Hagards du nord

Chose promise, chose, due.
Oui, pas de billet par épisode, du coup, en fait, chose à moitié due, car mon disque dur externe a littéralement succombé sous le poids du WTF et des espoirs perdus contenus dans « Vikings ». Tombé au champ d’honneur, une hache à deux mains entre les omoplates.

Allons, me dis-je un beau matin prise d’une furieuse envie d’écrire (comme tous les matins…), tu as vu toute la saison, chaque seconde de nawak est désormais imprimée dans ta tête ! Tu PEUX le faire ! Tu PEUX écrire un billet sur une saison entière de 8 épisodes à base de mecs qui font d’importe quoi avec des épées et des bateaux, tu peux vomir ta bile sur des développements de personnages inconsistants et du vautrage complaisant dans des lieux communs.

Et puis j’ai réalisé que c’était dimanche et je suis retournée me coucher.

Une production qu’elle a le cul entre deux chaises.

« Vikings » est une série History Channel. C’est une donnée très importante car à elle seule, elle va influencer la perception du public sur ce qui lui est présenté.

Quand une chaîne au contenu historique me propose un programme, j’ai naturellement tendance à penser que le dît programme est un tantinet sérieux. En tout cas documenté. Bref, j’attends de recevoir un contenu de qualité.

Prenons un exemple inverse, quand la chaîne Starz, brillant par son clinquant et sa propension à mettre systématiquement ses acteurs à poil me présente « Spartacus », je ne m’attends pas à trouver une reconstitution méticuleuse de la vie des gladiateurs sous l’empire romain, encore moins un crash test sur les meilleurs clous à employer pour une crucifixion.

Pourtant, il se trouve que « Spartacus » finira sa carrière globalement considérée comme une bonne série alors que « Vikings » ne risque pas trop de marquer la postérité, la faute à un manque total de contenu.
Alors qu’il y avait pourtant matière.

Que l’on soit parfaitement clair, ce n’est pas le manque d’exactitude historique qui me chagrine. Je reprends l’exemple de « Spartacus », mais je pourrais tout aussi bien me pencher sur « Rome » ou « Deadwood », les Rolls Royce de la série historique, qui ne se gênent pas pour tordre le cou à l’histoire, mais toujours dans le souci de favoriser le développement des personnages, et l’intensité dramatique.

« Vikings » se contente de faire n’importe quoi avec son contexte historique et ses personnages, comme ça pas de jaloux. Le « Downton Abbey » du Moyen Âge, en quelque sorte (encore que, y’a moins de morts injustes dans « Vikings », non parce que bon, je sais pas vous mais moi, après le Christmas Special, je sais même pas si je vais continuer à suivre, hein, mais je m’égare, en plus je n’aime même pas « Downton Abbey » alors pourquoi j’en fais une aussi longue parenthèse je vous le demande ???).

Ah, si seulement « Vikings » s’était contenté de faire n’importe quoi avec toute la mythologie associée aux Scandinaves, on aurait pu avoir une série carrément awesome ressemblant à une mise en images d’une chanson d’Amon Amarth.

Las, on a juste une série Michael Hirst, un monsieur sur le cas duquel je reviendrai sous peu.
Non, le problème n’est pas là. Il réside davantage dans la volonté manifeste de la série de se rendre crédible aux yeux des spectateurs.

Pour l’immense majorité des gens, les Vikings sont associés à quelques concepts assez simples : haches, drakkars, monastères, pillage, gros monsieurs blonds et velus.
Donc, et il suffit de zoner sur les forums au moment de la diffusion des premiers épisodes, le public, rassuré par le label « History Channel » a assez largement pris pour argent comptant tout ce qui lui était présenté.
La reconstitution est belle, crédible, j’en dirai plus tard tout le bien que j’en pense, et donne l’illusion d’une vraie rigueur dans le traitement de contexte. Or, rien ne saurait être plus éloigné de ce que l’on sait aujourd’hui des Vikings que cette série.

Et en plus, et ça, c’est ce qui me fait le plus de peine, même du strict point de vue de la fiction, « Vikings » est une série écrite avec deux pieds bots.

« Normal que c’est pas historiquement correct, espèce de grosse gourde, c’est une NADAPTATION de la « Gesta Danorum » !!!!1 !!11 »

Justement, et c’est là aussi que le bât blesse.

Premièrement, parce que la Gesta Danorum n’a pas grand-chose à voir avec les Vikings. Il s’agit d’une compilation de mythes et légendes danoises réunies vers 1200 (la fin de l’âge viking se situe vers l’an 1000) par un certain Saxo Grammaticus qui voulait faire de sa somme une œuvre au service de la monarchie danoise, afin de démontrer sa noblesse, sa grandeur, et ses origines mythiques.

Tissons un parallèle plus parlant avec son équivalent grand-breton, Geoffrey de Monmouth, qui avec son Histoire des Rois de Bretagne, compose un récit légendaire supposé asseoir la monarchie britannique sur des fondations anciennes et prestigieuses.
Lesquelles se trouvent être en l’espèce, la légende arthurienne.

Allez, levez la main, n’ayez pas peur, ceux qui ici oseraient prétendre que l’on peut tirer une série historique des écrits de Geoffrey de Moumouth.

Évidemment que non. Ça ne veut pas dire qu’on ne pourrait pas en faire d’ailleurs une série géniale, mais là n’est pour l’instant pas le propos.

Le fait est donc que la « Gesta Danorum » n’est surtout pas à considérer comme une source historique, d’autant moins qu’elle a été écrite 200 ans après la fin de la période viking, après la christianisation et que même dans ses parties traitant d’évènements proches de Saxo Grammaticus, on a aujourd’hui tendance à la prendre avec de giga grosses pincettes.

Ce qui veut dire aussi, et là, attention, je pèse mes mots, que comme une part non négligeable de sources écrites attribuées aux Vikings ou du moins rattachées culturellement à cette ère, la Gesta Danorum ne peut pas être considérée comme fiable : deux cent ans d’écart et un contexte de rédaction politiquement orienté ne peuvent en aucun cas en faire un récit proche des conceptions philosophiques des Vikings.

Bref, donner à une série qui se fonde sur la Gesta Danorum des allures de reconstitutions fidèles ne peut que créer un paradoxe entre les ambitions formelles de « Vikings » et ses prétentions de fond.

Pourtant, ça partait bien.

La première scène de « Vikings » nous fait découvrir les frangins maléfiques, Ragnar et Rollo, aux prises avec de vils Baltes. Derniers survivants, ils sortent victorieux de l’affrontement au terme duquel, dans une très belle vision fantasmagorique, Ragnar aperçoit Odin désignant aux Valkyries les guerriers qu’il veut à ses côtés au Valhalla.

Dans ces premières minutes, confortée par un très beau générique, je crois que « Vikings » va prendre le parti de pénétrer son sujet par le biais de ses croyances.


Mais non, ce genre de cliché promo ne reflète pas du tout l’esprit de la série…

Sauf que je me goure totalement. A part une dernière apparition d’Odin en mode vieux qui ramasse des bulots sur la plage, et une très belle séquence de tempête durant laquelle Lagertha évoque le dieu Thor, « Vikings » va rejeter tout contenu ésotérique, pour mieux le renvoyer au statut d’un élément de décor qui fait pittoresque. Comme l’oracle dont les prédictions sont sans aucun intérêt puisque les personnages ne semblent jamais en tenir compte. Ou la pitoyable pantomime du Ragnarök, qui me donne encore des convulsions rien que d’y penser.

Bref, très vite, trop vite, et trop maladroitement, « Vikings » se drape dans un sérieux et une rigueur de façade qui trompe d’autant mieux que la série n’est pas avare en matière de lieux communs et de gros clichés qui me font très mal au Régis Boyer.

La sérié évacue totalement tout le contenu mythologique du texte, en supprimant allègrement dieux et autres monstres. Ecarter tout surnaturel revient donc à vouloir donner un maximum de crédit historique à la série.

« Vikings » est donc dans le fond un exercice de style proche du « Roi Arthur » d’Antoine Fuqua. Une comparaison qui fait mal, je sais…

Michael Hirst, le fossoyeur d’Henry VIII.

Mon histoire conflictuelle avec Michael Hirst remonte à la diffusion des « Tudors », la série qui m’a fait me mettre le plus de facepalm.


« Les Tudors » de Michael Hirst, résumés en une image.

Une catastrophe sans nom, tout juste sauvée par sa très grande qualité de production (c’est même pour cette unique raison que je l’ai regardée jusqu’au bout… Je sais je suis maso).
D’abord, il y avait un personnage principal, genre le mec important, un peu roi d’Angleterre et tout, et puis pas n’importe quel Tommy avec une couronne et un serment prêté au-dessus d’un pudding, nan, le type c’est Henry VIII, qu’on peut qualifier sans trop se mouiller de personnalité la plus flamboyante de l’histoire de l’Angleterre, même si j’entends d’ici Richard Cœur de Lion me dire que c’est pas vrai, c’est rien que des menteries. Silence Richard, ou je te mets un carreau d’arbalète dans le genou.


« M’enfin ??!! »

Sous la férule de Michael Hirst, Henry VIII est donc devenu un gros blaireau incapable d’avoir une idée à lui, vu que c’est le dernier qui parle qui a raison et puis bouhou, je suis pas content alors je vais faire les gros yeux au Pape et puis je vais bouder en me fâchant très fort et dans la foulée, je pense que je vais changer de femme, vu que la bonniche dans le couloir est la dernière personne qui vient de me parler, elle a donc forcément raison, je dois l’épouser et lui faire moult fils, comment ça elle y arrive pas ? j’en change encore et puis je vous colle une petite réforme aussi, c’est l’archevêque que je viens de croiser qui m’en a causé y’a pas deux minutes, merde, révolte paysanne, vite, changeons de femme, ça n’a aucun rapport mais on sait jamais, *toussetousse* je suis vieux, argh, je meurs, mais que ma fille Elizabeth est rousse, mais intelligente, quand bien même sa mère n’était qu’une trainée. FIN.


« Scrogneugneublabla, I’m the fucking king of the CAPS LOCK !!!! »

Alors à quoi je m’attendais, bon sang… A quoi ???

Ok, « Camelot » m’avait rassurée, justement parce que j’avais bien aimé les directions prises et que pour une fois, incroyable et tout, Hirst avait pensé à développer ses personnages. Du coup, cette malheureuse série qui n’aura duré qu’une saison reste un souvenir plaisant que ma naïveté m’avait fait considérer comme une heureux présage pour « Vikings ». D’autant que comme je l’ai dit plus haut, un projet d’adaptation de la Gesta Danorum au sortir d’une série sur la légende arthurienne, cela présageait du bon.

L’avantage de Ragnar Lodhbrock c’est que par rapport à Henry VIII, il était beaucoup plus difficile à rater. On ne le connait pas, on ne sait pas trop s’il a vraiment existé, alors on peut bien en faire ce que l’on veut après tout.
Remarquez, c’est aussi ce qui s’est passé avec Henry VIII, « Les Tudors » ayant réalisé l’exploit de le représenter à l’exact opposé de ce que j’imaginais.
Mais notez que si Michael Hirst semble se vautrer sur « Vikings » (j’espère encore qu’il s’améliorera dans la saison 2 : JE SUIS ABYSSALEMENT NAÏVE, JE SAIS), et considérant la piètre qualité des « Tudors », je pourrais presque en déduire qu’il n’est à l’aise que dans les fictions pures. Ainsi, ne vendons pas la peau de l’ours avant de lui avoir mis un pouce dans le cul et considérons que cet homme n’est pas voué à me rendre rageuse.

Simplement, il faut qu’il arrête les séries historiques et qu’il laisse ça à John Milius. Un mec qui a « Conan le Barbare » et « Rome » sur son CV. Genre. La classe.

« Vikings », c’est un peu malhonnête.

Le plus rageant pour moi autour de « Vikings » restent ces réflexions de spectateurs abusés par la production, pensant sincèrement apprendre des choses sur la culture scandinave de l’époque.

Je suis au regret de vous dire que ce que vous découvrez dans la série correspond grosso modo à un état de la recherche que je situerais sans peine entre le début du XIXe siècle et la fin de XXe.

Ouch.

Ouais.

Cela fait par exemple quasi 50 ans que l’on sait que les Vikings n’étaient de gros pillards assoiffés de sang ravageant les monastères que de manière occasionnelle. Les raisons de leurs implantations dans le reste de l’Europe ainsi qu’en Russie et en Asie sont quasi exclusivement commerciales.

Pour vous la faire très courte, l’âge viking ne commence pas avec le sac de l’abbaye de Lindisfarne, qui n’est jamais que le premier raid dont on ait un témoignage écrit.
L’archéologie, elle, seule source réellement fiable pour aborder la question viking, nous montre de longs et constants échanges entre la Scandinavie et les îles britanniques depuis facile deux siècles avant 793.
Et si cet âge se prolonge aussi longtemps, c’est parce que nos amis du Nord s’imposent comme d’excellents commerçants deux siècles et demi durant. Ce sont eux qui feront par exemple prendre à l’Irlande une ampleur internationale en la dotant d’un port commercial de premier plan, Dublin. Ce sont eux qui pallient à l’interruption des échanges commerciaux entre l’Europe et l’Asie pour cause d’expansion musulmane en réactivant les réseaux d’échanges entre les deux continents, les faisant simplement aboutir au Nord de l’Europe et non plus en Méditerranée.

Bref, les Vikings sont avant toute chose, et ça bon sang de bois c’est prouvé par les sources, des PUTAINS DE MARCHANDS.

Et quand les caisses sont vides, quand il faut remplir le bateau avec de l’argent (car en ce temps-là, messieurs dames, le métal le plus précieux au cœur des échanges était l’argent, et ça, ce n’est pas non plus « Vikings » qui vous l’apprendra puisque la série ne parle jamais que d’or), on va razzier un monastère ou une ville mal défendue.

Même le mot « viking » semble dériver de l’idée de commerce. On a longtemps soutenu l’hypothèse que le terme venait du mot norrois « vik » signifiant « anse » ou « baie » et que le Viking était celui qui se planquait dans la baie pour aller déboiter ses adversaires.
Aujourd’hui, on incline à penser que le mot serait emprunté au terme latin de « vicus » qui au Moyen Âge désigne une place de commerce. Le Viking est celui qui va de vicus en vicus, de port en port (d’aventure en aventure…., je ne pouvais pas éviter ça, désolée, les citations de chansons françaises sont plus fortes que moi).

Donc quand « Vikings » me montre des mecs obsédés par le pillage tuant des moines à vue juste pour le fun et ne cherchant jamais au grand jamais à faire du business, comme on dit dans la cité de Kattegatt, tactac wesh, ça me défrise en peu.

Alors oui, on va se dire que bon, c’est une série, ça n’a sans doute pas prétention d’être historique.
Et bien non.
Parce qu’il est manifeste que Michael Hirst a cherché à faire de « Vikings » un show contenant des passages à prétention pédagogique.
Je prends pour exemple l’affligeante scène du pilote où Ragnar sort de son postérieur, sous les yeux ébahis de son frère, une proto boussole et un cristal en lui expliquant que ça y est, on a fait un bond technologique mon gars, à nous les petites Anglaises !!!!
Ces instruments de navigation existaient (l’existence du cristal a même été tout récemment prouvée, il y a deux ans environs), et j’apprécie le fait de les voir, ainsi que de montrer la manière dont on est utilisait (il y aurait d’ailleurs plus tard de bonnes scènes sur le bateau où Ragnar fait modifier le cap grâce à son GPS du Moyen Âge). Me gêne davantage, dans le cadre d’une série de fiction, qui a une histoire à raconter et des personnages à développer, l’artificialité de la scène, où l’on sent d’un bout à l’autre le caractère forcé de la présentation.

Plus tard dans la saison, Lagertha est amenée à rendre justice pour une femme adultère. C’est là le crime le plus grave qu’une femme pouvait commettre dans cette société et la pauvrette flippe grave sa race.
Pour lui sauver les miches, Lagertha utilise fort commodément une légende issue de la Rigspula, un texte islandais écrit quelque chose comme 3 siècles plus tard (et dont l’origine est qui plus est à moitié irlandaise, mais ne chipotons pas) afin de la disculper en expliquant en gros à son époux qu’il est fort con d’avoir confondu le dieu Heimdall avec un simple journalier. Eh, oh, Sven, franchement, gros blaireau, tu devrais t’estimer heureux que ton épousée enfante prochainement d’un demi-dieu, maintenant décarre de ma maison, j’ai des harengs sur le feu.


« Et moi, mon personnage est étrange et mystérieux, sans raison aucune, hihi ! »

Même défaut consistant à faire de l’exposition forcée, sans que cette pastille destinée à « apprendre » des trucs au spectateur sur les Vikings se trouve connectée au reste, cassant le rythme des épisodes.

Plus grave, « Vikings » se targue de prétentions pédagogiques issues d’une historiographie dépassée et de lieux communs sans aucun fondement scientifique (en gros la série ne fait que conforter les clichés et vagues souvenirs que peuvent avoir ses spectateurs sur le sujet), mais présente en parallèle des aberrations totales, des non-sens pour ne pas dire des contrevérités, aller, je suis une déglingo, DE GROS MENSONGES QUE MÊME JÉRÔME CAHUZAC IL POURRAIT PAS SUPPORTER DE LES DIRE.

Genre, dès le pilote, le vil et veule iarl Juste Haraldson (je l’ai baptisé « Juste » parce que ça me gonflait que ce pauvre homme n’ait pas de prénom), condamne à mort un mec qui aurait assassiné des gens.

Si vous ne savez pas grand-chose au sujet des Vikings, une décapitation n’a strictement rien de choquant. Après tout on est au Moyen Âge au Danemark quoi… Les temps sont rudes, pas de quoi chouiner.
Et puis cette mise à mort, voulue par Haraldson pour empêcher son complice de parler pose bien le côté retors du personnage. Dans le contexte d’une série qui aurait décidé de ne pas se la péter « rigoureuse », j’aurais sans peine accepté la chose pour les besoins de la narration.

Sauf que quand on a de telles prétentions, parler de peine capitale dans une société qui ne la connaît quasiment pas, c’est gênant.
La peine de mort chez les Vikings est réservée en gros aux violeurs et aux meurtriers particulièrement mabouls. Sinon, on est davantage adepte du bannissement à vie ou pour une période de quelques années.

Autre escroquerie de la série : Lagertha. J’aime beaucoup le personnage, et le couple qu’elle forme avec Ragnar.

Par contre, en avoir fait une shield maiden c’est un peu n’importe quoi.
« Vikings » étant une très belle reconstitution, et se fendant de pastilles « historiques » avec un sérieux confondant, elle fait donc passer, comme une lettre à la poste, le concept de femmes guerrières dans la société viking. Là encore, si on y connaît que dalle, on peut aisément se convaincre de l’existence de ces shield maiden, sans penser une seconde que leur présence dans certains mythes scandinaves est la conséquence d’une nécessité cosmogonique d’équilibre entre le principe masculin et le principe féminin, imposant l’existence de femmes guerrières pour préserver cette harmonie de l’univers.

Alors on me dira que « ouinouin, Lagertha est une shield maiden dans la Gesta Danorum », je répondrai alors que la Gesta est un récit légendaire et mythologique. Donc vos shield maiden, hein…

Alors que « Vikings » évacue sciemment tous les éléments surnaturels de la Gesta Danorum pour se draper dans son réalisme, elle conserve cet élément éminemment surnaturel lui aussi, puisque ces femmes combattantes, dans l’archéologie et les textes, il n’en est point fait mention.

Et là, pour une fois, j’en appelle à nos amis les moines morts de trouille dans leurs abbayes, rédigeant la main tremblante leurs chroniques des raids vikings, noyant de larmes leurs épais parchemins où ils couchaient le catalogue complet des horreurs normandes.
Dans l’esprit d’un moine apeuré et prompt à l’exagération (surtout si le moine est irlandais : je sais pas ce qu’ils prenaient pour écrire, mais c’était de la bonne. Peut-être un truc utilisé dans la confection des bougies….) vous pensez bien que la présence de femmes guerrières les poursuivant dans le cloître, bave aux lèvres et hache à la main n’aurait pas manqué d’être mentionnée.

Pourtant, il y avait un moyen simple et crédible de conserver à Lagertha son côté Ripley du Moyen Âge.
Qu’une femme sache manier le bouclier et l’épée en ces temps reculés, dans une civilisation où les hommes sont absents facile 5 mois de l’année, afin qu’elle soit en mesure d’assurer sa protection et celle de ses enfants, n’a strictement rien de choquant.
C’est même d’une logique imparable. Au Moyen Âge, et même après, mieux valait savoir se défendre.
Alors que Lagertha soit parfaitement capable de mettre une chasse aux deux pillards qui s’introduisent chez elle dans l’épisode 1 pouvait se justifier tout seul.
Au lieu de cela, il a fallu en faire une shield maiden, concept totalement folklorique, permettant de faire un usage parfaitement inutile du personnage. Sa seule participation à une expédition permet tout juste de créer un drama qui revêt dès lors un caractère parfaitement artificiel (la super intrigue sur Quenoute (Knut de son vrai nom, mais Quenoute, c’est tellement plus classe) débouchant que le procès de Ragnar qui permet de lancer enfin son affrontement avec Haraldson).

Pire, cet ajout suggère une égalité homme/femmes dans cette société qui comme tant d’autre était éminemment machiste. Ah ben ouais, je sais, la légende de l’égalité des sexes chez les Scandinaves en prend un coup mais que voulez-vous, c’est ainsi. La femme n’est pas l’égale de l’homme chez les Vikings, elle a même moins de droit que ce dernier, cependant, tempérons un peu tout ceci, la femme de boendr, comprendre la classe sociale à laquelle appartiennent Ragnar et Lagertha, les propriétaires terriens, occupe une place de prestige. Elle est la husfreya, la maîtresse de maison qui gère la vie de domaine et assure sa bonne marche. Ce rôle de la femme et le prestige attaché à cette fonction n’en fait pas une égale de l’homme mais on peut considérer un respect certain du sexe fort pour cette catégorie du sexe faible dont la position et le rôle social sont les compléments des siens.

Les exemples de malhonnêteté dans « Vikings » sont très nombreux. Trop pour que je me lance dans une liste exhaustive. Cela n’empêche pas la série de parvenir, par instant, à être efficace grâce à ces malhonnêtetés justement, comme je l’ai expliqué concernant l’exécution dans le pilote, ou dans le superbe final de l’épisode d’Upssala.

Uppsala présentée ici selon les écrits de Saxo Grammaticus, lequel, chrétien, parle d’un temple viking n’existant plus à son époque et qu’il n’a donc pas pu voir. L’archéologie a démontré qu’en fait de temple, concept vraisemblablement inconnu des Vikings, on a davantage affaire à une demeure royale, ce qui n’exclut pas que des cultes aient pu y être rendus. Chez les Vikings, il semble que ce soient les chefs qui servent d’officiants au culte.


Reality suxx…

Dans cet épisode, assez inégal, surtout concernant le super arc moisi autour d’Athelstan, on nous présente un sacrifice animal et humain, tout droit sorti de l’imaginaire de Saxo Grammaticus, jetant un regard de chrétien horrifié sur des rites païens auquel il ne connaît strictement rien. La preuve, l’archéologie et les textes exploitables n’ont jamais établi l’existence de sacrifices humains durant l’ère viking. La pratique semble avoir été abandonnée quelques siècles plus tôt (dans une société qui n’utilise qu’avec une extrême parcimonie la peine capitale en matière de justice, cela semble cohérent).

Ainsi, la scène n’est pas historiquement correcte. Mais peu importe. L’exploit de « Vikings » dans cet épisode précis, est de parvenir à toucher au concept de sacrifice humain en le rendant signifiant. Le sacrifice de Leif a du sens, et son geste fini par être extrêmement beau.
L’habileté de l’épisode est d’ailleurs de relier le christianisme et le paganisme en associant étroitement le sacrifice consenti de Leif à celui du Christ, mettant dos à dos deux religions qu’Athelstan cherche de toute force à opposer.
Dans cet épisode, les religions se réduisent à leur plus petit dénominateur commun, le symbole, et pour une fois, « Vikings » semble avoir quelque chose d’intéressant à nous dire.
Un instant de grâce fugace.

Enfin, et je tiens absolument à le dire : les Vikings sont de grosses buses en batailles rangées.
Donc quand la série les montre victorieux face à des armées de métier, surtout contre des mecs en maille, à cheval, lors du combat sur la plage où les Vikings sont à découverts et en infériorité numérique, même pas en rêve les types sont capables de gagner.
La tactique présentée dans la série, le mur de bouclier, est du reste la seule tactique militaire qu’on leur connaisse. Pas de grands soldats, se sont plus des adeptes du coup de poing : attaque par surprise sur cible isolée et désarmée, la nuit, dans le dos, pillage, incendie pour occuper les éventuels poursuivants et fuite éperdue vers le bateau => hit and run.
Et c’est à peu près tout.

Les trucs bien.

Le distributeur de fiel qui me sert de bouche sait parfois interrompre son flot pour céder la place à un vomi couleur arc en ciel.
Ainsi, j’ai des choses gentilles à dire sur « Vikings ».

Premièrement, c’est très beau. Tournée en Irlande dans des studios flambants neufs, la série possède un visuel vraiment bluffant. Superbes intérieurs dotés d’ambiances lumineuses aussi âpres que naturelles, reconstitution d’une ville scandinave (désignée sous le nom de Kattegatt) parfaitement crédible, effets spéciaux donnant l’illusion que les personnages naviguent dans des fjords norvégiens alors qu’ils sont supposés être au Danemark et que la série a été tournée en Irlande, bref, de ce côté-là, rien à dire.

Et rien à dire côté costume non plus. Le travers dans lequel ne pas tomber dans les films de Vikings est d’en faire tous de gros bears velus aux looks thermopoilés interchangeable.
« Vikings » prend le parti d’une variété qui fait plaisir à voir : coupes de cheveux diverses et marrante, piercing, tatouages… Les femmes arrêteraient de se balader partout en cheveux que je serais aux anges.
Les costumes sont complexes et signifiants. Par exemple, j’apprécie beaucoup que le trop peu développé et parti trop tôt personnage d’Erik soit défini presque exclusivement par son vêtement.

Erik apparaît dans l’épisode 2 et semble être le partenaire majoritaire de Ragnar dans ses expéditions. Pourquoi je dis ça ? Parce que les expéditions vikings étaient en quelque sorte des associations de plusieurs propriétaires terriens, appelés bondi (pluriel de boendr), qui mettaient selon leurs moyens, de l’argent dans un bateau et sa cargaison. Celui qui mettait le plus occupait à bord la place d’honneur, celle de barreur. Précisément celle qu’occupe Erik.
Or Erik est vêtu très différemment des autres. Il a des anneaux d’argent plein la face, et arbore un très luxueux manteau de fourrure. A côté de lui, les autres font clairement miteux (la faute au manteau et au charisme ici honteusement sous-exploité de Vladimir Kulich, Buliwyf forever… *point John Mc Tiernan*), et lorsque enfin nous découvrirons sa maison, nous comprendrons mieux pourquoi : Erik est le plus riche de la bande, il n’y a qu’à voir la taille de sa salle où l’équipe vient faire la fête après le procès de Ragnar.
A noter que si Haraldson le fait assassiner ce soir-là, c’est précisément pour envoyer un message à notre héros.

A noter aussi que si Haraldson avait été malin, il aurait proposé à Ragnar de s’associer à lui et en moins de deux ans, aurait pris à son compte ses implantations en Northumbrie. Mais l’essence du personnage du iarl est d’être un gros con.

Ce genre de petit détail est à porter au crédit d’une série qui ne brille justement pas par sa subtilité.

Pourtant, une de ses plus grandes forces est d’avoir un héros peu conventionnel et assez fascinant dans son genre.
Il aurait été facile de faire de Ragnar Lodhbrock (alors attention là aussi, contrairement à ce que la série semble montrer, Lodhbrock n’est pas son nom de famille mais un surnom gagné lorsqu’il épouse sa deuxième femme, Aslaug, la traînée suédoise de l’épisode 8) un Viking de manuel d’histoire du primaire dans les années 1930 : barbu, bourrin, bourru, la célèbre trilogie du Bear.
Au lieu de cela, « Vikings » choisit de développer un personnage rusé, s’imposant davantage par la malice que par la force, usant de ses ressources intellectuelles pour arriver à ses fins. En somme, Ragnar tel que défini par la série est très proche de ce qu’ont été les Vikings dans leur approche des nouveaux territoires où ils s’implantaient.

Un personnage qui prend les attentes du public à contre-pied, et qui se révèle sans conteste le meilleur atout de « Vikings ». Son duo avec Lagertha fonctionne lui aussi très bien, jusqu’à l’ultime épisode où Michael Hirst nous ressort, sans justification aucune à la chose, Henry VIII du tiroir.

Oui, j’ai pleuré des larmes de sang en voyant la série transformer Ragnar en resucée du roi d’Angleterre mode boloss, comprendre : « femme de moi pas donner fils, moi changer femme de moi, CROM ! »
Je n’ai strictement rien compris à cet arc artificiel et totalement maladroit destiné à évincer Lagertha de l’histoire au profit d’Aslaug sur le principe totalement foireux du « j’ai déjà un fils qui me donne toute satisfaction, mais je vais tout de même virer ma femme parce qu’elle ne m’en a pas fait 18 ». Genre ça fait même pas un an qu’il est iarl, elle n’a eu le temps que de tomber une fois enceinte, mais ça y est, une fausse couche est aussitôt définie en règle absolue.
Pour Michael Hirst, cela permet sans doute de recycler son personnage d’Anne Boleyn dans « Les Tudors » dont la fin de l’arc autour de ses grossesses était d’une très grande cruauté. Le problème étant que Lagertha ne vivant pas le calvaire des fausses couches à répétition, on peine beaucoup à y croire.

Mais j’avais dit que je dirais du bien de « Vikings », alors je continue un peu. Oui, j’aime bien Ragnar, et c’est d’ailleurs avec Lagertha le seul personnage trouvant grâce à mes yeux.
Avec Bjorn peut-être, même si j’ai longtemps eu envie de lui mettre des beignes. Aaaaah, Bjorn Flanc de Fer, un gros rageux qui dans quelques années viendra piller Paris et kidnapper les fils du roi de France. J’en salive d’avance. Brave petit à la coupe normande, joué par un acteur norvégien au délicieux accent.

J’allais presque oublier le générique ! Le générique de « Vikings » est vraiment superbe, et sa conclusion sur l’ombre des bateaux vue du fond de l’océan me donne à chaque fois envie d’aller ouvrir le dos d’un moine avec une hache à deux mains. Ou alors d’acheter un meuble en kit. Ça dépend de l’humeur du jour.

Autre point positif, « Vikings », au début de la saison 1, quand elle n’avait pas encore totalement abandonné le surnaturel dans son récit, offrait quelques belles plages contemplatives. L’ouverture, bien entendu, mais aussi cette superbe séquence de la tempête durant laquelle Lagertha raconte à ses enfants le duel entre Thor et le Jörmungand .
Dommage que ces éléments deviennent par la suite de simples pastilles « historiques » extrêmement maladroites, comme la discussion entre Athelstan et les Vikings chez Floki, au sujet de leurs religions respectives. Totalement artificielle, mais certainement pas pire que la comédie musicale « Ragnarök » donnée dans le hall du iarl quelques épisodes plus loin. Le ridicule absolu ne tuant pas, la série n’a pas disparu dans un trou noir après cette séquence WTF au-delà du possible. De très loin le pire truc jamais fait par Michael Hirst.

Les trucs pas bien.

Michael Hirst est le spécialiste pour peupler ses séries historiques de personnages qui n’y servent à rien.
Dans « Les Tudors », ils étaient légions, mais personne ne fut plus inutile à l’histoire que Thomas Tallis. Pourquoi était-il dans la série ? Quel était l’intérêt de son personnage ?
Nous ne le saurons jamais. Le mec a tout de même eu droit à un arc complet pendant la saison 1 consistant à en faire tout à tour un homosexuel => un compositeur de génie => un glandu => un homme marié composant de façon géniale mais qui sortira mystérieusement de la série sitôt marié.


« Thomas tu es aussi inutile qu’un archet frotté langoureusement sur une trompette. »

Tallis n’avait aucun lien avec les autres personnages de la série, du moins aucun lien qui ait le moindre sens ou apporte quoi que ce soit d’intéressant à l’intrigue. Il avait un peu ses side adventures à lui, son spin off chiant à mourir, avec des choristes.
Tallis dans cette série c’était un peu le chef de chœur du glee club de White House.

Dans « Vikings », le syndrome Thomas Tallis frappe assez peu, mais il est pourtant bien présent. Rares sont les personnages qui ne servent vraiment à rien, mais si l’on prend le iarl Juste Haraldson, on peut voir l’ombre du kapel meister passer dans son dos.

Haraldson est un vieil homme engoncé dans le pouvoir, et sans esprit d’initiative. On découvre au début de la série qu’il a de l’argent, et qu’il cherche avant tout à asseoir son influence sur ses terres, en capitalisant sur le succès sans cesse répété de ses raids en Lituanie.
En gros, Jojo la Pantoufle.

Mais Jojo la Pantoufle a un FRAKKING TRAUMA. Il y a longtemps, il a perdu ses fils.
Damned, voilà une chose qu’elle est pas cool. N’ayant pas de successeur, Haraldson pourrait servir à Hirst d’alibi pour assouvir sa passion des intrigues tournant autour de femmes stériles et/ou incapables d’accoucher d’autre chose que de paquets de chromosomes double X.
Que nenni.
La série se contentera de sortir cette info de son chapeau, et de ne strictement jamais s’en servir.
La mort de ses enfants, quasiment ravalée au rang de fait divers n’est jamais le moteur de son personnage, ni élément de développement. Quant aux motivations inintéressantes parce que totalement obscures de sa femme, j’ai personnellement cessé de m’y attarder à partir du moment où nous a été présentée une aventure entre elle et Rollo, le frère de Ragnar, qui sortait de nulle part.

Haraldson est peut-être le personnage le plus mal écrit ; avec Floki, de toute la série. Et cette histoire tournant autour de ses fils aurait pu être bien mieux exploitée, en s’en servant, par exemple, comme terreau de son inimitié envers Ragnar.
Au lieu de cela, cette mort barbare et mystérieuse est évoquée histoire d’humaniser le personnage qui pourra donc mourir dans l’épisode d’après, sans postérité.

Autre personnage-problème, Floki.

Au départ, il a été présenté comme une sorte d’incarnation de dieu Loki. Alors je ne sais pas trop quelle image Michael Hirst s’en fait, mais Loki, je le retrouve plus dans Ragnar que dans l’autre idiot du village.

En fait, Floki c’est le Joker. Génial pour construire des bateaux capables de faire la Route du Rhum au VIIIe siècle, mais boulet intégral une fois parti en expédition. Floki l’imprévisible est surtout totalement malléable pour les scénaristes qui en font un coup un mystique, un coup un gros drogué, un autre un charpentier de génie et puis de temps à autre un fifou à qui il ne manque que sa camisole.

En fait, j’ai l’impression que le pauvre souffre de toutes les maladies mentales possibles : schizophrénie, syndrome Gilles de la Tourette, d’Asperger, son cas pourrait passionner Michel Cymes lors d’une édition spéciale du Journal de la Santé.

Une grosse réussite d’écriture, et ne venez pas me dire que l’essence même de ce personnage est d’être difficile à cerner vu que « c’est Loki tu n’as rien compris ». Non. Si vous en voulez du personnage multifacette extrêmement difficile à cerner, je vous propose de regarder « Mad Men » jusqu’à sa saison 5 et de me dire, une fois celle-ci achevée : QUI EST BOB BENSON ?? (moi j’en dormais plus la nuit….)


Bob, sur l’écran noir de mes nuits blanches….

Le gros problème de « Vikings », à mon avis, est de tenir sur deux arcs aussi fragiles l’un que l’autre.
Le premier, celui de Kattegatt autour du iarl est plombé par Haraldson, un personnage creux rempli avec un peu de drama des familles histoire de faire sangloter Margaux dans sa chaumière lorsqu’il finira par décéder. Il y avait pourtant de quoi traiter cette intrigue de meilleure façon, simplement en faisant du iarl un personnage tout aussi roué que Ragnar.
Le second concerne les raids en Angleterre. Je ne parlerai pas de l’aspect historique de la chose, vous savez tout le bien que j’en pense, mais simplement de son déroulement. Peut-être la partie la plus soutenue en termes d’enjeux, et la plus intéressante aussi. Le bras de fer entre Ragnar et le roi Aella aurait pu sembler intense si la série n’était pas aussi légère sur la construction de ses intrigues, se contentant de raconter une histoire sur le mode « et pi après…., et pi là…., mais bon ils y vont et pi…. »


Le roi Aella qui ne quitte tellement jamais sa couronne qu’il la porte sûrement sous la douche.

Même défaut que dans « Les Tudors » où les scènes et les intrigues s’enchaînaient sans que l’on ait le sentiment que la série possède le moindre fil directeur.

Ce qui pose aussi le problème de l’immersion. Le pilote est extrêmement maladroit en la matière. Ragnar amène son fils, Bjorn, à la cour du iarl pour qu’il y reçoive son anneau, car c’est un homme maintenant.
Bien.
Sauf que Bjorn nous est servi comme le point d’entrée dans cet univers.
Je sais pas vous mais moi, ça me gêne un peu de découvrir l’univers des Vikings en même temps qu’un petit garçon viking âgé de 12 ans. Bjorn n’est pas censé ignorer sa propre culture, les rites, l’importance des gestes, ou s’étonner de certaines choses.


Bjorn, 12 ans, qui doit se prendre un truc comme 7 cuites en 8 épisodes.

Ce rôle de poisson pilote aurait dû être celui d’Athelstan, le moine, qui dès l’épisode 2 se retrouve confronté malgré lui à un choc des cultures pas piqué des vers. Mais Athelstan jouera en réalité le rôle du mec qui s’assimile. Pas idiot en soit, parce que cette rapidité d’assimilation est très pertinente. Simplement, c’est le rôle de naïf joué par Bjorn dans le pilote qui me semble totalement déplacé et qui, du fait, accentue encore l’idée que la série cherche à nous exposer son contexte historique (en disant de grosses conneries en plus) plutôt qu’à raconter avant toute chose une histoire.

Du coup, c’est quoi ton problème avec « Vikings », pour résumer ?

Mon premier problème est d’être aware sur les Vikings. Déjà. Ça m’empêche clairement d’apprécier la série quand je vois les clichés et autres légendes du XIXe siècle érigées en vérités scientifiques qui tapissent cette série de part en part.

Encore une fois, cela ne me dérangerait pas si « Vikings » ne cherchait pas à se vendre comme un show aux prétentions pédagogiques, produit par la sérieuse chaîne «History ».

Si l’on prend le cas de « Rome », ses entorses parfois violentes avec l’histoire ne m’ont jamais vraiment gênée, et pourtant, j’en aurais des choses à dire sur la représentation de l’Alexandrie lagide que propose cette série (j’en ai encore des convulsions la nuit).
Mais « Rome » avait avant tout une histoire à raconter, des personnages solides qu’elle faisait évoluer dans un décor rempli de sens, sens que l’on ne cherchait jamais à nous expliciter mais qui était le moteur de la plupart des protagonistes.
L’ennui dans « Vikings » c’est d’avoir cette impression que les personnages évoluent dans un décor. Malgré la qualité de la reconstitution, tout semble factice dans « Vikings », tout est forcé, à de très rares exceptions près, comme le final d’Uppsala, où brutalement, on se recentre sur les émotions et les protagonistes. Le reste du temps, lorsque l’on en est pas à nous expliquer n’importe quoi de pseudo réaliste sur les Vikings, les personnages et les enjeux globaux s’avèrent trop faibles pour soutenir la série.

« Vikings » peut se regarder comme un divertissement plaisant, vraiment très agréable à l’œil, mais qui ne possède pas de qualité de narration réelle. Je place sans doute mon degré d’exigence trop haut mais ce que j’attends avant tout d’une série télé c’est qu’elle me raconte une histoire intéressante. Or ce n’est absolument pas ce que je trouve ici.
Si vous avez apprécié « Les Tudors », « Vikings » vous conviendra très certainement, sachant que cette dernière me parait nettement supérieure, ne serait-ce qu’en terme de jeu pour l’acteur principal, mais aussi parce que finalement, l’histoire de « Vikings » est plus difficile à massacrer que celle d’Henry VIII.

Mais par contre, sérieusement, pour les deux : ne croyez absolument rien de ce que l’on vous vend en matière historique.

Pour ça, je ne peux que vous conseiller quelques ouvrages de base :

Régis Boyer, « Les Vikings” et « La Vie Quotidienne des Vikings ». Régis Boyer est le spécialiste français de la chose scandinavie et ses ouvrages ont le mérite d’être très faciles d’accès. Je le trouve parfois un peu complaisant dans l’évaluation de ses sources (en gros elles sont dignes de foi quand ça l’arrange) mais à mon avis, ses ouvrages ses une indispensable base de départ pour découvrir l’état de la recherche sur le sujet.
Gwyn Jones, « A History of the Vikings », c’est LA somme en anglais sur la question. Il a des opinions parfois différentes de celles de Boyer, du coup, les deux se complètent bien. Si vous êtes anglo-comprenant, n’hésitez pas à y mettre vos charmants petits bouts de nez, Mr. Jones ne mord pas.

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