Les productions Ataraxie présentent….

Ah, je l’aurai longtemps repoussé ce billet, dormant bien au chaud dans mon disque dur depuis de longs mois…

Sors de là tout de suite, feignasse ! Au boulot et ramène-moi donc un peu de pognon !

Ou pas… Tu es bénévole, ma fille. Bé.né.vole.

Mince alors.

Bref.

Donc, voilà, « Only God Forgives », a pour son malheur été visionné alors que je traversais un long passage à vide. Si vous saviez le nombre de films dont je ne vous ai pas parlé pour cause de grosse grosse panne et d’incapacité chronique à déblatérer quoi que se soit sur un sujet aussi fuckin’ serious que le cinéma, vous seriez déjà en train de ramasser des cailloux pour me les balancer en criant « espèce de tire au flanc, c’est pas possible de lire des choses pareilles ! »

Mais bon, ainsi va la vie. Oui, parfois, on peut subir ce genre de chose, cette panne inexplicable, durant laquelle « nop, plus envie », extinction des feux, disparition du mojo, bref, plus rien.
Et tu traverses la vie avec sur le visage l’expression d’un poulpe mort d’ennui.
Tu deviens un genre de Ryan Goslin dans un film de Nicolas Winding Refn.

Ultimate transition vers le corps du texte. I AM LEGEND.

« Only God Forgives » a eu sur moi un effet des plus étranges. A cause de lui, j’ai fait une chose qui ne m’était jamais arrivée : j’ai dormi au cinéma.

Bon, j’accuse le film, mais la cause première de mon état de délabrement avancé était en réalité une visite bilingue pour des collégiens mi-polonais, mi-français et mi-turbulents par derrière. Faire la police en trois langues (traiter un enfant polonais de « glupi » au beau milieu d’un visite guidée, ça n’a pas de prix et surtout, cela vous vaut le respect pour le reste de l’heure de l’ensemble de ses compatriotes. Apprendre des insultes dans toutes les langues étrangères possibles est désormais ma quête) tout en essayant d’expliquer un accident de décompression c’est une expérience que je ne souhaite à personne.

Après ça, enquiller sur un film de Nicolas Winding Refn était sans doute un peu présomptueux.


« Bonjour, j’ai une réservation sous le nom de Complexe d’Oedipe. »

J’ignorais la réception cannoise qu’avait reçu le film lorsque je suis allée le voir. Après, la façon dont Cannes reçoit un film est souvent aux antipodes de mon propre ressenti. Jurisprudences « Marie Antoinette », « The Tree of Life » et « Polisse », pour ne citer que ces deux très bons films et cette grosse purge complaisante (je vous laisse deviner duquel je parle, hihi, qu’elle grosse taquine celle là).
Étrangement, deux de mes jurisprudences ont reçu des accueils sinon mitigés pour ne pas dire glacials de la part du public (ça n’a pas empêcher l’un des deux d’en repartir avec la Palme d’Or pourtant), et surtout des critiques, reprochant avec un aplomb phénoménal à l’un comme à l’autre tout ce qui faisait la marque de fabrique et les obsessions de toujours de leurs réalisateurs respectifs.


« Je erre dans la misère noire et rutilante des bars à hôtesses, en proie aux affres du complexe d’Oedipe. Et en plus, le milkshake était trop froid. »

Dans « Only God Forgives », on peut constater exactement la même chose. Si ce film est bien une chose, c’est une œuvre de NWR, sans l’ombre d’un doute.
Un hybride entre « Valhalla Rising » et « Drive » qui n’aurait pas dû surprendre les professionnels tant il s’inscrit totalement dans leur continuité. En parfaite cohérence avec la ligne artistique d’un réalisateur qui s’attache depuis toujours à faire un cinéma plus sensoriel que narratif.

Sur ce simple constat, pas de quoi hurler à la trahison ou au scandale, tout est parfaitement normal.
Après, on a le droit de ne pas aimer et de trouver que franchement, « Only God Forgives » est une œuvre maladroite et un peu pédante (en un mot c’est chiant).

Revenge movie on ne peut plus classique, « Only God Forgives » a ce défaut de se foutre éperdument de son scénario, ce qui rapidement crée un malaise tant mise en scène et histoire semblent opposées.
Autant l’écriture du film est on ne peut plus simple, autant la mise en images est complexe et chargée de symboles extrêmement forts qui à eux seuls devraient pouvoir porter le récit. Un récit de vengeance qui s’avère en fait trop fort et qui suscite chez le spectateur des attentes sans doute démesurées.
NWR se fout très légèrement de sa narration, trop concentré qu’il est sur l’idée de faire vivre un trip hors du spectre de la réalité (et ça, c’est chiant).
Ce parti pris était déjà le sien dans le très beau mais un peu vain « Valhalla Rising » qui se perdait dans son dernier tiers dans un délire hallucinogène en Amérique. L’effet restait mieux soutenu par les enjeux de ce film que dans « Only God Forgives » où l’argument du film se dilue très rapidement dans un voyage nauséeux dans la psyché du personnage principal.


Tourment existentiel du héros réduit à l’impuissance de ses deux poings arthritiques et névrosés : allégorie.

« Only God Forgives », plus qu’un film sous acides est un délire cauchemardesque dans lequel les scènes semblent s’enchaîner sans réelle cohérence, imposant parfois des erreurs de continuité qui n’en sont plus dès lors que l’on accepte le caractère onirique de l’ensemble.
Pas forcément évident tant NWR ne fait aucun effort pour faciliter l’immersion du spectateur, plongé la tête la première dans ce maelström sensoriel.
Difficile également de se sentir concerné par ce qui se passe à l’écran quand le référent principal, le personnage de Ryan Goslin, traverse le film avec tout à la fois l’air de s’en foutre, et une incapacité chronique à faire quoi que se soit tout du long. Le film est son cauchemar, celui d’un homme à qui tout échappe. Vraisemblablement ex boxer qui a du raccrocher les gants et ne peut plus se battre, il échoue à canaliser les pulsions de son frère et par là même, à prévenir sa mort. A l’arrivée de leur mère, il est incapable d’empêcher cette dernière de sombrer dans une spirale de vengeance qui les mènera tous à leur perte. Et tout au long du film, le pauvre vieux tente de faire des trucs avec sa petite amie tarifée, mais visiblement, là aussi, il a quelques menus problèmes à hisser la grand-voile. Alors la nuit, il cauchemarde sur le chef de la police qui vient lui couper les bras avec son demi-katana. Le tout en déambulant dans des couloirs magnifiquement éclairés et ornés de somptueuses tapisseries.


« Chuis peut-être piégé dans un utérus géant mais ma tapisserie déchire !!! »

Résumer le film ou tenter d’en raconter l’histoire par le menu pourrait être un exercice assez marrant tant l’enchaînement de WTF est puissant, mais se serait surtout un exercice stérile car tout cela n’a strictement aucune importance.
Histoire simple, scénario simple, c’est par sa mise en scène et uniquement par sa mise en scène que « Only God Forgives » vaut quelque chose.
Mais là aussi, malgré des fulgurances, NWR se plante un peu, en développant de manière extrêmement lourde ses deux thèmes centraux, à savoir l’ataraxie de son personnage principal, et sa relation à la mère. Les deux se confondant d’ailleurs régulièrement, et par la seule réalisation.
Les errances de Ryan Goslin dans ces putains de couloirs dans une lumière rouge tamisée, errances au terme desquelles il finit toujours par se faire oniriquement couper les bras par le commissaire, renvoient à l’univers utérin dont il n’est finalement jamais sorti, étouffé par cette mère possessive, limite incestueuse. Cette même mère qui semble à la source de tous ses ennuis par sa complaisance envers le frère aîné, entretenu dans ses déviances par l’amour maternel, par ce rapport malsain à ses fils qui les conduit tous les deux à vivre une sexualité pour le moins contrariée.

« Qui suis-je ? Pourquoi maman a ouvert ma braguette ? Qu’est-ce qui se passerait qui je retenais mon souffle pendant 2786 secondes ? Est-ce que je m’en fous ? »

La lourdeur de cette narration par l’image ne peut pas être contrebalancée par le développement de l’histoire elle-même puisqu’elle n’est au final qu’un prétexte à NWR pour déclencher son trip.

Et en cela, il produit une œuvre qui m’apparaît comme en déséquilibre, bien qu’il soit difficile de renier la maestria avec laquelle il emballe le tout. Visuellement le film est somptueux. Lourd, mais somptueux, indigeste mais presque parfait esthétiquement parlant (et oui, la beauté peut être incroyablement chiante).

Visiblement, NWR ne cherchait pas à réitérer l’exploit de « Drive », il est donc de prime abord malhonnête de comparer les deux. Pourtant, à la lumière de « Only God Forgives », le subtil équilibre qui fait de « Drive » un excellent film se révèle. Sur le même principe d’un scénario simple, NWR développait une réalisation toute puissante propulsant le film au rang des œuvres viscérales. Plus accessible parce qu’il suivait un fil narratif conventionnel, « Drive » ne se privait pourtant pas pour imposer une mise en image exigeante et complexe qui lui donnait toute sa force.
« Only God Forgives » est dans la forme plus proche de « Valhalla Rising » dont il partage tous les défauts et les qualités.
Des défauts que les amateurs de NWR excuseront ou ne verront tout simplement pas, non pas par malhonnêteté mais par simple principe de subjectivité. Cette même subjectivité qui m’a fait légèrement bramer mon mécontentement au sortir d’une projection ponctuée de deux trois micro siestes.


« Parfois, j’aime prendre un air torturé quand je sors les poubelles. »

Bien, on en est à la fin du billet et je ne sais pas encore si je dois vous parler ou pas des scènes de karaoké. Parce que j’ai pas du tout compris pourquoi elles étaient là. Encore moins que la raison pour laquelle il y avait des Laguiole dans les vases du bar à hôtesses. Des Laguiole mais aussi des bistouri, des katana, des tranchoirs et toute la panoplie possible d’objets tranchants. DANS. DES. VASES.
Je sais, on dirait pas comme ça mais c’est encore moins bizarre que les scènes de karaoké. Frak. Pourquoi ?
Je crois que le plus simple c’est encore de vous le montrer. Voilà, imaginez ça, entre deux scènes où le mec avec le micro coupe des membres divers et variés à des gens qu’on sait même plus trop qui c’est (peut être parce que je dormais, aussi), avec un demi katana. Un demi, oui.
Non mais y’a un moment où la fatigue ne fait pas tout, quand même.
Vient le moment de donner une note à « Only God Forgives », et là, ça devient dur.

Note de la fille qui a dormi et qui s’est très légèrement, oh, si peu, emmerdée comme un rat mort : 0

Note plus objective de la fille qui, bon, veut bien remiser son fiel par devers elle, une fois de temps en temps parce que bon, hein, j’ai dormi quoi, mais c’était tout de même pas totalement dégueulasse : */*

PS : DAS IST CONSENSUS MOU, KURVA ! (insulte en tchèque, in da face)

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