Pas ce soir chéri, c’est le Ragnarok

En vérité je vous le dis, la chevalerie c’est vraiment n’importe quoi.

Il faut se tenir au code d’honneur, porter une frakking armure qui pèse trois tonnes, passer ses journées à cheval c’est trop génial et respecter ses vœux.

Moi, par exemple, j’ai fait vœu de Marvel. Ah, je me souviens encore de ce jour où je déposai firewall et clavier aux pieds de Kevin Feige…

«-Je jure, dis-je, d’aller voir chaque adaptation en salle. J’en fais le serment solennel.
Chaque adaptation, vraiment ?
Ouais enfin je réfléchis encore pour « les Quatre Fantastique ».
Comment ça, «Les Quatre Fantastiques » ?
Ben c’est que…
Un film de superhéros avec Michael Chiklis dedans ?
Raaah, vous savez me parler, ser Kevin…
C’est pas pour rien qu’ils m’ont fait grand maître de l’ordre des chevaliers du fun. Bien, jeune disciple, t’engages-tu donc à poursuivre cette quête aux confins de l’humour de mauvais aloi, jusqu’aux limites de ta santé mentale ?
Je m’y engage.
T’engages-tu à chercher le saint Graal parmi l’ivraie, phrase qui ne veut strictement rien dire mais dans le contexte elle sonne super Moyen Âge ?
Je m’engage à faire ce truc, là, ouais. Chercher le Graal, toussa. De ma vie je n’aurai de cesse de trouver votre seul et unique bon film, je le jure devant Dieu et saint Stan Lee.
Alors lève-toi, chevalier. »

Et c’est là qu’au lieu de me mettre la colée, cette grosse mandale rituelle qui conclut toute chevalierisa… adoubement, ser Kevin Feige me força à regarder « Le Surfer d’Argent ». Pour ne jamais oublier.

Ma quête du meilleur Marvel se poursuit depuis ce jour. Par monts et par vaux je vais chantant les louanges du Seigneur en le priant quotidiennement pour qu’il m’envoie sinon le Graal, au moins un bon film de superhéros qui serait issu de cette franchise maudite qu’est « Avengers ».

Car issus de chez Marvel, on a déjà quelques bons trucs. A commencer par la trilogie « Spiderman » de Sam Raimi, dont le reboot récent s’apparente à une croisade contre le bon goût et le sens commun.
Ensuite, il y a aussi les « X-Men ». Je ne suis pas super fan des deux premiers de Brian Singer, œuvres propres mais sans plus, toutefois plus fréquentables que le gloubi boulga « L’Affrontement Final » de Brett Ratner.
Voilà en partie pourquoi je ne trépigne pas d’impatience dans l’attente de « Days of the Future Past », la suite de « X-Men First Class », l’excellent film pulp de Matthew Vaughn avec Magneto en cols roulés.
Mais dans l’ensemble, on peut dire qu’au cinéma les « X-Men » ont eu globalement de la chance. Sauf Wolverine. On peut pas avoir une coupe de cheveux pareille sans en assumer les conséquences, Logan.

Ma quête a réellement commencé à la sortie d’ « Iron Man », quand Kevin Feige a déclenché le projet « Avengers », que je considère comme une franchise dans la franchise Marvel, exactement comme « X-Men » ou « Spiderman » (sauf si un jour, Marvel Studios décide de connecter tout ce petit monde, mais nous n’en sommes pas encore là…).

J’en profite aussi pour vous avouer ma plus grande faute en tant que chevalier de Marvel. J’en suis encore honteuse mais non : je n’ai toujours vu aucun des deux Hulks. Promis. Je vais le faire. Juré. En plus j’adore Ang Lee, qu’est ce qui pourrait mal se passer, haha, eh l’autre.
Bref. Considérez ce qui va suivre à l’exclusion de ces deux films là, et tout se passera pour le mieux. De toute manière, « Hulk » est un peu le produit sinistré de la franchise puisqu’avec trois changements d’acteurs en trois films de présence, aucun projet sérieux de relance à l’horizon, faut croire que les gros monstres verts ne font kiffer personne chez Marvel Studios, sauf quand il faut les sortir de leur manche tel des deus ex machina qui « smash », et mettent des mandales en forme de blagues dans leurs petits camarades.
So long, Hulk et ton slip violet.

Au cinéma, la franchise « Avengers » se caractérise par plusieurs choses :
-des réalisateurs en mousse : parce que à part Joe Johnston, aucun de ceux qui a œuvré sur la franchise ne s’est montré capable d’insuffler du souffle, de l’énergie, de la passion, voire, de l’émotion dans aucun de ces films.
-des scénarios prétextes : à faire des blagues, de la bagarre, des blagues pendant la bagarre, à faire cabotiner des acteurs, à balancer des rayfayrences.
-du fan service : plein. Souvent. Sauvagement. Owi grand fou, montre moi encore le gantelet d’éternité, cale-moi ce gros tuyau avec un frakking bouclier…
-de l’humour : alors c’est souvent là que les films « Avengers » me font griller 7 à 8 points de santé mentale PENDANT le visionnage. Parce que souvent je ris, mais tout en sachant pertinemment que c’est nul, ou en complet décalage avec ce que j’attends d’un film de superhéros. Genre, je pouffe devant Tony Stark qui se prend un morceau de son armure dans la stouquette. Mais c’est nul. J’ai pas envie de voir Iron Man se faire tamponner la virilité par un protège-tibia. Genre aussi, je me gausse quand Loki se fait pwned par Hulk. Mais dans le fond je sais pas, c’est un peu le couronnement de « Hulk met une mandale à Thor », « Captain America ne pane rien à rien », « Tony Stark fait des chatouilles à Bruce Banner ». C’est niais, c’est même assez mauvais parce que gratuit, mais je ris quand même. De désespoir sans doute. Ou alors parce que j’ai su éteindre mon cerveau au bon moment et que dans le fond, il ne faut pas trop en demander à un film Marvel.

Messieurs les jurés, j’en appelle devant vous à non pas une, non pas deux, mais trois jurisprudences qui nous prouvent que les films Marvel peuvent être bien réalisés, bien écrits, drôles, pleins d’enjeux et peuplés de personnages attachants sans qu’ils aient besoin de faire de blagues ou de passer pour des cons toutes les cinq minutes !

J’appelle à la barre les trois « Spiderman » de Sam Raimi, « X-Men : First Class » de Matthew Vaughn et last but not least because il enfonce grave le clou au sein même de la franchise incriminée, « Captain America » de Joe Johnston !

Ces cinq films nous prouvent, oui, messieurs les jurés, même « Spiderman 3 » qui malgré quelques petits défauts vaut toujours mieux que tous les Avengers réunis, que l’on peut faire de bons films de superhéros sans sacrifier au fan service, à de la blagounette rapide et pas chère. Que l’on peut respecter sa mythologie en fondant une nouvelle. Que l’on peut élaborer un cheminement pour les personnages qui ait du sens et qui ne soit pas capillotracté par les besoins du scénario.

Voilà pourquoi j’accuse la franchise « Avengers » d’être une franchise démissionnaire qui sacrifie tout à une ambiance profondément cool et fun mais dénuée de la moindre qualité artistique. Une franchise qui sacrifie sur l’autel du divertissement au rabais toute la noblesse de son genre.
Car oui, le superhéros est plein de noblesse. Oui, malgré les collants, la cape, le slip (je note que chez Marvel, on est assez soft mine de rien. Le terrible combo cape/slip/collants c’est plutôt chez DC en fait…). Parce qu’il est le véhicule d’un besoin d’enchantement. Qu’il est l’équivalent contemporain des mythes et légendes de jadis. Qu’il incarne divers archétypes et participe d’un besoin pour l’homme de s’élever en se choisissant des modèles inaccessibles.

Parce que Tony Stark n’est pas un golden boy qui parle comme il tweet mais une figure prométhéenne.
Parce que Thor n’est pas un jacky tunning de l’espace mais un guerrier plein de panache.
Parce que Captain America n’est pas une huître en combi moulante d’un goût douteux mais un leader charismatique doublé d’un stratège génial.
Parce que Natasha Romanov n’est pas une paire de boobs armée de deux mini flingues mais une espionne de classe internationale ambivalente et insaisissable.

Bref, parce qu’il y avait de la matière, de la profondeur, qui n’excluait du reste pas une certaine décontraction dans l’exécution (consubstantielle aux comics Marvel) mais qui demandait a minima un respect pour la nature même du support d’origine, et donc, des personnages.

Devant un Marvel, je me sens souvent comme Elijah dans « Incassable » de M. Night Shyamalan, qui est un sacré nom d’Odin de *utain de film, si vous voyez ce que je veux dire, lorsqu’il s’insurge contre un père voulant acquérir un dessin original pour l’offrir à son petit garçon.

Je trouve pour le moins paradoxal que se soit Kevin Feige, qui bosse pour les studios Marvel, émanation de la maison d’édition éponyme, qui se fasse le complice d’une entreprise de dénigrement de la culture populaire et de sa richesse. Une culture populaire qui est l’essence et le fond de commerce de Marvel depuis toujours mais qui ici se trouve réduite à sa simple dimension de consumérisme.
La franchise « Avengers » se contente de calibrer chacun de ses films pour les faire coller à l’air du temps, dans le but avoué de proposer un divertissement sans âme sans saveur et finalement sans intérêt à un public qu’elle semble profondément mépriser.

Si la franchise « Avengers » continue de m’intéresser, c’est pour la dimension du projet lui-même en plus de mon goût immodéré pour le masochisme. J’éprouve en effet une sorte de fascination malsaine à regarder des superhéros se voir réduit à l’état de grands enfants somme toutes très normaux, faisant des blagues en collants lors de scènes pauvrement cadrées.
Je sais, j’en ferais des économies si je n’avais pas prononcé ce stupide vœu (j’en fais quand même, vous pensez que je les ai vu comment les deux « Quatre Fantastiques » ?), mais le fait est que l’univers « Avengers » est si riche de potentiel que dans le fond, j’y crois encore.

Je crois encore à ce film providentiel qui élèvera son thème, son héros, et la franchise toute entière au niveau du « Spiderman » de Sam Raimi.
Ce Graal est peut-être du reste déjà sorti. Et peut-être ne pourrais-je le considérer comme tel qu’une fois la franchise épuisée.
J’ai cru que « Thor : Le Monde des Ténèbres » pouvait jouer dans la même catégorie que l’excellent « Captain America » de Joe Johnston (c’est pour ça que le caméo m’a fait autant sourire qu’il m’a fait mal, dans le fond).
Peine perdue. Il me faut donc encore et toujours sacrer le film de Johnston comme l’anomalie qu’il est, à savoir non seulement le meilleur « Avengers » jamais sorti, mais, et ça ce n’est pas rien, comme un vrai bon film. Car oui, la franchise « Avengers » en est là à mes yeux.

Je dois désormais classer les films qui la composent en fonction de leur qualité entre eux. Et pas à l’échelle de mon appréciation des films en général. « Captain America » tapait la grande classe en étant bien écrit, bien réalisé, bien dirigé, bien joué, bien éclairé, bref, en étant bien sur tous les points. Et venait du coup se ranger tout naturellement aux côtés de cet autre excellent film qu’est « X-Men : First Class ».


« Thor : Le Monde des Ténèbres », est actuellement donc le moins pire des films Marvel, juste derrière « Iron Man » premier du nom, où tout n’était pas à jeter, entre autre du fait que Jon Favreau esquissait une imagerie assez intéressante autour du thème de l’homme machine, dispensant justement cette dimension prométhéenne à son héros. Bref, il y avait un peu d’exploration mythologique là où « Thor 2 » se contente de jouer une simple carte visuelle. Certes la carte en question est assez bonne, puisque l’esthétique globale du film à cheval entre la fantaisie et la fantaisie avec des boulons = la science fiction (pour citer Terry Pratchett) donne à ce film la personnalité qui faisait cruellement défaut au premier.

Même le scénario semble moins écrit avec les pieds, quand bien même il carbure à la facilité scénaristique. Cependant, il déroule un fil clair qui respecte sa logique interne et ne se retrouve guère parasité par des intrigues secondaires sans intérêt.
Les personnages gagnent en relief et c’est en voyant comme ce « Thor 2 » arrive en deux lignes de dialogues et une scène à faire quelque chose de Sif que je regrette encore plus les égarements du premier volet, incapable de voir plus loin que le bout de Mjollnir.

Pourtant, si le film a quelques qualités à son actif, il souffre encore et toujours des mêmes défauts inhérents au manque de respect de Marvel pour sa propre création. Exemple tout con : dans ce film, Thor perd sa mère.

Alors moi une fois, j’ai perdu mon stick pour les lèvres et c’est très embêtant parce que c’était l’hiver et que j’ai facilement les lèvres qui gercent alors du coup ça me fait mal donc j’ai dû aller chez la marchande pour m’en acheter un autre. Fin.

Voici à peu près ce qu’on lit sur le visage de Chris Hemsworth lors de la scène des funérailles de Frigga. A un moment, j’ai cru qu’il allait sortir un paquet de M&M’s de sous sa cape pour en en filer à Natalie Portman.

Laquelle joue l’astrophysicienne la moins impressionnable de l’univers, une constante aussi chez Marvel, consistant à faire réagir les humains de manière totalement normale face au surnaturel.
La fille, elle se fait posséder par de la matière noire, le truc dont tous les astrophysiciens cherchent à prouver l’existence, puis elle emprunte un trou de ver pour se rendre sur une autre planète où elle rencontre des tas d’extraterrestres.
Sérieux, Stephen Hawking tuerait pour se retrouver lui aussi dans les bras de Thor lorsqu’il emprunte le Bifrost, mais Jane Foster, elle, ça lui fait pas peur.

Même que quand le chef des aliens, Odin, investi de grands pouvoirs la rudoie un peu, la voilà qui répond : « Vas-y, ferme ta bouche, Moshé Dayan, ‘culé. »

Enfin dans l’esprit.

Je me demande bien ce qu’aurait dit Stephen Hawking si Odin l’avait traité de chèvre. Mais là n’est pas la question.

La question c’est que le seul moment où Jane semble impressionnée par un Asgardien, c’est quand elle croise Frigga et comprend que celle-ci est sa belle-mère.
Une belle-mère peut en effet être la créature la plus terrifiante de l’univers, mais n’empêche. Je me demande bien comme Stephen Hawking aurait réagi en découvrant la reine d’Asgard.

Je crois que je vais écrire le script de « Thor 3 : The Hawk in a wheelchair of Eternity », le sujet m’inspire beaucoup.

Comme il est de coutume dans la franchise « Avengers », quitte à faire réaliser le film par quelqu’un, autant choisir un mec qui sait pas trop que foutre d’un gros budget. Genre un mec qui vient de la télé, Alan Taylor, officiant de coutume dans quelques célèbres et très bonnes séries de HBO.
Et laissons la magie opérer.

Si Alan Taylor a bien compris une chose, c’est le besoin d’iconiser ses héros. Alors il y va à fond, se faisant plaisir avec Thor qui dispose d’une belle entrée en scène, avec Sif qui a des poses bien badass, avec Loki qui pour la première fois de sa carrière sur grand écran a l’air un peu inquiétant.
Le souci c’est que tout cela n’est pas suivi d’effet. Prenez la première scène de bataille, après la fameuse arrivée de Thor dans son puits de lumière. La suite de la scène est à pleurer. On dirait un épisode de « Xena la Guerrière » et ne vous y trompez pas, j’adore Xena. Simplement, j’ai du mal à avaler qu’un film sur Thor, produit par Marvel à hauteur d’une centaine de millions de dollars semble soudain aussi cheap qu’une production néo-zélandaise fauchée tournée dans le jardin de la mémé de Sam Raimi.

Mais se sera pourtant toujours le cas. Car Alan Taylor repose tout son film sur la qualité esthétique de celui-ci. La mise en scène elle reste à une niveau affligeant de banalité. Certes, c’est propre. Plus supportable que les bidouillages arty de Kenneth Branagh sur le premier volet, mais dans l’ensemble, tout fait petit joueur.
Un peu agaçant aussi parce que ça repompe très clairement dans, au hasard « Le Seigneur des Anneaux » (le prologue, vraiment ? VRAIMENT ) et, et là, c’est presque impardonnable car personne ne devrait utiliser pareille référence, « Star Wars, La Guerre des Clones ». Ouaip. Ouaipouaipouaip. Oh oui, je vois bien le cheminement qui a mené Alan Taylor à nous servir un Asgard « Naboo like », puisqu’il passe sans doute par Natalie Portman. Plus évident, tu meurs. Dans d’atroces souffrances, noyé dans des lacs de sang impur.
Le climax, plutôt correct même s’il est très largement repompé de celui de « Avengers », se voit malgré son rythme assez bon, parasité par deux éléments dont je me serais bien passée :
-l’humour Marvel : qui casse toute la tension qui peine déjà assez comme ça à s’instaurer.
-l’humour involontaire : désolée mais plus que les blagues, plus que les situations si lolantes comme « Thor prend le métro », il y avait les figurants Elfes Noirs. Je ne sais pas d’où ils venaient, mais j’aurais juré qu’ils avaient tous la polio. Jamais je n’ai vu des gens courir aussi lentement. Ou alors c’était des zombies échappés d’un film de Romero. Voir Natalie Portman courir vaguement devant des types qui avancent à 0.5 à l’heure, c’était sans doute le meilleur moment du film. Voire de la franchise.

« Thor : Le Monde des Ténèbres » n’est donc pas le Graal, ni le demi succès que j’espérais. Noyé dans les contraintes d’un formatage tout puissant imposé par Kevin Feige, lesté par un réalisateur yes man qui se contente de mettre en image un script propre mais sans ambition, il n’est qu’un énième ersatz peu convaincant, même s’il se hisse en haut de sa franchise.

Voici pourquoi je crains énormément de voir ce schéma se reproduire sur « The Winter Soldier » l’année prochaine. Confié à des réalisateurs de télévision, les frères Russo, il pourrait bien réussir l’exploit de tuer, que dis-je, d’outrager ce pauvre Steve Rogers, dont l’aura a déjà été sévèrement écornée par un traitement calamiteux dans « Avengers ».


Aller, courage…

Note : *

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