Iron Man of Steel.

L’autre jour, alors que je peaufinais mon plan de domination mondiale, que j’entendais bien débuter par l’invasion du Guatemala, je me disais justement que l’été se terminait et que contrairement à ce que j’avais tout d’abord envisagé, l’entreprise avait pris un peu de retard.
Faut dire que je veux me donner les moyens de mes ambitions aussi. J’avais par exemple programmé d’aquérir au marché noir un porte-avion nucléaire et deux sous-marins d’attaque mais malgré mes économies et mes pourboires de saison, je crains ne pas parvenir à rassembler la somme.
J’ai donc du abandonner l’idée d’un déploiement de mes forces d’assaut en Amérique Latine et reporté mes efforts sur l’Europe du Nord, conformément au plan B, appelé aussi « cay la crise, conquérons l’univers avec un cure-dent et un cornet de frite« .
Ainsi, lorsque j’entrerai au Danemark à la tête de ma légion composée d’un soldat, moi-même, je risque de me sentir un peu démunie.
Qu’importe, même si le siège de Copenhague s’éternise, au moins là-bas on ne mange pas trop mal, enfin si on aime le salami et le hareng saur. Toute une hygiène de vie.
Ce qui m’inquiète un peu plus c’est l’armée danoise. Je les ai vu à la télé déboiter des talibans, c’est pas des rigolo les mecs. Ils chargent toutes ballz dehors en hurlant des trucs comme « DeathdeathskØllCarlsbergforever » et lapident leurs victimes à coup de Lego. Brrrrr.

Donc, je réfléchissais à tout ça, à l’invasion repoussée du Guatemala, à mon plan B quand soudain, j’entrevis la solution :

L’exosquelette, bon sang ! Mais comment n’y avais-je pas pensé avant ! Aussitôt, je me lançai dans une recherche frénétique : qu’est-ce vraiment qu’un exosquelette, comment ça marche, est-ce qu’on peut quand même manger des pizzas quand on est dedans, cela se fabrique-t-il dans une cave…

D’après « Community », la réponse à cette dernière question semble être oui.

Et c’est là que je me suis souvenue que Neill Blomkamp sortait un film, et que qui dit Neill Blomkamp dit forcément armures of doom et missiles dans la tête. De quoi m’inspirer pour le futur.

Attention, tout de même, bande de sapajous :

Quand on me demande ce que j’ai pensé de « District 9 », en règle générale, ma réponse commence toujours pas un « Beeeeeeeeeen eeeeeuuuuuuhhhh…… » suivi d’un « maaaaaaiiiiiiis booooooon », puis de quelques « saaaaauuuuuf queeeeeee…. »

Bref, « District 9 » me met profondément mal à l’aise. Je lui reconnais une ambiance diablement immersive, un radicalisme qui fait du bien dans un paysage cinématographique trop volontiers aseptisé, une ambition formelle, et une montée en puissance efficace.
Sans parler de la trajectoire de son personnage principal, anti-héros détestable auquel on finit par s’attacher malgré nous.

A côté de ça, la charge politico-moralisatrice qu’il contient est aussi subtile qu’une pelleteuse hydrolique, l’action filmée en shaky cam de mes deux et le final malgré une bonne gestion du rythme, semble venir de nulle part, peut-être de ce projet d’adaptation avorté de « Halo ».

Bref, je suis et je reste réservée sur « District 9 ».

Et en toute honnêteté, je m’attendais à me réconcilier un peu avec Blomkamp, dont je crois en les qualités de narrateur, hein, vraiment, avec « Elysium », dont l’histoire est de toute manière une assez large repompe des mécaniques du premier.

Genre, j’ai naïvement cru que je ne comprenais rien du tout aux motivations du héros dans la bande annonce parce que la dite bande annonce ne voulait pas tout me dévoiler de l’intrigue du film. Motif caché toussa.

Que dalle. Autant dans « District 9 » la trajectoire de Wikus était limpide, dictée par la nécessité de sa survie, autant dans « Elysium », le leitmotiv de Max change toutes les 5 minutes. J’ai eu tout du long de la peine à cerner le personnage, comme j’ai eu quelques difficultés à comprendre celui de M’am la secrétaire d’Etat à la Défense, un genre de Condoleezza Rice 2.0 polymorphée Brice Hortefeux.

C’est presque rageant de réaliser, au terme du film à quel point Blomkamp, qui a le mérite d’avoir écrit et réalisé tout seul ce projet personnel qui n’est ni une suite, ni une franchise, a sans doute pris conscience pendant l’écriture de la faiblesse des enjeux de sa propre histoire.
Encore que, faiblesse, ça se discute, puisqu’il s’agit bien de survie pour un homme, Max, qui n’a plus que 5 jours à vivre et espère gagner la station spatial Elysium où vivent les riches et leurs super sarcophages Goa’uld « kiguéritou »TM afin de sauver sa précieuse carcasse.

Ben quoi, Neil, ça ne te suffisait pas ? Apparemment non parce qu’il faut coller dans les pattes de notre héros une mère et sa fille malade qui a aussi besoin du Kiguéritou => DRAMA, et une sombre histoire de programme informatique qui peut accorder la citoyenneté elyséenne à tous les Terriens, lesquels pourront alors prendre place dans ce paradis spatial et soigner leur chikungunya dans les sarcophages.

Il arrive un moment où les éléments s’emboitent avec une telle difficulté et où on perd un peu le fil émotionnel construit durant le premier tiers du film.

Tout bascule en effet à partir de l’instant où on greffe à Max un exosquelette. Ça y’en a être bonne came, dis-donc, parce qu’une fois la colonne vertébrale reliée à une armature d’acier, PAF, Max ne semble plus souffrir des séquelles de son irradiation qui lui avait pourtant fait gerber quelque chose que 77 fois son quatre heures dans les scènes d’avant.
Tellement puissant le truc qu’il n’a plus besoin de ses médicaments palliatifs dont il absorbe la totalité juste avant son duel contre le boss de fin.

Ça n’a l’air de rien, mais le simple fait de faire disparaitre les symptômes de l’irradiation et donc l’épée de Damoclès suspendue au-dessus du crâne glabre du héros, fait disparaitre la tension sur laquelle étaient fondés les enjeux dans ce fameux premier tiers. L’histoire qui devait être celle d’un compte à rebours devient une simple mission d’infiltration dont les enjeux sont de moins en moins clairement définis à mesure qu’ils se complexifient jusqu’à l’opacité.

Sans parler des éléments parasites comme toute la sous intrigue avec l’infirmière.

«-Hola chica.
Hola gringo. Que tal ?
Muy bien, wesh. Come te llamas ?
Frey.

Que passa, gringo ?
The North remembers…….

Infirmière qui outre son nom qui appelle au meurtre est également affublée de “caution morale”, sa fille atteinte d’une leucémie et que personne ne peut guérir, à part les mighty Kiguéritou. Fille qui ne se privera d’ailleurs pas d’activer son aura « petite fille choupi en phase terminale SO SAD HELP ME » au meilleur moment lors d’une scène qu’on sent trop venir la parabole et donc la scène de fin : « *toussetousse* tu diras au suricate *toussetousse* que je l’emmerde. »

Oups, ça s’était ma vision de la scène de fin.

D’ailleurs, le meilleur reste tout de même dans le final, qui confine presque à la bêtise si on y réfléchit plus de deux secondes : après avoir légalisé les Terriens, le programme informatique gérant Elysium réalise, OMG, qu’ils sont tous affublés de maladies aussi diverses et folkloriques tel que pied bot, varices et autres rhume des foins. Ni une ni deux, le programme commande l’envoi immédiat de navettes médicalisées blindées de Kiguéritou afin de dispenser soin et pénicilline à la Terre.

Donc ça veut dire que les sarcophages Goa’uld, vous les aviez depuis le début en masse… Et qu’en plus d’en avoir un par maison de riche sur Elysium (maisons qui sont TOUJOURS vides, d’ailleurs…) vous en gardiez un truc comme quarante douze mille dans des hangars, sans doute dans l’éventualité d’une épidémie foudroyante de dermites sur la station spatiale ?
Hein ? Dites-moi que c’est ça et que vous étiez juste des genre de Roselyne Bachelot de l’espace, en mode « on a un caisson magique par famille capable de guérir absolument toutes les maladies mais juste au cas où on en garde des milliers au chaud, on sait jamais, une épidémie d’ongle incarné est si vite arrivée » ???

Sérieusement, vous pouvez m’expliquer ça ? Parce que sinon, je vais me fâcher tout rouge, m’enfermer dans un fut de bière, choper une laryngite et me mettre à crier très fort :

Dans le style, c’est presque aussi brillant que la dictature dans « Hunger Games ». Où on préfère garder le peuple dans la peur et la servitude, entretenant ainsi la haine à l’encontre du gouvernement plutôt que de dispenser les largesses dans un jeu pervers du donnant-donnant. Univers où n’existe même pas le culte de la personnalité du Leader Suprême.

Genre là, avec le matériel à leur disposition, rien n’empêchait les Elyséens d’envoyer de temps à autre les caissons Kiguéritou sur Terre lors de grandes campagnes annuelles de guérison. Il y aurait pu avoir des listes d’attente, voir, l’obligation de payer pour avoir accès aux soins magiques, enfin un truc du genre.
Cela n’aurait rien changé pour Max. Irradié quelques jours après le passage annuel des caissons médicaux, il ne peut se permettre d’attendre encore un an avant leur retour et cherche donc à gagner Elysium pour sauver ses miches.

Rien que ça et la scène de fin aurait déjà parue moins tartignole.

Tristement, l’univers manque un peu de cette cohérence qui était la plus grande force de « District 9 », le film qui faisait regretter qu’il n’existe aucune série dérivée pour mieux appréhender sa richesse.
« Elysium » réduit son contexte général à une simple fonction qui ne fait que motiver mollement les personnages pour les conduire d’un point A à un point B. L’ensemble manque cruellement de profondeur, comme les personnages principaux. Tout le contraire de « District 9 » encore une fois où le plus fascinant restait Wikus, l’incroyable parvenu salopard raciste et con comme une meule dont on suivait avec une certaine jouissance puis, malgré nous, une réelle empathie, la descente aux enfers.
Rien de tel ici autour de Max, réduit à un back ground trop léger et des motivations trop mouvantes pour susciter une véritable adhésion.

Le truc, c’est peut-être que Blomkamp est plus à l’aise avec ses bad guys qu’avec de gentils héros incarnés par Matt Damon.
Incontestable réussite d’ « Elysium », le commando mercenaire. Alors là, Matt Damon, il n’a vraiment pas de chance. Déjà il est en train de crever d’une irradiation à géométrie variable, mais en plus, il est poursuivi par non pas un commando de mercenaires normal, mais par un commando de mercenaires sud-africain.
LA TUILE.


Un Sud-Africain en colère équipé d’un katana et d’une armure énergétique => where is your God now ???

Des mecs du genre à rouler plein phare dans une décapotable en Namibie avec un Spring Box peint sur le capot, de gros déglingos qui se font des « wooouhouuu », genre Yvain et Gauvain quand ils déboitent des cibles avec des ogives explosives, bref, de gros gros tarés qui pour le coup, sont en fait vachement attachants.

Enfin dans leur genre quoi.

Perso, j’étais plus fascinée par Kruger (incarné par Sharlto Copley, l’interprète de Wikus dans « District 9 », justement) que par Max, ce qui en matière d’implication n’est pas sans poser problème.

« Elysium » aurait dû être une bonne surprise, une version améliorée de « District 9 ». C’est précisément l’inverse qui s’est produit. Faut-il en déduire que Neill Blomkamp n’est pas un très bon auteur ? Sans doute. Sur une histoire et un scénario ne lui appartenant pas pourrait-il être aussi doué dans sa mise en image ? La question se pose.


« Tu as avalé par accident la centrale de Fukushima ? Ne crains rien, petit Matt Damon, je vais te greffer un exosquelette et tu pourras jouer dans les films de Soderbergh comme avant ! »

Parce que malgré ses défauts, « Elysium » est d’une réelle beauté formelle. Bien sûr, le recours systématique à la shaky cam est un brin agaçant, mais Blomkamp maîtrise l’exercice. Ce qui ne rend pas ses scènes de combat plus agréables à suivre pour autant. Ceci dit, elles sont lisibles, c’est déjà ça de pris.
Quant au recours systématique au ralenti, il est à ça de servir à compenser les tressautements de la caméra. Cependant, il ne fait pas figure de cache misère ou de pose grandiloquente comme chez Zack Snyder puisqu’il lorgne plus vers le ralenti cameronien, distorsion temporelle destinée à appuyer l’intensité de l’action.
Je ne sais pas si c’est le recyclage du projet « Halo » qui continue mais dès qu’il s’agit de doter ses personnages d’un arsenal aussi fun que destructeur, Blomkamp sait faire et surtout sait filmer. Le plan où Kruger allume les phares de son exosquelette, ça n’avait vraiment pas de prix.

Mais j’ai tendance à perdre tout sens critique devant ce genre de truc, aussi. Ça, et les chatons. (OMG, un chaton en exosquelette…. Vite, du papier et un crayon, j’ai une idée de scénario qui me vient…)

La direction artistique de « Elysium » tire heureusement le film vers le haut, entre les ambiances poisseuses de ce Los Angeles du futur et les visions superbes d’Elysium dominant la Terre.


Mais j’ai également tendance à perdre toute objectivité devant ce genre de chose.

Bon il faut aussi par moment se fader d’affreux flashbacks en lumière blanche qui ne sont pas sans rappeler les heures sombres de « Man of Steel » et qui viennent systématiquement alourdir un récit qui n’en avait vraiment pas besoin.

Rarement image illustra aussi bien l’expression « OMGWTFBBQ »

Si l’on exclut les motivations mouvantes du héros, la charge politique d’une naïveté confondante (« lé rich son maychan é lé povr y soufr parsseke lé rich son méchan »), « Elysium » possède un excellent rythme qui ne faiblit jamais, avec une habile gradation dans les affrontements qui prend réellement aux tripes. C’est justement ce talent à produire un film d’action qui dans ses mécaniques nues se tient parfaitement et produit une vrai attente et une grande crispation chez le spectateur qui fait regretter l’imperfection du reste, la lourdeur, ses approximations.


Et étonnamment, ce n’est clairement pas le personnage pourtant estampillé « Agreuhgreuh je suis méchante » de Jodie Foster qui alourdit le plus l’ensemble.

Bien sûr, produire un blockbuster ouvertement violent et souvent un brin gore avec pour trame du fond une dénonciation de la société à deux vitesses tout en traitant du problème de l’émigration, c’est tout sauf commun dans le paysage actuel.
Il faut tenir une sacrée paire de ballz pour oser se présenter avec pareil projet et le défendre jusqu’à l’obtention du feu vert.
Dans le fond, c’est admirable d’avoir osé, et surtout d’y être parvenu.
Non, je ne peux décemment pas dire du mal d’un type qui invente des personnages comme Wikus Van der Merwe et Kruger. Qui explore aussi habilement la frontière entre cinéma et jeu vidéo pour déculper à l’écran l’expérience visuelle.
Je ne peux pas non plus rejeter les qualités plastiques indiscutables d’ « Elysium » ni la capacité de son réalisateur à transcender des personnages ultra casse gueule comme celui de Jodie Foster par une direction d’acteur qui sait faire la part entre dirigisme et confiance envers un interprète subtil et intelligent (big up, Jodie, t’es toujours ma préférée).
Et comment cracher sur un spectacle parfaitement divertissant, parfaitement rythmé, malgré des faiblesses scénaristiques, alors que j’ai porté aux nues « Pacific Rim » qui en gros, avait presque les même défauts et les même qualités ?


« Tiens, voilà ce que j’en fais de tes faiblesses scénaristiques ! Exosquelette dans ta bouche ! »

Hein, comment ?

Comment j’en sais rien. Pourquoi, en revanche, c’est une question autrement plus facile à répondre. Parce que le propos se veut infiniment plus sérieux et qu’il échoue, malgré une volonté évidente à créer une œuvre parfaitement cohérente et crédible à atteindre cet objectif.

Pourtant, il me sera impossible de ne pas en faire le meilleur film que j’aurai vu cet été. Avec « Pacific Rim », et en attendant « The World’s End ».

Note : **/*

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