Deux billets pour le prix d’un : promo de printemps chez La Dame !

GENS, AMIS, ETRANGERS VENUS DE TERRES LOINTAINES (une bonne âme pour recenser le nombre de fois où j’ai honteusement abusé de cette citation ?), je suis une grosse FEIGNASSE.
Cette fois ça y est, Game of Thrones est revenu, comme Mathilde (salut Mathilde (et salut Jacques Brel, si tu nous regardes (parenthèse dans la parenthèse de la parenthèse juste pour en rajouter une))) et donc, entre ça, le boulot (#sarace), IRL chargé (#cool.coolcoolcool), et tous ces films et séries à regarder (tu connais « The Killing », étranger venu de terres lointaines ? C’est bien mais la fin de la première saison est une chienne), + fatigue, + moral fluctuant pour cause de #sarace, + deux chats qui ont faim/envie de se faire gratter la couenne/de dormir sur mon clavier, je me suis dit « tiens l’autre jour, pendant le Printemps du Cinéma, tu as vu deux films d’animation qui roxxaient du steack de marsouin(c’est pas bien de manger du marsouin, les enfants, même ceux qui ont été assez cons pour se coincer dans un filet dérivant #silesdauphinssontsiintelligentsalorspourquoiilsviventdansdesigloos?), si tu en faisais ta double critique de l’année, ce célèbre joker que la blogosphère t’envie et que tu dégaines facile une fois par an, preuve que tu ne te fous pas de ton lectorat ? » (l’autre preuve c’est l’heure à laquelle je me lève le lundi matin pour visionner l’épisode de GoT du jour)

En parlant de mon lectorat, je sens ce dernier au bord du suicide parce qu’il aimerait bien savoir de quoi on va parler et qu’il se dit que plus ça va, moins il comprend mes intros. Respire, lectorat, ça vient.

Et tout de suite, un double billet dans ta face.

Avant-propos : « Les coccinelles, c’est comme la Wehrmacht« 

Cette citation pleine de sens nous rappelle avec pertinence le nécessaire devoir de mémoire dès lors que l’on aborde la délicate question des coccinellidae, nom savant de la coccinelle, autrement appelée « Bête à Bon Dieu », « Bête du Gévaudan de ton jardin » ou encore « nazi des espaces verts ».
Sous sa carapace aussi résistante à l’échelle du règne insectoïde qu’un blindage de Mathilda à celle de « World of Tanks » (resalut, Mathilde), la coccinelle cache une âme noire et cruelle, une perfidie qui n’a d’égale que sa barbarie abjecte à l’encontre de toutes les autres espèces qu’elle rencontre.

Regardez-moi cette tête de boucher sanguinaire:

La vie de la coccinelle est basée sur l’extermination de colonies entières de pucerons, lesquels vivent peinards dans vos rosiers jusqu’au jour où……….

Une *utain de coccinelle débarque toutes mandibules dehors et se met à faire sa loi, tel un caïd des quartiers nord. Les paisibles pucerons sont aussitôt mis au pas et contraints de vivre sous le règne de la terreur de la coccinelle qui va alors se nourrir de ses nouveaux esclaves, à raison de 100 à 200 individus dévorés chaque jour. Incomparablement plus grande que le puceron, qui est dépourvu de système de défense contre un char d’assaut de wattmilles microns de plus que lui, la coccinelle se saisit donc aléatoirement ses victimes, leur perce la coque avant d’aspirer l’intérieur du malheureux dans un grand *sluuuuuuurp*.
Puis, arrive le moment où la coccinelle rencontre une partenaire, sans doute sélectionnée via un site de rencontre eugéniste pour la qualité du mouchetage de ses élytres, suite à quoi madame coccinelle va pondre ses œufs sur le rosier. Lorsque les larves s’extraient de leurs enveloppes, elles se jettent alors voracement sur tous les pucerons survivants, en détruisant violemment jusqu’à 10 millions en un mois sous les yeux attendris de leurs parents psychopathes.
Une fois grandes, les petites coccinelles s’en iront semer terreur et désolation sur une autre plante, étendant ainsi toujours plus loin leur Reich plurimillénaire.

Les nazis ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Si Hitler a choisi le noir, le rouge et le blanc comme couleurs de son parti, c’est en hommage à ces petits insectes qu’il trouvait si charmants.

Et pensez-vous vraiment que se soit un hasard si Volkswagen a appelé sa voiture la plus célèbre, la Coccinelle ?

Voilà les raison pour lesquelles je vous enjoins à vous méfier la prochaine fois que votre route croisera celle d’un de ces insectes. Plutôt que de vous extasier devant ses points et sa docilité de façade, songez que chaque coccinelle qui se pose sur votre doigt essaye de faire un trou dans celui-ci afin de vous aspirer vivant. Regardez droit dans ses yeux, vous verrez si j’ai raison.

Et donc, le premier film du jour :

Le premier film du jour est une version salle d’une série d’animation du même nom que je n’ai pas vue mais qui apparemment serait vachement bien. Soit. En attendant, nous ne parlerons ici que du film, mais si vous avez vu la série et que vous voulez convaincre vos petits camarades que c’est tout de même mille fois mieux que « Game of Thrones », faites-vous plaisir dans les commentaires. Et risquez-vous à l’exercice de la comparaison que je ne pourrai donc pas mener ici.

« Minuscule » est avant toute chose un film très bien pensé. En s’attelant avant toute chose à l’histoire qu’ils veulent raconter, Thomas Szabo et Hélène Giraut réalisent à la fois un divertissement parfaitement efficace et presque une leçon de cinéma pour âuteurs en mal d’inspiration.

« Minuscule » débute sur un avant-propos annonçant sans ambiguïté la nature du récit. Si ce dernier démarre comme un conte initiatique suivant les pérégrinations d’un bébé coccinelle séparé des siens, l’histoire monte lentement mais sûrement en puissance, happant le spectateur d’autant plus facilement que l’ouverture très douce fait immédiatement s’attacher à ce héros en devenir dont on attend l’accomplissement du destin.


Papa cocinnelle apprenant le Horst Wessel Lied à ses enfants

Sur le simple plan de l’écriture, on touche à une forme très pure de narration, qui ne s’embarrasse de rien de superflu pour arriver à ses fins : pas de dialogues, pas de digression inutile. Szabo et Giraut auraient pu s’en contenter mais bien au contraire, ils ont pris leur parti de faire de leur mise en scène un festival d’inventivité, apportant son caractère épique à l’aventure.

Exemple édifiant, l’attaque du lézard est filmée comme une attaque de monstre géant. Tout dans cette séquence, courte, mais marquante fonctionne. Aussi bien parce que la scène est en elle-même une réussite que parce que dans leur mise en scène, Szabo et Giraut brassent de multiples références qui ne se substituent jamais au sens de la scène. On n’est donc pas là face à un pastiche du « Monde Perdu » (les mouvements saccadés du lézard évoquent un peu les animaux préhistoriques partouzeurs de droite de cette époque) ni devant un « Jurassic Park » du pauvre (alors même que le jeu de cache-cache entre le monstre et les fourmis rappelle l’attaque du T-Rex), pas non plus tout à fait en train de regarder une version colorisée des « Niebelungen » (alors que la scène évoque aussi, un peu, le combat Siegfried vs Fafnir, principalement à cause de l’aspect du lézard).
De même, la scène du siège de la fourmilière rappellent par instant des références comme le Gouffre de Helm ou Minas Tirith, mais à l’aise, « Minuscule » ne se contente pas de singer, faisant fonctionner cette portion du métrage pour elle-même, jusqu’à faire se demander au spectateur s’il ne ferait pas mieux de se laisser faire plutôt que de s’étonner de voir, dans un film d’animation français s’adressant aux plus jeunes, des scènes qui n’ont strictement rien à envier à la trilogie de l’Anneau.
Ouais, elle est haute, la barre placée par « Minuscule ».

Ce brassage et surtout cette digestion d’un héritage cinématographique n’est pas donné à tout le monde et si Thomas Szabo et Hélène Giraut parviennent à ce degré de réussite, c’est bien parce qu’ils ont mis au cœur de leur projet l’histoire qu’ils voulaient raconter. En ne perdant jamais de vue leurs objectifs, raconter et divertir, à la fin de l’envoi, ils touchent.

Je n’ai pas trop eu le temps de ne pencher sur la question mais j’espère qu’il existe, ou existera prochainement un making off du film dont les procédés de fabrication m’intéressent beaucoup. Le mélange des prises de vue réelle sur lesquelles ont été incrustées les personnages en CGI suppose une sacrée organisation en amont, je serais donc curieuse de voir comment concrètement, les réalisateurs ont travaillé sur ce film.

« Minuscule » a été pour moi une excellente surprise. Pas convaincue par le visuel dans la bande-annonce, mais totalement conquise à la fin de la séance par ce petit bijou d’animation qui prouve que quand on veut, en France, on peut produire du grand spectacle épique qui tâche, avec scène de bataille qui déboite, sauvetage héroïque et galerie de monstres flippants.

Le mieux pour vous est encore de découvrir le film, mais fidèle à ma tradition, j’imagine que pour la majorité d’entre vous, « Minuscule » n’est déjà plus sur vos écrans. Qu’importe, vous pourrez vous rattraper plus tard. Parole de moi, vous serez déçu si vous ne le faites pas.

Note : ***

Quand j’étais à Copenhague, me déplaçant dans la ville de camion de hot dog en camion de hot dog, je suis tombée comme de par hasard sur un magasin Lego. Car il ne faut pas oublier que les briques colorées sont tout autant la spécialité du Danemark que le salami, les supertankers et les vélos. Et comme le salami et les supertankers (je sais pas pour les vélos, j’ai pas essayé), les Lego coutent un bras. Il est loin le temps où les Danois en étaient réduits à troquer trois morceaux de tissus sur les côtes d’Angleterre pour peu de pudding. Aujourd’hui c’est eux les patrons, les rois du business, ahah, et ouais, ton thé avec un muffin se sera 10 euros, ma petite dame et si tu veux bouffer un repas complet, je te conseille d’entamer ton plan d’épargne logement, voire d’appeler ta banque pour un emprunt.
Bref, tout ça pour dire que Conpenhague c’est vachement si bien vous voulez découvrir une ville où il fait bon vivre tout en commençant une grève de la faim. Et que de base, moi, je suis allée dans le magasin Lego parce que je voulais en acheter. Mais bon, c’était une brique ou mon billet d’avion retour. Fallait choisir.
Alors quand le film qui va nous occuper à présent est sorti, je me suis dit « VENGEANCE !!!! VENGEANCE CONTRE TOUS LES TRUCMUCHESEN !!!!!! Pour 3,50 euros, j’aurai des MILLIARDS de Lego !!!! MOUHAHAHAHAHHA !!!!!! »

Le deuxième film de ce billet de feignasse a souffert, lorsqu’il a été annoncé, de son improbable concept : un film sur les Lego. Il n’en fallait guère plus que déchainer un tempête d’incrédulité et autres « Hollywood ne sait vraiment plus quoi inventer…« 
Sûr qu’à ce stade, le projet « Lego » ressemblait surtout à un gigantesque placement de produit qui, après « Transformers », « Battleship » et l’inénarrable « GI Joe » (je vous conseille grave le 2), sentait le film adapté d’un jeu de trop.

Pourtant, c’est ce même démon hollywoodien, sans panache, sans originalité, qui n’aime pas prendre de risques mais adore engranger les dollars pour produire encore plus de films nuls et pas originaux #itisknown, qui a donc sorti « La Grande Aventure Lego », un film awesome, où le fond se mêle habilement à la forme : joie, bonheur, intelligence et créativité dans ce pur divertissement made in USA. Parce que se sont vraiment les boss…

Dans un style d’animation radicalement différent de « Minuscule », « La Grande Aventure Lego » de Phil Lord et Chris Miller (réalisateur du totalement barré « Tempête de Boulettes Géantes ») propose avec tout autant d’enthousiasme un spectacle drôle, fou, mené sur un rythme infernal, dans l’univers de la petite brique jaune.

Développée par la Warner, décidément toujours dans les bons coups en ce moment, « La Grande Aventure Lego » n’a pas été tournée en stop motion mais bien entièrement en images de synthèse, avec comme seule mais lourde contrainte pour les animateurs de respecter les limitations inhérentes aux éléments de Lego. Tout l’environnement est aussi composé de briques, y compris l’eau, tout comme les personnages sont limités dans leurs mouvements aux potentiels de leurs corps articulés.
Au départ, cela donne au film un aspect saccadé, un peu déplaisant, rapidement compensé par le dynamisme du montage et de l’action.

Dynamisme aussi parce que « La Grande Aventure Lego » ne se contente pas d’être un film dont les héros sont des Lego, mais bien un film sur le jeu Lego. S’y confrontent différents univers qui se mêlent dans un joyeux bazar explorant tout le potentiel d’un jeu illimité ou presque, célébrant la capacité créatrice délirante qui fait toute l’expérience ludique des jeux d’assemblage.
Tout en développant une épopée pour son personnage principal, « La Grande Aventure Lego » parle au spectateur de son rapport au jeu, de la manière dont il l’envisage. Dans un dernier tiers méta, que j’éviterai de dévoiler ici, c’est le plaisir du jeu et l’imaginaire qui en nait qui sont explorés, offrant une conclusion touchante au film.

Les contraintes de l’animation évoquées plus haut participent beaucoup de cette célébration du jeu. Avoir pour obligation de ne pas tricher avec les limitations des Lego poussent animateurs et réalisateurs à se montrer ingénieux, à pousser le système dans ses dernier retranchements.
Finalement, « La Grande Aventure Lego », c’est un peu comme « Gravity » : la forme, soumise à de très lourdes contraintes techniques, est indissociable du fond, au point qu’elle en dit autant sur l’essence du projet que le propos même du film.

L’ouverture est symptomatique de l’intelligence avec laquelle les réalisateurs ont abordé leur projet. Après un prologue présentant le méchant, et la prophétie sur laquelle tiendra tout le film, on entre dans cet univers via un montage retraçant la journée type d’Emmett, le héros. Celui-ci est ouvrier du bâtiment dans une ville dirigée de main de fer par un dictateur imposant à ses citoyens joie de vivre, programmes télé abrutissants, chaines de fast food et de cafés à emporter. D’entrée de jeu, les réalisateurs nous offrent une séquence très riche : premièrement elle permet de positionner le héros dans cet univers où il se trouve à la marge du système, ce qui lui permettra par la suite d’accomplir son destin. Ensuite, Lord et Miller nous montrent un univers régenté par un ordre rigide, contraignant ses habitants à ne jamais sortir des règles imposées sous peine de mort. Ce système, c’est celui de Lego, c’est la contrainte technique imposée aux réalisateurs qui expriment ainsi, dans cette séquence où le spectateur, via le montage frénétique et la chanson aussi stupide qu’entrainante qui l’accompagne, va peu à peu s’acclimater au style visuel du film. Enfin, cet ordre parfait annonce le final, posant les bases d’une réflexion sur le jeu.
Au travers du personnage de lord Business et de son obsession pour l’ordre et l’uniformisation, il y a certes la tentation de créer via les Lego un monde utopique où le joueur démiurge bâti un univers parfait, mais il y a aussi un discours sur la différence, le refus des normes sociales. Tout comme les Lego le permettent, les adversaires de lord Business affirment leur volonté de tout détruire pour tout reconstruire. Des révolutionnaires marginaux, totalement barrés, menés par un vieux sage à la ramasse et une chatte arc-en-ciel hippie.

Drôle, inventif, remplissant à merveille son contrat de divertissement tout public, « La Grande Aventure Lego » joue aussi avec bonheur du réservoir illimité de la pop culture en injectant aussi bien dans son imagerie que dans ses répliques de multiples références qui loin de servir de catalogue et de coups de coudes dans les côtes du spectateur, créent un connivence entre lui et le film.

Ce maelström de couleurs, de vannes, d’action, d’idées toutes plus fofolles les unes que les autres devient en une heure trente de temps un cocktail hilarant et enthousiasmant, qui propulse « La Grande Aventure Lego » au rang des films d’animation les plus aboutis de ces dernières années.

Note : ***

PS : Quand j’ai eu fini d’écrire ce billet, j’ai un peu trop vite appuyé sur la touche « enregistrer » en oubliant de donner un titre à ma prose. Du coup, rappel à l’ordre de Dotclear qui m’a fait les gros yeux avec ce message « Pas de titre de billet », écrit sur fond rouge, pour bien me faire peur. Sur fond rouge, avec une icône représentant une coccinelle.
COMPLOT !

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