Randonnée des étoiles dans les ténèbres (traduction, I haz it)

C’est le cycle de la vie : tous les étés reviennent les touristes, les mojitos et les blockbusters. Les mojitos pouvant grandement aider à apprécier ces deux autres peuples migrateurs quand ils commencent à être un peu relous.
Après « After Eight Earth » que j’aurai sans doute totalement oublié dans 6 mois, il était grand temps de redresser la barre car la série noire ne pouvait continuer ainsi. Les bons films de SF ne courent pas les rues ces derniers temps aussi « Star Trek Into Darkness », malgré un titre qui sent un peu la nolanisation, malgré le « ohmonDieu mais qui est le personnage que joue Benedict Cumberbatch ?? » => si tu te poses la question c’est que tu connais déjà la réponse, me semblait un bon candidat pour une digne ouverture de la saison des blockbusters.

DARK, DONC, ET FULL OF SPOILERS.

Dire que « Star Trek Into Darkness » était attendu au tournant n’est pas vain. Entre la promesse de retrouver une des franchises les plus célèbres de l’histoire, l’impatience de visionner un film de SF, et le fait que JJ Abrams soit désormais impitoyablement scruté par tous les geeks de cette planète, il y avait en effet de quoi susciter quelque intérêt.

Ah… JJ…. JJ ne sait toujours pas donner de l’ampleur à ses grosses productions. S’en est presque comique tant il s’acharne à couper trop tôt ses plans, à user et abuser de sa shaky cam, des lens flares (au.secours) et de ses gros plans de mes deux et à faire des plans iconiques qui ne sont pas des plans iconiques.
Prodigieux. Il va falloir sérieusement songer à améliorer ça d’ici «Star Wars ». Même George Lucas sait en faire, des plans iconiques. Savait. La prélogie a justement démontré qu’il avait perdu ce sens de l’image quelque part dans les années 90.
Mais bref.



Double GIF ! It’s over 9000 !!!!!!!1!!!!11!!!

« Stark Trek Into Darkness » est meilleur que le précédent film. Premièrement parce qu’il semble plus proche de l’esprit de la franchise d’origine. Souvenez-vous que dans le premier JJ opus, Kirk et tout son équipage assassinaient froidement l’équipage du vaisseau romulien au mépris du code de Star Fleet. Genre, l’univers Star Trek était devenu « Battlestar Galactica ».
Rappelons que l’une des spécificité de cette franchise reste tout de même son optimisme, sa foi en l’humanité et une propension assez nette à dispense de l’amour vers l’infini et au-delà. Une des raisons pour lesquelles l’ennemi juré de la Fédération était l’empire agressif et expansionniste des klingons, incarnant sa parfaite némésis.

Dans « Into Darkness », malgré le titre kikoo dark emo, on lorgne davantage vers l’esprit de la série. Davantage de décisions sont prises en fonction de celui-ci et l’ennemi se trouve incarné par trois antagonistes qui s’opposent justement à la philosophie Star Fleet. L’impression d’être donc dans un reboot réconcilié avec ses bases était ici plus prégnante et bien plus appréciable que dans le film précédent.

Si « Into Darkness » souffre d’une chose, se sont les assez longues errances du début. Le prologue est très efficace. Mais il m’a méchamment rappelé pourquoi je n’aimais pas trop savoir JJ Abrams derrière une caméra : mon Dieu que ça gigote. En 3D. Mal de mer. Ouhlala, ça gigote en gros plan. Et en 3D.
En 3D vraiment pas dégueu, d’ailleurs, très confortable, très immersive. Un bon point à mettre au crédit du film. Le seul plan où elle m’a gênée, c’était au moment de l’apparition du dreadnought. Y’avait comme un gros truc noir sur l’écran avec un réacteur au milieu. Etrange. Pourquoi Kirk fait-il donc cette tête. Ah, c’est un vaisseau, ok, au temps pour moi. Mais hormis ce détail, tout roulait. Le film revu en 2D, ce n’est pas la 3D qu’il faut ici incriminer, mais bien JJ qui ne sait décidément pas donner le moindre souffle à ses films. Tant qu’il restait sur des trucs comme « Felicity », ça allait, sur un space opera, c’est déjà un poil plus gênant.
J’en reviens aux errances du début après cette digression. Kirk dégradé, Spock transféré, tout ça pour… Pour rien. En 5 minutes montre en main, le démembrement de l’équipe de choc est annulé. Et comme d’habitude, Kirk ne paye pas les conséquences de son comportement de merde.
J’ai tout de même rigolé presque tout fort dans la salle quand Pyke lui balance : « Je suis trop déçu par ton comportement, Jim ! Moi qui pensais que confier le commandement d’un vaisseau d’exploration avec un code de conduite über précis à suivre à un sale con qui n’en fait qu’à sa tête était une idée géniale ! Et là, qu’est ce que je découvre ? Tu ne suis pas le code à la lettre parce que tu es un sale con qui n’en fait qu’à sa tête ? Choquay. Blessay. Dégoutay. » => vraiment Et on t’a fait amiral, mec ?

Autre passage qui aurait gagné à être coupé, la super histoire vachement pas intéressante du mec de Rose Tyler (Billy ? Willy ? Bref, le type qui jouait dans « Doctor Who ») et de sa petite fille malade.
Une longue et inutile présentation qui n’aboutit qu’à une chose : lancer l’intrigue, en faisant perdre de vue, par le biais de ce drame familial tristement banal, le côté space opera du film. On se serait largement contenté de l’attentat pour faire commencer l’histoire. D’autant que je sais pas vous mais moi, je n’en avais strictement rien à faire que ces gens meurent ou pas.
Cette intrigue a d’ailleurs un autre défaut, celui de désamorcer le pseudo suspens final. Quand Kirk entre dans le réacteur, la première chose qui vient à l’esprit c’est : « OSEF, y’aura qu’à lui injecter un peu du sang de Khan ». Devinez quoi… Car visiblement aussi, les trois scénaristes du film DONT le désormais de sinistre réputation Damon Lindelof (on lui a par contre trop largement attribué le gâchis « Prometheus », une façon malhonnête de dédouaner Ridley Scott), devaient considérer que le spectateur n’était pas capable de se souvenir des fameux pouvoirs du sang d’un être humain génétiquement modifié. Il faudra donc caser pas moins de quatre rappels dans le film, histoire d’être sûr que le public n’ait aucune inquiétude pour Kirk au moment de l’entrée dans le réacteur. Déjà que de base, quand le héros fait un truc supra héroïque et dangereux, on flippe assez peu, mais là… Je ne me suis pas demandée une seconde de quelle façon il allait bien pouvoir s’en sortir.


Ceci n’est pas une roulette à pizza.

Ah ben tiens, puisqu’on en parle de Khan, de sa colère et du reste… Le flou artistique autour du personnage de Benedict Cumberbatch, et les réponses un peu évasives après la diffusion des premiers trailers n’avaient guère fait que renforcer l’intuition générale : après tout, dans ce reboot, « Into Darkness » est un épisode 2. Donc, il était plus que logique que se soit Khan qui s’impose comme l’antagoniste.
Mais la production, au lieu d’avouer « okay oui, c’est Khan, bande de nerds », a choisi l’option « réponse de Normand ».
Pas très malin. Parce qu’honnêtement, qu’on l’on me dise « Benedict Cumberbiatch joue un random méchant » ou « il joue Khan », je crois que j’aurais pareillement rugi. Bah quoi. Ce type est né pour jouer les génies du mal. Dans n’importe quel rôle de ce style il sera bon. Alors à quoi bon jouer sur un suspens qui n’intéresse de toute façon pas grand monde ?

La révélation intervenant dans le dernier tiers du film, celle-ci tombe un peu à plat. Le trekkie ou le mec qui s’intéresse un peu à Star Trek a déjà grillé l’identité secrète du méchant depuis un bail. Depuis approximativement le premier trailer, en fait.
Quant à ceux qui n’ont aucune culture Stark Trek, je crois qu’ils s’en foutent un peu de Khan.
Du coup, jouer sur le silence mystérieux au moment où Cumberbatch lâche « la bombe », c’était…comment dire…

«-Mon vrai nom est *silence oppressant*…
Sherlock Holmes ?
Euh. Pas du tout… Non, mon véritable nom est *silence mystérieux*…
Smaug le dragon alors !
C’est fini oui ! Mon identité secrète se trouve être…
AAaaaaah, j’y suis. Vous êtes Dark Vador. En effet, sans le masque ça change tout.
Sans vouloir vous commander, Kirk, vous pourriez la fermer ? Je suis censé écraser le public de stupeur en leur disant que je m’appelle…
Zorro ? Non… Super Résistant ! Bruce Wayne !
S’il vous plait, balancez-moi dans l’espace… »

Le hic, quand tu mets Khan dans un film, c’est que tu attends jusqu’à ce qu’arrive un glorieux et vengeur :
« KHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !!!1!!!!!!11!!one!! »



Et quand il arrive, sérieux, même si c’est archi prévisible, même si c’est tout ce que tu attends depuis le trailer, c’est tout de même jouissif (un peu. La frilosité de JJ Abrams interdit tout geekasme durant le visionnage de ce film. Se serait bien de changer ça d’ici « Star Wars Episode 7 », merci). Surtout quand ça sort de manière un peu WTF de la gorge de Spock, mais bon, on s’en fiche, depuis qu’il couche avec Uhura, tout est possible avec son personnage. Y compris ça. Alors un peu plus un peu moins…

Moins chargé question clins d’œil appuyés aux trekkies, ou alors sont-ils juste plus discrets et mieux intégrés à l’histoire, « Into Darkness » arrive à se départir d’un héritage trop lourd tout en apprenant à l’intégrer. Une synthèse plus aboutie que sur le premier, rendant l’ensemble plus solide.
L’histoire, mis à part les longueurs du départ, avance sans accrocs, déroule un fil logique (au détail près du mec qui cache les corps de son équipage chéri dans des torpilles… Idée de génie, prix Nobel de sagesse direct, GG, Khan), s’intègre dans un univers et ses codes sans trop les trahir.


Le spectacle, généreux en action, laisse surtout la part belle à ses personnages, moins au genre qu’il est censé servir. Certes, on peut déplorer que Mc Coy soit toujours autant en marge du duo Spock/Kirk, comme s’il n’était là que pour râler et balancer des réflexions désagréables. Mais dans l’ensemble, mis à part Chekov qui a un peu disparu du film (son regard de détresse quand Kirk lui dit d’aller mettre un maillot rouge n’avait pas de prix), le traitement des personnages est plus qu’honnête. JJ Abrams aime d’ailleurs sans doute plus s’occuper d’eux que de ses scènes d’action, toujours aussi insatisfaisantes. Plus aussi que de ses plans (des gros plans, misère QUE des gros plans, sur les réacteurs, les gens, les vaisseaux spatiaux… Un vaisseau spatial ça ne se filme PAS en gros plan !!! FRAK !)) . Mais moins que ses lens flares. A certains moments c’est tellement grossier que je me suis demandée s’il ne faisait pas exprès. A mon avis oui. Parce que la tronche de Karol Marcus qui disparaît totalement derrière un éclat de lumière bleue, je ne me l’explique pas autrement.


« FLAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARES !!! »

Ah Karol Marcus tenez. Là par contre on entre de plein pied dans le gros coup de coude aux trekkies, puisque la petite Karol deviendra ce que l’on peut appeler une relation suivie de Kirk dans le futur. Bien. Sauf que l’intégrer au film, si cela part d’un bon sentiment, revient ici à la faire passer dans le décor avec un joli carré lissé très blond. ET C’EST TOUT. Essayez de la retrancher de l’intrigue, et vous allez voir, c’est magique : elle ne sert à rien. Strictement à rien. Même au seul instant où sa présence aurait pu servir à un truc, comme à protéger l’Enterprise par sa seule présence à bord, PAF, son amiral de père la téléporte illico dans le dreadnought, voilà, fin de la prestation, merci madame, au revoir.
Mouais. Tout ça pour nous coller une scène un peu plus tard où j’ai longtemps été persuadée qu’elle allait sortir à son père un truc comme « j’ai senti votre odeur méphitique dès que je suis montée à bord ». Quelque chose dans ce style.

Si je devais faire un gros reproche à ce nouveau « Stark Trek », c’est bien de manquer d’ampleur. La franchise a carrément les moyens de lorgner vers le space opera et on sent bien que le JJ, il essaye. Sauf qu’il ne sait pas faire. Il ne laisse jamais respirer ses plans larges, ne construit pas d’iconisation autour de ses personnages ou de ses vaisseaux (le plan de l’apparition du dreadnought est en l’espèce une tentative assez pitoyable), laissant les dialogues et les acteurs faire le boulot. Sauf que ça, c’est bon pour le théâtre. Au cinéma, et même à la télé, je précise parce que le JJ vient tout de même de cette école, on fait des images qui bouge. C’est même la base de l’exercice.
Autant dans un drame intimiste à bord d’une navette spatiale, recourir systématiquement au gros plan a du sens, autant sur des combats spatiaux ou des scènes d’action dans les dédales d’un énorme vaisseau, c’est déjà moins senti.
Encore, si c’était une question de budget, mais même pas.

Deux exemples édifiants : l’élévation de l’Enterprise dans le prologue (je passe sur l’idée débile de la planquer dans la mer plutôt qu’en orbite, parce que sinon, on y est encore demain) puis à la fin du film, au dessus des nuages. Dans le premier cas, le point de vue adopté est celui des aliens qui assistent éberlués à l’apparition du vaisseau. Le plan est serré, ce qui est parfaitement justifié par la position des protagonistes. Mais il est surtout trop court. Gros défaut de JJ Abrams, ses montages frénétiques, comme s’il craignait que le spectateur s’endorme si le plan dure plus d’une seconde. Pas de place pour la contemplation, place à l’action. Dans la seconde scène, le point de vue très proche de l’Enterprise n’est cette fois justifié en rien par un quelconque point de vue. On a juste le nez sur le vaisseau, et c’est juste dommage. Tout comme le plan où elle entre en atmosphère s’achève trop brutalement pour que l’on puisse apprécier le côté cataclysmique de la scène.

Certes, question narration, Abrams sait y faire. Mais au niveau de la mise en image, s’il livre quelque chose de propre, dynamique, plaisant, dans lequel je ne me suis pas ennuyée une seconde, il lui manque encore ce quelque chose qui le rendrait capable de réaliser un très bon space opera. Voire, tout simplement, un blockbuster de qualité supérieure. Tout le film reste à un niveau télévisuel, et attention, quand je dis cela, ce n’est pas pour rabaisser les séries télé, hein, vous savez ce que je pense du sujet. La preuve dans le paragraphe qui suit.

On attend toujours le successeur de Star Wars en la matière, sachant que le truc le plus satisfaisant que j’ai vu depuis reste tout de même « Battlestar Galactica ». Qui n’a pas vu le Galactica entrer dans l’atmosphère de New Caprica n’a rien vu.

Un dernier petit défaut, la représentation des extraterrestres dans le film ne cesse de m’étonner. Déjà, dans le premier, ils étaient remarquablement peu nombreux. Ici, ils sont à peine plus présents (vous n’avez pas carrément surkiffé d’entendre parler klingon vous ? Hein ? Nan ? Moi si, c’tait trop bien). On en découvre quelque uns presque par hasard à bord de l’Enterprise, ou dans le plumard de Kirk. Bon. Dommage parce que pour le coup, c’est toute un pan de l’univers Star Trek qui n’est pas ici exploité, son cosmopolitisme à l’échelle galactique étant aussi l’expression des valeurs de la franchise.

Quoi qu’il en soit de ces quelques défauts, « Stark Trek Into Darkness » fait correctement son boulot. L’esthète grognera. L’amateur aimera. Le hater hatera.

Et Michael Giacchino pourra remplacer sans rougir John Williams pour la composition du score de l’épisode 7. Mais ça, on le savait déjà qu’il roxxait le petit.

Note : **

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *