Hard Boiled.

Je glandais tranquillement sur l’Internet, comme un petit poney insouciant, quand, au détour d’une tentative de visionnage de vidéo sur Youtube, voilà que je me fais sauvagement agresser par un Jean-Hugues Anglade avec une moustache.
Trop à l’aise le mec, il me chope par le col, me tabasse la face et me menace de voler les enjoliveurs de la Twingo si je regarde pas la saison 3 de « Braquo ».

La vache, Canal + invente la pub qui te démonte la tête littéralement, à coups de parpaings dans le museau.

Cette vidéo, disponible ici, m’a soudainement rappelé qu’il était grand temps d’écrire un mot sur le dernier film de Fred Cavayé « Mea Culpa ». Premièrement parce que le film est awesome, ensuite parce qu’il n’y a qu’un réalisateur breton pour rendre Vincent Lindon aussi badass que Vladimir Poutine chevauchant un ours.

Au royaume du cinéma français, les réalisateur de film d’action sont de vils manants à peine digne d’être jeté dans le caniveau rempli des déjections produites par nos comédies.
Limite, c’est devenu tellement dangereux de faire ce genre de film que ceux qui s’y risquent encore se nouent tous les matins un bandana autour de la tête et hurlent « BANZAAAAIIIII » au lieu de « ACTIIIIIIIIION ! »

Respect, les mecs.

Fred Cavayé fait partie de ces metteurs de scène de l’extrême, ces oufzors qui font passer Bear Grills pour Dmitri Medvedev.
Trois longs métrages à son actif, et même pas peur le type, trois films d’action in da face. Avec à chaque fois MOOOOAAAAR tartes dans la tête, MOOOOOOAAAAAR guns, et MOOOOOAAAAAR budget.

S’il y a un genre que je respecte profondément, c’est bien le film d’action. Un excellent film d’action est tout aussi difficile à écrire et à réaliser qu’une excellente comédie. C’est précisément la raison pour laquelle ce type de film reste rare.
En trois actioneers, Fred Cavayé n’a jamais démérité. De « Pour Elle » son premier long à « Mea Culpa » en passant par « A Bout Portant », il est parvenu à décliner un genre, une formule en trois variations aussi enthousiasmantes les unes que les autres.

Si ces deux premiers films mettaient en scène des mecs normaux brutalement plongés dans une situation hors norme et devant s’en tirer avec les moyens du bord, sur « Mea Culpa », Cavayé et son scénariste Guillaume Lemans (<=binôme responsable de la réussite des trois films de ce réalisateur) modifient un peu leur recette habituelle, en faisant de leurs personnages principaux deux flics.
Ce facteur divergent suffit à faire monter à Cavayé une marche dans son approche du film d’action puisqu’avec deux personnages pareils, il se donne les moyens de proposer plus de séquences folles que dans ses précédents opus.
Ainsi, « Mea Culpa » regorge de scènes fonctionnant comme des shots d’adrénaline, d’autant plus prenantes qu’elles restent constamment ancrées dans une logique émotionnelle et qu’elles conservent un certain degré de réalisme qui fait garder au spectateur les pieds sur terre.

La force du cinéma de Fred Cavayé est la même que celle qui anime celui de

ATTENTION, LE COMPLIMENT QUI VA SUIVRE EST MAXIMUM OVERDRIVE MAIS IL EST TOTALEMENT MÉRITÉ.
ATTACHEZ VOS CEINTURES.

John Mc Tiernan.

(vous étiez prévenus)

Chez l’un comme l’autre, les personnages se définissent avant toute chose par leurs actes. Inutile de s’embarrasser en longs discours ou en exposition forcée quand un simple regard, un simple geste traduit un sentiment ou un état d’esprit.
Contrairement à ce que l’on peut lire un peu trop depuis la sortie du film « Mea Culpa » ne souffre pas d’un scénario faible. On sent au contraire le film très écrit, très pensé pour fonctionner avec un minimum d’effets pour un maximum de pertinence.
Dégraissé de tout élément superflu, uniquement tendu vers son objectif ultime qui est d’emporter le spectateur dans un spectacle, « Mea Culpa » a tout de l’aboutissement de Fred Cavayé sur ce genre de film. Les qualités déjà présentes dans « Pour Elle » sont toujours présentes et davantage affirmées, quand à la mise en scène elle a considérablement gagné en précision.
Visuellement, « Mea Culpa » est très léché, bien plus que « A Bout Portant » ou « Pour Elle ». Fred Cavayé a certes changé de chef opérateur sur ce film, mais on peut aussi voir dans ses décors découpés de lumières franches et cette photographie très soignée une note d’intention. Ayant abandonné les types normaux de ces deux premiers films, Cavayé réalise ici un pur thriller mettant en scène deux flics, des personnages qui inscrivent de base l’action dans un registre plus professionnel, plus violent, plus puissant, qui nécessite donc une certaine emphase. La où « A Bout Portant » conservait d’un bout à l’autre son côté naturel, « Mea Culpa » étale une palette de couleurs vives et tranchées qui fonctionnent pour dynamiser l’ensemble. Je pense entre autre aux séquences de la boite de nuit et de l’entrepôt, ou l’on passer de ces éclairages vert et bleu à ce rouge flamboyant qui conclut la scène très tendue qui conclut la séquence.
Fred Cavayé a aussi bien affiné son style, en se débarrassant entre autre de ses foutus gros plans qui m’agaçaient un peu dans ses précédents films (mais, c’est juste parce que je fais une fixette sur les gros plans…). Ses cadres très précis servent toujours la lisibilité de l’action, une action sans shaky cam, s’il vous plait, ciselée par un montage, autre point fort du film.

Comme son titre l’indique vachement bien, « Mea Culpa » est une histoire de rédemption portée par deux personnages principaux forts, deux flics amis à la vie à la mort, dont la relation touchante est particulièrement bien exploitée, justement au travers de cette action. Ce sont les gestes fous, les prises de risque, les échanges de regard qui délivrent le niveau d’émotion nécessaire au spectateur pour s’identifier et croire en cette amitié, véritable cœur battant de « Mea Culpa ».
De la même manière, les relations entre les membres de la famille sont exposées via une grande économie de dialogues, afin de privilégier les situations et ce qu’elles disent des personnages.

La grande question est de savoir maintenant si Fred Cavayé va passer à un autre genre, après cette trilogie non officielle.
Que la réponse soit oui ou non, je serai de toute manière en rendez-vous. Un type qui clame haut et fort que ses films sont avant tout du divertissement et qui met tant de précision et d’amour dans l’accomplissement de sa tâche, a toute mon estime.

Note : *** (et un point John Mc Tiernan)

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