Le verre solitaire.

Embourbée dans les affres d’une panne atroce, je me morfondais sur fond d’automne triste quand soudain, prise de l’envie subite de me remettre en selle, j’ai pondu ce titre merveilleux qui pourrait bien réveiller ma logorrhée écrivatoire, qui sait #métaphorefilée#classe#bongoût#NadinedeRotschild.
Ceci dit, rien que de penser à « Django » j’ai mal au crâne et aucune idée pour amorcer un début de texte, alors surtout, ne m’en veuillez pas si je décide finalement de passer mon tour sur celui-là. De toute façon, je peux résumé mon avis sur ce film par : j’ai bien aimé, c’était super, mais j’ai été plus emballée par « Inglorious Bastards ». Une critique aussi riche et argumentée que la majorité de ce que vous pourrez lire ailleurs, venez pas vous plaindre.
Indeed.

Mais trêve de bavardage, enchainons sur « Flight » de Robert Zemeckis, j’ai pas que ça à faire (faut encore écrire sur « Zero Dark Thirty », « Les Misérables », « Möbius », et peut-être, si j’en trouve la force, mais c’est pas sûr, aller voir « Die Hard 5 : Une belle journée pour mourir durement ». Mais je vous promets rien à ce sujet)

Aller aller, il est grand temps de se secouer et de faire semblant d’écrire un billet tout pourri sur « Flight », film moyen, mais de Robert Zemeckis, ce qui 1) m’incite à l’indulgence, 2) veut aussi dire qu’il n’a pas été fait avec les pieds.

La meilleure preuve des qualités de « Flight » étant comme de bien entendu la terrible scène du crash,sans parler du fait qu’elle marque un moment où, a contrario du reste du film, les actions de Whitaker déterminent non pas son seul destin, mais celui d’une centaine d’innocents. Un poids que porte le pilote durant ces quelques minutes et qui retombera brutalement sur ses épaules lors de la scène de l’audition, face au visage de son hôtesse de l’air. Scène du crash qui est d’ailleurs précédée et suivie de plans tout aussi réussis, mais plus discrets. Je pense en particulier à cette séquence où le héros conduit son avion entre deux nuages d’orage pour émerger brutalement dans une zone de calme absolu, baignée de lumière. Une scène qui sert à démontrer les évidentes qualités de pilote de Whip Whitaker et donc à préparer son exploit lors du crash, comme elle illustre aussi le chemin que celui-ci devra parcourir d’un bout à l’autre du film pour atteindre finalement la sérénité. Un chemin qui dans le récit, le mène aussi métaphoriquement vers Dieu (ici la paix intérieure), symbolisé par cette lumière qui filtre entre les nuages.

Voilà pourquoi « Flight », s’il reste un film mineur chez Zemeckis, ne peut pas être rejeté en bloc. Pourtant, l’ensemble est imparfait, un peu bancal parfois, un peu distendu par l’arc autour du personnage de Kelly Reilly dont l’intérêt semble au final assez limité puisque Whitaker ne peut, fondamentalement, suivre la voie de la rédemption que seul.
Et bien que son arc plombe un peu le film, ce personnage de junkie est d’ailleurs bien là pour appuyer le fait que l’addiction de Whitaker le laisse de plus en plus isolé.
L’idée est par ailleurs clairement exposée dans la séquence de l’hôtel, où Whitaker se retrouve littéralement appelé par le minibar de la chambre voisine, résiste à la tentation jusqu’à ce plan aussi bref que saisissant de sa main qui s’empare de la mignonnette (depuis « The Grey » on sait tous que la mignonnette est un objet dangereux, voire mortel). Dans le même ordre d’idée, le personnage plus qu’ambigu de son dealer semble jouer le rôle du mauvais génie, aussi malfaisant que vachement sympathique.
Autre plan signifiant, cette superbe traversée d’un couloir, où Whitaker, totalement défoncé à la coke, la démarche conquérante, se décrit lui même dans cette image à la fois valorisante (il est un super pilote, et il le sait, il a de la classe et il le sait), pitoyable (le spectateur sait qu’il vient de faire un rail ou deux pour compenser son manque de sommeil et sa gueule de bois) et triste (seul dans le couloir, perdu au milieu de toutes ces lignes de fuite, il apparait déjà comme isolé, juste après une scène nous l’ayant présenté comme un homme divorcé, dont la maîtresse se contente de passer dans le champ).

Loin de venir poser un regard moralisateur sur l’addiction (il est très clair d’un bout à l’autre du film que c’est l’alcoolisme de Whitaker qui le rend seul capable de sauver l’avion au prix d’une manoeuvre audacieuse qu’il n’aurait pas tenté à jeun), Zemeckis préfère développer son corolaire, à savoir l’isolement progressif du personnage qui s’enferme peu à peu, et se retrouve finalement confronté à lui-même. En cela « Flight » est davantage un film sur l’introspection que sur l’addiction, car en refermant son personnage sur lui-même, Zemeckis lui fait atteindre dans le climax un point du non retour où, laissé seul face à lui-même, Whitaker choisit de se sacrifier, de mourir symboliquement (en s’accusant plutôt que de faire tout endosser à son hôtesse de l’air morte pendant le crash, il saborde sciemment sa carrière et par extension sa passion pour le pilotage), pour mieux se retrouver. Une rédemption qui passe donc par la foi, ici méthode pour se reconstruire, la foi presque finalement présentée comme un substitut à l’alcool.
Le final de « Flight » s’oppose presque parfaitement à son commencement. Alors qu’au début du film on nous présente Whitaker seul, se disputant au téléphone avec son ex-femme, le final nous le montre animant une conférence en prison, décorant sa cellule de photo de lui avec ses proches, puis reconstruisant sa relation avec son fils.

Si « Flight » peut sembler surprenant dans la filmo de Zemeckis après sa série en perf cap « Pôle Express », « La Légende de Beowulf » et « Le Drôle de Noel de Scrooge », il est en fait assez proche de ces trois œuvres dans un genre radicalement différent. Car ces trois films se résument finalement tous à un voyage intérieur, une métamorphose du héros aux prises avec une réalité qu’il ne peut/veut comprendre ou qu’il échoue à maîtriser. A chaque fois, il lui faut se vaincre pour accéder à la sérénité (Beowulf affrontant son fils-dragon, les deux personnages étant joués par le même acteur, Scrooge confronté aux esprits de Noël et à leurs visions, émanation de ses espoirs déçus et de ses peurs, Whitaker cherchant à se sevrer de l’alcool avant de comprendre que son vrai ennemi c’est lui même). Sauf à se braquer sur l’inévitable parce qu’ici nécessaire discours religieux qui émaille le film et donne à Whitaker non pas une solution clé en main pour s’en sortir, mais une simple planche de salut, difficile de voir dans « Flight » le film moralisateur pourtant largement décrié.
Difficile aussi d’y voir un grand Zemeckis. Juste un bon film et c’est déjà bien.

Note : **

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