Crève la Dalle 2

Le 26 décembre dernier, il y avait une soirée « Twilight » sur M6. Et comme de par chez moi il y avait aussi une cousinade réunissant seulement 3 mais hautement estimables individus de ma parentèle, dont moi, nous nous sommes dit, pris d’un genre de fièvre folle d’autoflagellation « Banco, on se fait les deux films !« 
Sauvés par un canard à l’orange, nous n’avons en fait pu nous attarder que sur approximativement les trois derniers quarts du deuxième, ce qui est déjà bien trop long.
Sans déconner.
C’est comme ça que je me suis souvenue pourquoi le deuxième tome m’était tombé des mains avant que j’en dépasse la moitié.
« Twilight » et son insondable mystère (enfin, non, pas si insondable que cela, on y reviendra un jour) ne doit cependant pas me détourner de ma mission sacrée, comprendre la rédaction de quelques billets sur ce blog.
Je note tout de même que c’est en effet depuis approximativement le 26 décembre que je n’ai plus écrit une seule ligne. Un peu comme si l’être Bella et son néant avaient envahi ma tête.

Par quoi recommencer ? Et si on se faisait un autre teen movie/young adult/franchise qui a bouleversay le monde et peut être même l’univers ?

Cliquez donc sur la suite, où là-dessus, si vous voulez vous rafraichir la mémoire sur le premier volet.


A Panem, c’est ça qu’on appelle une quenelle.

Bien, récemment, je vous ai expliqué mon sentiment mitigé envers « Hunger Games », une série de romans dotée d’un concept fort, d’une héroïne atypique mais souffrant d’un manque de développement, de réflexion voire tout simplement de cohérence interne. Un coup d’épée dans l’eau, une trilogie finalement insignifiante qui devrait dans quelques décennies sombrer dans l’oubli là où, au hasard, un « Harry Potter » continuera à faire figure de classique.
Je sais, ce n’est pas bien de comparer.

Ce deuxième volet, « L’Embrasement », se contente globalement de reprendre la recette du premier. Mais là où le roman se contentait de faire un joyeux surplace, le film lui arrive à un résultat certes pas transcendant, mais au moins plus intéressant que le premier. Le travail de Francis Lawrence, comparé au service minimum qui avait été assuré par Gary Ross sur le premier épisode, a le mérite de viser à davantage d’académisme, oubliant la shaky cam pour privilégier un certain sens esthétique et une plus grande efficacité.
A noter aussi que le budget largement revu à la hausse sur ce deuxième film lui permet d’offrir un spectacle plus conséquent, qui dote « L’Embrasement » d’une certaine ampleur, et contribue largement à en faire un meilleur cru que le précédent.

Ceci étant dit, on reste encore et toujours sur sa faim.

La faute premièrement à une matière de base qui se contente de bégayer encore et toujours le même refrain, avec une vaine tentative d’introduire un début de commencement de rébellion histoire de dynamiser un peu l’ensemble. « Hunger Games » est une série qui s’est épuisée très vite, dès la fin de son premier tome, incapable d’aller plus loin qu’un postulat de départ paresseux, faute d’une réflexion de la part de Suzanne Collins au sujet de l’univers qu’elle a créée. Fascinée par son personnage principal, elle s’est en fait contentée de la malmener jusqu’à la nausée, oubliant tous les enjeux périphériques que son concept contenait pourtant en germe.
En forme d’ultime wtf, on se paye d’ailleurs le luxe de voir l’attaque fondatrice du soulèvement se dérouler hors-champ, puisque l’on se contente de nous dire que le District 13 a été rasé, ‘oilà, du coup on est tous vénère, mort au Capitole, toussa.
Oui, certes. C’est pas que je m’en fiche, mais, oh, attendez, si, en fait…

« L’Embrasement » se fondant sur cette matière au goût d’inachevé, le film ne pouvait guère espérer faire mieux que l’oeuvre d’origine, surtout pas avec les contraintes de production imposées.
Depuis approximativement la sortie du 5e « Harry Potter », on sait qu’une bonne adaptation d’un best seller est une adaptation qui colle au livre plus fort que Nadine Morano à Nicolas Sarkosy.
D’où l’intégrisme du scénario qui jamais ne s’écarte du roman, ne prend jamais parti ou ne risque un léger commentaire. L’exercice en devient alors très limité, puisque pour scénaristes et réalisateur, il s’agit alors de mettre connement en images des pages et des pages de bouquins.

Mais là où Gary Ross faisait exactement la même chose sans chercher à traiter d’autre chose que des péripéties de Katniss, Francis Lawrence se fend tout de même d’une mise en scène plus appuyée de certains éléments faisant la force de la trilogie.
Il va par exemple véritablement développer l’importance de l’image dans cet univers, au travers entre autre du costume, et de l’instrumentalisation du corps. Ce thème n’était pas véritablement évitable dans cet opus, au regard de la position de Katniss face au Capitole, perdant de plus en plus son libre arbitre au profit du président Snow et plus tard des rebelles.
Pourtant cette dimension, présente dès le premier livre, n’avait absolument pas été traitée dans le film de Gary Ross, ce qui tendrait à me prouver que cette fois, un réel effort a été fait pour voir au-delà de la stricte narration des aventures de Katniss (qui n’ont aucun intérêt, puisqu’elle passe son temps à se faire manipuler).

Là où le premier film était incapable de jouer sur la moindre émotion, « L’Embrasement » parvient à un bien meilleur résultat, en prenant son temps pour poser et développer quelques scènes qui servent d’ancrage émotionnel au reste du film. Le discours de Katniss et Peeta devant le district 11 et ses dramatiques conséquences sont savamment orchestrées de manière à montrer le glissement progressif de la scène, d’une nécessaire catharsis vers une répression brutale. Si la scène fonctionne en elle-même, elle va aussi servir à définir tous les enjeux pour le reste du film, posant clairement les rapports de force entre l’individu, les districts et la Capitole.
En posant ses cadres et en cherchant à esthétiser certains de ses plans, Francis Lawrence crée également une atmosphère plus riche, derrière laquelle on distingue l’envie de traduire une ambiance, d’exprimer quelque chose, au delà de la simple illustration. Là où la shaky cam de Gary Ross prétendait traduire l’impuissance de l’héroïne et la brutalité de son monde, les cadres centrés sur Katniss dans son district et systématiquement décentrés dès qu’elle se trouve à l’extérieur produisent avec une bien meilleure efficacité l’effet recherché. Sans compromettre la lisibilité du film, et en maintenant cet effet tout du long, Francis Lawrence use d’une astuce simple mais efficace.

Reste tout de même un film plombé par une matière de départ trainant lamentablement la patte dès qu’on se prend à réfléchir deux minutes à son sujet.
Le problème d’une incohérence ou d’un illogisme n’est pas qu’il existe. Au sein d’une oeuvre de fiction, il faut souvent en passer par ces artifices pour faire avancer l’histoire. La fiction n’étant par essence pas la réalité (je le rappelle pour tous les ayatollahs du réalisme qui ont souvent tendance à l’oublier), elle n’a pas à se plier constamment à la logique pure.
Mais elle doit par contre respecter la sienne.
Et elle se doit d’être suffisamment bien conçue pour ne pas jeter le spectateur dans le questionnement de ses mécaniques.
Une bonne histoire se suit de A à Z sans que l’on ait un seul instant le besoin de sortir de l’oeuvre pour chercher à en comprendre le fonctionnement.


Katniss se fracassant la face sur la cohérence interne de « Hunger Games »

Le problème de « Hunger Games » s’est d’être fondé sur un univers que son auteur n’a pas vraiment élaboré. Suzanne Collins s’étant contentée de penser à un concept cool sans chercher à le développer, elle a oublié de le doter d’une cohérence interne.
Ainsi, on se demande encore et toujours comment/pourquoi faut-il attendre la 75e édition pour voir les tributs décider de se tenir tous par la main ?
Comment/pourquoi en 75 ans n’a t’on jamais assisté à un quelconque acte qualifié de « rebelle » ?
Comment le président Snow et le reste de Panem peut-il voir dans le presque suicide de Katniss et Peeta un acte de révolte ? Alors qu’ils se sont fait suer à s’inventer une histoire d’amour trop tragique ?
Ou, tenez : le président Snow menace la famille de Katniss de mille morts par mille sévices si jamais elle s’avise de se la jouer Che Guevara ou même Olivier Besancenot. Que fait Katniss ? « Je V dir D trucs provokan en public é je V fer d choz provokante oçi jenr tenir lé m1 D otr tribu é axépté 2 fayr le G mo cœur, pour b1 f1T le praysiden. LoL. #rayvolussion »


« Ouay, açta si M pray révaulouçione !!!!!!1!!!!!11!!!! »

J’ajoute aussi que son styliste, Lenny Kravitz, n’est rien qu’un saligot qui n’a pas volé sa bastonnade : sérieusement, mec, tu sais que ta protégée que tu aimes que tu adores est sous la menace d’un président dictateur et toi, tu t’amuses, oui, tu t’amuses, à la déguiser en l’emblème de la rébellion pour son passage à la télévision ? Y’a un truc qui tourne pas rond chez toi ? Tu es cruel ? Méchant ?


N’oublie pas Katniss, que tous les ans, le président gracie une dinde.

Heureusement qu’in fine, cette idée stupide se trouve justifiée par l’argument si commode du « non mé en fèt GT dan le conplo donc CT pa danjeureu #rayvolussion »
Vous le voyez ? Là. Juste devant vous : l’anéantissement total de tous les enjeux. Katniss peut faire ce qu’elle veut : pendre un mannequin à l’effigie du précédent juge suprême, faire des doigts au président, où même chanter l’Internationale dans son costume de geai moqueur, ce n’est pas grave, elle est protégée par le complot. CQFD, tout s’explique.
Sauf LA colossale coquille que contient cette explication et que rien ni personne ne peut expliquer logiquement : Katniss ignorant être protégée par l’organisation des jeux et les autres candidats ne sait pas que ses actes sont sans conséquence. Ce qu’elle sait en revanche, c’est que le président lui a promis qu’il mangerait toute sa famille et le frère de Thor si jamais elle sortait des clous.
Alors quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi elle continue à jouer au soviet ? Merci.

« Hunger Games » ne passant jamais victorieux l’épreuve de la réflexion, on passe un temps conséquent à se poser trop de questions du style est-ce que Plutarque est un sacré filou ou est-il juste con ? Qui a appris son métier de dictateur au président « T’y connais rien » Snow ? Et surtout : à quoi sert Peeta ?

Et puis plus de deux heures trente de film pour ne voir quelque chose d’intéressant se produire que dans le dernier quart d’heure, c’est au mieux long, au pire totalement vain. Le livre était en la matière mieux équilibré, accordant un temps finalement assez court au séjour dans l’arène. Ce qui ne rend pas les péripéties racontées plus intéressantes pour autant. Manquerait plus que ça, eh.

Paradoxalement, la plus grande force et la plus grande faiblesse de « Hunger Games » réside en Katniss. Si j’ai pu vanter son profil atypique, il faut aussi reconnaitre que voir uniquement au travers des yeux d’une héroïne basse du front et égocentrique limite considérablement le potentiel du film, comme du livre.
A la fin de « L’Embrasement », alors qu’elle se jette sur son mentor armée d’une seringue, ce dernier lui fait justement remarquer qu’elle est trop cruche pour être mis au courant des complots. Bien vu, Haymitch, qui en deux secondes montre en main se fend d’un résumé brillant du personnage de Katniss.

Tout ça finalement pour en revenir encore et toujours au même problème : si on ne décolle jamais du point de vue de Katniss c’est parce que Suzanne Collins ne peut se le permettre. Sortir du regard d’une fille monomaniaque dotée d’œillères gigantesques pour, je sais pas, tenter d’embrasser l’univers de Panem dans sa complexité c’était……

Ahah.

Oui, ahem, pardon.

« Complexité », quel drôle de mot accolé ici à « Hunger Games »… Superficiel à tous les étages conviendrait bien mieux à l’ensemble de l’œuvre livresque ou filmique. Et ce malgré les thèmes explorés par l’auteur, malgré le calvaire que subit l’héroïne, qui n’est en fait que l’unique concession de Suzanne Collins à une violence pourtant inhérente au sujet qu’elle s’était choisie.
Le reste continue de sembler factice. On aura beau jeu d’accuser le film, car c’est bien du livre que vient le manque cruel de profondeur. Que tout fasse archi faux dans le Capitole ne traduit absolument pas la frivolité de la cité, mais bien l’absence totale de fond dont souffre tout « Hunger Games ».
Rien ne décolle jamais plus haut de ce qu’une gosse de 15 ans pourrait écrire si elle se lançait dans l’écriture d’un bouquin. Ce qui n’est pas si mal attendu que la personne qui a écrit « Twilight » en avait tout juste 13. Et que ça se sent (comment ça, Stephenie Meyer n’a pas sous traité à sa petite nièce ?).
Le plus gros défaut de « Hunger Games » n’est pas d’être fondé sur un mauvais concept, mais bien de manquer de maturité.

Et une fois encore, je suis sortie de la salle en me disant que s’il n’y avait pas eu Jennifer Lawrence, la meilleure chose qui soit sortie du Kentucky avec « Justified », on y aurait considérablement perdu. Vivement qu’elle trouve un grand rôle à sa mesure.


Je suis La Dame, et j’approuve ce message.

Ah, question aussi : j’ai beau avoir lu les livres, je n’ai pas compris pourquoi Katniss voulait à ce point sauver Peeta des Jeux de l’Expiation. Sérieusement, ce triangle amoureux est le plus mal écrit de tous les temps. Même dans « Twilight » on arrivait à comprendre (Bella aime bien les garçons musclés, mais elle préfère les vieux riches, logique).

Oh et puis zut. Essayez donc de prendre au sérieux un truc où deux personnages s’appellent Cashmere et Gloss

Note : *

(pour mémoire, le premier avait hérité d’un panda. On progresse.)

PS : j’ai mis des liens pour Cashmere et Gloss car je sais que certains ici ne m’auraient pas cru… Alors ? :p

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