The flying Irish Man

Sens-tu cette odeur de loose qui envahit l’écran alors que tu découvres une bande annonce de « Non Stop », un film où Liam Neeson seul contre tous doit sauver des gens à la force de ses poings d’Irlandais, forgés aux rixes de bar, et portés par des avants bras musclés d’avoir soulevé trop de pintes ?

Ok, il est possible que tu sentes davantage l’odeur de la loose en lisant le paragraphe du dessus, je te l’accorde, mais reconnais tout de même cher lecteur que le pitch de « Non Stop » te rappelle les heures les plus sombres de « Taken », avec un léger arrière-goût de « Sans Identité ». Bref, ces films qui maculent désormais la filmographie pourtant plutôt exemplaire de Liam Neeson jusqu’alors. Certes, il a joué dans la prélogie. Mais il a eu la décence de décéder à la fin du premier film. Sans doute une conséquence directe de la scène où il EXPLIQUE les MIDICHLORIENS à Anakin, scène qui demeure gravée dans ma mémoire sous la forme d’un « WTF dude ? Des micro-organismes ? NOOOOOON !!!! CAY IMPOSSIBLE !!!!!!! »

Tiens, maintenant que tu viens de finir ce paragraphe, tu ne sens pas une autre odeur ? Celle familière de la digression de trois plombes qui annonce un billet que un film dont je n’ai strictement rien à carrer.

Attendu que nous sommes en période de retour de « Game of Thrones », je te propose de faire bref et de te dire pourquoi comment pourquoi « Non Stop » est un film qui gagne considérablement à être Tipiak si d’aventure, tu envisageais tout de même de le voir, parce que Liam Neeson qui tabasse des gens, c’est ton pécher mignon (chacun son truc, moi c’est Arnold Schwarzenegger).

Dans « Non Stop », Liam Neeson est un marshall de l’air, ce qui veut dire qu’il est obligé de prendre l’avion toute la sainte journée pour surveiller si, par hasard, un frakking salafiste ascendant djihadiste (car je déteste encore plus les amalgames entre terrorisme et salafisme que les brocolis. Non, je déconne, je ne peux rien détester de plus que les brocolis) n’aurait pas envie, là, maintenant, tout de suite, de faire exploser le zinc en direction de La Mecque, ou, autre possibilité, qu’un animateur télé français se mette à tabasser une hôtesse de l’air avec un saumon (je ne donne pas de nom parce que c’est pas beau de se moquer des morts. Même si, respect pour l’éternité à Jean-Luc pour cette anecdote qui dénote toute sa badassitude. Un saumon, quand même…).


Comme quoi on est vraiment dans un « Taken like », ce GIF résume parfaitement l’intrigue de « Non Stop » : un téléphone et des menaces de mort.

DONC, parce que je perds déjà le fil de mon propre billet, Liam Neeson est un policier assermenté de l’air qui pendant un vol New York – Londres reçoit un texto plein de smileys rageux lui indiquant que selon toute vraisemblance, un meurtre va bientôt être commis.
« Sainte mayrde », s’exclame Liam Neeson qui comme tout bon Irlandais dans une situation de crise s’empresse aussitôt d’avaler un grand verre de whiskey avant de tenter de serrer sa voisine de siège rousse et d’accuser tous les Anglais présents d’avoir ourdi un odieux complot.

La suite, et bien… La suite ressemble à s’y méprendre à une page de « Playbook » de Barney Stinson, mais sans costume et avec des morts.

Sans déconner :
Première étape : faire peur à Liam Neeson pour le rendre parano dans sa tête.
Deuxième étape : circonvenir son collège marshall de l’air présent sur le même vol en le faisant chanter parce qu’il fait du trafic de drogue en profitant de son immunité aux fouilles avant l’embarquement, ce qui présuppose qu’on était super bien informé sur les agissements de cet homme .
Troisième étape : tabler sur le fait qu’à un moment, Liam Neeson va faire surveiller tous les passagers de l’arrière de l’appareil et remarquer que son collègue reçoit les textos qu’il lui envoie.
Quatrième étape : comme on a promis un meurtre à Liam Neeson pour dans 20 minutes, et que je compte à rebours touche à sa fin, espérer qu’il flippe sa race et interroge un peu brutalement son collègue dans les cabinets de l’avion, découvrant que ce dernier est un sale traitre, sûrement d’origine britannique, d’ailleurs.
Cinquième étape : croiser très fort les doigts pour que Liam Neeson brise la nuque de son pote PILE à la fin du compte à rebours ce qui va le porter à un niveau de flippe over 9000.
Sixième étape : prier pour que pris par l’action et les interrogations, le spectateur ne remarque pas la palanquée de paramètres aussi hasardeux qu’immaîtrisables qui soutiennent mon plan génial.

Y’a aussi une septième étape en forme de : je te promets un gunfight en gravité zéro mais bon, mon cadreur australien a tellement bu de café aujourd’hui qu’à la place, t’auras juste droit à un pauvre plan que tu as déjà vu 1000 fois dans la bande annonce, celui où Liam Neeson chope son flingue qui flotte dans les airs.

Comprends aussi qu’à chaque fois que Liam Neeson se retrouve confronté à un problème de quelque nature que se soit, il n’a jamais qu’une seule solution pour s’en sortir : déboiter la face de la personne qui l’embêter. Littéralement. Taquet dans ta bouche, prise de karatay sur ton bras, pifpaf, éclatage de front sur le coffre à bagages et si tu me cherches encore des embrouilles, je t’invite dans les toilettes et là on verra bien si t’es fort en apnée.
Attention quand même, le film tente de te vendre de la profondeur psychologique avec du trauma non résolu, de l’alcoolisme touchant (oui, touchant), du mind fuck pouvant éventuellement fonctionner si tu as 5 ans et que tu es très naïf.
Heureusement que les motivations du maychants sont au final plutôt pas mal, même si amenées sur un evil monologue des familles, mais si tu sais celui où le vilain tient de gentil en joue mais préfère lui raconter sa vie plutôt que de neutraliser la menace et achever enfin son plan maléfique.

J’ai l’air comme ça de dénigrer et tout, mais dans le fond, j’ai assez apprécié le film. Dans le sens où je ne me suis pas ennuyée et qu’en faisant abstraction du plan complètement idiot du terroriste, j’ai dans l’ensemble passé un bon moment. Le genre de bon moment que l’on passe devant un film complètement teubé qui se contente de surfer sur une mode en recyclant sans originalité ni souci de cohérence interne des schémas éculés qui ne sont même pas rehaussés par une mise en scène cherchant vaguement à donner un sentiment d’urgence sans jamais exploiter le côté über claustro d’une prise d’otage dans un avion. Alors que je ne suis pas la personne la plus à l’aise du monde dès qu’il s’agit de monter dans un zinc, et que je n’aime pas, mais alors là pas du tout, ce concept idiot consistant à embarquer dans un appareil dépourvu de chaloupes de sauvetage (sans déconner, même l’ISS en a une, mais un avion de ligne, non…), je ne me suis jamais sentie oppressée par la cadre de l’action.

Pourtant, dans ce genre de film, le choix du lieu est souvent primordial parce que c’est lui et la manière dont le réalisateur va jouer avec qui détermine la qualité de l’ensemble. Sans vouloir toujours tout faire reposer sur les épaules du même, « Die Hard » 1 et 3 ou « Predator » utilisaient tous trois leur décor comme élément de narration, faisant exister l’action non pas dans mais par le cadre dans lequel elle se déroule.
Idem pour deux films où pourtant, tout n’est pas circonscrit au seul intérieur du sous-marin, « Octobre Rouge » et « Das Boot », de Wolfgang Petersen. Dans ces deux exemples, Mc Tiernan et Petersen ont cherché à définir par l’image la nature du lieu, en explorant ses limites et en construisant une dialectique entre lui et les personnages, contraints de le subir, de le supporter et in fine, de l’exploiter pour survivre.

Ceci étant dit, « Non Stop » n’étant qu’un actioneer bas de gamme destiné à être vu dans un salon une bière à la main, je ne devrais même pas me lancer dans l’exercice de la comparaison et me contenter de conclure ce billet sur une note lamentable, entièrement attribuée aux poings de Liam Neeson dans la tête de tous ces mécréants.

Note : *

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