« Mamaaaaa, c’est toooaaaaa, la plou belle dou mondeeeuuuhh!! » (blog temporairement possédé par l’esprit de Luis Mariano)

En ces temps de fête des mères, je sais que certains d’entre vous sont en train de galérer pour trouver un cadeau qui convienne à vos génitrices car c’est bien connu  » Non, non, je ne veux rien, votre présence me suffit« , mais si jamais tu t’avises de respecter sa volonté : « Quand je pense que je t’ai élevé et que j’ai lavé tes chaussettes ! INGRAT !!!« .
Alors du coup, j’ai décidé de vous faciliter la vie : offrez à votre mère une place pour « Mama », film célébration de l’amour maternel dans sa forme la plus hard core. C’est la garantie pour elle d’un bon moment, surtout si vous l’accompagnez en salle histoire d’être sûr de récolter son « Tu vois, c’est ce que je ressens quand tu m’énerves… » à la fin de la séance.

Attention quand même si votre maman est sensible. Ce film contient une des scènes les plus anxiogènes de l’histoire du cinéma : des petits enfants enfermés avec Jaime Lannister dans une pièce pleine de fenêtres.

Après ça, même les jump scares vous sembleront superflus.

Alerte spoilers dans le billet, tout de même.

« Mama », grand prix du festival de Gerardmer 2013, produit par Guillermo Del Toro, était un film dont la sortie était attendue la faute à Gerardmer, Guillermo Del Toro, et l’estampille « ma qué caramba cinéma d’horreur espagnol » => Andres Muschietti est Argentin mais c’est pas grave.

Et au final….

« Mama » est un film réussi dans le sens où on peut passer un moment plaisant. Si « plaisant » est l’adjectif le mieux adapté pour décrire l’histoire de deux petites filles adoptées par un fantôme déglingo, mais passons.
Mais « Mama » est surtout un film faible, un tantinet aseptisé aussi, comme le montre sa photographie élégante mais singulièrement froide, et sa capacité presque prodigieuse à évacuer toute exploration en profondeur de ses thèmes ou de ses personnages.

Exemple (spoiler archi mineur) : le premier plan montre la voiture du père des gamines garée devant leur maison. La caméra opère un mouvement qui laisse très clairement lire la plaque de la voiture sur laquelle est écrit un gros « DAD ».
Rappelons que le film s’appelle « Mama » et traite entre autre de la relation exclusive et un tantinet creepy d’une femme trépassée depuis quelques éons avec deux petites filles. Quand on me montre une frakking voiture avec un gros DAD écrit dessus, et que j’assiste à la scène suivante, je m’attends à ce qu’à un moment, DAD se manifeste autrement que par un genre de caméo toujours appréciable mais un peu vain de NCW dans le numéro forcément très drôle du mec qui joue une paire de jumeaux (oh.really.).

« Coucou, je suis votre gentil tonton ! »

A la fin du prologue, j’étais persuadée que le film allait lorgner dans la direction de ces rapports père et mère, et tenter d’exploiter la thématique.
Mais non, jamais. Jamais au point que le film évacue très rapidement la figure paternelle pour se recentrer sur son sujet titre, la mère.
Là, on a aussi une construction un peu légère autour du personnage d’Annabelle qui peine à trouver ses marques dans cette famille imposée et rapidement flippante, et son acceptation progressive du rôle de mère. Mais ce cheminement est présenté à coup de facilités, si bien qu’on a du mal à relier le climax à une quelconque progression des rapports entre la jeune femme et les fillettes. Le « je t’aime » que lui balance Victoria est ainsi difficile à interpréter : est-ce que l’enfant condamne ainsi Annabelle à mourir des foudres de Mama ? Est-ce sincère comme le laisserait penser sa défiance vis-à-vis de l’entité (« ne la regarde pas, elle est folle ! »)… L’absence de logique entre l’apparition d’un amour maternel et filial et les manifestations du fantôme rend l’édifice bancal.

Même les motivations de Mama semblent difficiles à interpréter : présente et agressive dès le prologue, puis étrangement absente lorsque les fillettes sont retrouvées, concentrée sur un pauvre mec qui vient visiter sa cabane plutôt que sur ses filles (et pour quelle raison à part servir une scène ultra flippante assez bien foutue au demeurant ?). J’en profite aussi pour préciser que notre visiteurs isolé et nocturne de cabanes hantées ne prend même pas la peine d’emporter avec lui la seule chose qui pourrait apaiser Mama. Chose qui était pourtant en sa possession et dont il connaissait parfaitement la fonction. Voilà, ce genre de scène un peu aberrante suffit rapidement à déstabiliser un film.


« Ah mais mayrde, foutus jump scares !!! »

Mais tout n’est pas non plus à jeter dans « Mama », très loin de là puisque dans sa première partie, le film se montre convaincant, et use d’effets très simples pour arriver à ses fins (la première apparition des fillettes après 5 ans dans la cabane en est un très bon exemple). Si l’on exclut le prologue rendu d’autant plus inutile que le film fait l’impasse sur les figures paternelles, le générique plutôt élégant ouvre sur un film qui fait de très gros efforts pour instaurer son ambiance. Et qui permet au spectateur de ne pas décrocher jusqu’à la fin.
Ainsi, les apparitions presque systématiques de Mama, les jump scares des familles, le classique final en apothéose (rendu moins classique par l’émotion sincère qui le parcourt) tiennent encore la route grâce au travail effectué en amont.

La relation avec Mama est ainsi, de manière inattendue, le ressors émotif le plus fort du film. En quelques scènes très touchantes (clairement la marque de Del Toro, dans cette expression de l’humanité chez le monstre), elle se construit et pourrait presque faire basculer le spectateur dans une certaine complicité si Andres Muschietti avait pris le risque de rendre moins sympathique Annabelle, dont le personnage reste malgré tout trop lisse pour susciter l’adhésion.
Les ténèbres lançant aux fillettes des cerises et ce roucoulement étrange mais singulièrement apaisant de Mama quand elle veille sur ses enfants, sont des éléments qui construisent la logique du final et font du dernier plan sur Mama une très belle image d’apaisement (dans laquelle on reconnait la patte de Del Toro, qui est aux enfants ce que GRR Martin est aux Starks).
Autre moment qui aurait pu constituer la profession de foi de « Mama », ce fameux plan fixe sur le couloir et la chambre des filles où Lily joue avec une couverture que tire quelqu’un hors champ. Annabelle passe dans le couloir, et le spectateur déduit que la petite fille joue avec sa sœur jusqu’à ce que cette dernière sorte d’une autre pièce. On comprend alors que c’est Mama qui tient l’autre côté de la couverture, et l’image est tout aussi effrayante que touchante, comme ce plan flou, vue subjective de Victoria qui regarde sa sœur se jeter dans les bras ouverts du fantôme.

Autre élément qui finit par devenir gênant : les personnages principaux, en particulier celui d’Annabelle, ont l’amorce d’un développement qui ne sera jamais mené à bien. Quel intérêt dans le film que de nous présenter son appart, son mode de vie, son groupe de rock pour ensuite ne jamais utiliser cette originalité du personnage ? La précarité financière du couple, son côté clairement à côté de la plaque, tout cela est trop rapidement remisé (Lukas est illustrateur, les petites font des tas de dessins, mais à aucun moment, on n’utilisera cela pour faire avancer l’intrigue…). Par moment, c’est comme si ce scénario débordait tellement de pistes possibles à exploiter qu’au final, on avait préféré n’en traiter qu’un nombre très restreint en laissant le reste sur le bord de la route. L’ennui, c’est que cela se voit.


Le thème du dessin s’envole, tel un papillon de nuit dégoutant. Allégorie.

Le thème des enfants sauvages finit lui aussi aseptisé, dans cet ensemble plein de bonnes intentions, souvent intelligent dans sa forme, mais trop timoré dans ses développements.
« Mama » possède malgré sa photographie glacée une vraie beauté formelle, qui ne se dément pas dans la deuxième partie du film plus classique mais non moins efficace avec un long et très efficace plan séquence qui sanctionne le déchaînement de Mama et son choix final radical mais malgré tout cohérent (comprenant que les filles lui échappent et qu’elles sont l’unique voie vers son apaisement, Mama n’a d’autre choix que de boucler la boucle avec elles).
Il est dommage que le final soit parasité par des éléments comme le personnage de la tante, que l’on peut soustraire au récit sans rien y changer, ou celui de l’oncle qui revient comme un cheveu sur la soupe dans les dernières minutes du film sans rien y apporter. Fort heureusement, le fil rouge de l’émotion parvient à maintenir la fin de « Mama » la tête hors de l’eau, s’appuyant tant sur la relation entre Mama et ses filles que sur l’amour maternel naissant d’Annabelle pour elles. C’est l’affrontement entre les deux mères et le choix final laissé aux filles qui donne toute sa force à ces derniers plans (dont la très belle formation de la chrysalide).

Avec un scénario moins frileux, « Mama » aurait pu aisément se transcender, d’autant qu’il est entre les mains d’un réalisateur qui démontre ici de sacrées qualités, qui ne bascule jamais dans l’épate mais qui ne réussit pas forcément très bien son pari.

Note : */*

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