des supers, Joe Johnston avait eu l’intelligence d’un discours inverse, amenant l’homme vers le costume (et quel costume de mayrde pourtant), rendant indissociables Steve Rogers et Captain America. Cela passant au travers de notes d’intentions comme cette scène où Rogers se bat derrière un cinéma en se servant d’un couvercle de poubelle comme bouclier, ou cette poursuite dans les rues de Brooklyn où il rattrape sa cible à la fois parce qu’il vient de se faire transformer en super soldat (ce qui fait aussi de cette scène un test de son nouveau corps, très bien amené. Le test, pas le nouveau corps, suivez un peu…), mais aussi et surtout parce qu’il reste un « guy from Brooklyn » qui connait le quartier comme sa poche pour s’y être fait tabasser dans à peu près chaque ruelle.
Jamais cadré en contre plongée (sauf à sa sortie du caisson, et pendant le montage des spectacles), Captain America tel que dépeint par Joe Johnston est un personnage qui se construit, tout au long du film, au travers de son rapport aux idéaux qu’il défend et qui constamment le dépassent (d’où son sacrifice), mais aussi par ses compagnons, principalement Bucky et Peggy avec lesquels il traite d’égal à égal. Et c’était finalement cette combinaison des deux moteurs de Rogers qui le conduisait à devenir un héros, sans que lui-même, qui se voit et se verra toujours comme un simple soldat, n’en prenne vraiment conscience.

Je tenais à faire ce long paragraphe afin de contempler ce de quoi on partait sur la franchise « Captain America », et ce à quoi nous avons droit avec « The Winter Soldier ».

Entre les deux, il y eut « Avengers », particulièrement cruel pour Cap, réduit à un rôle de starlette sans intérêt, mis dans l’ombre de la super star de la franchise, Iron Man. Le film de Joss Whedon souffrant d’une intrigue pauvre, et d’une caractérisation de ses personnages totalement à la ramasse, je ne m’étendrai pas sur le sujet.

Penchons-nous plutôt sur ce nouvel opus des aventures de Captain America, mitt Black Widow. Black Widow, oui, c’est le rôle de Scarlett Johanson dans ce film. Je le dis, et même, je le répète parce que le film persiste à nous la présenter quasi exclusivement sous le nom de Natasha, qui est le sien, je vous l’accorde. Sauf que bon, y’en a marre de ces films de super héros qui n’emploient jamais le nom des super héros, parfois même pas dans le titre (« Man Of Steel », « The Dark Knight », c’est de vous que je cause). Faut assumer un peu, les mecs !


« J’assume grave mon costume ! »

“Captain America TWS” souffre de tout un tas de problèmes qui l’empêchent d’être au niveau de son prédécesseur. Et je m’en vais vous les lister en chantant « Dixie ».

Mais résumons d’abord l’intrigue : entre un tour au musée qui lui est consacré (ça va le boulard, mec ?) et une visite à Peggy dans une maison de retraite (ça va la dépression, mec ?), Captain America découvre que le SHIELD n’est pas aussi blanc-blanc qu’il n’y parait. Qui sont ces gens avec qui je travaille ? Pourquoi on a largement dépassé l’an 2000 et y’a toujours pas de voitures volantes ? Qui est le Soldat de l’Hiver ? Que fait Robert Redford dans ce film ? sont autant de questions auxquelles Steve Rogers devra répondre avant de « suit up » pour rétablir le droit, l’équité, la justice et la libertay à grand coups de bouclier dans la gueule.

Les frères Russo.

Je l’avais déjà dit il y a de nombreux mois : je n’avais pas confiance en ces mecs MALGRE mon AMOUR profond PROFOND (en CAPS LOCK tant qu’à faire) pour « Community », la si chouette sitcom de Dan Harmon (sauf la saison 4, sans Dan Harmon, cqfd) (il y a déjà trop de parenthèses dans ce billet).
La raison de ma méfiance est très partisane : ce sont des réalisateurs de télévision. Et me voici prise en flagrant délit de sale gueule « bouhou t’es réal de série télé JAMAY tu ne pourras roxxer en long métrage ! »

En fait, non. Je ne nie pas la capacité d’un réalisateur de série télé à faire quelque chose de bien sur un grand écran. Simplement, je me méfie un peu de ces types qui se font brutalement catapulter à la tête d’un blockbuster franchisé placés sous la coupe d’un producteur exécutif tout puissant, l’inénarrable Kevin Feige, sans doute trop heureux de rappeler à ses metteurs en scène combien ils ont de la chance d’être là, dans les Avengers, à mettre leurs noms sur des affiches qui s’en iront de par le monde amasser les brouzoufs à la pelle, alors faut que vous respectiez bien comme il faut le cahier des charges, les mecs.

En gros : un changement d’échelle de production violent, très peu de liberté artistique, et l’obligation de rester dans les clous déjà tordus de base d’une franchise qu’il me semble voir imploser sous son propre poids…

Dur.

Voilà pourquoi je n’avais aucune confiance en les frères Russo sur ce projet. Chat échaudé par Joss Whedon aux manettes de « Avengers » craint l’eau froide. Et ce n’est pas la prestation fonctionnelle d’Alan Taylor sur « Thor 2 » qui m’aura rassurée.

Ceci dit, « Captain America 2 » est largement meilleur que la suite des aventures de Neuneu Ondinson, dieu du tonnerre, de la foudre et des marteaux Fisher Price.

Ce qui n’est pas un mince exploit considérant le filmage désastreux de l’action et le style visuel plus plat tu meurs que les Russo ont choisi pour ce film.
Ils voulaient de la caméra à l’épaule pour jouer sur l’impression d’immédiateté, de réalisme. Mais si la vie elle bouge autant, et surtout, si elle est aussi mal montée, alors je veux bien résilier mon abonnement à IRL aussitôt !
Sans déconner, déjà, filmer comme Paul Greengrass ce n’est donné qu’à Paul Grenngrass. Fun fact, le début de ce « Captain America » ressemble un peu à « Captain Philips ». Je tenais à le dire. Enfin disons surtout que « Captain Philips » aurait duré vachement moins longtemps si Tom Hanks avait pris le temps de faire un peu de développé couché…
Fun fact 2 : oui, son agilité légendaire est un des meilleurs atouts de Cap bien qu’il puisse ouvrir ses canettes de bière avec un cil. Par contre, et je n’avais pas du tout cette impression dans le premier film ni même dans « Avengers », dans celui-ci, c’est limite si il ne fait pas plus gymnaste que super soldat. Cabrioles, figures, tourbilol et compagnie…
Question de mise en scène et de mise en valeur, un peu malheureuses dans le cas présent, tant cela tranche avec les représentations précédentes du personnages (surtout le premier « Captain America ». Dans « Avengers » il passait surtout son temps à se casser la figure).


« Par le pouvoir de Nadia Comaneci, je te botte le cul ! »

Ensuite, quand tu choisis de montrer une poursuite en bagnole, un street fight entre deux super soldats ou même, soyons fous ! un combat aérien et que ton cadreur c’est Bruce l’Australien, de un, tu fais des plans larges, de deux, tu soignes ton frakking montage !
Parce que merci les plans qui saute d’un angle à l’autre hihi, lolilol, où qu’il est Captain America, il est plus l… ah ben si, et pi les méchants ils sont… de ce côt… non, de l’autr… RAAAAAAAH !!!!!!!!!

Sans déconner : quand est-ce que vous comprendrez que quand le public se déplace en salle pour voir des super héros se mettre sur la gueule, tout ce qu’il demande, dans le fond, c’est d’avoir des scènes de combat qui envoient du bois. Qui sont donc lisibles, violentes, belles à voir. Ouais, je vous accuse, les Nolan, les Whedon, les Brannagh, les Taylor, les Favreau, Black et Russo ! Prenez exemple sur Sam Raimi, mayrde (ou Bryan Singer, je spoile ici ma critique du nouveau « X-Men » pour dire que les affrontements y sont vraiment réussis, violents, sans concessions, et avec explosions de super pouvoir dans vos mouilles, les mécréants) !
Et petite question en passant : pourquoi les rues de Washington sont toutes vides ? Les figurants sont si chers qu’on ne peut pas en prendre une vingtaine pour les faire courir en arrière-plan ?

Parce que pour des scènes d’action torchées à coup de cliffangers et d’explosions, on doit aussi se taper moult scènes super sympa où Cap ne branle strictement RIEN entre deux missions. Pardon mais la première partie du film…
Certes, ces scènes ont leur importance, elles permettent de replacer Steve Rogers à la hauteur de son mythe. Le petit gars de Brooklyn qui voulait faire don de lui-même à ses idéaux est devenu un symbole très puissant et limite, après la construction de sa légende, j’attendais un peu que les Russo nous parlent, par l’image, FFS, de la réconciliation de cet homme dans le fond assez discret, avec ce qu’il est devenu. On ne nait pas super héros, on le devient. Cap aurait dû embrasser ici plus que son nouveau corps et ses nouvelles capacités lui donnant les moyens de ses ambitions (un des sujets du premier film), son symbole, celui du porte-bannière étoilée.

Mais non. Exemple of doom : l’ouverture. Cap fait son jogging à Washington et passe donc devant tous les bâtiments historiques possibles et imaginables. Tu crois que les Russo s’en serviraient pour débuter un discours sur Captain America en tant que monument historique ?
Non, on va plutôt le faire emmerder un pauvre mec qui court moins vite que lui et qui le gène quand il doit le doubler parce que c’est trop dur de faire un petit détour quand on est un super soldat, hihi, et tant pis si c’est un FRAKKING OUT OF CHARACTER.
Et tant qu’à faire, finissons la scène sur ce jogger qui, comprenant avoir à faire à Captain America, se la joue totalement cool, presque aussi détendu du slibard que Jane Foster face à Odin. J’ai dit presque.

NO. WAY.

Allez mourir.

Malheureusement, les Russo ont du se montrer particulièrement dociles, et encouragés par le succès au box-office du Soldat de l’Hiver, les Studios Marvel les ayant reconduits pour le prochain « Captain America », dont la sortie est prévue pour 2015, et accrochez-vous les gens, le MEME jour que « Batman vs Superman : Dawn of Justice ». Sainte Mère de Dieu, carrément les mecs, ça y est, vous envoyez les Russo et Cap à la marave avec DC Comics, Christopher « Dark » Nolan, Zack « Cool » Snyder, Bataffleck et Superj’aiperdumonslip (j’ajoute également Wondercrevette dans l’escarcelle, ça ne mange pas de pain)… Si ça c’est pas de la confiance, je sais pas ce que c’est.
Par contre, et là sans rire, j’ai vraiment hâte de voir comment ce duel va tourner et à l’avantage de qui.

Un techno thriller pour techno teubé.

On le sait depuis longtemps, le projet du deuxième « Captain America » se voulait un hommage aux bons vieux films d’espionnages et autres thrillers politiques des ’70 et ’80. Normal avec la présence du Soldat de l’Hiver, l’alter ego soviétique du Captain, dans le titre.

Sauf que c’est une très bonne initiative de venir chercher Robert Redford pour la touche d’authenticité, mais se serait sympa aussi de penser à pondre un scénario qui soit autre chose qu’une scénario standard pour un « Avengers », tout juste enrobé dans du pseudo mind fuck histoire de donner l’illusion deux heures durant qu’on regarde un truc vraiment bien foutu.


« I’m more than a bird, I’m more than a plane, I’m a birdplane. »

Le problème en soit n’est pas la simplicité du scénario. Le premier « Captain America » l’était aussi. Le souci c’est d’essayer de faire passer une vessie pour une lanterne. Très clairement, on a là une intrigue simple, sans originalité, qui aurait gagnée à être traitée telle qu’elle. Mais qui sous le costume du thriller politique à la mode d’antan, chose qu’elle n’est en fait jamais, tout ce qui ressort est une impression désagréable de poudre aux yeux.

Ça et le fait que les ressorts de l’intrigue sont souvent très faibles, comme l’arc autour de la clé USB par qui tout arrive, clé qui disparait brutalement de l’histoire pour revenir au moment où se serait bien que l’histoire avance, alors hop, deus ex machina en forme de Cobie Smulders.
Sans parler de la présence hautement contestable du Faucon (alors que de base, c’est un super perso, mayrde ! J’en attendais vraiment plus, mais il a été sacrifié au profit de Blakc Widow, dommage), dont l’intérêt dans l’histoire se limite à être le side kick malicieux qui ne sert finalement à rien ou pas grand-chose.

Question au hasard : la scène où Robert Redford et le Soldat de l’Hiver ont un échange de regard lourd de sens a-t-elle une quelconque utilité dans l’histoire ?
Sans rire ? Pas moyen de couper ça au montage, vraiment ?
Mis à part pour nous montrer le côte TRÜ EVIL de Robert Redford qui flingue de sang-froid sa bonniche parce qu’elle a vu son complice…
Complice dont on apprendra plus tard qu’il est en fait un genre de cyborg qui n’avait donc pas trop de raison d’être là, dans sa cuisine, vu qu’il est programmé pour exécuter ses missions et rentrer à la base.
La révélation du rôle de Redford dans l’intrigue aurait sans doute eu davantage de poids si repoussée au tout dernier moment, préservant ainsi l’ambigüité et les zones de flou qui semblaient être au cœur du projet.

Car là aussi, cela coince. Captain America, vestige plutôt très bien conservé de la Seconde Guerre Mondiale, peine à comprendre le monde dans lequel il est désormais contraint de vivre. L’Amérique post 11 septembre affronte un ennemi insaisissable, se trouve aux prises avec le doute, la contestation interne, la peur. Le monde de Steve Rogers lui semblait plus simple et du haut de ses valeurs, il ne peut souscrire aux discours protectionnistes que lui sert Nick Fury lorsqu’il lui présente le projet Insight, un truc très proche du programme de fichage des potentiels futurs délinquants, mais létal.
Assez vite pourtant, l’intrigue va simplifier ce conflit moral (les justifications apportées par Fury sont parfaitement recevable, tout comme les arguments que lui oppose Rogers), en ressuscitant le spectre d’Hydra, nazie comme au premier jour. On y perd finalement beaucoup, à se retrouver dans cette structure très classique qui tente jusqu’au bout de nous vendre de prétendues ambiguïtés sans jamais aller au bout de son propos. Même si l’arc d’Hydra est indissociable du personnage de Cap, ce qui n’exclut pas non plus un poil plus de finesse, si ?


Putain j’en étais sûre !

De loin, on aurait par exemple l’impression que pour une fois, quelqu’un a eu l’idée de creuser le personnage de la Veuve Noire. Jamais appelée par son nom de scène, d’ailleurs, je trouve ça assez crispant, mais admettons, le film tourne autour de deux collègues de boulot qui doivent sauver le monde en deux heures. Ils vont pas non plus se donner du « Capitaine » ou de « Veuve », toutes les 30 secondes.
Sauf que Miss Romanov est elle aussi victime de cette poudre aux yeux. Ce que j’ai appris sur la Veuve Noire dans ce film : c’est une espionne, elle est désinvolte et elle est sympa.

Sortez le champagne, c’est fête.
Histoire de complexifier le bouzin que vous vouliez à la semblance d’un thriller politique, vous n’auriez pas pu lui filer un truc plus ambigu ? Quant à la fin elle publie tous les dossiers du SHIELD et que Peirce l’informe que ses données personnelles seront également exposées à tous les vents, pourquoi ne pas imaginer la Veuve Noire entourloupant tout le monde pour sauver ses miches, ce qui aurait justifié les craintes de Cap à son sujet et contribuer à l’éduquer sur ce monde nouveau dans lequel il vit.
Car à part s’énerver parce qu’elle a osé faire une grosse bulle de chewing gum devant lui, Rogers fait un peu trop vite confiance là où il aurait gagné à s’enfoncer dans la paranoïa.

Mais j’oublie que nous sommes dans un Marvel. Ajouter de la complexité et de la profondeur aux personnages est bien trop risqué, on pourrait faire réfléchir le public et ça, foi de Kevin Feige, JAMAY !

Ceci dit, y’a aussi du mieux.

Car reprenons le cas de la Veuve Noire, qui jusqu’à présent dans la franchise avait surtout été la paire de boobs de l’équipe. Cette fois, on constate enfin ses talents en infiltration et surtout, on s’en sert. Un peu. A coup de gadgets qui font le boulot, donc en fait, ça revient à dire qu’elle est surtout une paire de boobs infiltrée avec des gadgets, même si on sait pas comment elle a fait.

Ceci dit, c’est mieux. On ne la voit jamais accomplir d’exploit mais y’a un moment où elle dit qu’elle est super douée en hacking. Si elle le dit, c’est sans doute que c’est vrai. C’est comme quand Tony Stark nous dit qu’il est intelligent. Il ne me l’a jamais prouvé, mais je dois me rendre à l’évidence, c’est lui le héros, donc il doit savoir ce qu’il raconte, quand même. Oh. Et ouf, elle donne des cours de « passer inaperçu quand on est recherché par la police en se déguisant en hypster ». L’espionnage à son plus haut niveau.

« Captain America 2 » est sans problème un des meilleurs films de la franchise « Avengers », se classant deuxième, ex-aequo avec le premier « Iron Man », mais restant très loin derrière « Captain America » premier du nom, vous savez, ce film où il y avait un vrai projet de mise en scène, un personnage super attachant et bien construit, quelques longueurs, mais une super atmosphère retro et une aile volante (awesooooooome).

Pour obtenir un bon film dans la franchise Marvel, il faut avant tout en retirer l’humour moisi auquel, c’est triste, mais j’ai fini par m’habituer puisque je l’ai trouvé supportable dans « Thor 2 ». Ma capacité légendaire d’adaptation me joue décidément bien des tours…
« Captain America 2 » et donc plutôt réussi de ce côté, ne s’interdisant pas d’être drôle mais sans s’ingénier à ridiculiser ses personnages au détour de saillies drolatiques écrites par des mecs défoncés au crack dans les caves de Marvel Studios.
Mieux, on a même une vraie relation qui fonctionne à pleine balle entre deux personnages ! L’alchimie entre Chris Evans et Scarlett Johanson est si bonne que malgré l’écriture paresseuse, leurs interactions fonctionnent. On croit sans problème en leur camaraderie, même quand les scènes me faisait me facepalmer à tour de bras.
Ah tenez, cette scène… il s’agit du moment où Cap et la Veuve Noire se réfugient chez le Faucon. Après moult aventures, tous les deux prennent un moment pour souffler et ont une conversation sur la confiance. Quand la Veuve Noire demande au Captain s’il lui fait confiance, j’ai cru à un mind fuck de sa part. Parce que bon, même une personne aussi peu crédible que Jean-Marc Ayrault pourrait convaincre Steve Rogers qu’il est absolument totalement fiable, tellement ce pauvre garçon est naïf.
Non de non mais il était là le moment où vous pouviez faire quelque chose des deux personnages, autre que « Ouiiiiii !!!! Sauvons le monde entre potes !!!! Hihihihi !!! »
Captain donnant sa confiance que la Veuve aurait été obligée de trahir pour sauver sa peau à la fin, avec quelques remords quand même parce que faire bobo au petit cœur de Steve Rogers c’est aussi révoltant que de donner un coup de pied à un petit chien.

Même pas.

Feignant jusqu’au bout.

Et oui nous sommes toujours dans le paragraphe où je dois dire du bien du film.

Alors du coup je vais parler du Soldat de l’Hiver en essayant de ne point trop en dire. J’ai trouvé le personnage visuellement vraiment classe. Toutes ses apparitions sont soignées et les combats l’opposant aux autres donnent souvent le sentiment d’un ennemi implacable, mais pas tout le temps parce que le cadre bougeait trop et qu’il y avait des changements d’angle toutes les 2 secondes.
Adversaire parfait pour Captain America il incarne une force brute et désincarnée, un instrument de mort implacable là où le capitaine Rogers est avant tout un soldat, un homme, qui use de son libre arbitre.

Sautons aussitôt sur les passages vraiment réussis, comme cette excellente scène, toute simple, entre Rogers et Peggy Carter, ou l’émouvant flashback dans les années 40, entre Steve et Bucky. Dans ces deux scènes, les Russo arrivent à toucher à ce qui avait fait la force du premier film, puisant dans l’émotionnel pour construire leur personnage, lui conférant la part d’humanité qui reste sa plus grande force. Et qui rend l’affrontement final vraiment intense question émotion. Enfin intense, dans un Marvel, hein. Souvenez-vous des funérailles de Frigga dans « Thor 2 » et comparez moi ça avec ce moment où Cap jette son bouclier dans le combat final.
J’ajouterais également qu’après avoir passé plus de la moitié du film en civil, ce qui n’est pas cool du tout, Captain America termine le métrage dans son costume de la Seconde Guerre Mondiale, une excellente trouvaille qui réconcilie un peu avec les manquements qui ont précédé et cassé mon Captain America.

Monstres ! Vous l’avez cassé !

On l’avait vu dans « Avengers », mal gérer le décalage entre Cap et le monde moderne c’était la porte ouverte à la vanne moisie.

Plutôt que de s’embêter avec des scènes où on aurait vu Steve Rogers se battre contre un Ipod et autre séquence prétexte à du placement de produit, « Captain America 2 » se contente de faire comme si sa congélation n’avait pas existé.
Limite si les positions morales de Rogers ne passent pas pour des opinions personnelles un peu nunuches tant il semble parfaitement à sa place dans notre monde. Oh certes il peut couiner « c’était mieux avant quand les gens portaient des bandes molletières et mourraient de la polio ! » mais à ce compte-là, Jean-Pierre Pernault c’est Capitaine France : « je ne combats qu’avec mon fidèle fusil Le Bel ! ».
La mise en scène restant fonctionnelle au possible, on voit donc Rogers évoluer sans jamais être mis en butte au reste du monde. Il se contente de dire, et les Russo de ne rien nous montrer.


J’ai désespérément cherché une image du caméo de Dany Pudi… #Community

Défaut majeur de la série « Avengers », tout y est toujours normal, banal. Le super héros est un mec comme les autres ?
Steve Rogers ? Il a été au frais un moment mais maintenant tout va bien, c’est cool, il ne s’étonne jamais de rien !
Et le reste du monde ? Oh ben entre le vétéran qu’il a fait chier pendant son jogging et qui lui cause comme si de rien n’était, et le petit garçon dans le mémorial qui se contente de faire une Spielberg face en le voyant, genre Captain America se promène dans son propre musée, mais en fait c’est juste un peu surprenant, de voir une célébrité…

A quel moment décidera-t-on de traiter un peu, juste un peu, de traiter du côté légendaire, anormal, de ces personnages ? Certes Captain America est sans doute le moins différent de la bande, mais entre « Ah ouais Steve Rogers, je vous ai vu à la télé. Et sinon, votre matelas n’est pas trop mou ? » (dialogue original…) et « Woooooh putain, vous êtes LE Steve Rogers ? Je vous avais pas reconnu sans le costume, la vache, mais vous êtes vraiment le super soldat qui a gagné la Seconde Guerre Mondiale, repoussé une invasion extraterrestre et su rester digne en portant des collants ? », il y a sans doute quelque chose à jouer pour donner l’impression que le mec soit un tout petit peu important.

Une fois en délicatesse avec le SHIELD, Captain America ne sera par exemple poursuivi que par le SHIELD. La logique aurait voulu qu’on déclenche une alerte nationale avec tous les flics, l’armée, et même les braves citoyens appelés à la plus grande vigilance… Cela aurait considérablement renforcé l’aura de paranoïa annoncé par le prétendu thriller vendu dans le film, tout comme cela aurait été très fort symboliquement pour le personnage (quitte à anticiper l’arc « Civil War » ce qui n’aurait pas été inintéressant d’ailleurs).
Maynon. On va pas non plus ajouter des trucs ambigus. Mettons des Nazis, plutôt, c’est cool les Nazis, les gens aiment bien.

La note d’intention.

Une des spécialités de la franchise Avengers, la plus détestable de toutes, reste l’humour, et les coups de coude complices dans les côtes du spectateur.
Cette constante envie de le rendre complice du crime en lui faisant croire, par exemple qu’on l’aime et qu’on le respecte en multipliant les clins d’œil qui au mieux, passeront totalement inaperçus (eh, vous vous souvenez du Gantelet d’Eternité dans « Thor » ?) au pire encombreront le récit au détriment du reste du film (et je salue « Iron Man 2 : Extended Trailer for The Avengers» en son ensemble).

Le premier « Captain America » était peut-être le film le moins soumis à cette surenchère un rien crétine, mais il ne faut pas se leurrer, uniquement parce que l’action se déroulait dans les années 40.

« The Winter Soldier » reste relativement soft en la matière. Et relativement aussi au niveau du célèbre humour Marvel, celui qui fait prendre le métro à Thor, manger les shawarmas, ou pisser dans son armure.


Ou ça…

Ahem.

Rassurez-vous, « Captain America : the Winter Soldier » parvient à faire PIRE que tous les autres Avengers réunis en moins de 2 minutes.
Si, c’est possible.

Quand apparait en plein écran, la frakking

LISTE DE ROGERS.

« Oh ben quoi elle a quoi cette liste ? C’est juste les trucs qu’il lui faut faire pour rattraper le temps perdu, et en plus il a déjà vu « Star Wars », donc de quoi tu te plains sans déconner ? »

Alors déjà, y’a pas un seul film de Spielberg sur sa liste, genre même pas « Jurassic Park » ou « ET » donc déjà, non.
Ensuite, il n’a pas encore barré l’atterrissage sur la Lune mais j’imagine qu’il a dû regarder la prélogie. En voilà un curieux sens des priorités.

Enfin, ce n’est pas sur cette liste que je râle car cette liste que vous venez de voir est la liste américaine. Comme chez Marvel on aime être COMPLICE avec son public, on s’est dit que se serait une idée tellement fabuleuse et originale d’adapter la liste à chaque pays de diffusion !
C’est vrai ça, on ne risque pas du tout de faire sortir le public du film en lui faisant un coup pareil.

Regardez-moi la liste française et jurez-moi, ceux qui ont vu le film, que vous n’avez pas été gravement déstabilisés à sa lecture au point de vous retourner vers votre voisin en lui murmurant « LOUIS DE FUNES FRANCE98 SERIEUX  »

Le sommet de la cruauté et de la perversion étant atteint à la ligne 5.

La tête de celui qui lui a dit « Eh, Steve, t’as passé 70 ans cryogénisé, t’aurais pas envie de te taper un film de Luc Besson ? »

LA MORT. LENTE ET DOULOUREUSE.

A propos du slip de Marvel.

J’ai évoqué plus haut la présence en retrait du Faucon dans ce film, mais dans le fond, le personnage est symptomatique de ce défaut qui conduit la franchise Avengers, lentement mais sûrement, à l’implosion.

Oui, la franchise ressemble de plus en plus à Hulk, qui enfle, enfle, jusqu’à ce point effrayant où tu sens que les coutures du slip commencent elles aussi à lâcher.

Au rythme de 3 films par Avenger, chacun rajoutant des personnages histoire de satisfaire au fan service, la plaie qui ronge cette franchise depuis ses origines, Marvel s’impose un rythme et une densité qui risquent de rendre difficile l’élaboration d’une conclusion qui ne soit bancale.
La scène post générique du « Soldat de l’Hiver » nous annonce « Avengers 2 : Age of Ultron », en introduisant Quick Silver et Scarlett Witch, étrangement présentés sous le nom de « miracles », pour ne pas dire « mutants », parce que mutants se sont les X-Men, et que pour une question de droit détenu par l’autre franchise en court (et les studios Fox), celle d’Avengers ne peut pas employer ce terme. Le gros bordel, quoi.

Si on fait les comptes depuis le début de la franchise, sachant que je vais forcément oublier des gens au passage, nous avons donc comme personnages : Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, la Veuve Noire, Pepper Potts, War Machine, Hawkeye, Jane Foster, Erik Selvig, Loki, Odin, Thanos (faudrait pas l’oublier, lui…), Nick Fury, Falcon, Le Collectionneur, Les Gardiens de la Galaxie, Nebula, Maria Hill, Crâne Rouge, le Soldat de l’Hiver, Sif, l’agent Coulson (parce qu’il faut parier sur son retour prochain dans les films), liste à compléter…

Déjà, chaque film Avengers souffre de cette surpopulation. Entre « Thor 2 » et son invasion alien en plein Londres qui n’affolait ni le SHIELD, ni les autres supers, et ce Captain America où Rogers ne pense même pas à contacter ses alliés, Stark par exemple, pour lui filer un coup de main (même la Veuve Noire aurait pu le faire à sa place), la cohérence interne de l’univers ne souffre pas la plus petite recherche de logique.
Autant au départ, tu pardonnais. Mais avec le temps, l’effet roboratif commence vraiment à se faire sentir. Il serait aisément contourné si chaque film de la franchise déployait des qualités réelles faisant oublier des faiblesses d’ensemble liées au gigantisme de la machine. Car dans le fond, l’absence d’interactions entre les supers durant leurs aventures perso n’est pas un problème. Mais ce manque de liant (je n’appelle pas les deux pauvres références balancées à Tony Stark entre deux scènes des éléments de liant) est la preuve que la franchise Avengers est sans doute trop grosse pour se supporter elle-même. Et rien n’indique que cela ira en s’améliorant.

Tristement « Le Soldat de l’Hiver » confirme que la deuxième phase n’est pas meilleure que la première. Pire, ce « Captain America » n’étant pas à la hauteur du premier volet, il tire donc la phase deux vers le bas. La bande annonce des « Gardiens de la Galaxie » ne cherchant même pas à faire illusion quant au ton potache et supra cool du prochain Marvel, j’ai presque envie de vous dire que tout espoir est perdu.

Captain, mes respects, vous aviez admirablement servi sous les ordres du général Johnston. Repos.

Note : */*

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