Esquive +100

C’était un beau jour de juillet, chaud et ensoleillé, lorsque le Belge entra dans nos vies.
Ce n’était pas un simple Belge. C’était un espion belge.
A l’ instant où je compris qui il était, je commençai à le regarder avec une curiosité mêlée de respect. « Whaaaaooouuuu« , me disais-je, « un authentique spook d’Outre Quiévrain ! C’est vraiment impressionnant !« .
Armé d’un puissant « GSM encodé« , il s’en fut visiter, léger comme une plume, discret comme une ombre, calme comme l’eau qui dort, prenant garde, presque inconsciemment, à toujours se tenir dans l’angle mort de nos caméras de surveillance.
Sa « femme » et son « fils » (sans doute une jeune recrue en formation) sont sorties et j’attendais de le revoir, d’admirer ce sens unique de la discrétion, cet état de constante vigilance, mais las…

Jamais le Belge ne revint. Encore aujourd’hui, nous nous interrogeons :
-est-il descendu en rappel depuis le troisième étage à l’aide du célèbre « mousqueton de Namur » que tous les membres des services secrets de sa majesté Philippe ont à leur ceinture ?
-s’est-il éclipsé en s’agrippant au sac à dos d’un autre visiteur, échappant ainsi à notre contrôle, tel un Ulysse dupant Polyphème ?
-demeure-t-il depuis ce jour calfeutré dans quelque recoin du musée, attendant son heure pour agir ?

Je ne le sais. Tout ce que je peux vous dire, c’est que vu d’ici, cette disparition mystérieuse ressemble à de la magie. Un peu comme si ce visiteur peu commun était le chainon manquant entre Houdini et OSS 117.
Une légende.
Un mythe.

Pour nous, il restera à jamais : Gontran Van Der Noob, l’Insaisissable.

S’il y a une chose qu’ « Insaisissables » m’aura prouvée, c’est que quand Louis Leterrier veut, Louis Leterrier peut.
Attention, cela ne veut pas dire qu’il serait désormais capable d’emballer avec brio une scène d’action, ne soyez pas naïfs, mais force est de constater qu’il a sur ce film, j’ai presque envie de dire « enfin », montré un peu de personnalité. Pour la première fois depuis que je connais ses films, j’ai même eu le sentiment qu’il s’est fait plaisir, sans avoir peur de déranger les gens qui bossent avec lui sur le plateau.

Un peu comme s’il assumait le fait, que merde, je suis réalisateur, quoi, je peux bien faire ce qu’il me plait, zut !

Un peu plus de liberté, donc, mais toujours ce sens aigu de la modestie chez un Leterrier qui connait très bien son niveau.
Qui sait qu’il ne sera jamais Orson Welles mais qui n’a pas non plus à s’excuser de vouloir faire du cinéma.
Leterrier n’était jusqu’à présent qu’un « Yes man » formé dans les écuries Luc Besson, il semblerait qu’il tente désormais d’exister par lui-même.
Bonne nouvelle donc, parce que du coup, « Insaisissables » n’est certes pas un grand film, mais il se regarde avec plaisir.

La magie et le cinéma sont deux arts extrêmement proches nécessitant à la fois connaissance technique, talent, et, de la part du public, une volonté de se laisser duper. Deux arts de l’escroquerie assumée et acceptée qui ne fonctionnent que lorsque l’on cède à une forme de lâcher prise.
C’était d’ailleurs sur cet aspect précis que « Le Prestige » de Christopher Nolan se concluait de fort étrange manière.

« Insaisissables » agit à un degré moins méta, davantage relecture de Robin la Capuche (la VF cay le mal depuis très longtemps, on dirait…) qu’introspection sur le cinéma en général (le contraire du « Oz » de Sam Raimi, par exemple).

Ceci étant dit, tout le film s’appuie sur l’idée d’une manipulation dont le spectateur doit accepter d’être dupe, jusqu’à découvrir les motivations des uns et des autres dans le final.
La construction de ce type d’intrigues est certes un exercice délicat parce que dangereux, mais les constants rebondissements interdisent tout temps mort. Au risque qu’une fois la séance terminée, on commence à se poser des questions à et voir apparaitre les faiblesses du scénario pas aussi imparable qu’il le semblait (comme le premier braquage), et non exempt de facilités (comme les super pouvoirs de l’hypnotiseur).

Mais dans l’ensemble, la réalisation soutient parfaitement le scénario, compensant ses faiblesses en proposant un spectacle enjoué, vif, où Leterrier n’hésite pas à placer quelques plans séquences, s’interdisant, mis à part dans ses scènes d’action totalement foutraques et, il faut le dire, loupées (à l’exception du combat très inventif entre l’un des Cavaliers et les agents du FBI dans la tanière des braqueurs, où pour se défendre, le magicien utilise … de la magie), d’avoir recours à un montage trop rapide. Preuve qu’il connait son métier et ne s’appuie pas sur des effets de manche pour conférer du dynamisme à son récit.

Cependant, on ne sort guère de l’idée de spectacle, et même si on adhère à la supercherie, difficile de comprendre où va donc l’intrigue. A cheval entre la quête initiatique pour les Quatre Cavaliers et le revenge movie, « Insaisissables » glisse brutalement vers le coup de la société secrète qui se prend pour une ONG, ça c’était pour le côté Robin Capuche…
Bref, on sent que les auteurs ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient réellement faire de ce film, à part un film à tiroir. En l’espèce, ils ne se sont pas loupés, mais le manque de profondeur fera au final d' »Insaisissables » un film simplement sympathique.
Ce qui n’est déjà pas si mal puisqu’il tranche tout de même, dans la forme, avec ce qui se fait en ce moment sur nos toiles.
Dommage que personne n’ait eu l’ambition de tirer l’ensemble vers le haut pour le transcender.

« Insaisissables » est malgré ses défauts une bonne surprise, qui confirme ce que je pensais de Louis Leterrier, de sa modestie et de son savoir-faire. Entertainer honnête, qui ne se prend pas pour un cador et de fait, respecte un public auquel il s’identifie pour lui proposer un spectacle divertissant, ni plus, ni mois.

Avec « Pacific Rim », l’autre film de l’été qui brille par son honnêteté.

Note : */*

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