La rétro : « Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban »

Amis, étrangers venus de terres lointaines (ça faisait longtemps que je l’avais pas casée, celle-là), l’heure est grave.
Car voici venu le temps de parler du volet le plus contesté de la saga « Harry Potter », le film qui divise le plus et qui a d’ailleurs déclenché sur la page Facebook l’envie d’écrire cette rétro.

Pour être parfaitement honnête, la première fois que j’ai vu « Le Prisonnier d’Azkaban », le film m’a déçue sous bien des aspects car je considérais, et c’est encore le cas aujourd’hui, qu’il échouait à rendre claire une intrigue dont les complexes ramifications commençaient à voir le jour dans le troisième tome. L’affaire Peter Pettigrow, la carte du Maraudeur, l’attitude de plus en plus ambiguë de Rogue et l’apparition d’une véritable haine à son encontre de la part de Harry… Tout ceci n’était pas traité avec la clarté voulue et je pense encore qu’un non lecteur doit légèrement galérer dans la conclusion du film pour raccrocher ses wagons.

« Le Prisonnier d’Azkaban » n’est pas exempt de défauts, mais ce que je vais tenter de montrer ici, c’est que les défauts sont davantage imputables à un scénario à la ramasse, toujours du même Steve Kloves, qu’à une réalisation qui enfin semble avoir pris « Harry Potter » au sérieux, s’attachant à raconter quelque chose par l’image en embrassant un regard unique, celui de son héros. Nous ne sommes plus donc spectateur des aventures d’un jeune sorcier dans un décor élégant, mais bien embarqués dans un voyage à l’intérieur de sa tête.

Voilà pourquoi à mon sens, ce troisième film est de très loin le mieux réalisé de la franchise car il traite son sujet comme il le mérite, en respectant un équilibre subtil entre la mise en scène d’un univers fantastique, les aspects humains et le récit d’aventure (et je parlerai donc bientôt de la « Coupe de Feu », qui talonne ce film de très près).

El realisator.

Comme un certain Guillermo del Toro, dans le cercle duquel il gravite, Alfonso Cuaron est un réalisateur mexicain remarqué du grand public vers le début des années 2000. Cuaron appartient à cette génération de réalisateurs qui ont aujourd’hui fait leur trou et attendent la production de leur futur chef d’œuvre, la maturité approchant (la maturité c’est souvent 50 ans Cuaron en a cette année 51 et sort dans un mois son prochain film, « Gravity ». Et je ne vois pas ce que vous permet de dire que j’ai des attentes démesurées vis à vis de ce film. Ahah, vous commencez à me connaitre).

Après le remarqué et sympathique « Y Tu Mama Tambien », il récupère l’adaptation du troisième film « Harry Potter », sa deuxième grosse production américaine après « Great Expectations », l’adaptation de.
Enfin, « grosse production », il faut le dire vite comparé au budget dont il dispose sur « Harry Potter », sans parler de la pression imposée par les studios dans l’élaboration d’un produit calibré à l’extrême.

Quand Cuaron est appelé sur le projet « Harry Potter », il faut se souvenir que l’on navigue encore dans un flou certain, où la Warner affirme vouloir travailler avec un réalisateur différent pour chaque volet, afin de créer une franchise diverse, où chaque metteur en scène apposerait son regard sur l’œuvre de Rowling et apporterait sa sensibilité.
Une affirmation qui fait légèrement sourire quand on considère que les deux premiers films ont été produits par la même équipe. Ceci pouvant s’excuser car les deux premiers volets ont été tournés à très peu de temps d’intervalle, mais tout de même.

On voit d’ailleurs que trois films durant, la Warner se pliera à l’exercice en passant de Cuaron à Newell puis à Yates.
Sauf que ce dernier restera 4 films durant, de très loin les pires de la saga, comme si la Warner avait trouvé en lui le parfait « yes man » apte à emballer des films mal torchés, sans grandeur, sans profondeur, sans magie, sans souffle épique, sans émotion, le parfait produit de consommation de masse qui fait pas trop peur aux petits enfants, hein, faudrait pas qu’ils fassent des cauchemars sur « Harry Potter » quand même.

Ainsi, avec « Le Prisonnier d’Azkaban », on touche au sommet de la franchise, ce temps où elle avait encore un peu d’ambition artistique, et où pour la première fois, on tente d’adapter non pas la lettre, mais l’esprit.

So long, Cuaron…

Quelques années plus tard, ce bonhomme se fendra des « Fils de l’Homme » un sacré foutu morceau de cinéma d’anthologie. En attendant « Gravity » (non, j’en fais pas trop).

« It’s alive !!!« 

Pour la première fois depuis l’apparition de Harry Potter sur grand écran, l’univers semble sortir du carcan de la représentation d’un univers magique forcément fantasmé.
La phrase n’est pas claire du tout, aussi je m’en explique.

Alfonso Cuaron fait le choix intelligent de ne pas représenter le monde des sorciers comme fondamentalement différent du notre. Il ne met pas en scène la magie comme une attraction mais bien comme un élément de décor consubstantiel des sorciers qui le peuplent. Et ce n’est toujours pas une phrase claire.


Ce que je préfère chez les sorciers, c’est leur usage abusif du GIF animé.

Prenons pour exemple la manière dont Cuaron représente désormais les cours. On n’y assiste plus qu’à des leçons de magie destinées à nous montrer quelque chose que les héros pourront réinvestir dans la suite de l’histoire. On y voit également des élèves de 13-14 ans dans une salle de classe. Avec tout ce que cela comporte de chahut, de bavardages, de joyeux capharnaüm lors de certaines leçons.
Non seulement la scène nous renseigne sur des éléments constitutifs du monde des sorciers, mais elle donne de la substance à ces adolescents qui s’envoient des avions en papier, se chamaillent, rechignent quand un professeur leur donne des devoirs, se moquent de leurs enseignants quand ils leurs tournent le dos (ne JAMAIS tourner le dos à des collégiens. Une erreur fatale que beaucoup de professeurs ont commise. On n’a plus jamais entendu parler d’eux….).

Le fait que souvent les élèves tombent l’uniforme pour apparaitre en bras de chemise la cravate débraillée contribue également à crédibiliser Poudlard, puisque ces petits détails affinent la sensation d’avoir non plus à faire à acteurs jouant de jeunes sorciers, mais à de jeunes élèves magiciens allant en cours.

La scène, quasi anecdotique où les garçons de Gryffondor passent leur première nuit à Poudlard à déconner en imitant des bruits d’animaux fait partie de ces petits compléments bienvenus. Parce qu’elle est à la fois « normale » au sens banal du terme (quel interne n’a jamais passé une soirée à faire de la merde avec les copains ?) mais aussi magique. Des ados du monde réel se taperaient des paquets de fraise tagada (ou des joints, c’est selon), les ados de Poudlard se descendent des dragées surprises de Bertie Crochue. Et c’est autrement plus fun, parce que justement, c’est magique.

Cuaron traite intelligemment l’élément fantastique en le percevant non pas comme une attraction, mais comme un élément intrusif dans un environnement naturel. Là où Colombus faisait plus volontiers appel au merveilleux, Cuaron reste donc dans le registre fantastique et ce parti pris, qui n’a pas suscité l’adhésion de tous les lecteurs, loin s’en faut, lui permet de livrer, mine de rien, un film très introspectif et farcis de détails humains.

L’angle d’attaque aurait pu contribuer à amoindrir l’impact de la magie dans cet univers mais il n’en est rien, car Cuaron sait précisément ce qu’il fait.
Prenez le très beau plan séquence dans l’auberge du Chaudron Baveur au début du film. Harry y retrouve les Weasley et Hermione attablés. Tout le monde discute, puis Mr. Weasley entraine Harry à part pour lui parler de Sirius Black. Dans le décor, on peut voir la famille Rouquemoute vaquer à ses occupations, des tas de sorciers et de sorcières chercher des tables, se lever, s’asseoir, passer commande, lire le journal. On croise les avis de recherche animés pour Sirius Black, une pile d’assiettes sales se dirige toute seule vers les cuisines, une théière en lévitation passe dans le champ.
Ce décor foisonnant fait vivre plus efficacement que l’ensemble des deux films de Chris Colombus tout un univers en lui donnant une substance qu’il n’avait pas jusqu’alors. L’abandon de la photographie saturée et des ambiances trop filtrées des deux premiers volets contribue aussi, entre les lumières crues et les filtres gris, à accentuer le réalisme de la mise en scène. Ce n’est plus « Harry Potter au Walt Disney des Sorciers », mais une plongée dans l’inquiétante étrangeté.

Poudlard fait moins décor que vieux château, la passerelle qui fait là son apparition dans la saga devient le décor gothique par excellence où se dérouleront pour le reste de la série toutes les discussions intimes entre les personnages (et qui ici joue pleinement son rôle symbolique car c’est le théâtre entre autre, de la discussion avec Lupin sur les parents de Harry, établissant un pont entre passé et présent, c’est aussi le lieu de passage qui conduit hors de Poudlard, le cocon rassurant de l’enfance, vers le monde dangereux hors les mur, où l’on meurt et où rodent des créatures de cauchemar).
La passerelle d’ailleurs, l’occasion de parler de l’importance que prennent les décors naturels dans cet opus, avec cet accent mis sur le ciel plombé de l’Ecosse, la pluie, la grisaille, qui contribuent largement à donner tout à la fois un ton sombre, et une réalité à l’école de magie. Jusqu’à présent, Poudlard semblait sortir de nul part, désormais, on peut presque cartographier l’ensemble du site et placer ainsi le complexe dans un ensemble plus large incluant le lac, la forêt, la cabane d’Hagrid et le village de Pré aux Lards.

Une cartographie mentale largement dressée par Cuaron dans la sublime scène du vol à dos d’hippogriffe permettant d’embrasser d’un seul regard le panorama, mais aussi dans chaque plan en extérieur, prenant soin de toujours placer Poudlard quelque part dans le champ. Non seulement cela définit-il le château comme l’élément central de la vie de Harry (et de Sirius, comme on le découvre à la fin du film), le havre de paix et le foyer, mais cela sert-il aussi à nous spectateurs, pour nous situer dans le plan d’ensemble.

Bref, Cuaron produit un travail considérable destiné à nous donner l’illusion d’une réalité. On adhère ici plus que jamais à l’existence de ce monde magique, tant il transpire de vérité à chaque seconde.
Et ce travail se double d’une conception du décor non plus comme un simple lieu où faire évoluer les personnages, mais bien un élément signifiant, une composante essentielle de la narration. Tortueux, couverts de lierre ou de mousse, ils sont à l’image de l’esprit de Harry, qui par deux fois déjà a frôlé la mort, et commence à plonger tout à la fois dans les tourments de son histoire personnelle et dans ces de l’adolescence.
Cette orientation gothique pries par la direction artistique est autant une réussite visuelle que la marque d’une réalisation qui sait où elle va et ce qu’elle veut. Bref qui maîtrise son récit.

Analyse, parce que ça mange pas de pain.

« Gnagna tu l’as pas fait sur les films de Colombus grosse méchante, bouhou ! » => parce que je n’aurais rien eu à en dire.
Cuaron, au contraire, met en place de sacrées architectures dans son film (au sens propre comme au sens figuré, ce que j’ai déjà dit plus haut), et démontre ainsi que quand on engage pas un gros pécore, on peut se retrouver avec de jolies petites choses comme la scène chez les Dursley.

Merci mon Dieu, comme dans le film précédent, on n’a pas à se taper les grosses caricatures du premier film. Sauf concernant la tante Marge, dont les lignes de dialogue sont d’une KOLOSSALE FINESSE.
Mais bref.

Pour mettre en scène le monde des Moldus, Cuaron utilise volontiers la caméra portée. Ainsi dans toute cette scène à Privet Drive, aurons-nous des cadres légèrement vacillants que l’on ne retrouvera plus ensuite qu’en de très rares occasions (dont le plan séquence durant lequel Harry, Ron et Hermione s’installent dans le train). Cette astuce donne un caractère de spontanéité au récit qui s’ouvre, véritable petit court métrage. Nous sommes donc dans une banlieue pavillonnaire anglaise des plus banales et nous allons assister à une scène banale de vie quotidienne; presque comme si nous la vivions nous même.
Puis, c’est le point de vue de Harry que nous allons adopter lorsque pendant le repas, nous avons un plan en courte focale sur le chien de la tante Marge.
Sans entrer dans les détails, la courte focale permet de faire entre autres choses des gros plans ayant pour effet de légèrement déformer ce qui se trouve au premier plan. Le chien apparait donc ainsi, en train de se goinfrer une assiette pleine d’une nourriture qui aurait pu être celle de Harry, mais qu’on lui refuse.
Cette vision déformée du chien ce n’est pas Harry qui peut l’avoir puisqu’il est de l’autre côté de la pièce. Ce n’est pas non plus un plan qui s’inscrit dans la logique des précédents, en caméra portée. On est donc là dans une représentation outrancière de ce chien qui symbolise le caractère abject de tante Marge. Limite si la suite de la scène a de l’intérêt après ce plan tant cet insert est éloquent dans la logique d’ensemble.

A partir de ce moment nous sommes donc dans la tête de Harry et c’est à cet instant que tout va également se mettre à basculer, avec le discours insultant de tante Marge sur les parents de Harry qui met peu à peu ce dernier en fureur.
Détail très intéressant reflétant la finesse de la direction d’acteurs dans ce volet, à l’instant où Marge évoque la mère de Harry en des termes peu élogieux, la caméra place le visage de Pétunia au centre du plan. Et on voit distinctement à son expression la tristesse contenue, la colère, le poids du secret et la responsabilité qui sont au cœur même de ce personnage. Bien sûr, à ce moment là, le spectateur ne va sans doute pas chercher ce type de détail car il est supposé ignorer une partie de l’histoire des sœurs Evans. Mais ce genre d’attention fait toujours plaisir à voir car cela montre une volonté de penser plus loin que le volet en cours.

La suite de la scène est tout aussi intéressante car on y voit pour la première fois l’irruption de la magie. Après avoir brisé le verre de Marge qui a traité son père d’alcoolique, Harry se met à faire enfler cette dernière suite au couplet sur sa mère. Et d’une scène banale presque issue du drame social anglais dans un pavillon de banlieue tout ce qu’il y a de plus classique, Cuaron met en scène l’irruption du fantastique dans ce quotidien assommant. Et il ne se contente pas de le faire en montrant des trucs et des machins bizarres.
Souvenez-vous de la scène des lettres dans le premier volet ou du méchant tour de Dobby dans le deuxième.
Et maintenant observez comment Cuaron ne se contente pas de faire enfler tante Marge. Il abandonne soudain sa mise en scène « réaliste » pour faire basculer le film dans un rythme totalement différent. Premièrement, il y a ces éclairages qui clignotent et ponctuent toute la scène de leur rythme lancinant. Puis il y a cette valse de John Williams qui affirme haut et clair le caractère musical de cette scène qui passe son temps à jouer sur les rythmes et les motifs. D’abord celui imprimé par le corps de Marge qui enfle petit à petit, morceaux par morceaux. Ensuite ce double gag d’un bouton venant frapper Dudley au visage. Il ne s’agit pas seulement de comique de répétition, mais bien d’un motif rythmique qui ponctue la scène et lui donne son dynamisme. Ce n’est pas un hasard si la scène s’achève sur ce même Dudley regardant fasciné un écran de télévision diffusant une compétition de danse où un couple exécute un tango, à mille lieues de la valse aussi grotesque que ridicule de Vernon et sa soeur.

Cette astuce, cette idée de faire basculer brutalement une scène presque téléfimesque dans quelque chose approchant la comédie musicale, fonctionne au delà de la volonté de créer une rupture entre monde réel et monde magique.
Premièrement, cela définit le monde magique lui-même comme plus fantasque, plus gai, plus extrême que le quotidien grisâtre. Cette définition non plus liée à la photographie comme c’était le cas chez Colombus, mais au rythme et à la musicalité, permet à Cuaron de jouer non plus uniquement sur ses éclairages, mais de faire parler toute sa mise en scène, conditionnée à partir de cette unique séquence. Il peut ainsi se permettre une photographie plus terne à Poudlard, en phase avec son propos et l’état d’esprit de son héros, puisqu’il sait que ses effets de réalisation se suffiront à eux-même.

Autre scène très intéressante, le plan séquence dans la salle commune du Chaudron Baveur évoqué plus haut. On y suit donc Mr. Weasley et Harry sous des arcades, progressant vers la caméra dans une lumière de plus en plus ténue. En arrière plan, des affiches représentant un Syrius Black déchainé exposent la menace sans que l’on ait besoin d’entendre les avertissements de Mr Weasley. Rapidement, ses coups d’oeil inquiets vers la salle nous alertent, ainsi que sa manie d’écarter Harry dès qu’un client s’approche trop près, risquant de surprendre leur conversation.
On sent très vite une certaine paranoïa s’installer dans cette mise en scène (un sentiment oppressant qui est très présent dans les livres mais pas du tout dans le scénario, malheureusement).
Et cette paranoïa se double rapidement du sentiment de claustration qui plombe littéralement Harry toute l’année scolaire durant. Reclus à Poudlard pour sa protection, il y tourne comme un lion en cage, mais en attendant de voir cela, Cuaron nous le présente déjà enfermé dans cette image finale du plan séquence où lui et Mr. Weasley se retrouvent dans une alcôve, dans le noir, tous les deux enserrés entre deux murs. Ce rétrécissement de l’espace annonce aussi bien la future claustration de Harry qu’il figure le piège qui semble se refermer sur lui.
Et voilà, ça n’a l’air de rien, mais tout ceci est brillant. Et il est vraiment dommage que cet aspect oppressant du livre ne soit pas plus présent dans le film. Un peu comme dans « La Chambre des Secrets », l’agaçant personnage de Nigel le stalker avait été rejeté au point de perdre tout son intérêt.

Et j’ajouterai que le choix d’un plan séquence, LE truc de Cuaron (remember ce chef d’œuvre que sont « Les Fils de l’Homme » et son prochain film « Gravity », qui sera presque exclusivement composé d’un nombre très limité de ces plans séquences), contribue dans cette scène à renforcer le côté « vrai » de la description du monde des sorciers.

J’ai évoqué plus haut la notion de musicalité concernant la scène de la tante Marge, or cette notion est présente à de multiples reprises dans le film. Prenons par exemple la scène où Mr Lupin présente l’épouvantard à ses élèves. La musique, qui appartient alors au décor, elle est dans l’histoire, c’est un personnage qui la déclenche et tous peuvent l’entendre (on parle alors de musique intra-diégétique, dans l’histoire), est destinée par Lupin à dédramatiser les visions que ses élèves vont avoir quand ils seront face à la créature. Puis, elle devient peu à peu extra diégétique en ceci qu’elle rythme complètement la scène jusqu’au passage de Harry. Extra diégétique signifie que les personnages du film n’entendent pas eux même la musique, qui est alors destinée à habiller l’image (comme le fait une bande originale de film). On note d’ailleurs qu’à la fin de la scène, lorsque l’Epouvantard se dresse face à Harry, le morceau de jazz s’arrête net, remplacé par une piste plus inquiétante. Pourtant, Lupin n’a pas arrêté son tourne-disque, preuve que le morceau a bien à un moment, traversé le 4e mur pour devenir non plus un élément du décor, mais un élément de la narration et de la réalisation.

Autre scène très musicale sans en avoir l’air, la remise de la Carte du Maraudeur par George et Fred. Les jumeaux maléfiques entrainent Harry dans une poterne pour lui expliquer le fonctionnement de cet item légendaire dont on a tous rêvé un jour. Alors que la mise en scène est fondée sur un simple champ/contre-champ, les voix des Weasley sont seules créatrices de rythme.

Leurs répliques s’enchainent sans temps morts, l’un finit les phrases de l’autre, et tous les élément importants sont dits en chœur. Difficile de faire plus musical dans la construction.
Voici comment une banale scène de dialogue devient un petit moment assez jouissif à l’écoute, et comment ce qui n’aurait pu être qu’un énième échange verbeux devient un joli et amusant échange verbeux.
A mon avis, ce type de petites scènes ne fait que renforcer l’adage selon lequel ce n’est pas l’histoire qui importe, mais la manière dont elle sera racontée.

A l’intérieur.

Il ne faut pas non plus entièrement blâmer Chris Colombus concernant le manque de profondeur de ses deux premiers « Harry Potter » car force est de reconnaître que la matière était un peu moins riche. Le troisième livre était vraiment l’entrée de Harry et ses amis dans l’adolescence et donc l’occasion d’en explorer les vicissitudes.
Et en la matière, le film ne se rate, pas, regardez-moi cette incroyable acné sur le visage de Percy Weasley !

Blague à part, c’est avec « Le Prisonnier d’Azkaban » que l’on commence à voir vraiment Harry évoluer et il ne fallait en aucun cas manquer ce coche.
Si comme toujours le scénario se contente trop souvent d’être illustratif, on peut rendre à Cuaron ce qui lui appartient en reconnaissant nombre d’idées inventives qui apportent une vraie profondeur, une noirceur au récit.

En gros, « Le Prisonnier d’Azkaban » est à « Harry Potter « ce que « L’Empire Contre Attaque » était à « Star Wars ».

On l’a dit plus haut, le film se love plus volontiers dans des tons sombres, pour ne pas dire glauques, comme ce très beau plan du Poudlard Express traversant l’Écosse sous une pluie battante.
L’ambiance plus chafouine ne reflète pas seulement une certaine réalité géographique (et que les Écossais qui zonent sur ce blog ne viennent pas me dire le contraire ! ON SAIT ! Comment ça y’a pas d’Écossais sur ce blog ?) mais surtout les humeurs de notre Harry.

Prenons un exemple tout bête avec la scène qui suit immédiatement l’attaque du Détraqueurs dans le train. Harry vient de revivre la mort de sa mère, son souvenir le plus traumatique et le plus douloureux. De plus, il vient de subir l’aura de désespoir du Nazgul Détraqueur. En discutant avec Ron et Hermione, tous les trois réalisent manquer de mots pour décrire l’expérience qu’ils viennent de vivre. Harry lui, en est incapable.
Alors la scène se conclut par notre binoclard se regardant dans la fenêtre du train. De l’autre côté règne l’obscurité et le reflet de Harry se détachant en gris sur ce fond noir est littéralement baigné des gouttes de pluie ruissellant sur la vitre.
Cette astuce du visage se reflétant sur une vitre trempée de gouttes est un grand classique au cinéma, permettant de montrer sans avoir à le faire exprimer par des mots ou un jeu d’acteur, la détresse intérieure du personnage (par exemple, dans « The Social Network », l’astuce est utilisée sur le personnage du hiératique et insensible Mark Zuckerberg, mais on peut en trouver aisément des milliards d’autres). Ici, c’est on ne peut plus éloquent. On verra dans le prochain film que Mike Newell utilise lui aussi cette astuce sur le personnage de Neville, mais dans un but différent : en gros, pour teaser un peu, Newell fait usage de ce plan (avec un vitrail) pour exprimer les larmes que Neville ne pleure pas alors que Cuaron s’en sert pour traduire une indicible expérience par l’image.

On retrouve ensuite très rapidement Harry au premier cours d’Hagrid, à l’occasion de cette fameuse chevauchée à dos de Buck (une animation très réussie).
Cette scène est fabuleuse pour de nombreuses raisons : déjà parce qu’elle est plastiquement superbe, ensuite parce qu’elle peut se lire de diverses façons.
Harry, comme tout le monde, a des aspirations à la liberté et à l’accomplissement personnel qui s’expriment au grand jour dans cette séquence. Voilà pour le premier point « universalité de la scène« .
Ensuite, il vient de subir l’attaque du Détraqueurs à peine quelques jours plus tôt. En chemin vers le cours, Drago Malefoy ne se prive d’ailleurs pas pour le lui rappeler. Notons d’ailleurs que ce rappel vaut tout autant pour le spectateur, précisément à cause de ce qui va suivre.
Car le vol à dos d’hippogriffe est une sorte de transfiguration de la scène du train. Cette dernière avait lieu en fin de journée, sous la pluie et le train était immobilisé au dessus d’une étendue d’eau.

Celle du vol se déroule en début de matinée, sous le soleil, sur une monture en mouvement rapide qui achève sa course en survolant le lac.
Le renversement complet de chaque élément fait de cette scène une séquence de guérison pour Harry qui parvient enfin, en touchant à la liberté et à l’ivresse de ce vol, à dépasser son traumatisme.
Ce motif du vol=liberté est confirmé à la fin du film qui montre Syrius s’échappant de Poudlard sur le dos de Buck, puis renforcé par le plan final de Harry s’envolant sur son Eclair de Feu flambant neuf, dans un ultime vol cathartique. On peut même voir dans l’envol de la tante Marge un autre avatar de ce vol libérateur, appliqué à un tiers pour le moins horripilant.

L’environnement général autour de Harry est lui aussi modifié en fonction de son nouvel état d’esprit. Adolescent tourmenté par une histoire personnelle tragique, un environnement familial pour le moins dysfonctionnel, sans parler du fait que tous les ans depuis qu’il a intégré l’école, quelqu’un essaie de le tuer, Harry ne peut plus voir Poudlard comme le cadre enchanteur qu’il était autrefois. Peut-être aussi peut-on considérer que l’habitude aidant, il commence à voir le château et ses professeurs (Dumbledore en particulier, j’y reviendrai) sous leur vrai jour.
Le passage aux lumières crues, comme je l’ai déjà dit, contribue à accentuer le caractère « réel » de Poudlard, davantage vieux château que décor de cinéma, mais on peut aussi noter un petit détail qui m’a vraiment frappée au visionnage : le train ne semble plus du tout le même. Certes, avant, il sentait déjà le vieux train, mais il avait un côté rétro, cosy, qu’il n’a plus du tout dans ce film. On jurerait un train de banlieue des années 70. Et la lumière blanchâtre qui y est utilisée accentue encore cette sensation étrange, cette envie jusqu’à présent inédite que le voyage ne s’éternise pas trop.
Amusant comme ce petit changement dans le décor suffit à modifier radicalement l’ambiance générale, comme il prépare le malaise lors de l’irruption du Détraqueur.

Ah ! Dans le genre truc qui fout mal à l’aise et qui ne m’avait pas du tout frappée au cinéma, alors que là…
La scène d’ouverture…
Eh, oh, Alfonso…
Il fait quoi en cachette, tout seul sous ses couvertures, le petit Harry ? => il joue avec sa baguette magique => ah, c’est donc comme ça qu’il l’appelle…
Sérieusement, impossible de revoir cette scène maintenant, surtout pas avec son « Lumos Maxima ! » final sonnant un rien comme un cri de satisfaction, sans penser à des trucs pas propres.
Dans le genre introduction efficace au monde de l’adolescence, ça se pose là.
Dirty Harry, va …

De l’art délicat de développer des thématiques.

Autre avantage d’avoir un monsieur sérieux à la réalisation, le traitement des thématiques est fait de manière cohérente et intelligente.

La notion de temps est par exemple extrêmement importante dans « Le Prisonnier d’Azkaban » car elle est au cœur même du climax (un climax sur les boucles temporelles particulièrement bien traité car parfaitement cohérent dans sa logique. Une rareté, GG Mrs Rowling).
Loin de se contenter de faire apparaitre Hermione en cours par magie, au prix d’un montage astucieux et sans effets particuliers, soit dit en passant, ou de montrer de temps à autre le Retourneur de Temps, Cuaron, tapisse son film d’allusions au temps qui passe. Tout d’abord, en forme de gag mais trouvant pleinement sa place dans cette thématique, le Magicobus et ses distorsions temporelles. Ensuite, les plans récurrents sur les horloges de Poudlard et l’utilisation dans la seconde moitié du film, de tic-tac d’horloges. Le temps long est aussi dépeint par les plans sur le saule cogneur qui sert de repère visuel pour le passage des saisons.

Point noir du film, d’ailleurs, on passe bien trop vite sur le déroulement de l’année scolaire. J’ai reproché à « La Chambre de Secrets » de se plier trop volontiers à l’exercice de la redite mais quelques marqueurs temporels comme les fêtes de Noël ou d’Halloween n’auraient pas été de trop pour poser quelques jalons dans l’histoire qui semble se dérouler un peu trop vite (alors que le film dure tout de même 2h20). Un comble dans un volet qui a pour thématique la notion du temps.

Au sujet de ce thème du temps, je ne peux pas m’empêcher de penser que la présence de la musique dans ce film soit liée à l’exploration de cette thématique ou du moins raccrochée à elle. Le rythme du balancier indique l’écoulement du temps, mais fait aussi figure de métronome, de même que le tic-tac des horloges.
Je remarque aussi que pour la première fois en deux films, John Williams s’est fendu de thèmes musicaux additionnels et qu’il a également ajouté nombre de musiques d’ambiance à sa bande originale. La musique est présente dans cet « Harry Potter  » au-delà de son simple rôle illustratif. Elle est souvent à la frontière entre l’intra et l’extra diégétique, comme on l’a vu dans la scène de l’épouvantard et semble utilisée à la fois comme élément du décor et comme instrument de narration : exactement comme le thème récurrent des horloges, justement.

Le thème de la métamorphose est également au coeur du récit et il prend à la fois des allures de ressors de l’histoire et de métaphore.
Rappelons que « Le Prisonnier d’Azkaban » est le premier pas de nos jeunes héros vers l’adolescence, où Harry se tripote la baguette sous les draps, où Ron et Hermione commencent à développer une relation ambiguë, et où donc, les corps changent. Plutôt que de causer de protubérances se développant sur Hermione ou de Biactol version sorciers, JK Rowling avait fait le choix de traiter ce bouleversement en mettant au cœur de l’intrigue principale de son troisième roman la métamorphose.
Un thème dont le caractère central n’apparait guère dans le film car le scénario évacue les éléments concernant les pouvoirs de la bande à Potter Senior, oubliant même de lui attribuer la paternité de la carte du Maraudeur.

Parler d’échec à traiter ce thème n’est pas totalement juste toutefois ne serait-ce que pour la superbe scène de la transformation de Lupin. Et tout ce qui s’en suit.
A aucun moment Cuaron ne craint de choquer son public, allant le plus loin possible dans la mise en scène de l’horrible déformation des corps (Lupin mais aussi Peter Pettigrew ont droit à des métamorphoses assez perturbantes), faisant sans peine basculer son film dans l’horreur pure, dans une scène de course poursuite dans la forêt très Hammer like.

A noter un détail, d’ailleurs, tant que j’y pense : j’ai râlé sur la scène de la forêt hantée dans le premier film en disant qu’elle faisait trop studio. Dans « Le Prisonnier d’Azkaban », lorsque les héros sortent de sous le saule cogneur, on peut aussi noter le côté factice du décor au premier plan (je pense que se sont aussi les joies du Bluray, ça), un aspect que Cuaron compense en jouant tout bêtement sur sa profondeur de champ. Le lac reflétant la lune en arrière plan compense largement le décor de studio, de la même manière que son jeu sur la structure des arbres dans la scène de course poursuite annule le côté fake.
Des astuces tout ça, des astuces.

Est-il possible de lier tous ces thèmes ensemble ? Bien entendu que le temps et la métamorphose des corps sont des préoccupations au cœur de l’adolescence, période charnière entre une enfance que l’on fuit sans vouloir la quitter et un âge adulte auquel on aspire mais qui terrifie dans le même temps. Tout comme nous terrifie ce corps qui change et nous trahit.

Il est heureux de noter que le film en mettant au moins un de ces deux thèmes en avant et en se fendant de scènes très efficaces pour illustrer l’autre (même s’il est sous exploité), n’a pas sacrifié à la manie de la franchise de se contenter comme toujours de la surface.

Il aurait suffit d’un scénario intelligemment écrit pour que « Le Prisonnier d’Azkaban » soit une pure merveille.

Les couloirs du temps.

Un titre de paragraphe qui n’a pas qu’à voir avec le look de Dumbledore dans cet opus, qui fait légèrement penser, involontairement, au mage Eusebius dans « Les Visiteurs ».

Ah, en parlant de ça…
« Le Prisonnier d’Azkaban » a aussi grandement déçu les fans de la saga en raison du changement d’acteur pour incarner Dumbledore.
Initialement joué par Richard Harris, le mentor de Harry apparaissait comme un vieil homme fatigué, la figure du vieux sage par excellence. Lorsqu’il meurt des suites d’un lymphomes en 2002, la production le remplace par Michael Gambon, de 10 ans son cadet et en parfaite santé (la preuve, son dernier enfant est né en 2009), un acteur qui envoie en général du bois, sauf dans le rôle de Dumbledore.

Difficile de dire après avoir vu les 6 films dans lesquels il incarne ce personnage s’il y a pris le moindre plaisir, ou même s’il s’est un jour senti concerné par ce qu’il faisait. Dans « Le Prisonnier d’Azkaban » il limite la casse en étant finalement très peu présent à l’écran mais je reviendrai plus tard sur son jeu à la limite du « j’en ai rien à foutre, c’est par où la compta ? » dans « Le Prince de Sang Mêlé ».

Disons que pour l’heure, le film a gagné un Dumbledore plus dynamique, plus ambigu aussi, qui n’apparait plus tel le papi gâteau bienveillant mais davantage comme un personnage multifacette. Un parti pris qui convient bien au nouvel état d’esprit de Harry, qui en grandissant commence à porter un regard plus nuancé sur les choses, un état de fait qui, je l’ai dit plus haut, se ressent dans le décor torturé d’un Poudlard largement modifié par rapport au volet précédent.

Mais revenons à ce final et à la manière dont il est emballé. « Le Prisonnier d’Azkaban » a une conclusion en triple climax. Un truc que l’on trouve très souvent au cinéma pour apporter plus de rythme et d’intensité.
Premier climax : la révélation du vrai rôle de Sirius dans la mort des parents de Harry.
Deuxième climax : l’assaut des Détraqueurs qui se conclut lorsqu’à Harry se réveille à l’infirmerie.
Troisième climax : le retour dans le passé et la résolution des problèmes de la première ligne temporelle dans la seconde.

Premièrement, il faut saluer la construction de ce final, surtout la gestion du retour dans le passé par JK Rowling qui s’appuie sur une logique à laquelle elle ne dérogera jamais. Mine de rien, traiter de voyage dans le temps n’est pas évident. Il faut choisir une logique et s’y tenir jusqu’au bout sous peine de voir l’édifice se fragiliser (c’était le cas dans le pourtant très bon « Looper » l’année dernière).
Mais ce n’est pas tant là que je voulais m’arrêter car c’est surtout la mise en scène du deuxième climax qui m’intéresse.
Il s’agit d’un passage pour le moins riche en dialogue qui aurait peut-être gagné à se trouver traité sous forme d’au moins un flashback, histoire de rendre l’affaire plus claire pour les non lecteurs, sans doute encore plus désarçonnés que Harry par la réception de toutes ces informations.
Les principaux protagonistes de l’histoire se trouvent réunis dans la désormais fameuse cabane hurlante où Remus Lupin venait se réfugier les nuits de pleine lune pendant sa scolarité, et qui sera le futur QG de Voldemort lors de son grand retour.
La scène débute sur un quiproquo avec Sirius Black retenant Ron que ses amis tentent de délivrer. Puis Remus Lupin fait irruption et révèle être un ami de Black. Harry qui pense toujours que ce dernier veut sa peau croit que son prof préféré l’a trahi, d’autant plus lorsque les deux hommes se fendent d’un « aller, tuons-le » enjoué.
Puis alors qu’Hermione s’interpose, Sirius explique ne pas vouloir de mal à Harry, et désigne Ron. Aucun des enfants ne comprend plus rien jusqu’à ce que la lumière soit faite sur la véritable nature de Croutard, le rat que Ron tient entre ses bras.

Bref, les révélations vont très vite, ça fuse dans tous les sens, on y retrouve un certain sens du rythme propre à Cuaron dans ce film, mais surtout, on observe que la désorientation de Harry, lui aussi pris dans le flot de ces informations contradictoires, est transcrite à l’image grâce à un décor sans cesse en mouvement. Les portes battantes de la salle claquent contre les murs, ceux-ci tanguent légèrement, bref, toute la cabane semble participer à ce chaos apparent, à cette perte de repères.
C’est là encore une habile manière de faire passer à l’écran des informations sur l’état d’esprit du personnage principal que l’on aurait certainement pas trouvé chez Colombus.

Au passage, j’aimerais aussi faire un point rapide sur un moment un peu gênant dans l’adaptation que j’ai déjà évoqué : l’absence des Animagus.
Dans le film, ils sont traités par une simple allusion de Rogue durant le son cours. Ensuite, on devra faire le rapprochement entre cette information qui passe très vite, et les pouvoirs de métamorphes de Sirius et Pettigrow.
Ainsi, on n’a pas d’explication sur la carte du Maraudeur comme appartenant à cette bande d’amis. On se trouve privé des quelques flashbacks nécessaires pour entrevoir un passé riche d’informations.
Dans le livre, Lupin confisquait la carte du Maraudeur et c’est en la consultant qu’il découvrait que Pettigrow n’était pas mort (Black l’avait reconnu d’après une photographie dans le journal). Lorsqu’Harry lui demandait alors de quelle manière il avait bien pu lire une carte ne s’ouvrant que grâce à un sort connu de seuls lui, Fred et George, Lupin dévoile alors l’histoire de Patmol, Queuedver, Lunard et Cornedrue soit la bande des joyeux métamorphes Black, Pettigrow, Lupin et Potter.
Dans le film, pour ne pas traiter ce sujet (une grosse erreur à mon avis), c’est Harry qui dit à Lupin avoir vu le nom de Pettigrew apparaitre sur la carte, attirant ainsi son attention.

Je persiste à penser que le plus intelligent ici aurait été le recours aux flashbacks pour fluidifier le récit et essayer de clarifier les rapports entre les personnages qu’un non lecteur peut assez difficilement appréhender.

Et je note aussi que l’absence de toute vision du passé prive le spectateur de penser que la rancœur de Rogue envers Sirius Black provient de leurs rapports conflictuels durant leur scolarité. L’animosité du professeur envers le fugitif semble du coup sortir de nulle part, bien qu’elle sera expliquée dans le dernier film, lorsque l’on apprendra l’amour de Rogue pour la mère de Harry.
En attendant, des défauts d’écriture criants et le choix d’en passer par une scène de dialogues plutôt que par une mise en scène du passé plombent cette grande révélation tout juste sauvée par une mise en scène inventive, pour un ping pong verbal.

Autre élément contribuant largement à rendre le final un peu confus, pour ne pas dire carrément foutraque, le Retourneur de Temps. Durant les cours mis en scène cette année à Poudlard, il arrive que Ron se montre surpris de voir Hermione apparaitre alors qu’elle ne semblait pas présente la seconde d’avant.
Et se sera le seul indice dont nous disposerons DE TOUT LE FILM. Aussi quand elle sort son pendentif pour revenir en arrière, le non lecteur a de quoi être désarçonné.
La mise en place de cet élément est trop légère. Tout juste explique-t-elle avoir pu assister aux cours cette année grâce à l’objet.
Dans le livre, on découvrait que Mc Gonagall avait accepté qu’elle prenne le plus d’options possibles et lui avait confié le Retourneur pour qu’elle parvienne à tenir son programme, ce qui lui faisait quasiment faire des doubles journées de cours. La pauvre Hermione termine l’année épuisée et cet état de fatigue croissant est un des fils rouges du livre.
Ici, RIEN. Hermione se tape juste une petite crise de nerfs en cours de divination. Et c’est marre.
Lui coller des cernes, la faire bailler, la voir se trainer, c’était vraiment trop dur ?

Eh oui, aimer ce film ne suffit pas à m’en masquer les défauts, mais je reste sur mon opinion première, il s’agit là du volet le plus riche visuellement, le seul qui soit réellement à la hauteur de son sujet.
Je pourrais encore en écrire quelques plombes, comme au sujet de la mise en scène des Détraqueurs, qui embrasse l’inspiration de Rowling puisée chez Tolkien sans jouer à nous duper. Des Nazguls ? So be it ! Cuaron y va tellement à fond qu’il parvient à rendre les gardiens d’Azkaban plus malsains et inquiétants que les Spectres de l’Anneau chez Peter Jackson.
Les problèmes liés à l’adaptation commencent cependant dans « Le Prisonnier d’Azkaban » à peser de plus en plus lourd sur la fluidité du récit, lestant le film par leur incapacité à poser correctement leurs billes.
JK Rowling a écrit une œuvre aussi passionnante que riche et si l’on voit que Cuaron a parfaitement su mettre en scène les sous textes, Kloves échoue encore et toujours dans son travail d’adaptation. Et très bientôt, ces gros défauts ne seront même plus tempérés par une réalisation inspirée. L’ère Yates est proche.

Pour l’anecdote, JK Rowling avait exprimé le souhait de voir revenir Cuaron sur « Les Reliques de la Mort ». Un souhait qui n’a malheureusement pas été entendu. Avec le résultat que l’on sait…

Classement : 2/8, je sais c’est une surprise. Mais s’il s’agit de mon film préféré, le scénario est à ce point confus que l’excellence de la réalisation ne parvient pas à compenser.

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