« Mon nom est Boudin. Marcel Boudin » (c’est pour ça qu’il n’y a jamais eu de franchise ciné sur la DGSE)

On les surnomme, « les fantômes ». Jamais vous ne remarquerez leur présence, et pourtant, ils sont peut-être autour de vous, camouflés derrière le physique lambda de l’homme de la rue.

Agissant dans l’ombre et la discrétion.


« Là-dessus, vous ne m’avez pas vue… »

Usant de pragmatisme et d’ingéniosité pour arriver à leurs fins.


Gogogadgeto….. Nokia???

Ils sont l’armée des ombres, le sacrifice nécessaire d’une vie et d’une identité sur l’autel de la patrie, presque irréels, anonymes.


« Salut, moi c’est Jean-Pierre »

Enfin, ça, c’est la théorie. Après, y’en a qui ont leur style personnel…




« Eh, toi, je crois pas t’avoir encore dit mon nom ! »


« Vers l’infiniiiiiiii !!!!! »


« Doucement les mecs, je suis bon à rien avant mon verre de whisky du matin… »


« Je crois que les gens du casting ont légèrement merdé en choisissant la James Bond Girl… »


« Je me sens mal, j’ai encore rien fait exploser aujourd’hui… »


« –Je sais pas ce que t’en penses, mais c’est carrément n’importe quoi…
Ouais, je vais aller pleurer, je crois. »


« Dafuq is that shit  »

This shit, Mr Pearce, is James Bond.

Cela fait tout de même depuis 23 films qu’on nous bassine avec les rocambolesques et vaguement bullshitisante aventures de James Bond.
23 films qu’on tente de nous vendre le plus gros boulet jamais engendré par les services secrets de sa Très Gracieuse Majesté comme étant l’élite de l’espionnage international.
Ça ne m’inspire qu’une conclusion logique : James Bond a été inventé par le MI-6 et entretenu par ce même service rien que pour faire croire aux ennemis de la Perfide Albion que leurs agents sont tous de gros alcooliques doublés d’obsédés sexuels incapables d’ouvrir une porte sans la faire péter à coup de dynamite, et affligés du besoin compulsif de distribuer leur carte de visite comme d’autres les rondelles de saucisson en dégustation gratuite à la foire de la charcuterie de Maubeuge.

James Bond, c’est quasi une convention narrative : chaque film sera invariablement plus grand, plus gros, plus fort, plus idiot que le précédent, farci ras la glotte de conventions over the top qui ont contribué au succès (mérité) de cette franchise viscéralement fun et décomplexée.
Après, on aime on aime pas, et pour être honnête, mes fidèles ici le savent bien, je suis plutôt dans la seconde catégorie.
James Bond m’a toujours ennuyée à mourir à une exception près, « Casino Royale », et vous, mauvaises langues au fond, je vous interdis d’en déduire que c’était la présence complètement radioactive d’Eva Green qui a produit cet intérêt chez moi (mais en fait, c’est totalement ça. Ça et le fait qu’elle a tout de même un rôle bien sympa et que dans le fond, j’ai plutôt accroché à la Jason Bournisation du personnage principal).
J’ai tenté ma chance avec Sean Connery, Roger Moore et Pierce Brosnan, rien à faire. Je m’ennuie.

Après avoir vu le désastreux (si, si) « Quantum of Solace » (réalisateur : un mec / cadreur : Bruce, from Oz / scénario : Max Planck), j’en avais presque commencé à croire que « Casino Royale » était une anomalie, l’erreur de parcours, l’exception qui confirme la règle.

Au point que j’avais fermement décidé de faire l’impasse sur le prochain Bond, ne me résolvant à concéder un nouvel achat de ticket que lorsque le Time Lord changerait à nouveau de visage.

Pour l’anecdote, on murmure très fort le nom d’Idris Elba depuis quelques temps. Ce qui lui irait comme un gant (à condition de jouer Bond davantage en mode Luther qu’en mode capitaine du Prometheus, ou pire, Heimdall…). En plus, « Prometheus », c’était déjà un peu son « Moonraker »…

Et puis, bon, la tuile.

La GROSSE tuile, en la personne de Sam Mendes. Sam Fukin’ Awesome Mendes, réalisateur entre autre choses de trucs qui ne m’ont pas DU TOUT marquée à vie genre « American Beauty » ou encore « Revolutionary Road », hein.
Sam Mendes, mince alors, je vais être obligée d’aller voir « Skyfall ».


« Raaaaaaaah Mais flûte !!! »

Et j’aime autant vous le dire tout de suite, le plus réussi dans le film, ce n’est pas son générique, même s’il est presque aussi beau que celui de « Millenium » en début d’année et c’est rien de le dire (mais celui de « Skyfall » est comment dire… Joli, se voulant fin sans être jamais subtil, oh ben ça alors, exactement comme le film !) . N’en déduisez pas pour autant que « Skyfall » soit un film tout pourri. Comparé à «Quantum of Solace», il est plutôt vachement bien, et beau, en plus. Plusieurs scènes sont vraiment superbes, comme le combat à Shangai dans entres les vitres et les éclairages, M se recueillant devant les cercueils, l’Ecosse, toute la foutue Ecosse). Franchement, visuellement le film est irréprochable. Un coup c’est beau, un autre c’est magnifique .

« J’aime les panoramas… »

Si Sam Mendes se contente de faire son travail correctement, sans se prendre la tronche (il aurait pu faire semblant, quand même, quoi… pfff) il se rend au moins capable d’emballer plus que bien la première scène de poursuite et modestement, toutes les scènes d’action du film. Si quelque part dans ta mémoire subsiste la moindre image de celles de « Quantum of Solace », tu comprends que le gain en qualité est substantiel. Ici pas de shaky cam, pas de crise d’épilepsie qui vous guette, toi et le monteur, non, c’est clean, c’est élégant. Et cela appuie un scénario tout aussi propre et efficace (la vache, Howard Hughes aurait adoré ce film tellement il est propre de partout !). Et puis Mendes soigne les entrées de Bond, ce qui est aussi bienvenu. On sent dans ce film, plus que dans les deux précédents, la volonté d’iconiser l’agent Double Zéro Sept, et de renouer en douceur avec le style des anciens, comprenez en mode totale classe, total pas crédible, total c’est pas grave, il est tellement awesome, ce James.
L’ennui c’est peut-être justement ce pont tracé entre les deux univers (en gros le style imposé par Sean Connery et perpétué jusqu’à Pierce Brosnan et le côté Jason Bourne qui fait son apparition dans « Casino Royale », à l’occasion du reboot de l’agent). Cela passe par de petits détails, comme lorsque Bond fait tout péter dans le bazar d’Istanbul en costard Armani (après les passages successifs de Bond et de Liam Neeson dans cette ville, je me demande comment elle tient encore debout) puis déboite un train en marche au Caterpillar avant de sauter dans un wagon en rajustant ses boutons de manchette. Le tout sans transpirer.

Le problème, c’est que l’on sent assez vite que le film a le cul entre les deux chaises de l’espionnage. Et qu’il ne sait pas vraiment prendre parti pour l’un ou l’autre. Et oui, au bout d’un moment, c’est gênant. Gênant parce qu’on retrouverait presque les fondamentaux en particulier le méchant totalement fracasse vivant sur une île de méchant de James Bond qui m’a fait vivre lors de son apparition un très très grand moment de solitude mêlé de lolz. Venu droit du fond de l’écran (pas l’idée de mise en scène du siècle, ça…), avec son costard bien pipou et ses cheveux peroxydés, Javier Bardem m’a fait penser à ça. Du coup, fou rire involontaire. Désolée. Heureusement, Javier Bardem est un sacré foutu bon acteur. Qui s’en sort parfaitement dans sa version décolorée du fou dangereux qui a EXACTEMENT le même plan que le Joker dans « The Dark Knight »…


Si, les plus belles James Bond Girls sont françaises. Cocorico, tout ça…

Mais prenez ce méchant, assez original en soit (enfin, si on oublie qu’il repompe un certain méchant que je viens tout juste de citer), puisqu’il s’agit d’un ex-agent du MI-6 supposé mort après avoir été vendu par M aux services secrets chinois et qui a juré de se venger de Judy Dench pour avoir joué dans « Shakespeare in Love » l’avoir trahi. Et bien aussi fifou qu’il soit, son origine pourrait presque poser un problème justement parce qu’elle serait presque trop prosaïque chez James Bond (par contre, son plan machiavélique trop bien conçu à quintuple détente sur 45 ans ou presque, tout ça dans le but de …. Mettre une balle à M => je sais pas, je sais plus). Encore heureux fait-elle écho aux doutes exprimés par l’agent à son retour de Turquie, des doutes que le scénario se charge bien rapidement de remiser par devers lui, parce que bon, faudrait pas non plus que 007 se mette à avoir des doutes sur les méthodes des services secrets !
Hmm, arrêtez-moi si je me trompe mais la Jason Bournisation n’avait pas fait se transformer Bond en lopette qui fait rien qu’à chialer et à se poser des questions existentielles ?


« Arrête de me traiter de lopette, je vais le dire à ma mère ! »

Et voilà, boum badaboum, le grand écart entre le néo-Bond et l’ancien qui provoque un sévère claquage aux adducteurs du film.

Avec dans une scène complètement WTF, une superbe note d’intention qui fait rêver. Extrait de « Skyfall » : Intérieur jour, dans un musée londonien.

Q : Coucou agent Double Zéro Sept.
Bond : Coucou, Q. Dites-moi, vous êtes devenu vachement… choupi…
Q : Ouais, je ressemble à un gros nerd pré-pubère à lunettes. C’est chouette non ?
Bond : Si on veut. Bon alors, vous avez quoi pour moi, mon p’ti Q ?
Q : Ah ! Regardez un peu dans cette belle boite, monsieur Bond.
Bond : Rooooooh !!!! Q… Je me demande bien ce que c’est ! Oh, je sais, je sais ! Un stylo bille à ogive nucléaire intégrée pour ouvrir des portes ! Haaaaan !!!! Nonononon !!!! je sais je sais ! Une mini camisole de force extensible à mettre au super méchant à la fin ! Non, mieux ! Du Whiskas au polonium pour empoisonner son chat !
Q : Mais enfin je…
Bond : Oh Q ! Me dites pas que… Si, vous avez réalisé mon rêve… Une Aston Martin lyophilisée qui gonfle quand on crache dessus. Putain, mec, c’est le plus beau jour de ma vie !
Q : Fermez votre bouche et ouvrez plutôt la boite, Bond.
Bond *ouvre la boite* : Euh, Q ? Je supplie votre pardon, mais c’est quoi ce truc ?
Q : Ben c’est un pistolet. Quand vous appuyez sur la gâchette, ça tire et avec ça vous pouvez blesser ou tuer des gens.
Bond : Permettez moi de reformuler, mon p’ti Q : ouate de phoque est-ce ce merdier ? C’est pas des gadgets ça, c’est des fournitures de bureau ! Vous m’avez même filé un transistor !
Q : Comme ça, si vous vous ennuyez en mission, vous pourrez écouter Rire&Chansons ! Vous voyez, j’ai vraiment pensé à tout !
Bond : Mais c’est tout naze !!! Ils sont où les trucs trop awesome qui font qu’on ne risque pas de me confondre avec un vulgaire agent du MI-5 ???
Q : Ah, mon pauvre monsieur Bond, mais vous devriez savoir que depuis la sortie du premier Jason Bourne, les gadgets, c’est totalement passé de mode ! Bon, je vous laisse, je dois aller aider le méchant à hacker nos ordinateurs en branchant son PC directement au réseau du MI-6.

Alors quoi, les gens, on assume ou pas ? On assume pas. Au point de coller cette entrevue entre Bond et Q, et de caser un peu plus loin dans le film une scène clin d’œil super lourde avec une vieille Aston Martin qui est…… BOURREE DE GADGETS LA COQUINE. Mais wat ? (tout ça pour le bien d’une clin d’oeil d’une exquise lourdeur aux 50 ans de la franchise => à ce compte là autant faire un caméo Sean Connery en garde-chasse , les mecs)


« Ouiiiiii, James, une scène juste pour faire un jeu de mot tout naze sur notre future relation à la fin du fiiiiiilm !!! »

La fin du film tendrait à montrer que la franchise revient dans les silons tracés par les films de jadis naguère autrefois : retour à un M masculin, une miss Moneypenny (avec le recul c’était en plus une façon de présenter le perso et sa nouvelle fonction complètement naze. Si je vous jure, vraiment, j’ai pas aimé), un Bond ayant rompu avec son passé, l’abandon complet de pistes amorcées dans les deux précédents films opus de Craig…
J’ai beau ne pas être fan des anciens Bond, et avoir bien aimé « Casino Royale » (qui finalement, assumait peut-être mieux l’héritage de la franchise que ce film ci), le sentiment de gêne devant « Skyfall » ne m’a pas lâchée, avec cette impression tenace de regarder Sam Mendes essayer de danser sans jamais trouver le bon pied. S’il emballe l’ensemble avec une grande propreté et livre finalement quelque chose de très correct, il impose malgré tout un Bond en rupture avec le canon, plus qu’aucun des deux autres films précédents, avec ce climax (tout mou, dommage) dans une chapelle, et surtout, cette James Bond girl pour le moins inattendue.

La dernière partie de « Skyfall », à… Skyfall, je l’ai d’ailleurs trouvée un peu déstabilisante, et je le redis encore et encore incroyablement belle (non sérieux, qu’on érige tout de suite un autel au chef opérateur !!!!!!!). Bon, elle est jolie, la demeure familiale tout ça, en plus ça donne l’occasion de faire un placement de produit Barbour, mais sinon, rien. Avec un film qui dans l’ensemble, peine à générer la moindre émotion, placer Bond face à ses origines, le confronter à un passé abandonné (hmmm, le beau symbole de la maison délabrée…) s’achevant par la destruction de celui-ci, beh, je sais pas, mais bon, sa quête d’identitay, j’en avais strictement rien à carrer. Oui, je sais, je suis un monstre. Peut-être ne fonctionne-t-elle pas parce que le film est justement incapable de se trouver un ton (ou parce que c’était super lourd, toute cette symbolique, franchement…). No lo sé, comme dirait Javier Bardem.
Et malheureusement, la scène où M récite de la poésie pendant que Bond court pour aller la sauver, ne fonctionne pas non plus. Très très dommage. Qu’est ce qui pêche à ce moment là ? Le fait de devoir composer entre le drame, et la démesure naturelle de l’univers Bond. Sans doute. J’en sais rien. Il y a quelque chose qui ne prend pas dans « Skyfall », dont la partie la plus efficace reste l’intro, et tout le passage en Chine. Là, ça roule tout seul ma poule.


« Quand tu souris, je m’envole au paradis, je vais à Rio !!!! De Janeiro !!!!!! » (pardon)

Ce qui nous donne globalement un film sans âme un peu trop long (2h30 et plus, quand même) qui ne sait pas trop qui il est et ce qu’il fait là, un peu comme Daniel Craig parfois. Sa meilleure scène, et la meilleure du film tout court je crois bien, c’est celle où Javier Bardem lui casse son Aston Martin. Jusque là, Bond avait plutôt l’air de s’ennuyer. Mais devant le spectacle affligeant de sa voiture brisée, il a soudain un regard qui appelle au meurtre. V pour Vendetta et pour Voiture, en gros. Voilà, ça, c’est ce que j’attendais du mec qui rajuste son costard après avoir sauté dans un train en marche. Les deux films de Craig à venir seront-ils capables de renouer définitivement avec l’esprit James Bond, maintenant que tous les éléments sont en place ? C’est à espérer. Enfin, pour ceux qui aiment les anciens James Bond, pas pour moi (sauf ce cas improbable où Joe Carnahan et Brad Bird se partageaient le boulot => laissez-moi rêver tranquille).


« Sérieux, j’aime vraiment TROP les panoramas ! »

Bonus rien que pour vos yeux :
Bond poursuit Javier Bardem dans le métro, guidé par Q.
Bond : Raaaah, mais zuteuhflûteuh et saperlipopette ! Elle est passée par où la grande blonde ???
Q : Je crois que vous devriez prendre la porte en face de vous, Bond.
Bond *s’acharne trois heures sur la poignée* : Elle est fermée votre porte, Q.
Q : Mais enfin Bond, je vais pas vous apprendre, moi Q, le nerd que si Richard Ayoade avait été libre c’est lui qu’on aurait choisi pour le rôle, à ouvrir une porte, bon sang !
Bond : Méééééééé euh, elle veut PAS s’ouvrir, je fais quoi moi ?
Q : Attendez, je pensais que je parlais à l’agent Double Zéro Sept, mais en fait, je viens de comprendre, vous êtes l’agent Triple Buse !
Bond : Q !!!! Arrêtez de faire des calembours ! Y’a un métro qui m’arrive droit dessus et la porte est toujours fermée !!! Je risque de me faire pincer très fort !!!
Q : Non, mais là, je suis démuni, Bond.
Bond *illumination géniale* : Ohmagad, j’ai un pistolet.
Q : Enfin…
Bond *tire dans la serrure* : Ah, comment que je lui ai bourré sa face à cette salle porte !!!! Hihihi !!!! Vite ! Je dois poursuivre le méchant qui a désormais au moins 3h d’avance vu que je suis le SEUL AGENT SECRET DE LA PLANETE qui armé d’un flingue devant une porte fermée ne pense pas à tirer dedans. Je suis trop un génie !

Voilà, le malaise, tout ça.

Note : */*

PS : dans la vie réelle, tirer dans la serrure d’une porte verrouillée n’assure pas que vous puissiez au final l’ouvrir (je devance votre question bien légitime : non je n’ai jamais essayé). Mais James Bond vit au cinéma où tirer dans la tête d’une porte fermée reste le meilleur moyen de l’ouvrir rapidement (ça s’appelle une convention). En plus, James Bond, il ouvre très rarement les portes avec la poignée, si ma mémoire est bonne. Et il compte très rarement ses balles, si ce détail, toujours zappé pour le bien de la convention, avait pu être une explication. Enfin bref, voilà quoi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *