La rétro : « The Lone Ranger »

Après quelques péripéties aléatoires générées par ce grand JdR GN qu’est la vie, j’ai pris un retard considérable dans mes billets ici.
Le Printemps du Cinéma étant passé par là avec son cortège de films et n’ayant réussi à en voir que 3 rapport aux péripéties précitées, je me permets toutefois de vous rassurer, j’ai du matos dans la musette, et bien que nous approchions dangereusement de cette période de l’année où, tels d’adorables papillons monarques, les lecteurs reviennent ici pour leur migration saisonnière, attirés par l’odeur musquée des GIFs animés, lolshots et autres blagues de mauvaise qualité dispensées à l’encontre de l’ensemble des personnages de « Games of Thrones » sauf Brienne parce que pas touche, un point c’est tout, et j’ai la sensation d’avoir totalement perdu le fil de cette phrase et de la pensée qui allait avec.
Bref, j’ai quelques films récents en attente et à l’heure où j’écris ses lignes je sais que je devrai ajouter d’ici peu le deuxième « Captain America » (may the odds etc…..), « 47 Ronin » (L5A ze movie) et « How I Live Now » à « Monuments Men » (ouh que c’était chiant tout ça), « Minuscule » (ouh que c’était excellent tout ça), « La grande Aventure Lego » (stay classy, Lego) et « Non Stop » (c’est Emile, le tueur).
Ai-je renoncé à publier mon top 2013 ? Non ! Vais-je le publier dans le courant du mois d’avril ? CHALLENGE ACCEPTED !
Ce billet me permettra-t-il d’actualiser un peu ma liste des billets à publier sur un film récent ?
Si vous êtes attentifs, la simple lecture du titre aura suffit à vous détromper et à vous convaincre que je ne suis que WTF, puisque bon, « Lone Ranger » n’est certes pas « récent », mais de là à le caser dans la « rétro », il faudrait voir à pas éxagérer. Et bien peu importe. Telle Littlefinger, j’emprunte l’échelle du Chaos pour vous livrer ce billet.

Comme quoi il ne faut JAMAIS suivre la presse ou les jérémiades d’un grand public conditionné par ses lectures édifiantes de critiques ciné dans Télérama (ou pire, les Inrock…).

Car après mon visionnage de « Lone Ranger », force était de constater que le malheureux film ne méritait ni pilonnage en règle ni accusation stérile de manque d’originalitay. Encore moins celles consistant à en faire un spectacle de fête foraine faisandé.

N’ayant de base pas d’affection particulière pour la franchise « Pirates des Caraïbes », je n’avais pas fait le déplacement en salle pour « Lone Ranger », de la même équipe. Ça et le concert de « bouhou c’est NUL », bien entendu.

Or, aujourd’hui je regrette un peu n’avoir pas eu l’occasion d’apprécier certains passages de ce film sur grand écran. La vie est une chienne et je suis si influençable, que voulez-vous (voilà, ça devrait me servir de leçon !).

Est-ce que « Lone Ranger » est un bon film ?

La question se pose, puisque fondamentalement, il ne s’agit pas d’un travail de sagouin. Réalisé par Gore Verbinski, monsieur « Pirates des Caraïbes », ce film d’aventure dans le far west montre dans le fond des qualités réelles, celles qui étaient un peu promises dans le premier volet des aventures de Jack Sparrow mais qui n’avaient jamais été montrées par la suite, la faute à des scénarios en totale roue libre.

En relançant ce qui se voulait à l’origine une nouvelle franchise, Gore Verbinski, auréolé de la gloire de sa trilogie, peut donner libre court à son sens du spectacle, grâce à une certaine confiance des studios, et un budget plus que conséquent.
Résultat : « Lone Ranger » a de la gueule, et joue à fond, avec une générosité totale, la carte du divertissement pur et dur.

Si Gore Verbinski s’est fait connaître en adaptant for the first time ever une attraction de parc à thème, ce n’est pas par hasard. Son style, c’est le grand huit. Si ça ne va pas à 100 à l’heure, si ça n’explosa pas, si ça n’est pas über dynamique, s’il n’y a pas de jonglage avec les émotions, ça ne l’intéresse pas.
Je ne peux pas juger rudement un homme qui assume à ce point la nature de divertissement grand public du cinéma et qui va jusqu’à l’afficher dans ses films, comme il le fait encore une fois ici, avec le fil rouge de l’exposition des mythe de l’Ouest.

Dès l’ouverture, Verbinski nous plonge dans une de ses obsessions, celle de la conquête de l’imaginaire. La trilogie « Pirates des Caraïbes », malgré des errances putassières et un gloubi boulga scénaristique en faisant un truc oubliable, tendait finalement vers cette célébration du pouvoir créatif, mettant en scène la lutte à mort entre la Compagnie des Indes, froide, rationnelle, cherchant à imposer l’ordre sur les mers et les pirates, truculents, fous et monstrueux. S’affrontaient là un monde caché et malicieux, parfois malfaisant et un garant du prêt à penser, implacable destructeur de la liberté. Une liberté qui dans la trilogie symbolisait le pouvoir de l’imaginaire (symbole inside le symbole : la guerre prend un tour tragique à partir du moment où la Compagnie des Indes tue le kraken, avatar de la magie et de la puissance créatrice de l’océan/imaginaire qu’arpentent, libres, les pirates, ayant fait de la créature leur alliée).

Ouais, quel dommage que les deux derniers films aient été aussi mal écrits et pénibles à regarder la faute à JohnnyDeppquienfaittrop/OrlandoBloomquifaitn’importequoi/KieraKnightleymangeputainmange !!!etarrêtelaboucheenculdepoule, bref, un trio d’acteurs toujours un peu plus à la ramasse. Et mal dirigés de surcroît.

Avec « The Lone Ranger », Gore Verbinski allait-il enfin réussir à lier son sens festif et réjouissant du cinéma à sa célébration de l’imaginaire ?
Plutôt, oui.

Le scénario de « The Lone Ranger » n’est pas sa qualité première. Sur une durée de près de trois heures, il déroule plusieurs intrigues finissant par se rejoindre pour aboutir à une séquence finale assez dantesque. Sauf que pour en arriver là, on doit passer par un cheminement au travers de toutes les intrigues mêlées, ce qui donne un film assez long, faussement complexe et donc vaguement brouillon. Carrément moins que « Pirates des Caraïbes 3 », je vous rassure tout de même.

Il eut pourtant été assez aisé d’éliminer quelques scories au scénario en les virant au montage ou en raccourcissant certaines scènes sans grand intérêt. La visite du bordel de Hell on Wheels (le vrai, pas la série) n’est finalement pas très utile à l’histoire, et ne sert qu’à déclencher une course poursuite dont on aurait pu se passer. De même que l’on aurait pu évacuer du film le personnage d’Helena Bonham Carter, bizarrement présente sur l’affiche pour 2 minutes à peine passées à l’écran.
Evacuer cette partie de l’intrigue ou la raccourcir significativement aurait par exemple permis de traiter de façon moins anecdotique le massacre des Comanches, venus bravement faire une charge héroïque pour crever comme des brêles sans que personne ne s’en émeuve plus de 10 secondes. Pas même le héros comanche de l’histoire.

Personnage de Tonto qui montre d’ailleurs que « The Lone Ranger » a été mieux pensé que « Pirates des Caraïbes » dans sa trajectoire personnelle finalement très bien pensée et émouvante. Passant au départ pour un Indien un peu fou, il s’affiche ensuite comme un genre de sorcier totalement barré pour au final, se révéler être un doux rêveur ne pouvant porter sa culpabilité qu’en travestissant son histoire sous les oripeaux des mythes et des légendes. Un personnage aussi fort en lui-même qu’il est finalement la note d’intention du film tout entier.
D’autant plus que c’est sa fantaisie et ses lubies ésotériques qui donnent à John le Ranger Solitaire, la force de l’emporter, confirmant ainsi le pouvoir de l’imaginaire et son caractère salvateur.

Contrairement à « Pirates des Caraïbes », cet aspect de l’histoire semble mieux assumé et compose donc une grande partie du film lui-même, au-delà de son caractère action/aventure, qui porte le spectacle à un niveau de fun plus que plaisant.

Assumée aussi, la part de comédie qui donne à « Lone Ranger » ce ton débonnaire et en fait un pur spectacle régressif. Le running gag du cheval fonctionne d’un bout à l’autre du film et s’avère bien pensé au point de jouer un rôle décisif dans le final, où la propension de Silver à se percher sur tout et n’importe quoi au mépris des règles de la biologie chevaline, appuie la réalisation des exploits du Ranger Solitaire.
Dans le même ordre d’idée, l’exploitation du duo formé par John et Tonto est fondée sur l’évolution de leur relation, et gagne donc en crédibilité et en force à mesure que le film progresse. Leurs décisions se trouvent ainsi toujours logiquement, émotionnellement justifiées. S’ajoute à cela le fait que Armie Hammer tient sans problème la dragée haute à Johnny Depp, parvenant ainsi à canaliser son énergie et à exister, compléter, tempérer le personnage excentrique de son acolyte. Leurs interactions fonctionnent donc sans problème et contrairement au Jack Sparrow show de « Pirates des Caraïbes », « The Lone Ranger » ne se voit pas résumé à un numéro d’acteur envahissant, unique justification à votre présence en salle parce que de toute façon, le reste, c’est tout de même drôlement mauvais.

Comme à son habitude, Gore Verbinski utilise intelligemment l’arsenal à sa disposition pour produire un spectacle le plus ample possible. On sent clairement qu’il se fait plaisir à jouer dans le cadre forcément enthousiasmant d’un western, exploitant allègrement les décors naturels, jouant avec les codes de l’Ouest Sauvage, mines, Indiens, magie, gun fights, chevaux, trains, explosifs old school… Le tout mêlé dans une chorégraphie d’ensemble qui se décline d’un bout à l’autre du métrage.
La première scène d’action se déroule par exemple dans un train et met en scène John et Tonto, vaguement alliés mais cherchant tout de même à se neutraliser mutuellement dans une poursuite fofolle sur le toit d’un train lancé à grande vitesse vers la fin de la ligne. La dernière scène d’action, se déroulera également dans un train, avec un terme similaire, mais présentant cette fois John et Tonto unis dans l’action, toujours sur un mouvement chorégraphique très bien huilé. Ce jeu de correspondances est un bon exemple de la cohérence du film qui cherche à proposer un spectacle de qualité. Le spectateur est lui pris d’entrée de jeu par cette première scène qui en fait, n’est que l’annonce de la dernière. C’est le chemin parcouru entre les deux qui donne son sens et sa force au climax. En effet, à peu de choses près, tous les protagonistes du final sont présents dans le train du début. Mais les équilibres d’alors se sont renversés en cours de route, ajoutant de la tension par l’injection d’enjeux nouveaux et plutôt bien construits.

Privilégiant toujours le mouvement, Gore Verbinski sait aussi se donner de l’air, aimant à faire durer certains plans, ce qui est en passe de devenir une rareté dans le cinéma d’aventure et d’action, où l’on privilégie plus volontiers un découpage conférant davantage de dynamisme. Mais c’est bien en étirant certains plans larges, en se laissant du temps pour imposer un cadre, un mouvement, un décor, une mise en place de l’action, voire, tout simplement, un tableau de transition entre deux éléments, que Gore Verbinski donne du souffle à son film.
Je n’irais pas jusqu’à dire que « The Lone Ranger » soit épique, faudrait voir à ne pas exagérer, mais dans ses respirations, son dynamisme dans le plan et non pas forcément dans le montage stroboscopique, il trouve une âme, une patte caractéristique, qui n’est pas sans rappeler d’illustres références (parfaitement assumées par le réalisateur, du reste) comme des « Indiana Jones », « Star Wars », ou plus récemment un « John Carter », avec lequel il partage certaines qualités.

S’il fallait justifier son visionnage de « The Lone Ranger » par une seule séquence, se serait le climax, l’attaque du train par John et Tonto. Car c’est précisément dans ce passage que Gore Verbinski fait exploser tout son savoir faire en matière de spectacle.
L’action se décline sur deux trains et un cheval, sur deux voies ferrées jumelles, dans la forêt, à pleine vitesse, avec des explosions, des gun fights, de l’exploitation des éléments du décor. Les héros doivent affronter des ennemis multiples, chacun cherchant à poursuivre une vengeance personnelle. Les combats se déroulent dans et hors du train, dans une sorte de mouvement perpétuel rythmé par la progression des wagons et par le terme du voyage : la fin de la voie.
Pour conserver de sa lisibilité à cette grosse scène d’action, Gore Verbinski doit donc chorégraphier cette dernière à l’extrême, et surtout la rythmer efficacement en privilégiant un montage toujours pas frénétique, mais alternant les points de vue, et les protagonistes.

L’ensemble est supporter par le score de Hans Zimmer, démarrant sur une reprise de l’ouverture de Guillaume Tell puis déclinant les deux thèmes principaux du film. Cette piste, fondée sur la cavalcade du thème de Rossini en fond sonore précipite toute la séquence à son train d’enfer et apporte à la fois la légèreté, la grandiloquence, et le tempo dont la scène a besoin pour emporter le spectateur dans ce climax, déjà, de base, très bien structuré.

Tiens, j’en profite, quelques mois après « Rush », pour dire à nouveau du bien de Herr Zimmer. Tu vois, mein klein Hans, quand tu arrêtes les percu et les pouinpouin, tu sais encore composer des bandes originales de bonne facture. Celle de « The Lone Ranger » supporte parfaitement l’écoute séparée, et se caractérise par deux thèmes principaux élégants que tout film d’aventure grand public qui se respecte se doit de posséder.
Das ist sehr gutt, ja.

Alors certes, oui, qualités toussa, mais le film a aussi quelques longueurs, déjà évoquées plus haut, comme ces constants retour au musée itinérant où un jeune garçon rencontre le vieux Tonto, qui va alors lui raconter son histoire et celle du Ranger Solitaire.
Un peu pénible parfois, même si les transitions entre l’histoire et ces séquences sont la plupart du temps bien amenées. A certains moments, ces inserts ont tendance à briser le rythme et à faire sortir un peu le spectateur de l’intrigue.
Pourtant l’intention de départ était plus que louable. Elle se fonde une fois encore sur cette célébration de l’imaginaire si chère à Gore Verbinski. En montrant un enfant portant le costume de son héros, qui ne nous a pas encore été présenté, le réalisateur place d’entrée de jeu son film sur le registre du conte et de la transmission des histoires. La fantaisie de ce vieil Indien, dont on ne sait jusqu’au plan final, s’il était réel ou fantasmé par l’enfant, appuie ce thème, parfois même un peu trop profondément tant on comprend rapidement où le film veut en venir.

La légende de notre monde réel ne fera sans doute pas du Ranger Solitaire de Gore Verbinski (l’original des années 30 étant très populaire aux Etats-Unis) un héros mémorable dont les petits et les grands qui font du cosplay reprendront le costume pour le faire vivre au-delà de l’écran et dans les cœurs (je vais pleurer tellement c’est beau ce que je viens d’écrire, diantre).
Car le film commet deux crimes qui furent au moment de sa sortie totalement impardonnables :
-il reprenait la recette de « Pirates des Caraïbes », ce qui a suffit pour beaucoup à en faire un produit de consommation de masse sans intérêt, une preuve en 2h40 de l’existence d’une formule et bon sang de bois, les gens, les formules, c’est la mort de la créativité et du cinéma, brûlons-les !
Disons que pour le coup je ne suis pas d’accord. « The Lone Ranger » reprend certes la même formule que les trois films featuring le pirate pour tous, mais il le fait, à mon avis, globalement mieux.
-« The Lone Ranger » se veut grand public, mais : on y voit un hors la loi ouvrir un ranger au couteau pour lui arracher le cœur, des putes vachement suggestives dans un bordel qui l’est tout autant, des gens avec des mutilations un peu dégueu et même, de la perversion pour les unijambistes.
De mon point de vue, pas de quoi traumatiser une petite tête blonde (le coup du cœur par exemple : tout se passe hors champ. Ok, avec les bruitages qui vont bien. Mais hors champ, quoi. Je suis sûre que les vagues formes des corps calcinés d’oncle Owen et tante Beru sont plus choquantes pour un môme. Et vous interdiriez à votre enfant de visionner ce tout petit passage ? Allons…). En sortant du cadre du divertissement bien aseptisé si prisé de nos jours, « The Lone Ranger » s’accorde certes un espace de liberté, mais commet aussi une erreur, celle de prendre au dépourvu une partie de son public, celui qui écrit dans les grands journaux, comme de par hasard. Du coup, la volonté de durcir un peu le propos passe pour du racolage facile destiné à masquer la prétendue vacuité du scénario.

Prétendue, oui, et j’insiste sur ce point. S’il aurait gagné à être un peu dégraissé, le scénario de « The Lone Ranger » n’est en aucun cas vide. Ou alors il faut que l’on s’entende sur ce qu’est un scénario plein.
Un bon scénario doit être cohérent avec lui-même d’un bout à l’autre (et non pas cohérent avec notre réalité). Il doit développer des personnages au sein d’une histoire, l’un ne pouvant évoluer sans l’autre. Il doit aussi servir le genre auquel appartient le film. Exemple, pour un film d’aventure et d’action, il est bon que le scénario serve des combats, des péripéties, et que tout cela soit relié de manière logique à l’histoire, aux personnages et à leurs cheminements réciproques.
De ce point de vue le scénario de « The Lone Ranger » remplit bien son rôle. Sans être le truc le plus transcendant de l’année, le film tout entier est un sympathique divertissement agréable à l’œil, joliment troussé. Et qui se paye le luxe d’avoir un sous texte.
Et ouais, Michael Bay, c’est vers ta trilogie « Transformers » que je regarde.

Note : **

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