Anna car Lénine

Bon ça fait trois plombes que je tourne autour du pot avec cette histoire. Et tout ça retarde la sortie du mon billet sur « Le Hobbit », ce qui signifie que cela retarde aussi l’échéance des premières bastons dans les commentaires. Enfin si commentaires il y a.


« Bouhouuuuuuuu !!!!!! »

Alors histoire de retarder encore un peu ce moment où je spammerai F5 sur une page qui demeurera plus immuable que les neiges du Caradras, voici que voilà le billet tant attendu (mais si mais si….) sur « Anna Karenine » de Joe Wright !

Accrochez vos ceintures !!!!

Ce blog est en train de devenir carrément n’importe quoi. Et j’ai même pas honte.

Lavez-vous donc les yeux sur cette sublime affiche.

Bon, personnellement, ce n’est pas l’affiche que j’aurais choisie. Parce que j’ai un goût très sûr pour ce qui est de l’humour et du comique troupier, j’aurais opté pour une composition plus audacieuse.

A gauche, Anna, drapée dans son écarlate robe de bal dans les bras de Vronski, le couple surplombé de cette accroche : « There’s nothing stronger than love… » dans une graphie légèrement surannée.

Et déboulant de la droite dans un nuage de vapeur, un train lancé à plein vitesse, coiffé de ces caractères gras : « EXCEPT A RUSSIAN STEAM ENGINE !!!!!!! »

Si j’avais des talents sur Photoshop. Voire, truc de fou, si j’avais Photoshop, je vous la ferais cette affiche, mais, las, elle demeurera à jamais dans les méandres de mon esprit torturé.

Bref, le film.

Il est marrant, Joe Wright. Il se dit « tiens, si j’adaptais « Anne Karenine », ça n’a pas déjà été fait mille fois, hihi ! », se faisant s’empare donc d’un énième drame historique et décide, là, comme ça, de se la jouer course à handicap.
Parce que recréer le faste de la Russie impériale dans un format classique, c’était trop facile sans doute et surtout, en effet, vu mille fois, il se prend l’envie de faire d’ « Anna Karenine » une pièce de théâtre lorgnant vers le ballet, poussant ainsi plus loin qu’il ne l’avait jamais fait certaines de ses petites marottes comme l’utilisation des sons et de la musique comme outils narratifs. On se souvient par exemple du son de la machine à écrire de Briony dans « Atonement », indissociable de la bande originale, révélant la nature romancée du récit dès ses premières secondes. Dans « Anna Karenine », l’univers sonore est entièrement marqué par des sons mécaniques, répétitifs, comme les tampons des employés de Stiva, l’éventail d’Anna dans la scène de la course, les faux des paysans de Lévine et bien sûr le bruit lancinant du train, présent d’un bout à l’autre du film (tout comme la machine à écrire d’ « Atonement »).

Wright dessine tout au long d’ « Anna Karenine » de magnifiques chorégraphies d’ensemble, rythmant son film jusqu’à en faire un théâtre des illusions et des apparences dans lesquelles les personnages se plaisent à se représenter, enfermant par exemple Anna dans des mouvements elliptiques au début du métrage pour ensuite ne plus la représenter que par des trajectoires rectilignes.

Une mise en scène qui oppose très clairement aussi deux Russies, d’abord celle agonisante de l’empire, superbement mise en scène dans la scène du bal où autour de l’amour naissant d’Anna et Vronski, une société entière semble se débattre dans les gestes réglés au millimètre d’une valse qui se danse dans un salon aux murs défraîchis. Une représentation de la fin d’un monde qui fait immédiatement penser au « Guépard » de Visconti, d’autant qu’ « Anna Karenine » met également en scène, au travers du personnage de Lévine, l’exact inverse de cet univers en chute libre.


Une scène où il reprend la même idée que dans « Orgueil et Préjugés », avec la disparition soudaine des autres danseurs. Oui, une légende juste pour dire ça. Mais je savais pas où le mettre. Je me sens horriblement décousue…

Wright brise avec sa grâce habituelle les cadres étriqués et lourds de son théâtre le temps de séquences loin de Moscou et Saint Petersbourg, dans une campagne magnifiée par de splendides éclairages (en particulier dans ce passage où Lévine voit passer la calèche de Kitty à l’aube, scène qui tue celle déjà superbe d’ « Orgueil et Préjugés » lorsque Darcy rejoint Elisabeth au petit matin).
Se faisant, Joe Wright s’autorise à être plus proche du roman de Tolstoï que d’autres adaptations davantage centrée sur Anna, oubliant cet autre couple, ce reflet inversé que sont Constantin Lévine et Kitty.

Si l’œuvre est plus hermétique que les précédentes de son réalisateur, son parti pris de mise en scène n’est en rien gratuit. Permettant une représentation outrancière des personnages, révélant ainsi les codes pesants qui règlent les existences de chacun, accentuant la sensation d’emprisonnement qu’éprouve Anna (ses quelques scènes de bonheur avec Vronski sont tournées en extérieur, rompant le code pour le reconstruire dès l’arrivée de Karénine, dans un labyrinthe, pour s’achever sur la scène de la course à nouveau dans le théâtre), traduisant mieux qu’aucune réplique les sentiments de Lévine face à la vie…

Wright porte très loin l’exercice d’adaptation, en traduisant parfaitement l’esprit sans s’encombrer de la lettre. Tolstoi, en pur génie qu’il était pour traduire par les mots le caractère inexprimable d’instants éphémères (putain, on se croirait chez Télérama…), n’aurait sans doute pas renié cette version de son Anna Karénine, que Wright rend pourtant très difficile à aimer.

Note : ***

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Un petit message pour te tirer de la monotonie du F5 infructueux et e-gayé momentanément, du moins j’ose à l’espérer, cette sombre et froide soirée hivernale.
    je tente désespérement à digresser un maximum afin de noyer la platitude d’une réponse, qui tu t’en doute déjà fortement n’aura de sens pour personne. Pas même son auteur c’est dire.

    Alors lançons-nous sur les voies et attendons le plus longtemps l’arrivée de ce train à vapeur qui nous emportera loin dans les souvenirs de ce film, ou tout du moins le teaser du film que j’ai vu en bande annonce alors que febrillement ma femme s’agitait sur son fauteuil à mes coté en me plantant ses ongles dans le bras d’impatience à voir son couple vampirique préféré… oui c’était avant twilight que mon épouse enceinte voulait voir absolument, et comme dit si bien l’adage: ce que femme enceinte veux…tu t’empresse d’exécuter, si tu veux pas mourir écorcher dans une prison de fort-terreur!

    Ainsi donc mon souvenir principal de la bande annonce était que ça sera surement un film que la Dame se réjouira de voir et qu’elle nous fera un billet là-dessus, mais pas trop humoristique; selon la loi qui veut que moins le film qu’elle chronique lui a plu et plus le billet est sarcastique et emplit d’humour noir. C’est tout à ces pensées que mes yeux ont vu défiler des robes d’époque somptueuses selon les critères de la personne à mes cotés, un train dans la neige et effectivement une scène de spectacle. En dehors de ça j’ai eu l’impression d’être devant un remake du Dr Jivago (peut-etre à cause de la neige, de l’époque et de l’histoire d’amour)

  2. C’est gentil ça de commenter pour commenter :p

    Oh, d’ailleurs, au sujet de « Twilight », il se pourrait qu’il y ait un jour, peut-être un billet à ce sujet. Je veux dire, maintenant que c’est fini tout ça, je me demandais « Mais POURQUEUAH ça marche ?« . Et là… Et là……..

  3. Certes ! Mais Keyra dans tout ça ? Que je considère comme la plus mauvaise actrice de tous les temps ! Comme Gérard Butler mais lui c’est un garçon, enfin un truc !

  4. Bonjour Pascale. Keira, si elle est bien dirigée et si elle parvient à fermer sa bouche et surtout à ne pas sourire (elle doit avoir le sourire le plus malsain du cinéma, bouh, rien que d’y penser, bref…), peut donner quelque chose de plutôt pas mal. C’est le cas ici. C’est sa troisième collaboration avec Joe Wright après « Orgueil et Préjugés » et « Atonement » (bizarrement titré en français « Reviens-moi », alors qu’il en s’agit pas d’un mélo historique) et leur duo fonctionne plutôt bien. Son Anna Karénine est très éloignée de celle campée jadis naguère autrefois par Sophie Marceau (dans un « Anna Karénine » avec Sean Bean *roulement de tambour* ne meurt pas). Très instable, perpétuellement habitée d’une tension qui ne la lâche jamais, ni elle, ni le spectateur, et carrément névrosée.

    Donc, non, sur ce film, elle n’est pas en mode « plus mauvaise actrice de tous les temps » (alors qu’en effet, elle est capable d’atteindre parfois ce niveau).

    D’ailleurs, Jude Law, dans le rôle du vieux chiant et moche Monsieur Karénine se montre vraiment excellent. Comme quoi, quand il ne capitalise pas QUE sur sa beaugossitude celui-là, il peut.

    Dans la série « La Dame débarque » : Aaron Johnson, que j’avais l’impression d’avoir carrément découvert pour la première fois dans « Savages » (pas la peine de chercher le billet, j’ai jamais réussi à l’écrire), jouait le rôle principal dans « Kick Ass ». Quelques années et des pectoraux plus tard….

  5. @ Tiphaine.

    Article 1. L’article sur le salaire des acteurs est assez ahurissant. D’autant qu’on est les premiers en France à venir hurler quand on découvre les cachets de certaines stars américaines, qui, d’après ce que je comprends là, doivent pour la plupart rêver de gagner autant que Dany Boon.

    Ce qui manque un peu à l’article, c’est un comparatif entre les modes de vie des acteurs français et américains. Ces derniers ne crachent pas que les contrats publicitaires qui leur assurent des revenus réguliers, se font payer pour participer à des évènements publics (ou privés), bref, ils exercent ce travail d’être en représentation permanente qui leur permet de gagner de l’argent entre deux tournages. En France, je n’ai pas l’impression que les acteurs daignent utiliser leur image de cette façon. Daniel Auteuil, un de nos acteurs les mieux payés par exemple, ne fait pas de pub à ma connaissance. Dany Doon non plus.

    Cette impression provient peut être aussi de la différence d’échelle entre les acteurs hollywoodiens et nos acteurs français, moins exposés médiatiquement. Ceci dit l’argument est biaisé en soit puisque au moins deux des acteurs cités par l’article, Boon et Cassel, sont producteurs, ce qui leur assure une rente (Cassel produisant surtout des premiers films de réalisateurs débutants, je ne pense pas qu’il roule roule non plus sur l’or, ce que l’article suggère également).

    Et pour ce qui concerne Depardieu, je me garderais bien de juger. C’est facile de dénoncer les exilés fiscaux quand on n’a pas forcément toutes les clés en main. Le mec doit avoir un patrimoine plus que conséquent. D’accord. Mais l’acteur, un peu comme le sportif, ne sait jamais vraiment quand tout va s’arrêter. Ils gagnent parfois beaucoup, sur un temps limité. A partir du moment où cet argent est gagné honnêtement, chercher à préserver son patrimoine pour pouvoir en vivre le plus longtemps possible en profitant, ben c’est juste normal.

    De toute façon se ne sont pas les impôts de Depardieu qui combleront le déficit de la France. Se serait vachement plus couillu et idéologiquement inspiré de faire payer un impôt sur le revenu à tout le monde (et ça ne comblerait guère mieux le déficit, mais c’est pour le principe). Mais non. Continuons à montrer du doigt les méchants riches qui font rien qu’à gagner des sous, histoire qu’ils partent tous en Belgique ou en Suisse pour y contribuer à la relance de la consommation. Quand on en sera enfin débarrassé, les pauvres, étreints par un intense sentiment de joie mêlé d’exaltation patriotique, iront tous acheter des marinières Armor Lux pour commémorer l’évènement. Oh. Wait…

    Article 2. Ce top/flop 2012 est très intéressant. Je ne suis pas forcément d’accord avec ce que dit ce monsieur mais il pose bien les raisons de ses choix. Même s’il est à mon avis trop dur avec ce pauvre « Hobbit ». Film expérimental hypertrophié victime des défauts qui étaient déjà en germe dans la trilogie, plombé par un rythme erratique fait pour étirer le temps au maximum, mais magnifié par l’indiscutable talent d’un réalisateur fou, génial, et d’une générosité absolue. Voilà, elle est là, ma critique du « Hobbit » :p

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