Warhammer 40 000 : Les Fantômes de Gaunt, La Fondation.

Bien, après une première approche de l’univers funky de Wh40K via l’Hérésie d’Horus, il est grand temps de s’attarder sur une autre série phare de la Black Library.
Il y sera question de fusils lasers, de guerre de tranchée, de manteau de cuir et de discours galvanisants.
Oubliez les armures énergétiques et les glandes progénoïdes, this, madame, is la Garde Impériale.

A côté de ses Space Marines en goguette cosmique, la Black Library peut se vanter d’avoir sous le coude une autre série best seller, cette fois entièrement pilotée, pensée, choyée par Dan Abnett.

« Les Fantômes de Gaunt » permettent à l’auteur d’obédience britannique de se faire plaisir en cédant à son penchant naturel pour la chose militaire, ces romans ayant pour cadre un régiment de la Garde Impériale.

Entièrement composée d’humains standard (c’est à dire, puisque nous sommes chez Dan Abnett, de mecs qui mesurent tous au minimum 2 mètres), la Garde Impériale est la force de frappe principale de l’Imperium en ce 41e millénaire où les choses vont décidément bien mal.
L’humanité est cernée de toute part par la menace xénos, celle des cultistes du Chaos qui gangrènent son coeur, et par une inexplicable augmentation du nombre de psykers, de plus en plus difficiles à repérer, rassembler, et donc à contrôler.
les plus grands stratèges résumeraient la situation en disant que « cay la mayrde« , mais l’Imperium ne se laisse pas abattre pour si peu.

Dans le secteur de Sabbat, il vient de lancer une croisade de très grande envergure pour y contrer une offensive du Chaos. Des millions de Gardes Impériaux y combattent chaque jour pour restaurer le pouvoir de l’Empereur Dieu.
En matière d’assaut, de reconquête, voire d’invasion, l’Imperium use toujours de la même méthode : submerger l’ennemi sous le nombre. Capable de mobiliser des millions de combattants, l’état-major ne lésine ni sur les moyens ni sur les vies humaines.

Et c’est à l’un de ces régiments-consommables qu’appartiennent les Fantômes de Gaunt. Fantômes parce qu’ils sont les derniers survivants de leur planète d’origine, Tanith, détruite lors d’un assaut massif du Chaos le jour même où son premier régiment levé pour l’Imperium devait embarquer dans un transport de troupe sous le commandement d’Ibram Gaunt.

Gaunt lui-même est un personnage atypique. Sa formation a fait de lui un commissaire impérial, comprendre un officier politique. Le gars dont le boulot consiste à galvaniser les cœurs des soldats en leur brâmant moult bullshit propagandistes, ou à froidement les abattre quand ils franchissent la limite droite ou la limite gauche de l’axe que leur bon commissaire a tracé pour eux.
Apprécié du maître de guerre Slaydo, Gaunt reçoit sur le lit de mort de ce dernier le droit exceptionnel de commander son propre régiment, le premier qui sera levé sur Tanith.

« Les Fantômes de Gaunt » sont une série encore en cours, formé de cycles de livres dont le premier est sobrement intitulé « La Fondation ».
C’est lui qui va d’ailleurs nous préoccuper aujourd’hui parce que je viens tout juste de commencer « La Sainte ».

Formé de 3 livres, ce premier cycle s’attache à nous faire découvrir ses nombreux personnages en même temps qu’il nous plonge dans l’univers très spécial de la Garde Impériale.
Et je vous le dis d’entrée de jeu, je considère que seul le premier tome est une vraie réussite.

Dans « Premier et Unique », Dan Abnett suit une intrigue passionnante et complexe, qui permet de toucher à tous les niveaux de la chaine de commandement. Des soldats sur le terrain aux officiers retranchés dans leurs bunkers de luxe, de la flotte impériale à l’Inquisition, des magouilles des uns aux fidélités des autres, on navigue dans un univers dont on apprend très vite à comprendre les dynamiques.
Au coeur de ce premier tome, il y a la prophétie dont Gaunt fait l’objet, fil rouge qui fonctionne aussi bien comme un ressors narratif que comme un lien affectif entre lui et son régiment.
Destinés, ils étaient tous les deux destinés à voir leurs chemins se rencontrer.

Ceux qui comme moi ont lu les deux cycles de l’Inquisistion de Dan Abnett auront du reste le plaisir de croiser dans ce tome un personnage d’Eisenhorn, et souriront sans doute à cette citation d’un ouvrage de Ravenor au détour d’un examen d’érudition.
Ravenor, l’inquisiteur qui n’hésite pas à jouer avec le feu de l’hérésie et qui quelques siècle après, a réussi, grâce à son œuvre littéraire, à se faire passer pour un parfait serviteur de l’Imperium => GG, vieux.

Bon, au delà de l’anecdote (Abnett a écrit « Premier et Unique » avant Ravenor, on ne peut donc pas parler de fan service. Je serais méchante, je parlerais même d’erreur de continuité), ce premier tome se veut une mise en bouche passionnante, qui ne donne qu’une envie, se jeter sur la suite.
Abnett, fasciné par la Première Guerre Mondiale, n’hésite pas à injecter dans ses descriptions de combat une foule de détails qui crédibilisent l’action. Se plaçant davantage dans le ressenti, il parvient à capter, grâce à divers points de vue de soldats, des impressions sur la guerre qui sonnent souvent justes. Et qui n’ont pas été sans me rappeler les fulgurances d’un Glen Cook sur la « Compagnie Noire » (levez la main les mécréants qui n’ont pas lu « La Compagnie Noire », que je vous enrôle tout de suite !).
Les impressions des Fantômes et leurs réflexions montrent qu’Abnett ne s’est pas contenté d’imaginer leur quotidien. On sent qu’il a étudié le sujet de l’homme à la guerre et qu’il s’attache à restituer cet état d’esprit particulier.
Abnett a également le souci de développer tout un arc sur la filiation, plaçant Gaunt face à ses pères, naturels ou de substitution, et finissant justement par regarder son régiment comme son enfant. Le parallèle entre son père, dont il est le premier et unique fils et les Taniths fait prendre aux rapports entre le colonel et ses hommes un tour plus complexe et plus touchant que prévu.

Après cette enthousiasmante lecture, il ne me restait donc plus qu’à enchainer sur « Les Fantômes », le tome 2 de la Fondation.
Et là…

Au lieu de suivre une intrigue unique, ce livre est fait de nouvelles épousant chacune les points de vue de soldats différents. Ainsi, on apprend à mieux les connaître, certes, et honnêtement, se serait malhonnête de ma part de dire que ces éclairages sont totalement inutiles. Simplement, chaque histoire se déroule sur un théâtre d’opération différent, chaque Fantôme y a son instant de bravoure, mais l’ensemble apparait trop décousu.
La plume de Dan Abnett n’a rien perdu de sa force, ni ses descriptions de caractère de justesse, mais le manque de liant est préjudiciable à l’ensemble.
Heureusement, l’auteur fait de sa juxtaposition de nouvelles une suite logique en achevant chaque histoire par l’amorce de la suivante.
Mais le fait de développer une vraie intrigue dans le dernier tiers du livre casse un peu cette dynamique.

La conclusion de ce deuxième tome, bien qu’efficace, souffre aussi de quelques petits défauts. Comme souvent chez Abnett la fin est expédiée avec concision et efficacité, mais pour en arriver là, l’auteur est cette fois forcé de sortir de sa manche des arguments un peu faciles (Gaunt en possession du CV de Lilith, improbable), quand ils n’apparaissent pas carrément comme des contresens (Gaunt expliquant à l’inquisitrice comment et pourquoi elle doit faire son travail… Daffuq ?).

Mon sentiment était assez mitigé au terme de cette lecture qui apparait certes essentielle pour mieux connaître les personnages, mais souffre un peu de sa forme.

Ce qui ne m’a pas empêchée de me jeter à corps perdu dans « Necropolis », le troisième et dernier tome de la Fondation.

Je me demande ce qui a bien pu se passer chez Dan Abnett. Celui qui aime à entrer dans la tête de ses personnages, qui sait si bien décrire leurs états d’esprit même au cœur d’une boucherie absolue semble avoir laissé de côté tout ce qui faisait son style pour sombrer dans le descriptif le plus plat qui soit.
Cette fois, on suit bien une seule et unique histoire, celle d’une cité ruche assiégée par sa concurrente. Après une première partie pour faire connaissance avec certains habitants de la mégalopole, on retrouve nos braves Fantômes venus à la rescousse des bons citoyens de l’Imperium.
Beaucoup de descriptions laborieuses et un penchant certain pour un sentimentalisme mal venu font de « Necropolis » le tome que j’ai trouvé le moins convaincant.
Tout le monde il est courageux, les salauds sont très méchants, on perd de vue les mécanismes humains qui faisaient des autres tomes des portraits plus justes et nuancés.

Et surtout, c’est dans ce tome que je me suis rendue compte d’un truc atroce : je n’en ai rien à faire de Gaunt.
Depuis « Premier et Unique », Abnett n’est finalement jamais réellement revenu sur lui.
Pourtant, il avait développé tout un arc autour de ce personnage concernant la filiation qui l’avait rendu humain et attachant, mais depuis, le commissaire semble devenu un peu terne.
Certes, « Necropolis » lui offre quelques moments de bravoure, mais dans le climat général d’héroïsme trop de la balle asséné à coup de flonflons que n’aurait pas reniés un Roland Emmerich, je suis restée sur ma faim.

Globalement, « La Fondation » forme un cycle hétérogène, qui peine un peu à trouver une cohérence, mais qui impose des personnages très bien caractérisés que j’aurai plaisir à retrouver dans « La Sainte ». Dommage que la qualité soit décroissante, et surtout, dommage que l’écriture m’ait à ce point déçue sur le dernier tome.
Venant de commencer « Garde d’Honneur », j’ai pu me rassurer sur les 20 premières pages, où le Dan Abnett que j’aime semble de retour.

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