Nippon, ni mauvais

Vous venez de lire le titre de ce nouveau billet. Votre esprit hésite entre l’implosion, la conduction d’un ample mouvement de votre nuque vers le bas visant à écraser votre front ahuri sur le bois de votre bureau, ou la proclamation immédiate d’une fataw contre ce blog, ses titres honteux et ses jeux de mots à peine dignes des Grosses Têtes.
Laissez-moi tout de même vous demander pardon. C’est pas de ma faute votre honneur, c’est le mois d’août. Si vous saviez ce que l’on doit supporter pendant ces 30 jours, vous seriez indulgents : des gens qui savent plus ouvrir une porte. Si je vous jure. D’autres qui savent tellement bien s’en servir qu’une fois la salle de visite quittée, ils la referment derrière eux, au mépris des autres visiteurs. Même que certains éteignent aussi les lumières. Genre tous les jours, tu as le sentiment que Cécile Duflot est venue visiter le musée.
Et puis ils sont de mauvaise foi : ils veulent pas donner de caution, ils veulent pas payer, ils font des blagues largement pires que les miennes.
C’est un poids très lourd à porter, monsieur le juge.
Alors pour oublier, je regarde des films comme « Dodgeball », « La Chute de la Maison Blanche », et dans celui-là, y’a tout de même des Nord Coréens qui kidnappent le président dans son propre bunker, et détournent des avions pour rien, juste le fun, hop, humour d’extrême gauche.
Alors flûte, oui, FLÛTE, mes calembours sont ce qu’ils sont, en plus c’est pas si évident que ça de trouver des titres, je vous ferais dire.
Mais sans plus attendre ni prolonger cette intro pourrie, causons un peu de ce nouveau Marvel.

Difficile de juger ce nouveau « Wolverine », au regard du volet précédent, qui s’il n’était pas une franche réussite, avait au moins le mérite de ne pas être trop soporifique.


Pas trop…

Sans casser trois pattes à un canard, il faisait simplement son job d’ « Origins », avec à la clé des scènes d’actions pas super bien filmées, une histoire pas super bien développée, des side kicks pas super funky (bon ok, Gambit était assez cool), bref en un mot c’était pas super, mais sincèrement j’ai vu tellement pire…

Cette fois, avec James Mangold aux commandes de ce « Wolverine : le Combat de l’Immortel », on avait presque de quoi être rassuré. Loin d’être un manche, Mangold est un réalisateur qui connaît son travail et le fait en règle générale plutôt bien.
Et force est de reconnaître qu’une fois encore, Mangold l’a fait de manière honnête. Dans cet exercice de style du film d’action il conserve une lisibilité nonobstant la fuckin’ shaky cam, compensée par un montage intelligent et des cadrages optimisés (un savoir-faire largement démontré dans le très sympathique « Knight and Day »).
Visuellement, il apporte également un grand soin à son film, comme il le prouve dès l’ouverture avec le bombardement de Nagasaki. Y’a pas à dire, quand un bon réalisateur travaille avec un bon chef opérateur, ça vous change un film.

Là par exemple, c’est plus la version cinéma d’auteur français.

Parce que malgré ses qualités de filmage et d’éclairage, « Wolverine » est un film incroyablement chiant. Pas aussi chiant que « Only God Forgives »,tout de même, hein.
Là, il faut se tourner vers les scénaristes et un peu aussi vers le réalisateur et le monteur. On ne compte plus le nombre de scènes dialoguées qui auraient considérablement gagnées à être raccourcies où dont on aurait tout aussi bien pu exposer les enjeux dans d’autres scènes, sans dialogues cette fois.

Il faut dire que l’histoire commence avec un truc incroyablement épique et héroïque : Wolverine va acheter des piles.

OMG frakking intense.

Des piles. DES. PILES.

Ce passage au supermarché lui permet de croiser des chasseurs qui vont lancer « l’action », et là, accrochez-vous c’est carrément fou : la nuit suivante, ils tuent son pote l’ours.

Wolverine vit à la colle avec un ours, ouais, c’est info du jour. Tout en rêvant toutes les nuits de Jean Grey lors de séquences qui ne sont pas sans décalquer rappeler celle du « Territoire des Loups ». La consécration pour Joe Carnahan. Et comme quoi c’était une bonne idée de mise en scène, ce sont sans doute ces séquences qui fonctionnent le mieux au niveau émotionnel de tout le film. La puissance d’un back ground alliée à une mise en image sobre et efficace. Combo gagnant.

« COSETTE !!!!!!! »

Rendu fou par la mort de son ami thermopoilé, Logan va casser la gueule des chasseurs dans un bar, jusque-là, tout va presque bien, si on fait abstraction du fait que la scène des piles ne servait strictement à rien, du coup.
Et c’est là qu’arrive la deuxième scène WTF, une Japonaise déboule avec un katana (normal, elle est Japonaise. Pour MOAR clichés sachez qu’elle maîtrise quelque chose comme 17 arts martiaux dont 4 au moins jusqu’au 42e dan. Comme toute nippone qui se respecte), qui commence à découper tous les tabourets. Arrêtez la, c’est une folle !
Puis, après ce massacre gratuit de mobilier innocent, elle se met à prophétiser la mort de tous les clients du bar.

Et Wolverine LA SUIT.

Il se passe quoi dans ta tête à ce moment-là, Logan, sérieusement ?

Bref, l’histoire est lancée à grands coups de scènes poussives. Une fois l’intrigue partie, rien ne pourra plus l’arrêter, mis à part de frakking scènes de dialogue ultra longues permettant d’exposer les enjeux. Les trois quarts du temps, elles sont inutiles, on a déjà compris.

«-Ah dis-moi, jeune fille, tu te serais pas changée depuis ta dernière scène ou tu arborais un look d’étudiante catholique otaku, dès fois ?
Vous êtes bien observateur, Logan. En effet, comme vous pouvez le constater, je porte présentement un kimono. C’est traditionnel.
Ouais.
Vous l’avez sans doute remarqué après les 27 plans sur la maison très traditionnelle de mon mentor, Sensei Tupuri, mais tout le monde ou presque porte un kimono, ou pratique les arts martiaux.
Enéfé.
C’est-à-dire que Sensei Tupuri est très attaché aux traditions.
AH C’EST DONC POUR CA QUE VOUS VOUS BALADEZ TOUS EN KIMONO DANS UNE MAISON DU XIXe SIECLE !!!!!! MERCI D’AVOIR CASE CE DIALOGUE SINON LA SUBTILITE DE L’INFORMATION ETALEE A RAISON DE 27 KIMONOS DANS LE CHAMP EN PERMANENCE M’AURAIT TOTALEMENT ECHAPPEE. »

Et c’est tout le temps comme ça.

Le rythme du film passe son temps à s’effondrer dans ce genre de scènes inutiles qui loin de développer les personnages ou de creuser l’intrigue se contente d’aligner les Captain Obvious à la chaîne. Genre la grandiose discussion dans le train où Mariko, à peine décoiffée par lamortdesongrandpèrechéri+l’attaquedesyakuzas+lacoursepoursuiteentonguesdanslesruesdeTokyo+lamenacedesamortimminente, annonce à Logan qu’il l’emmerde et qu’elle va plutôt écouter de la J Pop dans son baladeur. Qu’est-ce qu’ils sont zen, ces Japonais quand même.

Mention spéciale à la stratégie la plus pourrie ever pour guérir d’une maladie incurable.

«-Logan vieux briscard…
Yuji, mon vieil ami à moi que je me suis fait à Nagasaki. Comment ça va ?
Bah pas super fort, comme tu peux le constater. Maladie, stade terminal, toussa.
La tuile.
Ouaip. Bon, parlons un peu business tous les deux, mon Wolvie. Tu sais, je me disais, on pourrait conclure une sorte de marché.
Annonce la couleur.
Je te propose un deal en béton armé : j’échange mon cancer généralisé contre ton immortalité. Allez, qu’est-ce que tu en dis ?
J’en dis que je vais réfléchir.
Ah bon ? Je pensais qu’on aurait fait top là tout de suite moi. Je suis un peu déçu. »

Décidément, chez Marvel ils sont très forts pour produire du rien avec leur mythologie. Le principal problème de ce « Wolverine » est le manque totalement d’implication émotionnelle pour le personnage principal. On ne croit pas une seconde à sa romance avec Mariko, sa mission d’escorte de l’épisode, laquelle est une très jolie plante verte pour laquelle on ne tremble pas une seule fois de tout le film.

Le scénario recelait un arc autour de la perte de ses pouvoirs de régénération par Wolverine, une vraie mise en danger pour notre héros, mais celle-ci est terriblement mal gérée.
Premièrement, même avec 27 bastos dans le buffet, Wolvie court toujours. Bon, en fin de journée, il se met à faire « ouilleouilleouille », et s’écroule. Un tour chez le vétérinaire et il repart à neuf, tel un Jean-Pierre Raffarin après ablation de la vésicule.


« Car la route est droite ! Mais la pente est rude !!! »

Pour montrer son caractère vulnérable et fragile, on lui colle aussi une scène où il se sent fatigué après avoir coupé du bois.

Et puis de quoi je m’étonne à la fin, l’histoire a bien été lancée parce qu’il était allé acheter des piles…

Des enjeux dramatiques désamorcés, des enjeux émotionnels quasi absents, une histoire un peu laborieuse, mais une réalisation propre et une belle image, « Wolverine » est un film paradoxal parce qu’il ne saurait être classé parmi les purges Marvel tel « Iron Man 2 », « Thor », « Iron Man 3 », « Avengers », ne serait-ce que grâce à James Mangold qui essaye, sincèrement, de ne pas se foutre de la gueule du monde.
Mais avec un scénario aussi mal équilibré, difficile de produire l’actioneer que « Wolverine » aurait pu être. Les ingrédients étaient pourtant réunis, mais et c’est là aussi que le bât blesse, comme souvent dans cette franchise, les antagonistes sont à ce point ridicules que tout sentiment d’inquiétude fond rapidement comme neige au soleil.

Evil Cancérologue, par exemple, aka la Vipère, n’existe que par ses quarante douze tenues différentes. Un changement de fringue par scène. Et hop, le personnage est caractérisé.
Iron San est quant à lui sauvé de sa scène d’action finale super chiante grâce à son look classieux qui permet au moins de l’admirer.

Autre défaut de « Wolverine », qui pourrait tout aussi bien être une de ses qualités : l’ensemble est très sérieux.
Je sais, je sais, je reproche assez comme cela à Marvel de favoriser la déconne à tous crins dans ses adaptations, et la franchise « X-Men » n’a jamais été la plus funkie. Cependant, si on regarde du côté de « First Class », on peut y trouver un certain humour, ne nuisant pas à la gravité des enjeux (Wolverine y était d’ailleurs présent sous forme de joke pas super fine, mais efficace quand même).
Bon, il faut aussi regarder ce film dans le contexte plus large de la darkisation (nolanistation ?) de la franchise Marvel qui semble vouloir s’acheter une maturité en introduisant des éléments sombres, genre des héros torturés avec des traumas qui les font se morfondre ou pire, se tourmenter existentiellement. Bon point pour « Wolverine », ses états d’âmes consécutifs à la mort de Jean sont plus crédibles et plus efficaces que ceux de Tony Stark dans « Iron Man 3 ».
Presque trop car c’est précisément cela qui rend l’amourette Logan/Mariko totalement transparente : comment ça jeune fille tu penses pouvoir remplacer la goddam Jean Grey ? Ahah… Petite sotte.

Un bon point qui n’en est pas un, mais ce film n’est qu’un gigantesque paradoxe, l’intrigue politico financière familiale aux tonalités vaguement shakespeariennes que n’aurait renié un Kurosawa sauf qu’il aurait mis des chevaux de partout (et que les scènes de dialogues auraient sans douté duré deux fois plus longtemps, aussi) est traitée de manière assez confuse, presque comme si dans le fond, les scénaristes s’en fichaient un peu, au point de la laisser en retrait. Dommage, conservée au premier plan, en virant cette romance à la noix, par exemple (qui ça intéresse encore que le héros emballe la princesse, sérieux ?), elle aurait pu apporter au film le dynamisme qui lui manquait, en faisant une véritable enquête et non plus une série de coups du sort faisant avancer l’histoire.
En plus, voir un gros bourrin comme Wolverine essayer de faire fonctionner son cerveau en adamantium pour dénouer les fils, secondé par sa side kick en jupette, n’aurait pas pu nuire au film.
Au lieu de quoi, le héros, ballotté d’un évènement à l’autre sans jamais se prendre la tronche sur autre chose que les nuisettes de Jean, semble aussi peu concerné que le spectateur par sa propre histoire.

Tu finis donc le film avec un vague sentiment de « looking for a fuck to give », sans en trouver un seul et puis paf, générique.

Euhla mon Dieu, attention, film Marvel, ce qui signifie bonus.

Pour mémoire, le dernier bonus Marvel avait été celui à la fin de « Iron Man 3 ». La pire scène post générique de l’histoire, avec Tony Stark sur un divan qui racontait sa vie à Bruce Banner : sans rien annoncer d’un prochain film => la grosse arnaque quoi, tout le monde attendait un teaser de « Thor 2 ».
Non, en fait, tout le monde sait bien que c’était celle de « Avengers », qu’on n’a pas vu en France parce qu’elle a été rajoutée quelques jours plus tard sur les copies américaines.
Pour mémoire, la scène c’était ça.

Pendant deux minutes.

Je préfère encore voir Wolverine acheter des piles.

Bon aller, je l’avoue, la scène post générique de « Wolverine » est la meilleure de toute l’histoire de Marvel. De très loin. Même Thanos dans la première scène post générique de « Avengers » c’est de la grosse rigolade de cour de récré à côté.
Là, y’a du lourd, du massif, du badass, du « ça a toujours été toi mon super vilain préféré ! ».
This, madame, is l’annonce de « X-Men : Day of the Future Past », comprendre le nouvel X-Men de Brian Singer (mouais, bon, on fera avec).
Avec ce combo magique et geekasmique Magneto+Professeur Xavier.
Magneto quoi.
MAGNETO.

QUI A RETROUVE TOUS SES POUVOIRS.

Note : *

PS : je tiens sincèrement à rendre un hommage vibrant et ému aux ninjas dans ce film. Changez pas, les mecs. Vous êtes parfaits.

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