Baboulinet le Barbare.

Ah comme je suis embêtée…

Je ne voulais pas dire du mal de celui-là.

Mais je suis obligée.

Crap.

Saperlipopette.

Il ne sert à rien de jouer les étonnés, David Twohy avait annoncé assez tôt que « Riddick » serait un genre de retour aux sources pour sa franchise, cherchant à revenir à une production moins ambitieuse que le furent « Les Chroniques de Riddick ».
Mais il ne sert à rien de se mentir non plus, « Riddick » est plus un reboot maladroit qu’un numéro trois jusque boutiste et inspiré, comme l’avaient été les deux précédents opus.

Non pas que David Twohy et Vin Diesel se fichent de la gueule du monde (enfin si, un peu quand même). Ils livrent en fait un spectacle pulp, décomplexé, doté de très belles qualités narratives et visuelles, mais qui échoue à prendre la continuité des Chroniques, tout comme il est incapable de s’affranchir de « Pitch Black », l’illustre et cultissime modèle.

Riddick n’est pas un grand héros populaire.

Et c’est bien là que le bât blesse ici. Tristement, Riddick, le personnage titre qui porte à lui tout seul l’univers inventé par Twohy (à la manière d’un Conan chez Howard, qui est d’ailleurs la source d’inspiration déclarée de de Twohy), n’a rien du héros iconique connu et adulé par toute une génération.

« Pitch Black » avait été en son temps un échec cuisant au box-office et ne s’était rattrapé qu’à la faveur d’une exploitation vidéo relayée par le bouche à oreille du tout geek. Le criminel le plus recherché de l’espace s’est imposé ainsi, en off, loin du grand public, au travers d’un survival impitoyable et brutal.

Arrivé sur les écrans 4 ans plus tard, « Les Chroniques de Riddick » avaient d’ailleurs assez peu capitalisé sur ce premier volet, investissant dans une intrigue solide, des personnages souvent inconnus des spectateurs qui n’avaient pas tous vu « Pitch Black », loin s’en faut.
Twohy répondait finalement intelligemment à l’insuccès de son premier opus, tout en présentant un projet cette fois plus apte à drainer les foules.
Que l’on aime ou pas l’esthétique particulière des « Chroniques », il faut au moins lui reconnaitre une volonté d’exprimer de grandes ambitions, un souffle épique et une fidélité absolue envers son héros dont les choix et le destin gagnaient en complexité.
Le public pouvait parfaitement découvrir Riddick sur ce seul film qui agissait comme une remise à zéro, utilisant le film précédent comme un élément de background suffisamment développé pour apporter de la profondeur sans parasiter l’histoire.

Malheureusement, « Les Chroniques » se sont furieusement vautrées au box-office, et Twohy n’eut plus qu’à batailler ferme, avec Vin Diesel, pour extraire un troisième film des affres de cet échec.

Il leur a donc fallu 9 ans pour présenter « Riddick », sur lequel les studios ne comptaient plus, on dut se contenter d’un petit budget. Pas le genre de contingence qui gêne Twohy, soit dit en passant, mais qui reflète bien le climat délétère qui a baigné la production du film.
9 ans, soit autant de temps pour le grand public pour oublier Riddick, les Chroniques, bref, toute l’intrigue mise en place autour de notre héros, devenu malgré lui le grand gourou d’une secte spatiale d’adorateurs de la mort, seul survivant de sa planète, la mythique Furya.

Aucun des deux films précédents n’ayant réalisé un succès conséquent auprès du public, Twohy a dû finir par se dire qu’il était temps de renoncer à faire de Riddick une figure de premier ordre de la pop culture. Et décidé de revenir à une production de niche, en reprenant en gros la recette de « Pitch Black.
S’en tenir aux gros geekos pour qui Vin Diesel n’est connu qu’au travers de ce seul et unique rôle était un bon calcul. Reproduire la magie de « Pitch Black » une bonne idée.
Mais alors que « Les Chroniques » avaient mis en place toute une mythologie autour de notre furyen favori, « Riddick » impose une rupture franche, abandonne les pistes du précédent film et se contente de reboot « Pitch Black » en moins bien.

Riddick ce n’est pas « Un Homme et son Chien ».

« Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark » => je confirme, le salami y est hors de prix.
Mais visiblement, il y a également quelque chose de pourri en Riddick. Et l’arc qui m’a fait mourir de l’intérieur et qui m’a fait mal à Furya, ça a été l’histoire du chien.

Avec sa grosse voix qu’on aime tant, Baboulinet nous explique qu’il a déconné. Qu’il s’est civilisé et que ça, c’est pas bien, beuhah (et on peut assez facilement voir dans cet aveu la note d’intention du réalisateur, souhaitant revenir à la formule de « Pitch Black » après son incursion dans le blockbuster que furent « Les Chroniques »). Alors il faut qu’il cherche l’animal qui est en lui, beeeuhaaah, même que c’est pour ça qu’il contemple la géante gazeuse couchante à poil, devant une grotte. Fuck yeah, back to the ballz.

Et donc Riddick adopte un chien choupi.

Même qu’il PARLE à son chien choupi. Qui lui fait des blagues genre « donne la baballe à papa… Choupinet ! Donne la baballe à papa ! » ou « Ouahouah, je fais mine de t’attaquer ouah« , « Beuah, le gentil chien, t’as fait peur à Baboulinet !« 
Ou encore, parce qu’il y a de quoi faire un florilège avec cet animal, le super gag du chien qui pisse sur les enchiladas en sachet : « Mange Kiki, c’est de la nourriture pour chien, beuah. »

Mais…

Je…

Quoi ???

ELLES SONT OU LES BALLZ

Parties, envolées, pula, éventées au son de cette foutue bande originale qui te balance un morceau comique quand Riddick joue avec son chien.

On est chez Twohy ou chez George Lucas là ?

Que Riddick ait un chien n’est pas un problème. Quand on voit la planète sur laquelle il atterrit, on se dit qu’un side kick ne serait pas de refus, mais le souci, c’est, surtout quand on a le malheur de connaître le personnage depuis les deux précédents films, de le voir faire mumuse avec le meilleur ami de l’homme.
Il y avait sans doute d’autres moyens de faire exister cette relation entre l’homme et l’animal, en l’érigeant justement en symbole de la renaissance de Riddick. Venu chercher son animalité, je le rappelle.

Ayant versé ma bile sur le chien je peux maintenant passer sereinement au reste.

Riddick, c’est brillant pendant une demie heure.

La première partie du film, survivor extrême auquel même Bear Grylls n’aurait pas survécu, est franchement brillante.
Elle résume en quelques minutes l’essence du personnage principal dans un long enchainement de séquences silencieuses. Ouais, comme dans « Conan » de Milius. Et franchement, cette ouverture tabasse presque autant.
De quoi entretenir un espoir pour la suite.
Bien sûr il y a quelques avertissements disséminés en chemin comme la séquence de flashback rendue pauvrette par un budget ultra serré (mais une esthétique blafarde absolument parfaite), qui expédie tous les acquis des « Chroniques » afin de poser sans grande inspiration le contexte de « Riddick ».
On découvre donc que le pouvoir rend mou et con, et que Baboulinet s’est laissé berné par un mensonge de Karl Urban. Faut le faire : le mec joue le mec qui ment très mal avec tellement de conviction que même Sansa Stark aurait vu l’embrouille venir.
Mais pas Riddick, persuadé qu’on le renvoie sur Furya en grande pompe, avec un sandwich pour la route.
Mouais, le pouvoir t’a vraiment rendu tout mou et tout con…

Autre sonnette d’alarme, qui intervient quasi dès la conclusion de cette introduction, la super scène de mise à mort du scorpalien.
Oui, un scorpalien. Je ne sais pas trop quel autre nom donner à cette bête.

Riddick veut quitter le désert où il a été laissé pour mort et rejoindre une plaine fertile de l’autre côté d’un défilé gardé par un scorpalien vivant dans une mare. Sacrément profonde, la mare, pour contenir un bouzin pareil.
Pendant plusieurs semaines, il va donc se fabriquer des armes, s’immuniser au poison de la bête, établir une stratégie de combat en étudiant des peintures rupestres => montage.
Afin, le grand jour est venu, Riddick se présente devant la mare, le scorpalien sort, c’est un peu chaud, il se fait chaquer la jambe mais dans un geste d’un badassitude folle (<3Baboulinet<3) terrasse le monstre. Fin de la trajectoire campbelienne contenue dans la première partie du film donc, merci d’être venus.
Mais alors que notre Furyen s’auto-congratule tout en faisant des grimaces à son chien, un autre scorpalien trois fois plus gros que l’autre sort de la frakking mare (qui doit faire un truc comme 158 mètres de profondeur pour 3m de diamètre).
Ni une, ni deux, Riddick chope son clébard feinte/contre feinte et OS le scorpalien géant.

Et là, t’as juste envie de dire « un entraînement digne d’un commando marine, des injections de venin, de la préparation mentale de oufzor et il épingle le scorpalien géant en 2 secondes, frisou les moustaches ?? On se fout pas un peu de notre auguste gueule céans ?  »

Oui, cet ajout inutile d’un autre scorpalien, qui détruit le climax de la mise à mort du premier était le dernier avertissement. Car par la suite, les choses ne vont faire que se gâter.

Katee Sackhoff ce n’est pas que Starbuck. C’est aussi Starbuck période chiante.

Parce que l’on pourrait regarder Riddick buter des animaux chelous de manière tour à tour féroce et créative pendant des heures, lorsque vient le moment d’introduire les autres personnages, on sent très vite que se sera quitte ou double.

Le fait que l’immense majorité des mercenaires n’aient pour moi pas du tout fonctionné à l’écran tient en beaucoup de facteurs.
Premièrement, il y a le doublage calamiteux de ce film. Je ne sais pas si ça passait mieux en VO mais en VF, les trois quarts des répliques tombent à plat, même quand elles sont cessées être bien badass.

Ensuite, l’utilisation de certains personnages comme ressors comiques s’avère plus hasardeux. Autant certaines situations font mouche, y compris les moments gore, autant le traitement du chef de la première équipe, Santana, est d’une maladresse confondante.
On commence par nous présenter un type sadique qui viole ses prisonnières et les abat froidement pour, une fois la seconde équipe posée, le faire devenir un bouffon tout juste bon à se ramasser des mandales.
Le seul moment où il semble à nouveau un peu dangereux réside dans ses échanges avec Starbuck, mais Katee Sackhoff joue tellement mal que j’avais du mal à reprocher ses envies de meurtre à Santana (c’est simple, maintenant, quand je la vois, j’ai tout le temps envie de hurler : « AIRLOCK !!! »).

J’en profite pour décerner un prix d’ailleurs. Un Prometheus Award, l’équivalent du Darwin pour un personnage de fiction qui provoque sa propre mort de façon complètement stupide et illogique.
Alors qu’ils passent un temps fou à expliquer l’importance d’enfermer les nodaux des deux vaisseaux dans l’armoire scellée par une bombe, une fois cette dernière désarmée pour vérifier si, par hasard, Riddick ne serait pas parvenu à forcer le coffre ni vu ni connu, ils laissent l’armoire grande ouverte et s’en vont tous faire d’autres trucs comme une pédicure, un glaçage sur des cupcakes ou du macramé.
Et se font voler les nodaux.

*clapclapclap*

Entre l’équipe de boulets de Santana et la l33t t34m de Jones, la dynamique ne dépasse jamais le concours de kiki, et très vite, à les voir se mettre sur la tronche avec pareille puérilité, on se dit qu’ils vont tous servir de garde-manger à Riddick.
On attend cela, même.
Comme si le film, après nous avoir montré le combat d’un homme pour sa survie sur une planète hostile, devenait en quelque sorte cette nature meurtrière abattant les mercenaires, symbolisant cette civilisation que Riddick voulait tant rejeter. On serait alors revenus aux fondamentaux de ce mec inquiétant et mystérieux que l’on avait découvert enchainé dans les entrailles d’un vaisseau 13 ans auparavant.
« Riddick » serait devenu une sorte de reboot d’ « Alien » ou de « The Thing » et aurait ainsi évité de nous servir une resucée de « Pitch Black ».

« Riddick », c’est « Pitch Black ».

Après « Man vs Wild », après « Men vs Starbuck », voici « Twohy vs Pitch Black ». Ou comment reprendre exactement la même recette que le premier film, mais en en limitant le développement aux trente dernières minutes. Et mal, qui plus est.

On se souvient que dans « Pitch Black », une fois la station découverte, s’enclenchait un compte à rebours pour quitter la planète avant que les bêbêtes nyctalopes ne bouffent jusqu’au dernier passager. Plus de la moitié du film était occupée à suivre les personnages principaux sur un terrain saturé de créatures affamées. L’omniprésence de cette menace grouillante, la fragilité de la survie, le système D pour faire 3 mètres de plus, juste trois mètres et ensuite on verra bien, tout cela était mené de main de maître, sur l’évolution progressive du personnage de Riddick. Non pas en lui-même mais dans le regard des spectateurs qui apprenaient à découvrir, en même temps que les autres personnages, la nature de ce criminel.

Dans « Riddick », les monstres arrivent non plus avec la nuit mais avec la pluie. Ce qui revient en fait au même car ici, il semblerait que le soleil se couche lorsque les nuages apparaissent.
Il est bien urbain, ce soleil quand même.
Du coup, Twohy peut recycler aisément l’ambiance visuelle de « Pitch Black » quand bien même l’idée de l’obscurité recelant les pires créatures possibles soit ici dévoyée au profit d’un spectacle qui ne sait pas trop sur quel pied danser. Autant l’action est bien mise en scène, profitant du savoir-faire de Twohy pour mettre en place les combats et les rendre dynamiques au possible, autant une menace à géométrie variable, c’est moyen, quand même.

Dans « Riddick », les monstres semblent parfois grouiller de partout sur la surface de la planète (comme dans « Pitch Black »), parfois s’en être tous allé chez Ikea parce qu’il y avait une super promo sur les étagères et justement, c’est pratique les étagères pour ranger des trucs quand tu vis dans une mare de 155 mètres de profondeur pour 3 mètres de diamètre.

Même problème dans cette scène où les mercenaires subissent l’assaut des scorpaliens sur la station. Et que je défonce les portes, et que je fais « greugreu » et que je plie la tôle du plafond, mais attation, quand Baboulinet prend la parole, moi, petit scorpalien, je respecte la tension dramatique. Je m’arrête et j’attends sagement une plage de silence pour en remettre un coup.
Du coup, c’est bête, mais le spectateur en oublie d’être inquiet pour les mercenaires, pour Riddick, pour tout. Puisque la seule voix du personnage principal suffit à interrompre un assaut juste parce que ça arrangeait le scénario de caser une scène de négociation à ce moment-là, c’est que le père Riddick ne risque pas de caner à la fin. Il n’y a pas vraiment de menace, en fait.
Ce yoyo constant dans le final contribue à atténuer sa charge et donc à faire échouer la pourtant très belle scène de fin, où Riddick se retrouve acculé au sommet d’une falaise.

Mais parce que la menace n’a jamais réellement pris corps et que Twohy par maladresse n’a jamais véritablement mis son héros en danger, le climax final apparait sans enjeux. D’autant plus au regard de sa conclusion…Sérieusement, quoi…

Riddick reste un boss.

Je n’aurais jamais vu « Pitch Black », j’aurais je pense davantage apprécié « Riddick » à sa juste valeur.

Car il faut reconnaître que David Twohy et Vin Diesel aiment à ce point leur franchise et leur personnage principal qu’ils parviennent à injecter une sacrée dose de sympathie dans ce qui reste un demi-raté.

Raté à cause de l’ombre de « Pitch Black ».
Demi parce que mis à part le truc avec le chien, le personnage n’y perd guère, au final. On le découvre proie, puis chasseur, on renoue avec ce qui en fait un mec éminemment dangereux (et beaucoup de passages fonctionnent parfaitement bien sur cette idée seule, comme l’annonce de la mort de Santana).
Et le film offre un sacré spectacle de SF d’action comme on n’en voit plus beaucoup sur nos écrans.
Visuellement le travail est impeccable, c’est souvent créatif, généralement inspiré, il y a une âme derrière chaque intention.
Twohy propose ni plus ni moins qu’un survival mené par un anti-héros où le but premier assumé et atteint est bien de propulser deux heures durant le spectateur dans ce spectacle brutal qui remplit dans le fond très bien sa mission.

Mais « Les Chroniques » ayant posé des questions, on était en droit d’espérer au moins quelques éléments de réponse.
« Riddick » fait l’effet d’un reboot destiné à toucher un plus large public que « Pitch Black » ne l’avait fait en son temps, dans l’espoir, peut-être de relancer la franchise si le succès est au rendez-vous.
Avec des résultats plus que moyen au box-office, il semble que Twohy n’ait pas remporté son pari.

Note : *

PS : la version longue proposera plus de scènes avec les Necromongers permettant de relier la quête de Furya à leur croisade.

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