Pain&Gain

Ah mes amis, ce jour est glorieux ! Comment, pourquoi, elle est pas un peu folle dans sa tête ? Que nenni, et je m’en vais vous le prouver en 3 points (et deux explosions) :

1) c’est mon anniversaire même que je change de dizaine (attention whore, oui, je sais).
2) c’est aussi l’anniversaire de ce blog mais si j’ignore totalement son âge vu que j’ai une déplorable mémoire des dates. La preuve, il a fallu un attentat pour que je me souvienne de la date du mien.
3) le jour de mon anniversaire, Michael Bay sort un film et ça, c’est la grande classe.

Le temps passe et fait son œuvre et plus le temps passe, justement, et plus j’aime les films de Michael Bay. Régression, conversion progressive à la culture redneck, amour inavoué mais de plus en plus assumé pour le racolage sur grand écran ?

Alors là, je serais infoutue de vous répondre. Mais ce que je peux vous dire au regard de « Pain&Gain » c’est que dans la filmographie de Michael Bay, la trilogie « Transformers » apparaît de plus en plus comme un genre d’accident de parcours.
Et ce dernier film semble bien être l’aboutissement d’une carrière consacrée en l’érection de la vulgarité au rang d’art post moderne.

Le choix des mots, petit scarabée. Le choix des mots…

Maintenant que j’ai vu l’intégralité de la filmo du sieur Bay, il me semble qu’en effet, « Pain&Gain » était un peu le sujet parfait donné au parfait réalisateur. Car pour une fois, sa tendance aussi lourde qu’assumée à filmer des biatches se frottant sur des capots de Lamborghini pendant que le conducteur et le passager se lancent dans un débat pour savoir lequel des deux a la plus grosse, entre en résonance quasi parfaite avec le sujet de son film.

Comprendre que dans « Transformers », je ne pigeais pas trop l’intérêt des plans croupe ou des scènes permettant de reluquer de la bimbo à peu de frais.
Mon lectorat masculin me signale qu’il n’y a pas besoin de contexte pour ce genre de chose. Ok, lectorat masculin, admettons…

Mais ici, le film se déroulant intégralement dans la tête de Daniel Lugo, culturiste et coach sportif obsédé par sa prétendue grandeur et le rêve américain, idolâtrant un mode de vie facile où l’argent coule à flots, les filles sont bien carrossées et les voitures peu farouches, l’emphase un rien putassière de Bay et sa manie de tout filmer comme un spot de pub (scoop, maintenant j’ai envie d’acheter Miami) ont trouvé le support parfait à leur expression.

Attention, comme dans les plus grandes œuvres de Michael Bay, le film est incapable de se dégraisser de scènes dialoguées superflues, le réalisateur a tendance à abuser de ses effets les plus gadgets, le tout est un peu long et assez mal rythmé, mais dans l’ensemble, cela se tient. Même si ça n’arrive pas encore au niveau de splendeur qui sent fort sous les aisselles de « Bad Boys II », un film que je suis encore persuadée d’avoir rêvé sinon c’est pas possible.

Alors pourquoi, même si vous n’aimez pas Michael Bay, vous pouvez aller voir ce film là de ma part ?

Parce que dedans y’a un casting qu’il est awesome.

Sérieux, Michael Bay m’aligne comme ça, tel un uppercut in da face un combo carrément décapant à faire pâlir le casting d’ « Expendables 2 » :

1) Mark Walberg : il revient de loin mais il se fait une sacrée putain de filmo sa race, le petit. Mon souvenir le plus ému avec Mark Walberg ? « Shooter : Tireur d’Elite », un film avec double paire de ballz et une réplique pour toujours gravée dans ma mémoire : « Dans ce comté, les chiens c’est sacré. si tu touches le mien, je te butte, je t’enterre, et dans 6 mois, le sheriff me donne raison ». Cette réplique et l’ensemble de sa carrière. Mark, big up à toi (je suis même allée voir « Max Payne » !!!! => et je ferais bien de pas m’en vanter, je sais).
2) The Rock : Dwayne Johnson est devenu en l’espace de quelques années et d’une filmographie aussi exigente que sélective, un de mes acteurs doudou. Le genre que je voudrais avoir en peluche quoi. Et qui me fait tout de suite me sentir bien dans un film. Je crois que mon premier film avec lui, c’était « Doom » (et là, j’ai même pas honte) et puis il y a eu le reste, tout le reste, genre « Fast & Furious » 5 et 6. Comment ne pas surkiffer The Rock, je vous le demande.
3) Ken Jeong : El Tigre Chino, découvert dans « Transformers 3 » et puis ensuite dans « Community », où il joue le prof d’espagnol que j’aurais voulu avoir (et que visiblement j’ai eu, à en croire mon niveau dans cette langue). Le type qui rend un film fou dès qu’il entre dans le champ. Attention, pas fou genre Mr. Bean, fou genre l’Appel de Cthulu.
4) Tony Shalhoub : « Monk ». La classe. Tony Frakking Shalhoub c’est le mec qui quand il passe dans un film je fais à chaque fois un salto arrière mental afin d’exprimer ma joie.

Parce que Michael Bay est plus que l’homme de la situation.

« Pain&Gain » conte l’histoire vraie de trois culturistes décidés à changer de vie en kidnappant un milliardaire pour s’accaparer ses biens.
Sauf qu’on dirait Perceval, Karadok et Hervé de Rinel qui tentent de devenir des génies du crime.
Tout part donc très rapidement en sucette dans un genre d’univers mental complètement barré et en dehors du spectre de la réalité. A un moment du film, je sais pas pourquoi, Michael Bay qui part pourtant dans un genre de trip totalement génial, se prend les pieds dans le tapi et fait basculer son histoire dans un truc un peu plus chiant, en abandonnant le point de vue de ses personnages principaux.

C’est dommage parce que sur toute une première moitié de film « Pain & Gain » est tout simplement brillant.
Le héros, Dany Lugo est un abruti doté d’un complexe de supériorité du genre de ceux qui peuvent accoucher d’un Zapp Brannigan ou d’un Frédéric Lefèbvre . Convaincu que la vie ne lui a pas donné sa chance, il croit en le rêve américain et sa nature de surhomme. Parce qu’il veut que sa vie soit à la mesure de son physique (AWESOME, tout en majuscule), il décide de faire un hold up sur le rêve américain en le volant à l’un de ses clients.
Le plan est totalement stupide, son exécution plus branque encore, ses acolytes de gros débiles dopés au stéroïdes aussi névrosés que perdus dans leur délire.
Tous trois veulent cet argent pour vivre à fond ce rêve qui se refuse à eux : argent facile pour payer des filles faciles, et pouvoir tondre sa pelouse avec un mini tracteur.

Comment Michael Bay pouvait-il ne pas exceller dans ce registre lorsque les rêves délirants des personnages sont précisément composés des visions qui font son cinéma ?

Parce qu’évidemment, il ne se plante pas. Le type a certes porté à son paroxysme la beaufitude sur grand écran, mais jamais il n’a méprisé le cinéma. Vous pouvez prendre n’importe quel de ses films, même les pires moments des deux premiers « Transformers », Michael Bay démontre à chaque seconde qu’il est avant tout un cinéaste. Avec un univers qui personnellement me fait un peu gerber, une esthétique que je ne trouve pas forcément toujours à mon goût, mais avec un vrai amour du travail.

Et cet amour, cette volonté de faire du cinéma, elle éclate ici, dans « Pain & Gain » qui est une sorte de conjonction parfaite entre ce style Bay inimitable et le sujet même du film. Les héros vivent dans une idéalisation d’eux-mêmes et de l’Amérique, et chaque plan putassier, chaque coupé de luxe, chaque biatch, chaque implant mammaire, chaque couché de soleil qui tabasse ta rétine, chaque plan iconique avec des ralentis qui font sûrement pleuré d’envie Zack Snyder a ici un sens parce qu’ils sont au service de la narration.

La forme ici rejoint parfaitement le fond, lui confère un surcroît de sens et donne au film une identité très solide, qui dépasse la simple beauté plastique des images.
Ainsi chaque scène d’action peut sur le papier apparaître comme un truc un peu naze fomenté par de gros idiots qui font n’importe quoi. Mais comme la dite scène se passe dans la tête de types à l’ego hypertrophié, à l’écran, cela prend des proportions complètement hors norme, soulignant la réalité alternative où se réfugient les protagonistes. Quand Lugo balance qu’il sait ce qu’il fait parce qu’il l’a vu dans les films, ce n’est pas un hasard, c’est carrément une note d’intention placée dans la bouche du personnage principal.

Parce que bon, c’est pas parfait non plus, mais ça permet de mieux apprécier tout le travail fourni.

Comme je l’ai dit, il y a une seconde moitié du film où le rythme se benne méchamment, lorsque entre en scène un personnage de détective joué par Ed Harris (je l’ai pas mis dans le casting qui déchire, mais c’est la grosse classe aussi) dont l’histoire prend aussitôt le point de vue. Et lorsque l’on sort du gros délire complètement assumé, totalement premier degré de Lugo et sa bande, on bascule dans une simple enquête criminelle au ton volontiers plus lourd, plus pontifiant et qui en plus, pêche par son sérieux.
J’aurais sans doute préféré que tout le film ne soit qu’une immersion dans la tête de Lugo, un projet jusque boutiste à un seul point de vue pour en arriver à la tragique conclusion, devant alors sonner comme un réveil extrêmement brutal.
Le fait de se mettre à basculer de côté des enquêteurs, et de la victime m’a sortie du film, puisque je me suis retrouvée forcée d’adopter un point de vue extérieur et plus nuancé. Et dans un récit plus balisé et classique, Michael Bay se révèle moins à l’aise qu’avec sa bande de gros bras cassés.

Le film y aurait à mon avis gagné en puissance, car dans ce délire coloré et jouissif, malgré une loose qui ferait pâlir d’envie un Theon Greyjoy, le final aurait gagné en extrême brutalité à l’annonce de la sentence. Comme si le rêve américain prenait fin pour basculer dans le cauchemar. C’est d’ailleurs ce que l’on voit finalement à l’écran, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ce final est un peu amoindri par l’adoption du point de vue du détective.

Parce que c’est introspectif, de manière awesome, mais introspectif quand même.

Finalement, au travers de Dany Lugo, Michael Bay livre une vision hypertrophiée de ce rêve américain dont la quête est ici poussée à son paroxysme de bêtise et d’absurdité. Lorsque le personnages de Tony Shalhoub envoie à la tronche du héros que s’il est un minable, ce n’est pas parce que la société lui refuse la grandeur mais parce qu’il n’est qu’un gros con qui n’a jamais fait d’études, la violence de la révélation fait aussi éclater la critique implicite d’un système, d’un mode de pensée, dont Michael Bay a fait ses choux gras, mais dont, visiblement, il n’a jamais été dupe.
Cette caricature du rêve américain que sont les trois personnages principaux est aussi dépourvue de méchanceté qu’elle met en avant l’absurdité de leur posture « God Bless fuck yeah America yeeehaaa ».

Attention, toutefois, « Pain & Gain » est un film honnête, qui ne crache pas dans la soupe. Michael Bay aurait pu se montrer cruel et ainsi cracher au visage de tous ceux qui aiment ces films (même les pires genre « The Island », brrrrr….). Ce film est au contraire définitivement celui d’un mec qui connaît très bien le sujet qu’il dépeint et possède le recul et la maîtrise nécessaire pour le regarder droit dans les yeux.
Michael Bay a toujours assumé son côté über beauf ascendant redneck. Il n’y a que lui pour filmer un hélicoptère de combat comme une strip teaseuse. Et ça, il le sait, il l’accepte et il peut donc, en toute connaissance de cause et avec une certaine tendresse pour ses personnages, se lancer dans une œuvre somme comme celle-ci (à moins que son film somme ne soit « Bad Boys 2 », j’hésite grave).

« Pain & Gain » est justement à rapprocher de « Bad Boys 2 » : l’action se déroule dans les deux cas à Miami, oui, je sais, paye ton point de comparaison, c’est comme si je disais que « Avengers » entretient des points communs avec « Manhattan » parce que ça se passe à New York et que les personnages y sont incroyablement bavards.
Mis à part les mêmes lieux de tournage, on peut aussi rapprocher les deux films stylistiquement. « Bad Boys 2 » c’est clairement l’apogée du style de Michael Bay, et c’est aussi un film qui va très loin dans on ne sait pas trop quoi d’ailleurs, en tout cas c’est extrêmement idiot et ça pète de partout.
« Pain & Gain » a d’un point de vue formel beaucoup de « Bad Boys 2 » et semble de prime abord raconter des trucs tout aussi idiots. Y compris dans cette incapacité de Michael Bay à faire confiance à ses images pour raconter l’histoire : merci les dialogues surexplicatifs dans « Bad Boys 2 » ou la voix off jambe de bois dans « Pain & Gain ». Ouais, attention, ne me faites pas non plus dire ce que je n’ai pas dit, Michael Bay n’est pas un grand réalisateur, juste un type qui aime son boulot, a un univers bien à lui et qui, pour une fois, a trouvé un sujet qui lui allait comme un gant.
Je ne peux tout de même pas lui reprocher d’avoir essayé de faire son « Scarface » et de s’en être assez bien tiré.

Parce que y’a des sentiments dedans, et une seule explosion.

Généralement, quand Michael Bay veut mettre du sentiment dans un film, il aboutit à confire tout son truc dans un mélange de mélasse qui aurait cramé dans une poêle où on aurait versé un kilo de sucre avant de vider sur le tout un pot de miel. Bref c’est gras, ça colle de partout, et il y a assez de glucides dedans pour tuer un diabétique rien qu’en le laisser regarder le résultat.

Et ainsi fut tourné « Pearl Harbour ».

Ma plus grande inquiétude vis-à-vis du film c’était justement cette incapacité chronique de Michael Bay à produire autre chose que des films fuck yeah ou des choses sirupeuses (remember « Armageddon », je ne recite pas « Pearl Harbour », « The Island », bref…). Vu le sujet ici, mieux valait ne pas se planter.

Et ça fonctionne, bon sang de bois. Ça fonctionne parce que le regard porté n’est pas complaisant ou condescendant. Il est compréhensif, limite empathique, tendre et sans cynisme.
Le ton du film en devient alors doux-amer, drôle et touchant, un peu triste aussi parfois, lorsque le rêve échappe à Dany, sur ce plan du drapeau flottant de l’autre côté des barbelés.

Pourtant, parce que Michael Bay sait rester égal à lui-même, il connaît à mon avis une grosse faute de goût en se complaisant, après l’épilogue présentant le destin des vrais protagonistes de l’histoire, dans un générique qui mêle stock shots de guns et de biatch aux photographies réelles de l’affaire. C’est peut-être parce que j’ai un problème avec le concept de peine de mort que j’ai trouvé un peu déplacé d’étaler les vrais visages de ces mecs sur grand écran, un peu aussi parce que dans cette explosion finale de bruits et de couleurs, faire surnager les têtes de types coupables de meurtre dans une forme de célébration bigarrée d’on ne sait pas trop quoi, bizarrement, ça m’a mise un peu mal à l’aise.
Mais à part ça, je ne peux pas dire avoir été déçue par ce que j’ai vu. On est même carrément passé du côté de la bonne surprise inattendue de l’année.

Et oui, vous avez bien lu le titre de ce paragraphe : UNE SEULE EXPLOSION. Petite en plus.

Michael, il t’arrive quoi, mec ?

Rien, il réalise « Transformers 4 » avec Mark Walberg => AWESOME, il va falloir que j’aille le voir, et je donne rendez-vous à mon cousin pour cette sortie, afin de respecter la tradition.

Car tout semble se perdre dans ce monde : Michael Bay fait un bon film parce qu’il a des trucs à dire, et livre un point de vue plus qu’intéressant sur un sujet qu’il maîtrise.
Si je m’attendais à écrire ce genre de paragraphe un jour.

Note : **

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