Juluka

Après un intermède vacancier sanctionné par un baptême de l’Imax et le croisage d’un acteur de « Game of Thrones » en moins de deux minutes de présence dans le métro grand-breton (efficacité, je crie ton nom), après les agapes de Noël et les heures passées devant les téléfilms les plus pourris possibles (on a tous ses petits plaisirs coupables, moi c’est de regarder des trucs comme « New York Volcano »), après quelques séances ciné, voici donc que je me suis dit : « Hmmm… Cela ne ferait-il pas quelque chose comme trop longtemps qu’aucun billet n’a été publié sur ce blog ? »


Il est grand temps de revenir aux affaires, la musette chargée, le clavier au taquet, et ma méchanceté naturelle dûment revivifiée par la déception qu’a été « La Désolation de Smaug ».
Qui ne sera pas le sujet du jour.


Toc.


Sur le papier, « Zulu » a tout pour réjouir l’esthète turbulente que je suis, puisqu’il réunit à la réalisation Jérôme Salle, un type qui n’est pas non plus un génie mais qui connait son travail et le fait plutôt efficacement (remember, les deux « Largo Winch », polars mous du genou mais d’agréable facture) et Julien Rappeneau au scénario, comprendre l’homme qui a écrit « Cloclo » de Florent Emilio Siri, mais aussi cette splendide réplique : « Vous savez, si je n’avais pas été spationaute, j’aurais été professeur de breton » pour « Un Ticket pour l’Espace ». J’ajouterais qu’un homme qui a scénarisé deux « Pamela Rose » ne peut pas me laisser totalement indifférente.


« Zulu », donc, un film sans Kad, ni Olivier, mais avec Orlando Bloom et Forrest Whitaker, s’avère assez déséquilibré.
L’histoire, très classique pour un polar, suit le parcours de deux flics enquêtant sur un meurtre jusqu’à mettre au jour un trafic de stupéfiants prenant sa source dans le passé le plus sombre de l’Afrique du Sud.
Afrique du Sud qui apparait presque comme un personnage à part entière à mesure que l’histoire progresse, mais un personnage qui n’aurait été que très peu développé. Car c’est bien là que le bât blesse.
L’originalité de « Zulu » résidait sans son cadre historique et géographique, dans les dynamiques d’une société encore malade, vivant dans un malaise constant, entretenu par la honte, la résurgence de vieux démons, et une instabilité chronique.



Ce contexte exposé mais jamais vraiment creusé, ne permet jamais au film d’être autre chose qu’un polar efficace, bien filmé, que l’on suit sans ennui mais sans passion.
Il suffit de voir combien on ne se soucie finalement guère du destin des personnages principaux pour comprendre à quel point « Zulu » ne parvient pas à franchir la limite d’une émotion que Jérôme Salle n’atteint jamais.
S’il montre une qualité certaine pour la mise en scène de l’action, il s’avère en revanche moins à l’aise dès qu’il s’agit de laisser son film s’installer dans l’ambiance qu’il tente de construire.
Il y a pourtant un travail très intéressant réalisé sur les personnages, dont les névroses en font des symboles assez évidents. Le flic noir, insomniaque, mutilé pendant l’Apartheid et rendu impuissant, ou son collègue hardboiled, blanc, mais littéralement bouffé par ses névroses, forment un duo d’autant moins caricatural qu’il est très clairement l’illustration d’une Afrique du Sud certes bancale, malade, mais luttant contre les cancers qui la dévorent (le film se sert d’ailleurs d’un personnage atteint d’un cancer pour mettre pour la première fois sur la table la question de l’Apartheid et de ses conséquences).



Dommage dès lors de voir que Jérôme Salle ne parvient pas à insuffler le supplément d’âme qui aurait fait sortir « Zulu » du lot.
L’exercice pourrait se rapprocher du « Gibraltar » de Julien Leclerc, sur lequel j’ai finalement renoncé à écrire quoi que se soit, mais il faut rendre à « Zulu » ce qui lui appartient : plus tendu, le film de Jérôme Salle assume bien mieux son propos, et si on sent encore un manque de maturité artistique chez le metteur en scène, il faut lui reconnaître sa capacité à tenir son film d’un bout à l’autre sans jamais se prendre le pied dans le tapi.
Autre parallèle à tisser, celui avec « La Marque des Anges », puisque comme « Zulu », il s’agit d’une adaptation de polar dont l’intrigue connait des tournants similaires. Mais là où le film de Sylvain White s’empêtrait dans un gloubi boulga à base de nazis chanteurs, « Zulu », à défaut d’aller jusqu’au bout sur le sujet, regarde l’Apartheid et ses démons droit dans les yeux.


« Zulu » fait sans doute de Jérôme Salle un réalisateur à suivre, qui pourrait bien un jour surprendre son monde. Avec le temps, et l’entourage adéquat, on n’est pas à l’abri de le voir un jour nous sortir un très bon polar.


Note : **


PS : SOON…
« –Et en tant qu’acteur, vous aimez quoi comme genre de film ?
Le cinéma parlant en général.
C’est quoi le dernier film dans lequel vous avez joué ?
Le Seigneur des Anneaux… Je faisais un marchand d’armes… qui… vendait des armes.. et.. mais bon le rôle a été coupé au montage, c’est dommage… C’était pas un tournage facile, Nouvelle Zélande tout ça…
Et c’est joli comme pays la Nouvelle Zélande ?
Ouais, ouais, c’est pas mal ouais, c’est nouveau quoi.
Et l’Ancienne Zélande, vous y avez été ?
Ah ça, on a pas pu, on avait pas de bottes… »

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