« It’s a kind of magic »

Je ne sais pas comment cela se passe chez vous, mais du côté de chez moi, là-bas, into the west, l’heure est grave : la 3D recule.
Enfin dans un cinéma sur deux de ma belle agglomération. En gros, j’ai désormais très souvent le choix entre UNE SEULE séance en 3D active, donc de bonne qualité, par jour, généralement tard en plus, en centre-ville, ou moult séances 3D passive donc de qualité médiocre, dans le multiplexe de la ville d’à-côté, que je nommerai Port-Lannis pour respecter son anonymat.

« Le Monde Fantastique d’Oz » n’avait par exemple qu’une seule séance en 3D par jour. Une seule. Une seule séance en 3D qui a sauté au bout de deux semaines. J’ai donc vu le film en 2D et passé le prologue, dans la scène de l’arrivée dans le pays imaginaire, j’ai pleuré ma mère parce que je voyais distinctement que JE NE VOYAIS RIEN. Voui, rien. Rien de la profondeur de champ que Raimi essayait de construire en contraste avec les fonds ultra plats du prologue en noir et blanc aux champs étriqués du début du film. J’ai vraiment eu la sensation très nette de passer à côté d’une partie du travail de réalisation de ce film et franchement, ça m’a un peu saoulée.

Voilà, c’est dit. Un peu comme si on te faisait lire, je sais pas moi, Victor Hugo en version digest. Ou assister à une représentation du Crépuscule des Dieux dans un garage avec le glee club du lycée Nadine Morano. Vous voyez le tableau.

Mais bon, je râle évidemment dans le vide. Je dois être la seule ici à surkiffer la 3D dans le fond de mon petit cœur.
Alors c’est parti pour le billet sur « Le Monde Fantastique d’Oz ».

Disney est décidément un studio aux politiques étranges. En tout cas moi, j’ai un peu de mal à suivre : je veux créer ma franchise de SF tout public donc j’adapte le Cycle de Mars avec un mec de chez Pixar mais en cours de route « fuck it« , si je sabordais tout et que j’achetais plutôt la franchise « Star Wars » c’est plus sûr. Et puis si je faisais bosser des mecs comme Tim Burton et Sam Raimi sur des trucs calibrés « familial », se serait sympa tiens ouais…. Et si surtout, je refaisais inlassablement le même film, se serait encore plus cool, prise de risque zéro car une recette qui marche c’est un succès assuré.

Certes.

Sauf que même si ça continue de marcher, ça commence surtout à se voir. Surtout lorsque le dernier né du studio, « Le Monde Fantastique d’Oz », recycle tout à la fois le thème récurrent du héros étranger dans un monde étrange à sauver + princesse bonus = epic win, et le déjà vu sourcils de James Franco+singe+préquelle.

Vu de notre beau pays hexagonal, le choix du pays d’Oz pouvait sentir le faisan à plein nez. Se serait oublier l’importance de ce cycle littéraire, sans parler du film ou de la comédie musicale dans la culture populaire anglo-saxonne. D’ailleurs, quand je vous le nombre de pierres inamovibles dans le jardin de la culture populaire anglo-saxonne, ça me rend parfois triste pour la France, mais là n’est pas la question.
Disney a donc une énième fois pris le parti de recycler un univers archi connu, archi révéré, archi adoré, archi sûr de plaire à toute la famille. Et a intelligemment choisi le confier à Sam Raimi, un mec qui SAIT faire.
Mais un mec qui a refusé d’adapter « World of Warcraft » parce que le scénario ne lui plaisait pas pour se retrouver subitement dans « Le Monde Fantastique d’Oz », cela sent un tout petit peu aussi comme le job alimentaire qu’on accepte pour ne pas laisser de trou dans son CV. Avec en forme d’aveu récent, son refus de réaliser la suite de cette préquelle.

Une décision logique tant « Oz » est un film que l’on peut totalement qualifier de gentillet. Uniquement sauvé par sa mise en scène et les pastilles de pur Raimi qui le parsèment. Sinon, pour le reste, c’est plat, un peu lent et sans vraiment de saveur (comme Michelle Williams).
Ce Oz 2013 reprend la même recette que la version de Fleming (ce qui est une bonne chose, pas de relecture cynique un brin condescendante ici, juste une réappropriation de l’univers), injectant dans ce monde imaginaire des conflits, traumas et peurs issus du monde réel. Dans les deux cas, on ne se contente pas de flirter avec l’allégorie, non, on plonge tête la première dans le psychologique. On nous vend sans pincettes et sans volonté de jouer sur un éventuel twist un univers qui se dessine plus volontiers comme l’échappatoire du personnage principal d’une réalité inacceptable.
Sauf que ça marchait sans doute mieux avec une petite fille comme Dorothy et ses peurs face au monde adulte qu’avec le magicien un peu misérable qu’est Oz. Du coup, le film débute déjà comme une course à handicap et Sam Raimi devient rapidement sa jambe de bois.

Parce que se sont des effets tout bête comme ce prologue en format carré noir et blanc se mutant en cinémascope éclatant de couleur qui maintiennent « Oz » la tête hors de l’eau (et le spectateur hors de l’ennui) deux heures durant. Sam Raimi se dépêtre d’un univers totalement kitsch en assumant son esthétique d’un bout à l’autre, n’hésitant pas à y inclure quelques ficelles du cinéma d’horreur. Plus qu’un gimmick de passionné du genre, cette intrusion est un élément moteur de la narration qui redynamise sans cesse le récit et contribue à renforcer la crédibilité de l’univers.

Le film prend rapidement un tour autobiographique. Quand l’incroyablement fadasse Glinda explique à Oz qu’il devra gagner la guerre sans tuer personne car la loi d’Oz l’interdit, tu sens presque l’ambiance d’une réunion entre Raimi et les pontes de Disney où ceux ci ont pu briefer le réalisateur sur « ‘Ttention mec, pas de sang, pas de morts, familial, gentil, compris ? » Et la frustration du type qui se demande « mais comment je fais si je peux même pas greffer une tronçonneuse au bras du Magicien !!!!« 
Et qui doit donc composer avec tous les artifices de cinéma disponibles pour compenser cela. Exactement comme dans le film donc.
Mine de rien, au sein d’une production bonne enfant dans laquelle il parvient à se plier aux codes tout en conservant sa patte, Raimi se livre aussi à une jolie déclaration d’amour envers le cinéma et l’imaginaire en général. La séquence où Oz recolle les jambes de la poupée de porcelaine n’est finalement que l’écho de cette séquence douloureuse du prologue où le magicien devait faire face à une enfant handicapée le suppliant de la faire marcher. Et si le parallèle semble dans le fond un peu vain et gratuit (pour moi il a une simple valeur formelle), il sonne comme une déclaration franche de ce qui se trouve finalement au cœur de ce film : la puissance de l’imaginaire. Et le cinéma comme médium privilégié pour son déploiement (je ne sais pas s’il s’agit d’un hasard mais lorsque Scorcese et Raimi passent à la 3D, ils ne font en rendant hommage aux premiers temps du cinéma. Je ne trouve pas plaidoyer plus vibrant pour la stéréoscopie).

Cette identification du personnage principal au réalisateur est d’ailleurs la seule porte d’entrée émotionnelle du film. Difficile pour le reste de s’attacher vraiment aux périls qui soit disant menacent le monde d’Oz, qui n’a jamais vraiment l’air menacé. Difficile aussi de se sentir concerné par les querelles entre les sorcières.
L’âme du film est bel et bien le Magicien, et son évolution de bonimenteur de foire à héros du royaume. Son parcours relève de l’introspection, puisque c’est bien dans cet imaginaire peuplé d’avatars du réel qu’Oz va trouver sa voie et se sublimer (les deux personnages joués par Michelle Williams servent d’ailleurs à poser, dans le prologue et dans l’épilogue, ce thème).
Ce souci de centrer l’enjeu du film sur Oz se retrouve également dans le traitement réservé aux personnages secondaires, qui prennent rapidement le pas sur l’intrigue elle-même car ils sont, plus que les évènements, les éléments qui influencent le changement du Magicien.

Finalement se sont sans doute les contraintes imposées par le studio qui empêchent « Oz » de vraiment décoller. Sam Raimi a néanmoins le talent et l’humilité nécessaire pour s’y plier sans se sacrifier totalement au passage, composant habilement entre blockbuster familial et œuvre personnelle. On ne peut donc pas dire que Oz, c’était mieux avant. C’était juste pas pareil, et là, franchement, c’est pas mal.

Note : **

PS : j’ai cherché le caméo de Bruce Campbell tout le film durant. Je ne l’ai pas vu….
PS : je trouve assez bien le jeu des sourcils de James Franco. A eux deux ils ont plus de charisme que Michelle Williams.

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