La faim justifie les moyens.

L’année dernière, je m’en souviens comme si c’était hier, j’allais par curiosité voir « Hunger Games », portée par l’idée que voir des ados s’entretuer pouvait constituer un spectacle plutôt fun. J’en fus pour mes frais, déjà à cause d’une mise en scène hideuse et d’un scénario d’une fidélité au livre d’origine si bécasse qu’il s’interdisait tout réel travail d’adaptation.
Ensuite, parce que je jugeais, et juge d’ailleurs encore, que l’univers créé par Suzanne Collins est d’une superficialité qui nuit à sa crédibilité. Tout juste l’auteur semblait-elle avoir une vague idée de ce futur dystopique qu’elle n’a jamais tenté de faire réellement exister.

En gros, je sortais d’ « Hunger Games » frustrée et s’il n’y avait pas eu Jennifer Lawrence, je pense que j’aurais même catalogué le film en « plus jamais ça !!!! ».

Mais au regard de la volée de bois vert que je me suis mangée pour avoir osé dire du mal du film en n’ayant même pas lu le livre (sacrilège !), je me suis dit « aller, lis donc ! »

J’ai donc lu pour continuer à dire du mal en toute impunité.

Et avant de consacrer un billet au deuxième film, je vous propose un petit retour sur la série « Hunger Games », histoire de poser ici maintenant ma perception sur les romans de Suzanne Collins.

La lecture des trois tomes de cette série ne m’a pas guérie de mes réserves, elle a même ajouté à mon sentiment général de déception.
Ce qui apparaît, sur l’ensemble de l’œuvre, c’est un manque flagrant de maîtrise de son propre univers par l’auteur.
On sent que Suzanne Collins avait une idée. Un futur dystopique, une société régie par une dictature cruelle et brutale, des rituels barbares.
Sur le papier, sur l’idée de base, rien à redire, on peut faire même de sacrées belles histoires à partir de pareils concepts.
Sauf que Collins se borne à ne jamais développer cet univers. Elle n’en a qu’une vision globale, somme toute assez floue, n’a visiblement jamais réfléchi à la manière dont un régime aussi dur pouvait bien asseoir sa pérennité, n’a pas pris le temps de le faire suffisamment évoluer pour en voir apparaître les limites.
Ainsi, ce modèle de 13 districts travaillant pour un Capitole décadent et tout puissant, lequel s’impose non pas comme le bienveillant garant de l’ordre, le protecteur, celui qui garde les travailleurs de leurs propres errances, mais comme un garde chiourne sadique, castrateur et singulièrement ridicule, ne tient pas debout plus de cinq minutes (sans parler de son niveau technologique totalement WTF, je vais éviter la question parce que sinon on en a pour des heures).

Difficile dès lors d’adhérer à la révolte de Katniss ou plutôt devrais-je dire de ceux qui ont décidé d’abattre ce système, puisque j’y reviendrai, l’héroïne, sans doute le point fort de cette série, est relativement passive d’un bout à l’autre de l’histoire.

Autre gros point négatif pour moi, la finesse de l’analogie que tisse Suzanne Collins entre le Capitole et l’Antiquité. Non seulement la nation où se déroule l’histoire se nomme Panem, ce qui ne veut rien dire (qui appellerait son pays « pain » ? C’est un peu comme si François Hollande décidait de rebaptiser l’Alsace « Choucroute »), mais est-elle peuplée de gens arborant des noms romains sans raison apparente. On est aux Etats-Unis post-apo les gens. Des John-David, Brian-Ricardo ou autre Snoop-Archibald eurent été plus logiques, quitte à donner des noms exotiques aux gens.
Et que je te balance des Cinna, et des Caton, et puis youpi, on a des jumeaux, devinez un peu comment je vais bien pouvoir les appeler, bingo oui, même pas besoin de se racler trop la soupière, vous voyez, c’est facile…
Le concept des Hunger Games lui-même va chercher sa source non pas QUE dans Battle Royale, mais dans le mythe du roi Minos, qui faisait lever tous les 9 ans par Athènes un tribut de 14 jeunes gens qu’il livrait au Minotaure.

Attendu que le public-cible est la jeunesse, et que la jeunesse américaine ne doit pas en connaître beaucoup sur l’antiquité romaine, j’imagine que Suzanne Collins trouvait tout ça très malin. Elle fait dans le référentiel, et pour ses lecteurs qui auront envie de creuser, cela semblera sans doute pertinent.
Or c’est bien là, pour moi, qu’est démontré le manque de travail de fond sur le monde crée. Celui-ci ne s’appartient pas. Il est fait de collections de références plaquées sur un concept vague, qui ne souffre pas la plus petite contradiction sous peine de s’effondrer.
Je ne me suis jamais sentie impliquée dans cet univers, par les enjeux exposés ou même le destin des personnages parce que je n’ai dans le fond jamais cru à Panem.
Il est primordial quand on écrit de la SF, du fantastique, de la fantasy, que sais-je encore, de rendre totalement crédible le monde dans lequel évoluent les personnages. Le lecteur doit adhérer aussi bien aux personnages qu’au monde dans lequel ils vivent. C’est par exemple ce qui fait une grande partie du succès de la série « Harry Potter » où le monde des magiciens, possédant une profondeur et une solide logique interne, ne peut sembler que crédible et donc réel au lecteur.
L’adhésion à un univers imaginaire est primordiale et c’est déjà sur ce premier point que Suzanne Collins manque le coche.

Bref, non, l’univers de « Hunger Games » n’est pas son point fort, loin de là.
Non, si j’ai continué à lire, c’est uniquement pour Katniss, une héroïne souvent surprenant, toujours attachante et qui sort totalement des cadres classiques.

Pour Katniss Everdeen, c’est tous les jours « Survivor ». Forcée de prendre en main les siens après la mort de son père, elle assume le rôle de chef de famille jusqu’au jour où elle se porte volontaire pour les Hunger Games, afin d’épargner sa jeune sœur, tirée au sort pour participer à cette compétition à mort entre 24 jeunes issus des 12 districts.
Parce qu’elle chasse pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa frangine, Katniss n’est pas totalement dénuée de chances de l’emporter dans l’arène. Mais une fois dans le jeu, elle réalise que ce dernier est beaucoup plus complexe qu’elle ne se le figurait.
Pour gagner, il faut non seulement être la meilleure, mais il faut aussi gagner l’estime du public et capter l’intérêt des sponsors, riches citoyens du Capitole, qui peuvent envoyer des cadeaux aux candidats de leur choix lorsqu’ils sont dans l’arène.
A ce jeu de la séduction et du capital sympathie, Katniss n’est pas aussi bien armée que l’autre candidat du district 12, Peeta (le fils du boulanger, qui a donc donné à son enfant un nom de pain => je veux pas savoir comme le poissonnier appelle ses gosses). Peeta est plus cérébral que sa camarade. Moins affûté question survie, parce qu’il a grandi dans un milieu relativement privilégié. Sa vie, hors de l’école, consistait à faire du pain (et aussi des foutus de glaçages qui en font un pro du camouflage en tronc d’arbre : je vous raconte pas la tronche des cupcakes) et à le vendre. On peut imaginer que c’est d’ailleurs cette activité commerçante qui lui a permis de développer ce talent pour savoir répondre aux attentes du public.
Des stratégies dont Katniss est incapable.
Sorti de cela, il faut tout de même signaler que le personnage de Peeta bénéficie d’un développement très fouillé puisqu’il est d’un bout à l’autre caractérisé par un unique mot : gentil.

Si les interactions entre ces deux personnages sont très souvent über barbantes, c’est bien la manière dont Katniss ressort de ses confrontations avec Peeta qui suscite de l’intérêt.

Parce que Katniss est entièrement tournée vers l’idée de survie, chacune de ses décisions est guidée par son intérêt. Egoïste par nécessité, cynique par habitude, pessimiste par nature, elle impose au lecteur un regard très éloigné de celui qu’une adolescente devrait porter sur le monde.
Katniss n’a aucun intérêt pour la gente masculine. Ni pour son apparence physique. Ce que les autres prennent pour de la naïveté, ou de la candeur n’est en réalité qu’un rejet presque instinctif de préoccupations sans importance pour qui lutte depuis des années simplement pour bouffer.
Katniss ne regarde le monde et les gens qui le peuplent que sous un angle pratique. Même ses relations amoureuses sont teintées de cette raison froide. Chaque action, chaque amitié, chaque amour ne sera accepté ou validé que s’il lui assure de pouvoir tenir physiquement ou moralement un peu plus longtemps.

En cela, le portrait de l’héroïne est vraiment rafraîchissant, si l’on peut dire. Et réaliste aussi, compte tenu du monde dans lequel elle évolue. Même si ce monde ne tient pas debout d’ailleurs. C’est là tout le problème. L’univers créé la personnalité de Katniss mais l’univers en lui-même en fragile, contestable à tous les niveaux. Et Suzanne Collins ne met que rarement son héroïne en danger moral. Katniss n’est jamais à deux doigts de devenir un monstre à cause du système qui l’a vue naître. Cette attitude est réservée à des side kicks immédiatement condamnés par la jeune fille.
C’est là un choix de la part de l’auteur qui se justifie, mais qui semblerait plus lourd de sens si le monde des Hunger Games faisait un tant soit peu frémir.
Or ce n’est jamais le cas. Ainsi le fait que Katniss ne tue jamais que pour se défendre dans l’arène, ou qu’elle ne prend jamais de décisions moralement douteuses apparaît comme une volonté de tempérer ce que Suzanne Collins devait juger comme des aspects trop durs de son histoire. Katniss commence et finit avec les mains propres. Si le régime imposé par Panem avait été plus pervers, plus crédible, mieux pensé et structuré, cette attitude serait apparue comme un réflexe de survie pour une héroïne au bord de la rupture mentale. Et cela aurait été en adéquation avec sa personnalité.

Raconté à la première personne, « Hunger Games » est écrit dans un style lapidaire, correspondant bien à la personnalité de Katniss. Dommage malgré tout que lapidaire soit ici aussi synonyme de simpliste. Suzanne Collins est assez limitée dans son écriture, bien moins que Stephenie Meyer ceci dit (l’horreur….), mais elle peine souvent à donner aux choses l’éclairage adéquat.

Par exemple, il y a cette importance de la mode dans le jeu qui apparaît de façon maladroite dans le livre. De longues descriptions sont accordées aux toilettes, laborieuses, limites chiantes à lire, alors que le vêtement, l’apparence, forment un thème que Collins développe sur trois livres durant.
Je m’étonne d’ailleurs que dans le premier film, la place du vêtement (et du corps en général) soit si peu importante. On a tout de même un personnage de styliste censé être présent aux côtés des candidats justement pour illustrer combien leur allure peut influencer l’opinion du public. Et là encore, il est question pour notre héroïne de survie, ici par le biais d’un camouflage. Incroyable de voir combien cette question semble subsidiaire de le film de Gary Ross (qui de toute manière est une belle bouse, je tiens à le rappeler).

Même si sous la plume assez faible de Suzanne Collins, la mode dans « Hunger Games » semble parfois un argument facile pour attiser l’intérêt du lectorat féminin, il nourrit en réalité une autre ligne de fond, tournant autour du corps, ce corps de l’héroïne qui ne lui appartient plus à mesure que le récit avance. Katniss considère avant toute chose son corps comme un instrument. Défaillant, il compromet sa survie, en forme, il lui permet de tenir encore un peu plus longtemps. Mais à son entrée dans la compétition, le jour même de son arrivée au Capitole, elle s’en trouve dépossédée durant une séance de décrassage qui entérine la fin de son indépendance. Par la suite, elle ne sera plus jamais maîtresse de son corps, qui deviendra un déguisement pour gagner la sympathie du public, un instrument lui servant à traverser les jeux, tour à tour arme et forteresse, puis il sera instrumentalisé par les médias, de Panem, du Disctrict 13. Il le sera aussi par Peeta en personne quand il inventera une prétendue grossesse de sa prétendue compagne afin de s’attirer la pitié des spectateurs.
C’est dans l’épilogue (doux amer et réussi) que l’on comprend d’ailleurs à quel point cette dépossession d’elle-même a pu peser sur Katniss, lorsque l’on découvre qu’elle met 15 ans à avoir son premier enfant, comme si cette grossesse enfin désirée avait été retenue le plus longtemps possible dans une volonté ultime de garder, au moins pour une fois, le contrôle. Au-delà du pessimisme de l’héroïne qui lui fait affirmer, dès le premier tome qu’elle ne veut pas d’enfants car elle ne veut pas infliger à qui que se soit le monde dans lequel elle est contrainte de vivre, on sent aussi sa volonté de choisir le bon moment, de décider pour une fois, une fois très importante et même cruciale pour une héroïne qui a été le symbole d’un monde nouveau.

C’était l’un des gros échecs de ce premier film, trop occupé à faire bondir sa caméra pour traiter d’un thème pourtant pas si difficile que cela à retranscrire sur un écran. En écartant l’importance des tenues que revêtent les tributs, Gary Ross dépouillait « Hunger Games » d’un de ses thèmes de fond, s’interdisant alors d’aller plus loin que le postulat de départ assez mou et bancal.

Car il faut bien le dire, si l’on ne traite pas de cette dépossession du corps à des fins d’instrumentalisation, on fait de Katniss une endive avec un arc qui se promène dans le film sans jamais rien faire.
J’exagère à peine. Entre le fait qu’elle soit toujours à son corps défendant au centre de complots visant soit à la tuer, soit à la sauver, qu’elle ne tue jamais personne, sauf ceux qui en veulent à sa peau mais eux c’est que des méchants alors ils l’ont mérités, et son triangle amoureux maudit en remorque, la pauvre n’est pas précisément aidée par sa propre créatrice.
Il lui faut bien toute l’originalité de son caractère pour sortir sans trop de casse d’un premier film qui se viande dans les grandes largeurs en oubliant sur le bas côté tout ce qui faisait l’intérêt du livre, et de deux tomes poussifs servant de conclusion maladroite à une première partie plutôt sympathique.

Car la qualité dans « Hunger Games » ne cesse de décroître à mesure que l’intrigue avance. La faute à cet univers mal conçu et trop faiblement pensé pour tenir la distance. Impensable par exemple de ne pas avoir vu Panem lancer une croisade d’éradication contre le District 13, qui se contente de brandir une menace atomique qui fait tout même bien rigoler.
Oui, rigoler. Parce que GG le Capitole hein. Sérieux, déjà la répartition de l’approvisionnement entre 13 districts mono-productifs c’était une sacrée belle idée de mayrde, mais confier la technologie nucléaire à l’un d’entre eux, alors là, c’était carrément du suicide. Sans parler de la destruction du district 12 qui aboutit en fait à priver le Capitole de toutes ses ressources minières. Allo, président Snow, vous avez réfléchi avant d’envoyer les bombardiers ? Il y a encore quelqu’un dans votre tête ? Est-ce que quelqu’un m’entend ?


Et puis le manichéisme conçu à la truelle du premier tome ne s’atténue guère : les gens du Capitole sont tous de gros cons oisifs tandis que les nobles et fiers travailleurs des districts ben sont tous nobles et fiers en fait, mais opprimés par les gros cons oisifs du Capitole. Les politiciens sont tous de sombres enculés, tandis que les saltimbanques et autres histrions du spectacle sont capables d’humanité.
Ce monde définit par les règles du méchant/gentil s’interdit donc tout conflit moral. Sauf peut-être à la fin, quand dans l’assaut sur le Capitole, on apprend que parfois, les gens des districts peuvent en venir à des coups tordus par toujours joli-jolis. Mais uniquement parce qu’ils ont beaucoup soufferts, opprimés qu’ils étaient par les gros cons oisifs du Capitole, et instrumentalisés qu’ils sont par ces sombres enculés de politiciens. Ah, ben ça, ma pauvre dame, tous les mêmes.
C’est aussi pour ce manichéisme grossier que l’univers ne tient pas debout. Panem est un régime cruel, mais jamais pervers, où les habitants des districts sont écrasés par la peur, la faim, mais jamais convaincus d’œuvrer à l’équilibre de leur monde. Je reste à ma première impression concernant le principe même des Hunger Games : le principe de tributs tirés au sort n’est pas viable.
Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est inspiré du mythe du Minotaure, j’avais saisi merci, en même temps, l’analogie est aussi légère qu’un taureau de corrida en pleine charge. Ce qui tient dans un mythe ayant valeur de parabole ne peut paraître aussi solide dans le cadre d’une histoire qui voudrait, malgré le peu d’efforts investis, se créer un cadre crédible.
Cependant, nuancer l’envoi des tributs en en faisant une sélection drastique, et un honneur de voir son meilleur champion de l’année défendre les couleurs de son district, est une subtilité que Suzanne Collins s’interdit par trop de manichéisme.

De la même manière qu’elle ne place jamais son héroïne face à des conflits moraux réellement importants. Katniss est toujours victime des attaques des autres tributs. Et encore, des méchants. Les gentils semblent s’éviter et attendre patiemment de se faire tous buter par les vils tributs de carrière.
Alors même que la personnalité pragmatique et cynique de l’héroïne autorisait justement l’auteur à présenter à son lectorat des actes durs, comme la nécessité de tuer pour survivre, la question est éludée. Et ce, deux jeux durant. Car même dans l’Expiation, alors qu’elle sait que sa vie est menacée par un complot sur sa face (Snow ne lui a pas caché qu’il veut la voir mourir, et les evil tributs lui ont clairement fait comprendre qu’ils allaient lui mettre misère), Katniss se contente de rester étrangement passive.
C’est simple, la stratégie des gentils consiste en règle générale à attendre que les méchants les trouvent pour leur donner de bonnes raisons de les tuer en état de légitime défense. Et encore, si c’était présenté comme une manière pour eux de garder les mains propres et ainsi de s’attirer la sympathie des sponsors…
Même pas.
Non, on se contente d’être gentils, de ne pas prendre de décisions trop difficiles, comme par exemple abandonner la vieille qui nous ralentit. Non, on va plutôt attendre que la vieille se sacrifie héroïquement, ça fera pleurer dans les chaumières.
Là où les jeux de l’Expiation m’ont déçue, c’est que j’y attendais vraiment un affrontement plus pervers entre tributs qui connaissent le système, sont animés par l’espoir d’en avoir déjà réchapper une fois, et ne se font plus aucune illusion sur le monde dans lequel ils vivent.
Mais non. Encore une fois, pas d’audace, littérature jeunesse les gros, on va pas commencer à les faire s’entretuer, eh.
=>ben dans ce cas écris sur l’histoire de jeunes enfermés dans une arène et devant se faire des bisous, tu verras se sera plus simple.
La pirouette consistant à faire des gentils les complices de la rébellion apparait du coup comme une colossale facilité scénaristique qui achève de plomber la fin de ce tome.

C’est là aussi un gros problème de « Hunger Games », celui de ne pas assumer son argument parce que l’auteur se sent sans doute entravée par son lectorat.
Un lectorat qui n’a sans doute acheté le livre que parce que le quatrième de couverture lui a promis des combats à mort, soit dit en passant.
Présenter la mort, le meurtre, ce n’est pas cela le problème en soit. C’est la manière dont ces mises à mort sont racontées. Et dans le cadre de « Hunger Games », il aurait été intéressant de placer ces jeunes devant des dilemmes aussi atroces que devoir tuer quelqu’un qui ne vous a rien fait parce que le système, le jeu, l’exigent. Parce que les corps et les esprits ne s’appartiennent plus vraiment. Et là, on aurait eu un vrai contenu politique et subversif de qualité au lieu de la vague charge morale présente dans les trois romans.

Certes, il y a bien la fin du troisième tome, où Katniss prend enfin une décision, une vraie, un geste qui sera d’ailleurs sans conséquences pour elle, ou encore ce meurtre certes gratuit mais surtout accidentel d’une civile désarmée. Que Suzanne Collins essaie de nous vendre comme un choc pour une héroïne qui prendrait soudain conscience de ce que le système et la guerre ont fait d’elle. Ça dure une page, en gros. Woooah.
Non seulement, l’évènement est artificiel, mais il ne permet pas de nuancer le reste, devenant alors un emplâtre sur une jambe de bois.
De même que le geste de Katniss contre Coin dont les conséquences sont si faibles pour elle que l’acte de révolte en devient presque ridicule. De manière générale, le troisième tome est tout de même assez médiocre, condensant tous les défauts des deux précédents et payant le prix d’un univers mal développé dont les limites apparaissent au grand jour.

Si « Hunger Games » marque son temps, je ne suis pas sûre que se sera pour la qualité de son écriture, de son univers ou de son argument. Ce qu’il en restera à mon avis est ce personnage principal atypique et son long et douloureux calvaire pour sa liberté, but ultime de sa lutte pour la survie.

A suivre, un billet sobrement titré : « Crève la Dalle 2 : au feu les pompiers », sur la suite ciné de « Hunger Games ».

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