La rétro : c’est l’histoire d’une « dispute de chantier ».

Et donc la voici la voilà, la rétro of doom !
Ahah ! Comment vous l’aviez troooop vue venir celle-là ! Indices ENAURMES sur la page Facebook, allusions même pas voilées dans le dernier billet, bref, vous l’avez tous senti arriver avec beaucoup de subtilité.

Ah et comme je suis une grosse, voire une énorme feignante, je pars en vacances en vous laissant avec ce texte hyper long, comme ça je n’aurai pas mauvaise conscience à partir me dorer la pilule (ahem) en Irlande (oui, bon, c’est une façon de parler), alors qu’à la base, je devais aller au Danemark pour vous faire un reportage circonstancié sur la meilleure façon de chasser un Grendel. Finalement, j’irai chasser les pintes sur Temple Bar. C’pas mal non plus.

Mais sans plus de digression sans intérêt, je vous invite tout de suite à grimper dans ma version dégénérée du Tardis, faisant de moi un vrai petit Inspector Spacetime, sans Constable Reggie, mais avec deux chats sociopathes à la place :


Billet garanti sans Blorgons, sans « Community » et sans « Doctor Who », dès fois que vous vous seriez laissé abuser.

Pour la suite, voici votre arme :

Un beau mercredi d’août 1999, un binôme mère/fille, au mépris de toute convention voulant que ce type de combo aille voir des drames intimistes belges filmés dans la banlieue d’Anvers ou des comédies romantiques françaises avec Lambert Wilson (années 90, les gens), s’en fut dans une salle obscure pour voir un film sorti le jour même, sur des gens qui se massacrent dans la boue au Moyen-Âge.
Oui, il existe des femmes sur cette terre que la perspective de voir des montagnes de viande arracher à mains nues les membres de leurs ennemis pour le plaisir de les entendre couiner, réjouit au plus haut point.


Oui, voilà, dans ce style.

Pitch de folie, bande annonce que faisait rêver, « Le Treizième Guerrier » de John Mc Tiernan était à sa sortie un genre d’OVNI distingué et terriblement alléchant dont à l’époque, j’ignorais tout de la production chaotique. Une heure 48 plus tard, si je ne m’étais pas prise une claque en pleine figure, je ressortais de la salle marquée au fer rouge par une œuvre certes malade, mais qui tel son héros, malgré le poison qui la ronge, va jusqu’au bout de sa mission => te faire faire trois fois le tour de ton slip sans toucher l’élastique.


Et non, ceci n’est pas du tout l’affiche que je voulais pour illustrer ce billet, mais on fera avec.

Après des années de tergiversation, et surtout le visionnage des bonus de mon édition BluRay France Exclusive (et ouais) achetée le jour même de sa sortie, parce que les traditions, ça se respecte, je me décide enfin à vous pondre cette rétro moult fois annoncée et jamais écrite d’un des plus beau mythes du cinéma du XXe siècle.

Ce très long billet, je n’aurais pas pu l’écrire sans le travail de fou mené par des passionnés, devenus pour l’occasion de véritables enquêteurs, traquant la moindre photo de tournage, la moindre version du script disponible, allant jusqu’à interviewer des membres de l’équipe de tournage, acteurs, figurants afin de reconstituer « Eaters of the Dead » (le titre qu’aurait gardé Mc Tiernan), faisant des pieds et des mains pour que sorte enfin cette édition ultime du film, accompagnée d’un dossier plus que complet sur les coulisses de sa création. Je vous ferai un petit listing des sources en fin de dossier, vous constaterez qu’elles ne sont pas nombreuses, mais que leur qualité prime sur leur quantité.


« Et donc, il va être long, ce billet ? »


« Ouais, vachement ! »

Enfin, il ne s’agit pas ici de vous faire croire que « Le Treizième Guerrier » est LE plus GRAND film historique/d’action/de Vikings/d’aventures ever. Même s’il aurait pu prétendre à ce titre, sa forme actuelle lui interdit d’être autre chose qu’un acte manqué, un grand film massacré mais qui reste non seulement extrêmement beau, mais incroyablement moderne. Si John Mc Tiernan a depuis quasiment sombré dans l’oubli et si, en grande partie à cause de ce film, sa carrière semble désormais bel et bien terminée, il ne faut pas oublier qu’il était et reste un des réalisateurs les plus doués et les plus inventifs de son époque. En regardant « Le Treizième Guerrier », un film tourné entre 1997 et 1999, donc aujourd’hui âgé de 15 ans, on reste étonné par sa fraîcheur. Caméra extrêmement mobile, un très faible recours aux effets numériques, un souci de réalisme poussé jusqu’à l’extrême, une photographie exemplaire entièrement composée de lumières naturelles…
Il me parait évident, après moult visionnages, qu’il s’agit d’une œuvre largement sous-estimée (malgré une réception publique et critique relativement bonne en France), en grande partie à cause de son montage indigent, mais aussi, de par son caractère exigent.
Mc Tiernan voulait se lancer dans un audacieux projet qui aurait pu prendre pour lui la forme d’un accomplissement, d’un sommet absolu dans sa carrière. Cette audace n’a pas été récompensée.


Pauvre John qui vient de se manger un an de prison ferme, d’ailleurs…

Aujourd’hui, ne reste qu’un montage insatisfaisant, mais incapable de dissimuler le bijou qui le compose.
Un film est toujours une œuvre collective, et cette collusion de points de vue peut s’avérer aussi destructrice que bénéfique. Ce film en est la preuve, presque un cas d’école sur la façon dont on peut produire un film aujourd’hui, entre parti-pris artistiques et nécessités commerciales, en passant par la guerre des ego, pour le meilleur et pour le pire.

Pendant ce long billet, nous aurons parfois recours à de la vidéo. Quand je trouverais un extrait illustrant ce que j’ai envie de vous montrer, je vous mettrai le lien. Sinon, j’utiliserai tout simplement cette vidéo intégrale, en vous indiquant le minutage exact.
Je ne saurais trop vous recommander de l’ouvrir dans un onglet à part, si vous voulez vous amuser.

Au commencement était le poème.

Il va sans dire qu’au moment de la sortie du « Treizième Guerrier », le simple nom de Michael Crichton comme auteur adapté est en soi un gage de respectabilité. Si, si, faut pas déconner, pour la génération d’enfants marqués par « Jurassic Park », le type est synonyme de pur film avec des dinosaures. Certes, c’est oublier bien vite « Sphère », d’ailleurs, même si je l’ai vu en salle, je n’ai strictement plus aucun souvenir de cette chose, et à mon avis, ce n’est pas par hasard. Mais bref.

Avec son titre original « Eaters of the Dead », le roman dont sera plus tard tiré « Le Treizième Guerrier » est une relecture du mythe de Beowulf à la sauce Crichton.
Si ce poème épique est largement inconnu en France, le texte en vieil anglais narrant les exploits d’un héros viking combattant le monstre Grendel puis sa mère au royaume de Hrothgar, est un marronnier des cours de littérature dans le monde anglo-saxon.

Il n’existe qu’une version de « Beowulf » qui ait été couchée sur le papier, au Xe siècle, et qui nous soit parvenue. Si certains voient le poème comme une composition tardive de culture chrétienne, d’autres le classent plus volontiers comme les sagas scandinaves, dans la catégorie des récits oraux fixés tardivement par des érudits christianisés, qui incluent au récit originel, ou plutôt à leur version de l’histoire, des éléments de discours chrétiens.

Bien que le cœur de son récit soit purement imaginaire, «Beowulf » contient de nombreuses allusions à des évènements historiques et va jusqu’à faire du héros du poème l’héritier du roi Hygelac (VIe siècle après J.-C.), dont les raids et les exploits bien réels nous sont entre autre parvenus par les écrits de Grégoire de Tours.
Beowulf est ainsi le roi des Geats (comprendre des Goths), peuple établi au sud de ce qui est aujourd’hui la Suède.

Le roi Hrothgar lui-même, s’il ne semble guère plus qu’une figure fictionnelle, est un élément récurrent des légendes scandinaves, peut-être inspiré d’un ou plusieurs rois danois réels (en tout cas, à chaque fois que tu tombes sur Hrothgar dans une saga, il lui arrive des bricoles. J’aimerais pas habiter chez lui…).

Exactement comme le cycle arthurien, « Beowulf » est un écheveau complexe mêlant mythologie, conte, évènements historiques, religions, aujourd’hui impossible à décomposer (exercice par ailleurs stérile puisque toute la beauté et la valeur du texte repose sur sa nature plurielle).

Si vous n’avez pas vu l’excellente et assez définitive, je dois le dire, adaptation que Robert Zemeckis a fait de ce poème épique, alors le paragraphe qui va suivre est pour vous :
Le roi Hrothgar, un Danois assez plaisantin, construit au cœur de son royaume un grand hall somptueux, Heorot, qu’il inaugure en grande pompe avec une nouba gigantesque #DavidGuetta.
Dans la nuit, alors que tout le monde cuve peinard la tête dans son assiette, survient Grendel, créature monstrueuse et difforme qui massacre les guerriers de Hrothgar.
Parce que Grendel est du genre cannibale et envahissant, le roi n’a d’autre choix que de faire appel à la fine fleur des guerriers de son temps pour espérer se débarrasser de cet importun.
Le jeune Beowulf, dont les exploits sont déjà célèbres un peu partout et dont la largeur du tour de tête n’a d’égale que celle de ses chevilles, se présente devant Heorot pour faire sa fête au monstre qu’il va finalement massacrer pendant la nuit, en lui arrachant le bras à mains nues.
Forcément, le lendemain, c’est festival au royaume de Hrothgar, des réjouissances malheureusement interrompues dans la nuit par la mère de Grendel, venue venger la mort de son fils, en dégommant les guerriers de Hrothgar.

Beowulf, avec ses compagnons, son épée et sa gueule de bois, s’en va donc traquer la créature dans son repaire dont il reviendra avec la tête de Grendel, qui était venu agoniser dans sa tanière.
Une fois la mère de Grendel détruite, fête et cotillons dans la face de Beowulf.
Bien des années plus tard, le guerrier devenu roi des Geats affronte un dragon qu’un esclave a provoqué en lui piquant une pièce de son trésor (je suis toujours surprise de découvrir l’existence de gens assez idiots pour taper dans le trésor d’un dragon…). Malgré son grand âge, Beowulf parvient à tuer la bête, mais succombe à son tour, victime des morsures empoisonnées de son adversaire.
Tout le monde pleure et puis on l’enterre avec le trésor #fin.

Un peu plus tard furent les adaptations.

Comme tous les enfants anglophones ou presque, Michael Crichton a été biberonné par «Beowulf». Non seulement passage obligé des cours de littérature, l’histoire a été adaptée dans une autre œuvre plus grand public et assez largement diffusée dans le monde anglo-saxon, à savoir les écrits de Tolkien.
Fasciné par le poème épique dont il a été un traducteur et analyste reconnu, l’auteur du « Seigneur des Anneaux » a réinjecté à au moins deux reprises des éléments de « Beowulf » dans ses romans.
Tout d’abord dans « The Hobbit ». Pour l’anecdote, le héros, Bilbo Baggins, part involontairement à l’aventure en compagnie de 13 nains, un élément qui n’a pu qu’inspirer Crichton quand il écrit le personnage d’Ibn Fadlan, contraint de devenir le 13e guerrier, le présentant comme un érudit tranquille, exactement comme Bilbo est engagé pour servir de voleur dans la compagnie alors que tout ce qu’il veut, lui, c’est fumer sa pipe et boire son thé à 17h.
Une fois dans le repaire du dragon Smaug, Bilbo dérobe une coupe en or (élément directement copié-collé de « Beowulf »), provoquant ainsi l’ire de la créature qui se met à ravager les villages autour de sa tanière.
Même le personnage de Thorin, s’il ne sera pas au final le tueur du dragon, peut s’apparenter à Beowulf, dans une certaine mesure. Enfin, la présence du héros du poème est également perceptible au détour du personnage de Beorn, l’homme capable de se changer en ours (Beowulf, « bee wolf », le loup aux abeilles, désignant l’ours).

Quelques années plus tard, quand il rédige la partie centrale du « Seigneur des Anneaux », il décrit le grand hall de Meduseld comme celui d’Heorot, transposant les figures du poème dans sa saga, de l’image du vieux roi affaibli à l’affrontement entre deux factions.

Quand Crichton arrive en 1976 avec « Eaters of the Dead », sa relecture du poème est radicalement différente de celle de Tolkien. Obsédé par la vraisemblance dont doivent se parer ses récits fantastiques, Crichton applique à la légende une étude anthropologique, qu’il fait mener par un observateur extérieur, un personnage historique, Ahmed Ibn Fadlan.

Auteur d’une relation de voyage dans les grandes plaines d’Asie Mineure, Ibn Fadlan y rencontre des Vikings (je devrais d’ailleurs écrire Varègues, puisque c’est ainsi que l’on désigne les Scandinaves, principalement venus de Suède d’ailleurs, qui remontaient les fleuves d’Europe de l’Est), parmi d’autres peuples. Crichton se contente dans ses premières pages de retranscrire mot pour mot le texte de l’ambassadeur bagdadi avant de brutalement s’affranchir de sa base historique.
Conservant le style de l’auteur d’origine, Crichton va raconter la légende de Beowulf comme si Ibn Fadlan l’avait vécue, en faisant un affrontement à mort entre des guerriers vikings et une peuplade néandertalienne, les Wendols.
Ce choix, qui sera d’ailleurs contesté par Mc Tiernan au début de la production, est motivé par des théories encore d’actualité selon lesquelles l’époque que nous vivons depuis l’extinction de l’homme de Neandertal est une anomalie dans l’histoire de l’humanité. Nous avons en effet jusqu’à très récemment toujours cohabité avec plusieurs espèces humaines différentes, et pour certains chercheurs, il est évident que des peuplades issues d’autres branches évolutives ont pu survivre dans des contrées reculées, loin d’Homo Sapiens Sapiens.
Ainsi, certains voient dans les légendes sur Big Foot, le Yéti, Almasi et toute autre créature de type anthropoïde censée vivre dans des montagnes escarpées, les résurgences d’une époque pas si lointaine où existaient, en effet, des humanoïdes différents de nous.

Ce postulat de départ, loin d’être idiot, sera donc contesté, comme je le disais, par Mc Tiernan qui voulait transformer les Wendols en authentiques monstres.
Personnellement, je suis plutôt contente que Crichton soit resté campé sur sa position et ait fait des pieds et des mains pour que l’on conserve ses petits Néanderthaliens.
Une grande partie du sel de son livre tient à sa prétendue authenticité. Ahmed Ibn Fadlan a existé, ses écrits également, et faire des Wendols des monstres n’a finalement guère d’intérêt. D’autant que cette idée contient en elle une mise en abîme plutôt sympathique, consistant à faire des Wendols des monstres anthropophages, créatures de légende mi-hommes mi-bêtes chevauchant un dragon de feu et terrifiant littéralement nos amis Vikings, qui ne sont pourtant pas émus par grand-chose.
Lorsque Mc Tiernan accepte donc de garder les Wendols tels qu’ils sont, il prend une décision qui s’avère juste, puisqu’il peut ainsi continuer à traiter vraiment du rapport entre réalité et imaginaire, ainsi que du choc entre culture et barbarie, entre la civilisation et le primitivisme.

« Eaters of the Dead ».

Titre original du roman, « Eaters of the Dead » aurait dû rester le titre de ce film si Mc Tiernan avait eu les coudées franches. Je reviendrai plus tard sur l’évolution de ce nom, puisqu’ici, je voulais surtout vous faire un rapide résumé du film.

En effet, bien que plus d’un million de personnes aient vu ce film en France (« 1 million ? Vous savez ce que ça fait, 1 million, Larmina ?« ), pays où il aura connu son plus grand succès (et sa plus fervente base de fans, capables de faire faire un BluRay exclusif juste pour leur pomme, parce que c’est des malades), 15 ans, c’est long et si vous avez un jour posé les yeux sur la chose, il se pourrait que vos souvenirs soient lointains.

L’histoire commence à Bagdad où le poète Ahmed Ibn Fadlan (Antonio Banderas) a eu le malheur de Sofitel avec l’épouse d’un homme influent qui s’en va pigner dans l’oreille du calife.
Ibn Fadlan est donc banni de la cour, sous couvert de se voir confier une mission d’ambassadeur en Europe Centrale. Suivant une caravane avec un vieil ami de son père, Melchisidek (Omar Sharrif), il rencontre par hasard une expédition viking dont la simple présence semble terrifier les plus féroces cavaliers des steppes, les Tartares.

Les Scandinaves (spéciale dédicace à ma prof d’histoire médiévale) sont en train de célébrer les funérailles de leur roi lorsqu’ils sont rejoints par un jeune prince venu quérir l’aide d’un des prétendants au trône, Buliwyf (Vladimir Kulich). Le roi Hrothgar (Sven Wolter), un vieil ami du père de Buliwyf (ça se prononce « Boulvaï ), ne parvient pas à faire face aux attaques d’un mal qu’aucun Viking présent ne veut nommer.

Parce que les Vikings ne décident strictement RIEN sans un peu de divination, Buliwyf fait venir l’Ange de la Mort, une vieille sorcière qui lit dans ses osselets. Cette dernière prophétise que pour venir à bout de ce qui menace le royaume de Hrothgar, 13 guerriers seront nécessaires. Se portent ainsi volontaires (dans l’ordre) :

Buliwyf

Helfdane le Gros (Clive Russell)

Hyglak le Querelleur (Albie Woodington)

Edgtho le Silencieux (Daniel Southern)

Rethel l’Archer (Mischa Hausseman)

et Haltaf son apprenti (Oliver Sveinall)

Oui, si toi aussi tu te demandes comment tu as fait pour ne pas voir le bébé qui voyageait avec eux, rassure-toi, c’est parfaitement normal.

Roneth le Cavalier (Neil Maffin)

Weath le Musicien (Tony Curan)

Ragnar l’Austère (Joe De Santis)

Halga le Sage (Asbjorn Riis)

Herger le Joyeux (Dennis Storhoi)

Skeld le Supersticieux (Richard Bremmer)

Mais l’oracle interrompt soudain le festival des « Gröt ! » et des « Skøl lol ! » en annonçant que le treizième guerrier ne peut pas être un homme du nord.

Pas de chance pour Ibn Fadlan, ce matin-là, il est le seul étranger de moins de 50 ans sous la tente. Il est donc immédiatement désigné volontaire par une assemblée de géants varègues, pour aller se taper des monstres dans le grand nord => quelle aventure ! je suis bien content d’être venu ! (la classe, c’est de citer « Les Enfants du Marais » de Jean Becker dans un billet sur le « Treizième Guerrier » :p. Non, en fait, j’ai honte)


Ce qui nous donne donc la strike team que voici (notez Haltaf, l’enfant, 5e en partant de la gauche).

Rapidement rebaptisé Ibn par ses camarades qui ne panent rien à son nom à rallonge, notre ambassadeur supporte donc un long voyage au côté de Vikings paillards dont il va finir par apprendre la langue à force de les écouter parler nuit après nuit de vol de chevaux et de ribaudes troussées derrière les tavernes.

Une fois arrivés en Suède/Danemark/Normandie 1.0/ peu importe, les guerriers découvrent le royaume de Hrothgar soumis à la peur qu’engendrent les attaques sournoises des Wendols. D’autres royaumes plus au nord ont déjà été dévastés par ces créatures mi-hommes mi-ours, chevauchant un serpent de feu et qui toutes les nuits, reviennent abattre les guerriers du royaume.

Après un premier affrontement dans le grand hall, Buliwyf décide de fortifier le village qui la nuit venue, subit un premier assaut du serpent de feu, comprendre une colonne de quelques trouzmille cavaliers wendols portant des torches.

Au matin, devant l’ampleur des dévastations, les défenseurs n’ont pas d’autre choix que de suivre la reine Weilew (Diane Venora) jusque chez une sorcière qui leur révèle que pour venir à bout des Wendols, il leur faudrait vaincre leur mère.


Qui n’est pas très polie.

Les traquant sur leurs terres, les guerriers parviennent jusqu’à une caverne où ils s’infiltrent pour y trouver l’antre de la mère des Wendols. Lors du combat qui l’oppose à la Néanderthalienne, Buliwyf est empoisonné par un genre de gom jabbar de la préhistoire du Moyen-Âge.

Alors qu’ils sont parvenus à s’enfuir et à regagner le grand hall de Hrothgar, les Wendols reviennent à l’assaut. Buliwyf, mourant, participe au combat le temps de tuer le chef des guerriers wendols, puis de mourir dans une posture trop classe, assis, les yeux ouverts sur ses ennemis en fuite.
Après ça, on met Ibn sur un bateau et on le renvoie chez mémé, mais personne pleure parce que c’est pas des tapettes #fin.

Le poids des mots, le choc des cultures.

Avant d’entrer plus avant dans le film lui-même, je voulais faire un petit arrêt récréatif autour d’une des scènes les plus polémiques du « Treizième Guerrier ».
Pour avoir vu et revu ce passage, l’adorer pour la fulgurance qu’il représente, et ne toujours pas comprendre comme on peut réussir à le piger de travers, je ne suis pas non plus naïve au point de ne pas voir que le montage, un peu rapide, est sans doute la source de toute la confusion.

Mais avant d’aller plus loin, regardons un peu cette fameuse « language scene » (et à 2:33, notez la présence d’Haltaf, le gosse).

Vous pouvez ratisser le web dans tous les sens, interroger votre voisin de palier (le mien c’est Chris Hemsworth, je vous rappelle, j’évite de l’interroger sur des trucs trop intellectuels, j’ai peur qu’il fasse un claquage, mais vous pouvez essayer sur les vôtres), soumettre la scène en question à des yeux innocents, et bien vous trouverez toujours une proportion non négligeable de personnes qui penserons que ce montage ne couvre qu’une seule et unique nuit…

Ah, vous aussi vous pensez cela ?

Bon, ben non en fait. Est-ce un plantage de Mc Tiernan ? Ou une énième facétie commise en salle de montage ?
No lo sé.


« No lo sé tambien :p »

Pourtant, regardez bien la séquence qui précède le fameux montage (de 0:00 à 0:15) : on y voit la troupe dans une sorte de grande plaine, progressant au premier plan, puis par un fondu, la voilà qui se retrouve par magie sur la ligne d’horizon.
Je lis pourtant rarement qu’à cet instant précis du film, les Vikings ont tout simplement fait usage de leur célèbre pouvoir de téléportation…
Cet effet suggère le passage du temps et de l’espace, et introduit l’idée qu’à partir de maintenant, vu qu’un voyage avec des Vikings c’est super chiant et qu’on est avant tout venu là pour voir des gros barbares velus se mettre sur la tête avec des démons des brumes, on va cut the crap.
Dont acte, et surtout, montage pour expliquer comme Ibn va bien pouvoir faire pour s’en sortir avec ses compagnons de voyage.

Ibn est totalement perdu dans ce groupe culturellement extrêmement éloigné de lui. Le seul membre de la troupe qui lui ait témoigné autre chose que de l’indifférence c’est Herger. Herger il est sympa, mais il ne parle pas grand-chose d’autre que son sabir de sauvage et un latin de cuisine (que même moi je comprends sans qu’Omar Shariff ait besoin de me le traduire), qu’Ibn, lui, ne parle pas.
J’exagère un peu, en fait, Buliwyf aussi lui a témoigné un peu d’intérêt. Il l’a regardé deux fois d’un air patibulaire mais presque.
Su.per. Comment elle va être trop géniale ta rando…

Loin d’être une facilité scénaristique d’une mauvaise foi confondante, le montage est tout à la fois une astuce habile pour suggérer le temps qui passe, mais aussi la première vraie scène d’Ibn.
Comprenez que jusqu’à présent, le narrateur nous a été présenté comme un gros faisan peureux, un peu coincé qui passe son temps à geindre et à contempler le reste du monde du haut de sa civilisation.
Dans ce montage, perdu au milieu de Vikings qui l’ont plus ou moins kidnappés (on y reviendra), Ibn fait montre pour la première fois d’une vraie qualité et d’un peu d’intelligence. Nuit après nuit, il écoute, répète en silence, démêle l’écheveau norrois, enrichit son vocabulaire en gros mots (vu le très haut niveau de qualité des conversations le soir au coin du feu…) jusqu’à finalement comprendre et se découvrir capable de s’exprimer.

C’est aussi par cette scène qu’il commence à gagner le respect de Buliwyf, même si pour des raisons sur lesquelles je reviendrai plus tard, les rapports entre les deux personnages ne seront guère creusés par la suite.


Je vous dis pas comment j’étais trop contente de découvrir l’existence de GIF du « 13e Guerrier »…

La plus grande erreur de ce montage réside dans … son montage. En effet, le temps qui s’écoule n’est suggéré que par un plan sur le visage d’Ibn pendant une averse et les fondus noirs. Au début et à la fin de la séquence, le même plan le montre sans pluie, vêtu de la même façon. Assez facile pour le spectateur de penser qu’il s’agit simplement d’une averse passagère survenue dans la nuit.
De même, les Vikings, que l’on ne peut pas encore vraiment identifier puisqu’ils ne nous ont jamais été (et ne nous serons jamais) présentés, semblent toujours répartis de la même manière dans l’espace. Il n’existe du moins aucun plan d’ensemble qui combiné à un autre montrerait explicitement un placement radicalement différent, ou encore moins, un changement de décor.
Ainsi, l’illusion d’être au même endroit, au même moment, peut s’avérer assez dérangeante.
Ce montage était-il plus explicite dans le director’s cut de Mc Tiernan ?
Impossible à dire. D’autant qu’il semble tout de même évident, à moins d’être une mauvaise foi totale, qu’Ibn n’a pas pu apprendre une langue étrangère en une nuit. Question de logique.

En même temps, je vous dis que pleins de gens n’ont rien compris à cette scène, mais l’inverse est aussi vrai.

Et j’ai lu (pas qu’une fois) et entendu (pas qu’une fois non plus) une chose très troublante sur un plan aux intentions similaires dans « A la Poursuite d’Octobre Rouge », que j’ai été incapable de trouver sur le net, alors vous allez devoir faire avec vos souvenirs : le camarade commandant Ramius entre dans ses quartiers où s’est confortablement installé Poutine, le commissaire politique du bord. Ce dernier lit un passage de l’Apocalypse dans la Bible de Ramius. Depuis le début du film, tous ces personnages russes parlent en russe sous-titré (sinon on y pane rien). Un plan nous montre alors le zampolit lisant à voix haute, en russe, tandis que la caméra fait un zoom avant sur sa bouche jusqu’à ce que celle-ci envahisse l’écran. Alors, les mots se mettent à sortir en anglais, puis zoom arrière, et on ne sera plus emmerdé de tout le film à entendre des Russes parler en russe. ‘oilà.


« C’est vrai que c’était chiant, de devoir parler russe… »

Il me semble très clair que le zoom avant sur la bouche du zampolit est explicitement une astuce afin de passer du russe à l’anglais sans plus recouvrir aux sous-titres. Une ficelle, une intention, presque une main tendue par le réalisateur à son public pour lui dire « bon, ben on va pas tout faire en ruskof non plus, hein, donc maintenant, tout le monde parle anglais, convention artistique tout ça, ok ? » => OK, mec.
Et ben non. Vous en trouverez toujours pour vous dire ceci : «Mais je comprends pas pourquoi le commandant il tue l’officier qui lit la Bible au début vu qu’ils sont tous les deux du même côté, la preuve ils parlent anglais »

Donc soit Mc Tiernan a une très très haute opinion de l’intelligence de ses spectateurs (et malheureusement pour lui, je pense que c’est le cas => délit d’excès de confiance en l’humanité => mortel à 200%), leur faisant confiance pour comprendre une idée suggérée, soit il est vraiment maladroit (mais ceux qui pensent cela, j’irai personnellement les jeter hors du Valhalla, mécréants).

Cette scène du « Treizième Guerrier » introduit pourtant un arc qui aurait dû sans doute être plus fort que ce que le montage actuel nous présente. L’idée de la transmission de la légende, ici par l’écriture, trouvant son accomplissement, non pas dans le plan final montrant Ibn écrivant sa relation de voyage, mais bien dans ce dernier repas dans le hall de Hrothgar où Ibn promet à Buliwyf, avec une grande économie de mots, qu’il écrira son histoire. (le passage en question se trouve à 1:21:20 sur l’intégrale)
L’idée de la transmission, mais aussi de l’acceptation de l’autre passe dans le « Treizième Guerrier » par le langage. Tout d’abord Ibn gagnant le respect des Vikings en apprenant leur langue, puis Buliwyf, lui rendant la pareille (et gagnant le respect d’Ibn et le notre par la même occasion) en lui demandant d’écrire avant de reproduire, quelques semaines plus tard, ces mêmes mots à son tour.

Ultime parenthèse, et qui n’a rien à voir avec le sujet de cette partie (et ouais, anticonformisme, les gros !) => le l33t sk1ll de roxxor d’Ibn après son premier combat. On lira un peu partout qu’il est totalement stupide de le voir apprendre l’art du combat après deux échanges de coups avec un Wendol.
Ben voyons.
Parfois je me dis que certains, quand ils n’ont pas envie de faire des efforts… Il est dit dans l’introduction du film qu’Ibn est certes en poète, mais avant tout un noble. Dans la scène (pour le coup par contre aberrante) où il façonne son épée en cimeterre (daffuq ?), il fait des tourbilol avec sa lame histoire de montrer à ses potes barbus qu’il est super plus à l’aise avec son canif qu’avec une épée à deux mains => normal (la séquence en question à partir de 40:18, jusqu’à 42:22).
Ibn, fils de la noblesse de Bagdad a dû recevoir comme de bien entendu une éducation complète, incluant poésie, chant, récitation, histoire, théologie, équitation (un talent explicite dans le film) et maniement des armes. Pas besoin de voir des incohérences là où il n’y en a pas.

Le truc c’est qu’avant son premier vrai combat, Ibn n’a sans doute jamais dû de sa vie verser le sang d’un adversaire. Il n’est pas incapable de se battre, il est juste inhibé par un simple fait : il n’est pas un guerrier. Cela se voit du reste rien qu’à sa tête lorsqu’il passa sa lame en travers du corps de son premier Wendol.

Bref, tout ça pour vous dire que l’on peut reprocher beaucoup de choses au « 13e Guerrier », mais qu’il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain.
Une des raisons pour lesquelles ce film me fascine tant, c’est justement ce film derrière le film, la grande œuvre cachée par le massacre orchestré par Crichton et Touchstone, dont il reste finalement beaucoup de choses, des personnages puissants, et une ambition à la fois thématique et formelle qui me permet de dire encore aujourd’hui, malgré les défauts évident du montage actuel, qu’il s’agit du plus grand film de Vikings jamais réalisé (les 4 minutes précédant la dernière charge des Wendols à la fin sont de toute façon le plus grand film de Vikings jamais réalisé, voilà, ça, c’est dit), et un très grand film tout court.

Petits rafistolages.

La production du « 13e Guerrier » a été un long et douloureux chaos qui débute dès la pré-production, lorsque l’on refuse à Mc Tiernan la fin qu’il s’était choisie. Voici quelques exemples de remaniement de scènes illustrant le climat de guerre ouverte dans lequel ce film s’est fait.

La mère des Wendols.

Cette scène est régulièrement évoquée pour illustrée le conflit entre Crichton et Mc Tiernan. A ce sujet, on ignore ce qu’il s’est réellement produit, mais une seule chose est sûre, Mc T n’est pas le premier réalisateur à s’être pris le bec avec Crichton sur l’adaptation d’un de ses livres.
Il semblerait que Spielberg soit le seul à avoir vécu une collaboration harmonieuse avec l’auteur/producteur.

Avec le recul, l’affaire de la mère des Wendols est une prise de bec et un sac de nœud totalement ridicule au regard de l’importance de la dite scène dans le film. Potentiel climax, elle est traitée volontairement comme un genre d’anti-climax, expédiée en deux temps trois mouvements, et bien moins chargée d’enjeux que la fuite de la caverne.
Le fait est que dans le livre déjà, la mère des Wendols souffre de défauts de traitement assez lourds. Sa présence sera une première fois suggérée par l’idole que les Wendols laissent dans la ferme de la forêt. Mais rien ne sera fait ensuite pour imposer l’idée qu’il existe réellement une mère des Wendols qui soit une vraie femme et non pas leur déesse-mère.
Résultat, quand la sorcière annonce à Buliwyf qu’il va devoir la tuer, on reste un peu pantois devant sa décontraction : « Ok, pas de problème »

Le montage final évacue de toute façon toute la dimension religieuse du récit. Le livret du BluRay nous apprend par exemple l’existence de deux dialogues coupés au montage : le premier où Ibn explique à Herger que « Allah » n’est pas le nom de son dieu, mais qu’il est Dieu, puis Herger expliquant à Ibn qui est Odin (dans la scène de l’accostage). Un échange qui n’est pas sans rappeler la fin un peu pourrie d’une des anciennes versions du script faisant revenir Buliwyf lors du dernier combat comme une incarnation d’Odin, un corbeau sur chaque épaule (mais oui mais oui).

Pourtant, entre les différentes religions, et les rapports réalité/fiction, la mère des Wendols était un coup très intéressant à jouer. Parce qu’elle est à la fois une divinité et une personne réelle, et que dans le film, il aurait été très intéressant d’instiller le doute sur la réalité de son existence. Par exemple en ne montrant pas, comme dans le poème épique « Beowulf », le combat.
Ce qui aurait du reste épargné les multiples reshoots de la scène en question.

Car au sommet de l’affrontement entre Crichton et Mc Tiernan, il y a cette scène qui fut retournée deux fois, en simultanée, par les deux hommes, chacun proposant SA version de la Mère, une grosse matrone pour Mc Tiernan, et une jeune femme pour Crichton, lequel se savait de toute façon titulaire du final cut et donc assuré de voir sa Mère dans le film tel qu’il serait présenté en salles (à1:15:30).
Comme cela est souligné dans les bonus du BluRay, il est amusant de noter que de toute façon, le look de la Mère des Wendols n’avait aucune espèce d’importance dans le film. On atteint ici le paroxysme du conflit entre réalisateur et producteur, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la bataille semble maintenant un peu ridicule.

Le chef des Wendols.

Encore aujourd’hui, bien que persuadée qu’il aura été intégré au film n’importe comment, je ne pense pas que l’idée d’un duel final entre Buliwyf et le chef des Wendols était une si mauvaise idée que cela.

Premièrement, cela revient à coller encore davantage à « Beowulf », en présentant un affrontement final entre le héros et un monstre, ici incarné par le chef, et non pas par l’armée wendol.
Ensuite parce que cela ajoute de la densité aux Wendols, en leur procurant un semblant d’organisation politique : la Mère, leur guide spirituel, et leur chef de guerre.

Le hic, c’est d’avoir bricolé cet antagonisme pour créer un genre de climax artificiel qui n’a au final pas le moindre impact.

A l’origine, on sait que Mc Tiernan voulait conclure le dernier assaut comme « Zoulou » de Cy Endfield (à partir de 1:23:00 sur l’intégrale vous trouverez le combat final du « 13e Guerrier », si vous souhaitez comparer les deux) : les guerriers, cernés par les Wendols, s’attendent à ce que leurs adversaires plus nombreux viennent leur porter le coup de grâce. Mais au lieu de charger, ces derniers se mettent à scander. Herger aurait alors un peu pété les plombs : « Mais ils font quoi ces cons ! Qu’ils viennent nous achever ! » (vous avez vu comme je serais une super dialoguiste ?) et Ibn aurait répondu : « Ils ne vont pas nous achever. Ils nous saluent. »

Suite à quoi, les Wendols se seraient retirés dans la brume, une scène qui apparaît d’ailleurs dans le film, à la fin de ce combat.

Mais je ne sais quel génie à la production a trouvé que cette fin craignait suffisamment pour la remplacer par un duel entre Buliwyf et le chef des Wendols.
Sauf que le chef des Wendols n’existe pas.
Le livret du BluRay nous apprend que pour bricoler ce personnage à la va vite, en post-production, on a rajouté des cornes au couvre-chef d’un personnage qui se détache du reste de la troupe dans les scènes du serpent de feu, lorsqu’Ibn va récupérer la petite fille (à 52:40 dans l’intégrale). Seulement, lors des projections test, personne n’y pane rien et pour cause : lorsque le chef surgit toutes cornes dehors pendant l’assaut final et se frite Buliwyf, on se demande un peu d’où sort ce type avec des cornes.

La production choisit donc de tourner quelques plans complémentaires pour rendre plus présent ce nouveau personnage à l’écran.
Et c’est là que le festival du WTF commence.
Parce qu’il aurait largement suffit de ne présenter ce personnage que pendant les scènes de bataille, dont celle de l’attaque du serpent de feu, mais non, la production trouve BEAUCOUP PLUS intelligent de lui donner des scènes « kikoo ».

Ainsi, on a droit à deux plans aberrants dans la scène de la ferme de la forêt. Tandis que les guerriers rejouent « Les Experts du Fjord » autour de la maison, on peut voir, soudain, sous un éclairage même pas raccord avec celui du reste de la scène, un Wendol qui se glisse de derrière un tronc pour regarder la scène => ridicule absolu (à 29:36 pour la lolz).
Ce qui ne le tue, pas, vous noterez, deux minutes plus loin, notre gentil Wendol fera le même mouvement en sens inverse pour se replanquer derrière son tronc (et à 30:41 pour relolz encore un peu).


« POURQUOI ???« 

Et, pour décupler l’effet KissCool, alors que tout le monde attend sagement l’assaut des Wendols, devinez qui vient jeter un regard meurtrier au grand hall de derrière un arbre ? Jean-Crom, le chef des Wendols ! D’ailleurs, au cas où le spectateur un peu con n’aurait pas pigé que le mec fait partie de la même bande que ceux qui ont massacré les gens dans la ferme, on montre bien, à sa ceinture, son amulette de la Mère : CAY VRAI ON SAY JAMAY (à 32:14, Jean-Crom nous refait le coup du « hophophop, je me glisse d’un bord du cadre, tel le Benny Hill de Norvège ») .

Des plans aussi stupides et hideux, franchement, je m’en serais bien passée. Mais attendez, toujours plus loin dans l’horreur, les reshoots avec Jean-Crom sont également intégrés au récit de façon totalement bullshitisante !

Car en effet, la production décide en cours de route que finalement, le personnage important, c’est Ibn, vu qu’il est un peu joué par Antonio Banderas, acteur bankable du moment et seule star de la distribution.
Donc le montage est largement conçu par Crichton pour donner à Ibn un rôle central. Et ce, jusqu’à l’aberration.

Reprenons la scène finale de l’assaut du serpent de feu (nous la ferons débuter à 57:35 sur l’intégrale, à savoir au moment de la mort « Boromir » d’Halga). Buliwyf et Ibn se rejoignent devant le grand hall avec des pieux destinés à stopper la charge des cavaliers wendols («-What do I do with that ? », «-Put your foot on it, and stand ! »). Soudain, surgit Jean-Crom à 58:55, et vous noterez au passage, les belles cornes numériques sur sa peau d’ours) , on se frite un peu, bon, normal, puis la retraite est sonnée.


Oui, ben c’est pas facile de trouver des images de ce film, je prends ce que je trouve, y compris avec du texte…

Et là, tu hallucines. Parce que Jean-Crom est tout de même un personnage créé uniquement pour doter Buliwyf d’un antagoniste pour son grand final. Donc, dans cette scène, il s’agit de la rencontre entre les deux ennemis qui se découvrent pour la première fois.
Tout semble donc concourir pour que, dans ce passage, à un moment, les deux se jaugent du regard et se défient.

Et bien figurez-vous qu’à mon avis, la scène a, au départ, bien été ainsi conçue. On voit très clairement Jean-Crom toiser quelqu’un (vers 58:57, donc), et Buliwyf faire de même (à 59:02).
Mais grâce à la magie du montage, regardez, c’est prodigieux, on jurerait que celui que Jean-Crom regarde, c’est Ibn ! (qu’il a dû remarquer alors qu’il tabassait un cadavre avec le plat de son épée, à 58:48. Remarquez, il a peut-être trouvé ça tellement idiot qu’il en est resté pantois, notre Jean-Crom) :
Plan sur le visage du chef qui regarde quelque chose en bas => plan sur Ibn qui le regarde => => plan sur Jean-Crom qui fait « tssssshhhhhiiiii !!!!! » (je sur interprète, il reste silencieux) plan sur Buliwyf qui regarde quelque chose d’un air pas super engageant avant de faire coucou avec son épée.
Montée de cette façon, il ne fait aucun doute que la scène est destinée à faire croire au spectateur que le chef des Wendols est trop subjugué par le l33t sk1ll d’Ibn au combat (ou au fait qu’il n’affronte que des cadavres, j’en sais rien).
Ça va même jusqu’à placer le geste de défi de Buliwyf, levant son épée, après que Jean-Crom ait tourné les talons, genre Buliwyf, il est même pas cap de lui dire en face ce qu’il pense de lui…

Mais on n’est plus à ça près les gens, oooooh non. Car histoire de mettre encore un peu de Jean-Crom dans l’histoire, la production a été jusqu’à rajouter un dialogue un peu plus tard qui n’a sans doute jamais été prononcé pendant le tournage !
Rregardez bien la scène de la sorcière (de 1:03:13 à 1:05:31) et la fin du dialogue entre elle et Buliwyf (que je vous retranscris en un français approximativement traduit, car je suis généreuse):
BULIWYF : Où dois-je chercher ?
SORCIERE : Elle est la terre, cherche là dans la terre.
Buliwyf s’en va.
SORCIERE : Et Buliwyf, méfie-toi du chef de leurs guerriers. Il porte les cornes du pouvoir. Lui aussi, tu dois le tuer.

En regardant cette scène, tout en sachant que cette intrigue n’existait pas à l’origine, j’ai comme un doute sur ce que dit vraiment l’actrice qui joue la sorcière lorsqu’elle donne cette dernière réplique. Regardez bien, la façon dont elle tient l’idole devant sa bouche et tentez de voir un mouvement derrière cette main. Vu que l’idole masque totalement la bouche de la sorcière, impossible de savoir si elle dit « Méfie toi du mec avec les cornes« , ou « Vous devriez rester manger, j’ai fait des frites. » (à partir de 1:05:23).
Encore en élément sans doute ajouté en post production pour créer le personnage de Jean-Crom.
Quant à Buliwyf qui se retourne, il vient forcément du tournage principal et n’a sans doute rien à voir avec notre chef des guerriers wendols, peut-être même s’intègre-t-il dans un autre dialogue, où la vieille femme prophétise sa mort (ou alors, il s’est laissé convaincre par les frites). Quoi qu’il en soit, il est impossible que cet aparté concerne Jean-Crom, puisqu’à ce moment du tournage, le personne n’existe tout simplement pas.

Le banquet.

Une analyse de la scène du banquet funéraire au début du film avait d’ailleurs abouti à découvrir un effet similaire, de dialogue ajouté en post production pour suggérer quelque chose qui n’était à l’origine pas à l’écran (la scène en question débute à 3:27). Une scène qui m’avait toujours un peu dérangée, sans que je comprenne pourquoi, jusqu’au très bon travail de reconstitution trouvé sur conancompletist/eatersofthedead, qui me révéla que la scène en question ne ressemble à rien parce que pleine de reshoots et de répliques ajoutées en post-production, jugez plutôt.
Quand Ibn et Melchisidek entrent dans la tente du banquet, on leur présente Buliwyf. Or, dans le montage de Mc T, il y a fort à parier que comme dans le livre, à cet instant précis du récit, Buliwyf n’est qu’un prétendant au trône. Son challenger apparaît même brièvement dans le premier plan sur ce bout de table. Les deux hommes encadrent le trône vide.
Ensuite, on reverra cet homme sur le drakkar où va être brûlé le roi, juste à côté de Buliwyf. Ce personnage, nommé Thorken, est absent du montage final mais bien présent dans le livre. Lui et le grand blond se disputent le pouvoir et leur conflit s’arrête lorsque Buliwyf choisit de répondre à l’appel de Hrothgar, abandonnant le trône à Thorken.

Notez dans ce passage, à partir de 4:54, quand Buliwyf demande qui sont ces étrangers : son chien dans son dos, et un homme en noir à sa droite. Thorken est visible, mais c’est très très fugace dans ce plan, j’aime autant vous prévenir.

Pour simplifier le début du film, Crichton va faire disparaître ce pauvre Thorken de la façon suivante : il fait retourner les plans montrant Buliwyf en bout de table. On remarque dans le film le raccord grossier, puisque si Vladimir Kulich est habillé de la même façon, non seulement son voisin de droite (Helfdane, un des futurs membres du groupe, bien visible à 5:05) a été remplacé par un figurant habillé en blanc (alors que le personnage d’origine était tout en noir => bien joué, Calaghan), mais que son chien, assis derrière lui, a disparu, tout comme Thorken à l’autre bout de la table.

Hors champ, nous entendons alors la voix d’Omar Sharriff effectuant la traduction suivante : « Il te présente à Buliwyf, l’un des héritiers du roi » (ou quelque chose dans ce style, en tout cas, il ne parle pas de prétendant). Ainsi, en ajoutant une réplique qui n’existait pas dans le premier montage, ni même dans le script, on peut changer totalement le sens de cette première scène, matinée d’une petite exécution gratuite, où Buliwyf déboîte un mec qui a eu le malheur de lui renverser ses anchois (à 5:30). D’ailleurs, outre le fait que les figurants aient totalement changé, on peut aussi remarqué que Vladimir Kulich a une attitude très différente d’un plan à l’autre : avachi et légèrement éméché dans la première version (où il est un prétendant en train de rendre hommage au roi défunt), droit et parfaitement sobre dans la seconde (où il est censé être un roi, à 5:21, regardez, c’est presque magique comme ce mec dessaoule vite).
Après la tentative d’assassinat bien foireuse qu’on ne comprend pas trop ce qu’elle vient faire là, la voix off de Banderas explique que « maintenant qu’ils avaient un nouveau roi, ils pouvaient enterrer l’ancien », et hop, le tour est joué. En deux répliques hors champ et quelques reshoots un an après le tournage principal, on peut raconter une histoire complètement différente. On doit déduire très rapidement de cette scène que Buliwyf vient d’exécuter un prétendant au trône, ou un truc du style. Sauf que c’est suffisamment mal foutu pour sembler à la limite du cohérent. Surtout quand on voit ce même Buliwyf à la fin se faire promettre des funérailles de roi par Hrothgar, comme s’il s’agissait d’une concession eut égard à ses faits d’armes (ce qui d’ailleurs, est le cas).

Pour achever l’enfoncement du clou, il faut aussi signaler un autre reshoot. Après leur évasion de la caverne des Wendols, les guerriers ramènent Buliwyf mourrant au grand hall de Hrothgar.
Une scène juste avant la bataille montre Ibn sortant rejoindre Herger et Olga sur les marches (1:22:30). Dans la version actuelle, les deux hommes discutent du retour des Wendols, qui viendront, selon Herger, venger leur mère. « Ils n’arrêteront pas tant que leur chef ne sera pas mort ».
Et bien ce dialogue est un reshoot, venant remplacer une discussion d’une toute autre teneur au sujet de chien de Buliwyf, les deux hommes se demandant s’il faudrait le tuer pour le faire voyager avec son maître dans l’autre monde.
Une fois encore, la profondeur du récit est sacrifiée au profit d’un élément sans grande importance puisque l’on préfère mettre en avant le personnage bricolé de toute pièce plutôt que de parler de croyances. Il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir comme Ibn réagit aux funérailles royales après avoir été si choqué par les premières auxquelles il avait assisté… Une omission d’autant plus inutile que la première scène de funérailles est de toute évidence destinée à préparer la dernière. A laquelle nous n’assisterons pas, même pas par le biais d’un petit plan. Tout juste peut-on voir le corps de Buliwyf porté par ses compagnons avant qu’un fondu sur le visage d’Ibn, issu de la scène précédente (et diffusé à l’envers), ne nous mène abruptement à la conclusion, où tout le monde semble super content. Ou comment casser un des plus beau climax du film…

Un exemple parmi tant d’autres de l’imbroglio qu’est devenu « Le 13e Guerrier » pendant sa longue et chaotique production.
Et qui se sent particulièrement dans le nombre assez conséquent de personnages sacrifiés au montage par Michael Crichton.

« Voyez ceci, je vois des scènes qui ont disparu du film… »

A force de remontage, de réécritures et de changements de fusil d’épaule, « Le 13e Guerrier » est devenu un sacré bazar. J’ai tendance à oublier un peu trop facilement le nombre de pistes abandonnées qui ont largement contribué à la mauvaise réputation du film. Comme quoi, le montage, hein…

Wulfgar, l’enfant de la brume.

Au lendemain de sa rencontre avec les Vikings, Ibn découvre qu’un nouveau bateau a accosté, avec à sa proue un enfant immobile (première apparition à 7:20 et entrée en scène à 8:58).

Ce charmant blondinet est un messager, le prince Wulfgar, fils du roi Hrothgar, venu quérir l’aide de Buliwyf contre les Wendols.
Alors qu’on s’attendrait tout de même un peu à voir les 13 guerriers prendre le chemin du nord avec le petit, histoire de le ramener fissa chez son paternel, Wulfgar disparait purement et simplement du film à l’instant où Buliwyf lui offre son assistance.

Super.

Rien ne me dit dans le film que Wulfgar choisit de rentrer par bateau. Ce qui pourrait être logique, considérant que Hrothgar ait pu demander à son plus jeune fils de rester à l’écart tant que le problème wendol n’est pas réglé.

Il ne s’agit là que du premier accroc du film. Et ce n’est rien du tout.

Wigliff, le prince vaporeux.

Adaptation de « Beowulf » qui s’assume, « Le Treizième Guerrier » met en scène l’opposition de deux factions au sein du royaume de Hrothgar. D’un côté, celle de Buliwyf, le guerrier de renom et sa troupe bigarrée venue d’on ne sait où, de l’autre, les partisans de Wigliff, l’héritier de Hrothgar, sans doute un rien vexé dans sa virilité de ne pas être capable de venir lui-même à bout des Wendols.

Wigliff apparait pour la première fois dans la scène du repas précédent la première attaque des Wendols (la scène de catfight à 32:35). Il y raille Buliwyf qui le renvoie illico dans ses 22. Ensuite, Olga avertit Ibn que le prince veut se débarrasser du grand blond et qu’il ferait bien de se méfier (à 43:25).

Dans « Beowulf », Wiglaff est un jeune guerrier qui apparait dans la dernière partie du poème, le seul à demeurer aux côtés de son roi lors du combat contre le dragon.
On ne notera aucun lien immédiat entre ce Wiglaff et notre Wigliff, s’inspirant davantage d’Unferth, qui provoque Beowulf dès leur première rencontre en le mettant face à sa stupidité (car Beowulf, contrairement à Buliwyf, qui est une vraie Mary-Sue suédoise, est vraiment un grand couillon). Après son combat épique contre Grendel, Unferth fait amende honorable en remettant à Beowulf son épée Hrunting.

N’ayant pas trouvé le moindre indice, je ne peux dans le film que constater qu’après le duel d’Herger contre Angus, Wigliff disparait, comme son petit frère, donc, purement et simplement du récit. Hop, comme ça, un geste de cape rageux et adieu le prince (précisément là, à 48:33).

Est-il mort pendant l’assaut des Wendols ?

Non, Crichton l’a purement et simplement évacué de son montage.

La raison de cette éviction n’est pas très glorieuse, enfin à mon avis. Wigliff n’est intéressant que pour son opposition à Buliwyf. Or, dans une interview, Vladimir Kulich dit très clairement que le montage de Crichton s’est acharné à faire passer au maximum les Vikings au second plan, en particulier Buliwyf (le héros, c’est con, hein ?) et Herger, afin de favoriser Ibn et la star du film, à savoir Antonio Banderas.

Banderas, dont le personnage était d’ailleurs censé tuer Wigliff lors des funérailles de Buliwyf, après que le prince ait exprimé publiquement son soulagement face à la mort du héros. La scène, tournée par Mc Tiernan, n’a pas été gardée, y compris dans le director’s cut, jugée par la production trop éloignée de la personnalité d’Ibn telle que décrite dans le film. Un point de vue que je rejoins dans l’ensemble.

Fun fact, ou coup de destin, je ne sais pas, c’est en tournant cette scène qu’Antonio Banderas s’est sévèrement démonté le dos, trainant le cadavre du prince jusqu’au bûcher de Buliwyf. La suite du tournage sera pour l’acteur un long calvaire.

Hrothgar, tel père, tels fils.

Dans la famille « I’m a shadow, I’m a ghost ! » je demande le père, le roi Hrothgar qui s’évanouit brutalement après la dernière scène de banquet. On l’y voit promettre des funérailles royales à Buliwyf alors mourant (1:21:45).
Mais après le dernier assaut des Wendols, Hrothgar n’existe plus. Même pas dans la courte dernière scène de la reine et d’Olga, où la première demande à la seconde de tuer les enfants si jamais les Wendols l’emportaient.

Même lors des funérailles de son sauveur, le roi est étrangement aux abonnés absents. Et ce, sans raison aucune, puisqu’il était censé être reclus au sous-sol durant toute la bataille, à l’abri.

L’explication la plus plausible reste encore la volonté de Crichton de faire de Buliwyf cette armoire normande qui passe de temps en temps dans le champ pour mettre des coups de latte au chainon manquant. Une idée bien idiote, mais qui le pousse visiblement à aller jusqu’à abréger la scène des funérailles, alors même qu’elle avait été préparée dans la première partie du film.

Weilew, la reine-vitrière.

La mieux lotie de toute la smala reste peut-être la reine Weilew. Bon, il faut le dire vite, surtout quand tu castes Diane Venora pour le rôle et que tu ne gardes que trois scènes utilitaires.
Dans une interview, Diane Venora affirme que sa performance a été réduite à la portion congrue, alors qu’elle avait pourtant de très belles scènes.

Ah ben tu parles, Charles, quand tu vois les coups d’œil que la reine et Buliwyf se balancent, tu te dis que tout un arc est sans doute passé à la trappe. Et une fois encore, la confirmation vient de la part de Vladimir Kulich (qui en a gros, mais qui est TRES généreux en infos), qui sur sa chaine Youtube répond ceci à un internaute se posant justement la question « Alors quoi ? On a tous rêvé ou bien ? » :
« Not a stupid question at all. In the original cut of the film there was a romantic relationship between me and the Queen. The studio felt that Antonio should be the romantic figure and mine should be the warrior figure so our romance was removed. But you can still see traces of the relationship in the final cut. Nice of you to notice. »

Pour les étanches à l’anglois : « cette question n’est pas stupide. Dans le montage original (oui, il l’a vu, le salaud, ndld) il y avait une relation romantique entre moi et la reine. Le studio pensait qu’Antonio devait être la figure romantique et que je devais être la figure du guerrier alors notre romance a été enlevée. Mais vous pouvez toujours en voir des bribes dans le montage final. C’est gentil à vous de l’avoir remarqué.»

Paf, voilà comment on se voit confirmer l’éviction pure et simple de toute une sous-intrigue. Ahah, c’est tellement génial…

Toujours au sujet de Diane Venora et de son personnage, le trailer de 1999, destiné à promouvoir la version de Crichton qui sortirait en salle, est en faite intégralement composée de plans issus du montage de Mc Tiernan. Entre autres choses, on peut y apercevoir le visage de la reine Weilew, à genoux sous la pluie (1.31). Là, comme ça, j’aurais tendance à croire qu’il s’agit d’un plan issu du dernier assaut des Wendols : la pluie, la coiffure de la reine, sa robe, silimaires à celles du plan où elle confie les poignards à Olga. Le plan est malheureusement trop fugace pour espérer y comprendre quoi que se soit…

Buliwyf, le personnage princip… aha, mais non, je suis sotte.

Quiconque a mis son nez dans les dossiers les plus sombres du « 13e Guerrier » connait l’existence de la scène dite du cheval en bois.
And now, ladies and gentlemen, la scène que vous ne verrez jamais, à intégrer entre le duel aux trois boucliers, et la séquence où Ibn amène son goûter à Edgtho (quelque part vers 49:24, donc):

« Before the second battle, Ibn is nervous and apprehensive. He sees
Buliwyf sitting on a hill top, carving a horse. The scene is played out towards sunset and the screen is radiating a sunset gold.
IBN: You are good at that.
BULIWYF: I was apprenticed to the man who built the walls to my father’s hall.
IBN: Where is this hall?
BULIWYF: It was burned.
Ibn bows his head, unsure of his next words.
IBN: I am sorry.
Buliwyf looks up from his carving, with a hint of a smile he hands the carved horse to Ibn and walks away.
BULIWYF: It’s a small matter.« 

En bon français républicain :
Avant la deuxième bataille (comprendre le premier assaut des Wendols, la fameuse scène du serpent de feu), Ibn est nerveux et plein d’appréhension. Il voit Buliwyf assis en haut d’une colline, sculptant un cheval. La scène a lieu au coucher du soleil et l’écran est irradié de la lumière d’or du couchant (je tuerais pour voir ce plan).
IBN : Tu es doué.
BULIWYF : J’étais l’apprenti de l’homme qui a construit les murs du hall de mon père.
IBN : Où est ce hall ?
BULIWYF : Il a brûlé.
Ibn baisse la tête, incertain quant à ses prochains mots.
IBN : Je suis désolé.
Buliwyf regarde sa sculpture, avec l’ombre d’un sourire il tend le petit cheval à Ibn et s’en va.
BULIWYF : Ce n’est pas important.« 

Quand tu découvres que cette scène existe dans le montage de Mc Tiernan, tu hurles. Tu hurles aussi quand tu apprends, mais là, malheureusement, je n’ai pas trouvé de confirmation et de transcriptions de ces scènes, qu’Herger lui aussi a fait l’objet de coupes sauvages (Herger dont une réplique, dans la bataille finale, fait écho à ce dialogue : WEATH : « I wish we had Buliwyf with us« , HERGER : « It’s a small matter.« , à 1:24:06).

J’ai déjà fait allusion au plan fugace dans la bande annonce montrant la reine à genoux sous la pluie, vraisemblablement lors du dernier assaut. Ce plan est forcément extrait du montage de Mc Tiernan puisque cette bande annonce ne contient que des plans issus de cette version. Elle aussi a donc perdu en route un arc, peut-être tout simplement celui avec Buliwyf.

Et sinon, le film ?

“In 1999 I left Michael (Crichton) a voice message about the film.  » Will there be a premiere or a funeral? » His reply… « Do you have a black suit? »

Oui, c’est bien beau de venir pigner sur le montage qu’il est pas bien, sur Banderas qui est trop présent, sur les reshoots qu’on veut plus les voir, tout ça, mais sinon, ce film, il se porte comment ? Pourquoi je pense qu’il ne mérite pas son surnom de « pire film de tous les temps » ?

Malgré les efforts colossaux déployés par la production pour faire du « Treizième Guerrier » un film d’aventure qui sent bon le pop corn, le travail sans concession de Mc Tiernan lui confère un caractère organique très puissant qui entre d’ailleurs en contradiction avec le ton qu’impose le nouveau montage.
Dans ce film, on ne voit pas des mecs qui se promènent en Scandinavie (ou en Colombie Britannique). On sent la boue qui colle à leurs bottes. On souffre les coups. On se laisse réchauffer par le soleil.

Mc Tiernan pousse extrêmement loin son souci de réalisme, tournant tout en décor et lumière naturel, poussant le spectateur dans des retranchements rarement atteints. En présentant cette version pseudo-historique de « Beowulf », Mc Tiernan s’attache à restituer un sentiment puissant de réel, jusqu’à sacrifier ce qui aurait dû constituer les climax du film, comme la scène de la mère des Wendols.
Dans cette optique résolument anti-fantastique, la production et Crichton ont eu parfaitement raison de refuser au réalisateur de faire des Wendols de vrais monstres. Ils ont en revanche eu tort de conclure le film par un duel. La fin voulue par Mc Tiernan, même si nous ne la verrons jamais, entre davantage encore en résonance avec cette volonté impérieuse du réalisateur de montrer avant toute chose des hommes et pas des héros.
Car c’est Ibn et ceux qui auront survécu au massacre qui feront de Buliwyf Beowulf, de la colonne des cavaliers un dragon de feu, et de la mère des Wendols une créature des eaux. Or cette histoire-là n’appartient pas au film.
Appuyant ce sentiment de réalisme, la caméra de Mc Tiernan, extrêmement mobile, pose, dès 1997, un style encore aujourd’hui fréquemment employé et dont l’avatar le plus démoniaque qui soit est la shaky cam.
Mais ici, pas de mouvements épileptiques et nauséeux, juste une souplesse, une rapidité, parfois presque une frénésie lorsqu’il s’agit de capter l’action. Ainsi « Le 13e Guerrier » ne contient aucun plan emphatique, aucun panorama destiné à sublimer le décor dans lequel évoluent les personnages (ce qui n’interdit pas que des scènes comme celle de la forêt soient absolument magnifiques).
Avec ses caméras au poing, Mc Tiernan capte tout, raconte tout, dans les gestes, les regards, les détails qu’il souligne d’un simple plan (un autre réalisateur aurait par exemple inclus un dialogue pour expliquer à Ibn et au spectateur le principe d’un duel à trois boucliers). Par certains aspects, on est dans ce film souvent à deux doigts de l’économie de dialogue du « Conan » de John Milius, encore que les deux styles visuels soient diamétralement opposés (deux films très intéressants à comparer d’ailleurs).

Toujours avec ce souci absolu de réalisme, cette abnégation à ne jamais se détourner de l’aspect humain de son récit, Mc Tiernan utilise avec une grande intelligence le personnage d’Ibn pour être notre point d’entrée. Même si la version finale du personnage est sensiblement éloignée de ce qu’il aurait souhaité, le narrateur supporte le sentiment de décalage que ressent le spectateur face à ce film étrange. Dès le début du film, les yeux d’Ibn deviennent les nôtres, jusqu’à cet instant troublant de l’appel de l’aventure (qu’il rejette, du reste, dans une scène coupée au montage où il supplie Melchisidek d’expliquer aux vikings qu’il n’est pas un guerrier, alors que ceux-ci veulent l’emmener de force. Le vieil homme lui répond alors vertement que bon, oui, il n’est qu’une tanche, mais il est surtout ambassadeur, et puis il n’a pas le choix sinon c’est la main de Buliwyf dans sa gueule et qu’il y a de fortes chances pour qu’il ne s’en relève jamais, donc). Alors que l’Ange de la Mort appelle les 13 guerriers, Melchisidek ne regarde plus Ibn, mais le spectateur (la scène commence à 9:15). Ainsi, nous nous retrouvons embarqués, par le truchement de l’Arabe, dans cette aventure.

Ibn, l’homme cultivé, l’étranger, est aussi celui qui révèle aux Vikings la nature de la menace qu’ils affrontent. Parce qu’il reste toujours en décalage, il peut voir ce que ses compagnons ne peuvent envisager, parce que dans le carcan de leurs croyances. Il est donc le seul à pouvoir révéler que les Wendols sont des hommes, que le serpent de feu est une colonne de cavaliers, que leur mère se trouve, comme une ourse, dans une caverne.
Mais le film, loin de présenter les vertus de la civilisation sur de gros arriérés scandinaves, oppose également Ibn aux Vikings dans un jeu similaire, dont la parfaite illustration est la scène après la première bataille où Herger lui offre de l’alcool. Ibn, piégé par ses croyances, refuse, expliquant qu’il ne peut boire ce qui est issu de la fermentation du blé ou du raisin. Herger éclate alors de rire, lui collant la corne à boire entre les mains : « C’est fait avec du miel ! » ( 1:00:16).

Loin de présenter une vision idéalisée d’un choc des cultures qui se solderaient par un échange ou une symbiose, « Le Treizième Guerrier » soutient jusqu’au bout sa vision en ne faisant jamais d’Ibn un Viking en devenir, pas plus que les Vikings ne seront transformés par sa rencontre. Ce que l’on verra ici tient davantage d’un apprivoisement réciproque, incarné par la relation pleine de respect mutuel qu’entretiennent Buliwyf et Ibn, le duo au centre du métrage quand bien même ils sont rarement ensemble à l’écran.
Le premier, fasciné par l’écrit et son pouvoir, est impressionné par la faculté d’adaptation de l’Arabe et par son esprit vif (car étranger, donc plus à même de percevoir la réalité des choses). Quant à Ibn, ses yeux traquent constamment le visage du chef viking, y cherchant son propre courage (la scène où ils se tiennent côte à côte avec les pieux, attendant une charge wendol montre Ibn regardant constamment Buliwyf comme s’il cherchait dans la détermination du viking la force de tenir sa position).

L’épilogue absent de Buliwyf, qui a totalement disparu du montage final, alors même que la scène des funérailles au début du film ne faisait que l’annoncer, s’avère la plus grosse erreur du montage de Crichton, qui dépouille le film d’un deuil nécessaire, laissant le spectateur interdit devant une demie seconde accordée au visage d’Ibn, les yeux fixés sur le bûcher hors champs.
Dans le montage original, il semblerait que la dernière scène montrait Ibn devenu à son tour chef de guerre, donnant des ordres à deux généraux arabes. Ce point final à son parcours s’avérait non seulement plus satisfaisant mais aussi bien plus émouvant. Car cet homme timoré et geignard n’aura pu se hisser au commandement que par son contact avec Buliwyf, et d’admiration qu’il lui inspire.
Un détail final venant une fois de plus insister sur l’idée que le véritable sujet du film est l’être humain.

Un être humain ici confronté à sa peur la plus basique, celle de la mort. Une peur que les Vikings pensent avoir apprivoisée, mais qui ne les quitte jamais. Il suffit de voir la tristesse d’Herger annonçant à Ibn le nom des morts après le premier assaut, les cris paniqués des guerriers lorsque l’inébranlable Buliwyf s’écroule dans la caverne, et la réplique d’Ibn à son sujet : « Il s’agrippe à son épée comme s’il avait peur de ne plus se réveiller », pour ressentir pleinement cette angoisse primaire.
Une peur, qui se cristallise dans la toute dernière bataille autour de la double prière, celle d’Ibn tout d’abord, qu’écoute Herger, puis celle qui tous reprendront en chœur, face à la promesse de leur mort imminente, seul instant du film où tous se retrouvent unis dans une croyance commune : l’inéluctabilité de leur mort. Une petite scène qui fait instantanément éclater dans toute sa splendeur l’enjeu du film.
Sous la pluie, les pieds dans la boue, ce dernier combat synthétise tout ce qu’aurait dû être le film, quand bien même la conclusion de cet affrontement n’est pas celui que Mc Tiernan aurait souhaité.
Le réalisateur n’a jamais caché que sa première source d’inspiration pour le « Treizième Guerrier » est « Les Sept Samouraïs » de Kurosawa. On trouve en effet dès le livre de Crichton des enjeux similaires : une poignée de guerriers appelé à défendre jusqu’à la mort s’il le faut de parfaits inconnus. Et comme le fait Kurosawa, Mc Tiernan restreint ces enjeux à ce seul problème : pourquoi se battre et pourquoi mourir. Au-delà d’une défense acharnée et héroïque d’un bout de terre, les deux réalisateurs empruntent ce même chemin menant à l’humain, évacuant toute dimension épique pour mieux y revenir, produisant deux survivals jusque boutistes dont l’esprit a été somptueusement résumé dans « Le Territoire des Loups » cette année : « vivre et mourir en ce jour ».

Il est amusant de constater que « Le 13e Guerrier » et « Les 7 Samourais » entretiennent bons nombres de points communs les rapprochant au-delà de la volonté de Mc Tiernan de s’inspirer du film japonais : une équipe de guerriers aux personnalités aussi fortes que variées se regroupe autour d’un chef charismatique pour défendre une communauté d’étrangers menacée par un ennemi. Fortification du village, relations tendues avec ses habitants, sacrifice ultime au nom de la voie du guerrier (parce que tu peux te la péter tant que tu veux avec ton katana et tes éventails, petit samourai, le dernier combat contre les Wendols, c’est un concentré brut de bushido), combat sous la pluie et dans la boue, amour interdit (et je parle pas d’Ibn et Olga, pour le coup)…
A partir de là, Mc Tiernan n’avait plus qu’à laisser parler son talent pour rendre un hommage aussi discret que vibrant au film de Kurosawa. En réinvestissant son talent pour dresser une cartographie en 3D grâce à quelques plans habiles, un savoir-faire qu’il a largement exploité dans « Piège de Cristal », Mc Tiernan procède de la même façon que Kurosawa dans la scène du repérage des points stratégiques du village (on note d’ailleurs que le village du « 13e Guerrier » a une situation inverse de celle du village dans « Les 7 Samourais », sur une colline au lieu d’un fond de vallée), lorsqu’il utilise des plans larges dans la scène d’arrivée des guerriers puis dans celle au sortir de la forêt.

Mc T est sans doute plus efficace que Kurosawa parce que plus concis. Là où le réalisateur japonais se perd parfois en dialogues sur explicatifs, comme s’il craignait que l’image ne suffise pas, Mc Tiernan se contente souvent de laisser parler le film tout seul. Pour le meilleur et pour le pire, compte tenu des aléas d’une production qui ne permet pas au final de rendre justice au travail entamé par le réalisateur. Sa concision lui jouera ainsi des tours dans le montage final.

Quant aux scènes de charges à cheval par les Wendols, elles peuvent évoquer celles de « Kagemusha » ou « Ran », mais bon, il est quasiment devenu impossible aujourd’hui de filmer ce genre de scène sans invoquer l’esprit de Kurosawa, comme s’il avait inventé la charge de cavalerie… J’avoue être plus réservée sur cette comparaison.

En revanche, dans la façon dont Mc Tiernan met en scène les combats, dans son parti-pris de coller à un réalisme crade, dans l’élaboration d’un climat de tension (même s’il a grandement pâti au montage final, on en perçoit toujours les intentions, sans pouvoir les ressentir), dans la caractérisation des personnages (même remarque que précédemment, en ajoutant le très lourd handicap d’avoir deux fois plus de personnages à gérer), impossible de ne pas ressentir la filiation, quand bien même le langage s’avère radicalement différent. La caméra mobile suivant pas à pas les personnages remplace les plans fixes aux cadres composés au cordeau (attention, je dis pas que les cadres du « 13e Guerrier » sont nuls, mais clairement, ce n’est pas du tout la même façon de procéder : Kurosawa n’avait pas à sa disposition un matériel aussi léger que Mc T quelques dizaines d’années plus tard. Et Mc Tiernan réemploie dans « Le 13e Guerrier » les codes mis en place dans « Une Journée en Enfer », qui a largement contribué à briser les codes du cinéma d’action classique).
Pourtant, l’intention reste la même : livrer un film d’action confrontant l’humain à ses peurs les plus primaires. Et je le dis d’autant plus volontiers que j’en ai vu, des esthètes occupés à se branler la nouille sur l’aspect profondément sôciâl des « 7 Samourais », jusqu’à réduire le film à cette dimension. Mébiensur.


Samourai défait lors de sa lutte contre la critique marxiste à la française.

Mc T est un immense réalisateur qui sur « Le 13e Guerrier » aura fait montre de sa capacité à dépasser une matière potentiellement atrocement casse gueule, à savoir la relecture d’un poème épique archi-connu dont les climax sont désamorcés par la nature même du parti pris de Crichton, le réalisme.
Un réalisme que Mc T va empoigner, et ne plus jamais lâcher, rejetant ostensiblement les ressorts de l’intrigue pour les moteurs qu’ils sont, privilégiant avec beaucoup de finesse le parcours des hommes, osant faire passer une épique bataille finale pour la conclusion apaisée d’une prière collective infiniment plus grisante et plus bouleversante.
Dans « Eaters of the Dead », Mc Tiernan aurait renversé les faiblesses de sa matière de départ pour livrer une œuvre introspective, métaphysique, de la trempe du « Territoire des Loups » de Joe Carnahan, sorti au début de cette année (Carnahan qui a d’ailleurs eut le bon goût d’embaucher Vladimir Kulich dans « Mise à Prix »).
Dans « Le 13e Guerrier », il nous livre un conte âpre, malade, mais magnifique.

Tout est dans le titre.

Faisons les choses dans l’ordre, voulez-vous, et revenons à la genèse du « Treizième Guerrier », comprenez, revenons au titre original du livre de Michael Crichton : « Eaters of the Dead ».

Puisque l’un des arguments premier de la production pour modifier le titre du film en « The 13th Warrior » était le caractère pas très vendeur de « Eaters of the Dead », j’ai essayé de trouver des chiffres sur les ventes du livre de Crichton sous ce titre. Sans succès. Publié en 1976, sans doute trop vieux pour que des études aient été mises en ligne à son sujet, et puis aussi, bon, je sais sans doute pas chercher.
Peu importe, revenons au premier titre du film « Eaters of the Dead », comprendre « Les Mangeurs de Morts », soit un titre qui sent bon la barbarie et la série B sous les aisselles.

Mc Tiernan adorait ce titre. C’est son choix. Sans doute était-il d’ailleurs davantage justifié par son montage, mais force est de reconnaitre que le film sorti en salle ne colle plus du tout avec « Eaters of the Dead ».

Le hic est qu’à l’origine, Mc T, obligé par la production à tenir un classement PG 13, voulait retranscrire une violence implicite à l’écran, éviter les effusions de sang ou les plans super gores, afin de créer le malaise par la suggestion. Seulement, Touchstone et sans doute aussi Crichton se sont dit en cours de route que bon, au regard du sujet du film, ce dernier n’était pas assez violent. « Eaters of the Dead » s’enrichit alors de quelques plans bien gore comme ceux de la maison dans les bois (28:21). Si j’en crois une version assez ancienne du scénario que j’ai pu lire (grâce au site conancompletist) le massacre était en effet décrit par les Vikings, vu par Ibn, qui ressort de la maison pour vomir (comme dans le montage final, en fait, mais avec des scènes à l’intérieur en moins). Personnellement, sachant qu’il s’agit de reshoots, j’ai encore plus de mal avec ces plans, que je trouvais déjà un peu hors du ton de la scène (mais pas plus que le « kikoo, lolilol ! » du chef des Wendols => holy.crap. Pour le coup, je n’étais pas surprise d’apprendre qu’il s’agissait d’un reshoot).




Donc jusque-là, mise à part de la tripe gratuite, rien de bien méchant n’arrive encore à « Eaters of the Dead ». Sauf que, et là, tu regardes tranquille les bonus de ton BluRay et tu en tombes de ton canapé, tu finis par en arriver au moment où tout le monde se met à rétropédaler comme des fous.
Brutalement, Touchstone réalise que dans le film, il y a Antonio Banderas, qui est, avec Diane Venora et Omar Shariff, le seul acteur connu du grand public dans cette production. Auréolé du succès de « Masque de Zorro », Banderas est devenu über bankable et il devient donc très vite totalement INADMETTABLE que Mc Tiernan ne s’en serve pas à mort dans son film.

Bon, le truc c’est que son personnage Ibn, n’est que le narrateur. Mais bon, OSEF, qui ça intéresse la vie des Vikings franchement quand on peut faire faire des tas de tourbilol à Banderas avec une épée ?

Et puis bon, ton film qui devrait être grand public parce que Antonio, il est grand public, mon petit John, est bien trop gore pour attirer autre chose que des nerds avides de sang et de massacre en salle, tu vois ! => j’aurais été à la place de Mc Tiernan, à ce moment-là, je crois que j’aurais pu tuer des gens…

Du coup, Touchstone et Crichton décident de changer le titre afin d’attirer un max de monde en salle. Dans le fond, ce n’est pas une mauvaise idée. On dira ce que l’on voudra, mais le film qui a tout de même couté 100 millions de dollars à l’époque est censé au minimum se rembourser (l’histoire nous apprendra que malgré son calibrage grand public, le film ne rapportera que 62 millions de dollars dans le monde). Et franchement, je ne suis pas sûre que « Eaters of the Dead » était un excellent argument commercial. Encore que. Un titre pareil m’aurait malgré tout attirée en salle, mais si je prends mon exemple en 1999, ma mère, avec qui j’étais allé voir le film, n’aurait jamais voulu se déplacer pour « Les Mangeurs de Mort ». Et à l’époque, c’est elle qui avait la voiture, cqfd…

Pour appuyer tout ça, je peux en appeler à une interview de Banderas dans un talk show où le pauvre, tout fier d’annoncer le titre de son nouveau film, se voit renvoyer à la gueule un « mais c’est un film d’horreur ? » et se trouve incapable de décrire vraiment le projet…
Comme quoi, je pense que « Eaters of the Dead » aurait été un total OVNI. Capable d’une grande carrière sur les écrans, je n’en doute pas, mais que de part son sujet, et son style visuel extrêmement novateur pour l’époque, dans le fond, c’était surtout une grosse galère à marketer.


Mais revenons au moment où on passe de « Eaters of the Dead » au « 13th Warrior ». Dans les bonus, on peut entendre de la bouche de Vladimir Kulich (qui dit pourtant être devenu l’ami de Crichton) la phrase suivante (en substance) : « Il était en train d’arroser sa pelouse tout en discutant avec son voisin qui lui a dit : « Eaters of the Dead », c’est pas un bon titre, tu devrais en changer ». Il m’a dit alors que ce type avait raison et qu’il fallait changer le titre. » => j’aurais été Kulich, j’aurais pris le voisin pour taper sur Crichton avant d’enterrer les deux sous la fuckin’ pelouse.

Oui, mais changer le titre, c’est bien, mais en quoi ?
« Le 13e Guerrier », ça n’est, encore aujourd’hui, pas méga parlant. « Ben si, c’est Banderas le 13e !!!! Mais tu es stupide !!!!!! » => Oui, et surtout de mauvaise foi parce que je sais parfaitement pourquoi ce titre a été choisi, précisément à cause de Banderas, justement.
La volonté du studio de mettre la star et son personnage en avant le conduit tout droit vers ce choix, qui d’un point de vue marketing s’avère assez habile : le 13e guerrier, c’est Banderas, le seul acteur principal connu au casting, on va donc pouvoir le mettre sur l’affiche.


Et hop !

J’aime à croire que « Eaters of the Dead » aurait pu conserver l’affiche présentant le drakkar avec l’oeil de Banderas au-dessus. Même si, franchement, le titre et le visuel n’auraient rien eu à voir ensemble. On peut trouver aussi des affiches que je ne peux pas dater représentant un visuel plus graphique, avec en gros une tête de mort portant un casque à corne, cependant titrée « The 13th Warrior » => mix d’un pré plan marketing avec le nouveau titre ?


Tout est pourtant dans cette affiche, ou presque.

Puisque je suis chez moi et que je peux donner mon avis, je ne vais pas me gêner. « Eaters of the Dead » était un titre à l’image de ce que le montage de Mc T devait être : un truc qui a des *ouilles.
Cependant, il est vrai que d’un strict point de vue marketing, il est un peu rude.
Mais « Le 13e Guerrier », ce n’est pas extra non plus. J’ai pu lire que le fait de coller un chiffre sur l’affiche permettait de renvoyer inconsciemment le spectateur vers des films de groupe comme « Les 7 Samourais » (encore ici, vous ?), « Les 7 Mercenaires », « Les 12 Salopards », et autres joyeusetés.
Dans l’esprit, c’est loin d’être idiot.


La question restant : pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir titré « Les 13 Guerriers » ? Décidément, cette idée de vouloir mettre Banderas à tout prix en avant est une vraie idée de merde…
« Les 13 Guerriers » auraient même pu conserver l’affiche du drakkar, quitte à mettre le nom de Banderas en gros, histoire que l’on comprenne qu’il s’agissait de son oeil…

L’affaire de la bande-originale.

En reprenant la main sur le film, Crichton décide de confier la composition de la bande originale à son ami et partenaire de longue date, Jerry Goldsmith, dont la réputation dans le milieu n’est plus à faire.
Le hic, c’est qu’il y a déjà une bande originale pour le « Treizième Guerrier », celle de Graeme Revell.

Sans entrer dans des détails que je ne maitrise de toute façon pas du tout, je me contenterai de vous livrer mon sentiment sur ces deux scores puisque j’ai pu les écouter tous les deux.
Même que je vais vous faire la fleur de vous passer un petit lien comparatif bien sympa

Bon alors voilà, je préfère assez largement le travail de Goldsmith. Pas que le boulot de Revell soit honteux, mais la couleur qu’il donne me fait parfois l’effet d’un étrange décalage. Comme si on écoutait un hybride des BO de « Braveheart » et de « Conan le Barbare » pour un résultant jamais vraiment incarné.
Ceci dit, son boulot sur les percussions, les tonalités « tribales » (cherche tes mots ma grande, aller…), correspondent sans aucun doute à l’ambiance que Mc Tiernan a donné à son montage.

A une vache près puisqu’il m’est IMPOSSIBLE d’imaginer la scène de la prière sans le gros thème pompier mais qui tabasse quand même de Goldsmith.
Sans en avoir l’air, le bonhomme arrive tout de même avec dans la musette ce qui reste un score marquant de la décennie 90, épique, certes pas méga original, auquel il ne manque pas grand-chose.

Or, ce qu’il manque à la BO de « 13e Guerrier », ce sont les éléments que Mc Tiernan voulait y ajouter : de la musique arabe, qui aurait occupé la première moitié du film (et dans les commentaires du BluRay, on sent combien abandonner cette musique fut un crève-cœur pour lui) et qui aurait sans nul doute crée un saisissant contraste lors de la scène du banquet funéraire où un chant était entonné en l’honneur des morts au combat (scène coupée au montage), juste avant que Buliwyf ne demande à Ibn de chanter à son tour (scène conservée, mais remontée au moyen de reshoots, lui donnant un aspect très bancal, à 05:03).

Des pistes que l’on peut entendre dans le score rejeté de Revell, qui d’ailleurs, en apprend beaucoup sur le montage de Mc Tiernan puisqu’il était censé devoir y coller.
Le travail de Revell, que j’ai gentiment taclé plus haut, est loin de ne présenter aucun intérêt. Là où Goldsmith se fend d’un score épique d’où émergent deux thèmes faciles à retenir, Revell choisit de travailler davantage ses ambiances. Pour moi, la faute de goût est l’utilisation de violons, flûtes et autres foutus uilleann pipes, très sympathiques au demeurant, mais n’ayant rien à faire dans l’univers viking de « Eaters of the Dead ».
Revell conserve très tard dans son score des tonalités arabisantes, jusque dans le long morceau destiné à faire partie de la scène de l’arrivée des 13 guerriers dans le village, laissant donc très clairement la main à Ibn le narrateur beaucoup plus longtemps que le fera Goldsmith plus tard.

Si l’on s’en remet au film tel que Mc Tiernan l’aurait voulu, il va de soi que le score de Revell aurait encore un peu plus renforcé la tonalité sombre, la volonté de coller à l’humain, en ne cherchant pas l’emphase, l’épique ou l’héroïsation par le biais de la bande originale.
Si on avait en revanche laissé le score de Revell dans le montage de Crichton, il aurait très bien pu participer à enterrer encore un peu plus « Le Treizième Guerrier » dans la fosse commune où reposent les grands films malades. Car son travail, exigeant, posé sur un film ne sachant plus réellement ce qu’il fait et où il va, n’aurait contribué à accentuer encore la gêne.

Goldsmith, en fournissant un travail très propre, et en imposant son thème principal, prend certes beaucoup moins de risques, mais dote le film d’une identité qui lui fait un peu défaut dans le montage de Crichton.
Et présente un avantage non négligeable : plus classique, il crée une distance entre les images et la musique, qui est d’évidence extra diégétique. Là où Revell jette constamment le trouble entre ces mélodies arabisantes, ses flûtes celtico-concon (même de la flûte de pan => l’horreur) et ses *utains de percussions au synthé (tu les sens, mes années 80 ?), marquant peut être trop son travail dans une tentative de reconstruction d’ambiance sonore qui ne m’a pas vraiment convaincue.

Dans cette vidéo, jusqu’à 1:30, vous avez un aperçu de « Old Bagdad », première piste de la bande originale de Revell, et ensuite, aucun lien, fils unique, un extrait présentant le thème du film, très « conanesque » mais que j’aime bien. A 3mn, « The Great Hall », dont les flûtes de pan évoquent irrésistiblement la demeure d’un roi viking, je trouve (aaaargh).

« The Great Hall » que vous pouvez retrouver en entier ici, surtout ne me remerciez pas.

Mais peu importe. En effet, même si je n’ai trouvé cette info qu’à un seul endroit, émanent d’une interview accordée à conancompletist.com, et qu’il faut donc la prendre avec des pincettes, il semblerait que le score de Revell, qui selon la légende, a été écarté par Crichton sans même qu’il l’ait écouté, n’aurait jamais été écouté par Mc Tiernan. L’info émane d’une personne chargée de l’enregistrement, et qui prétend donc que Mc T voulais dès le départ travailler avec Jerry Goldsmith, tout comme Michael Crichton…
Bon… Soit ce mec déconne totalement (Crichton, tout puissant comme il l’est, ne parvenant pas à imposer son pote Goldsmith aux studios alors qu’il aurait eu le soutien de Mc Tiernan ? Vraiment ?), soit la légende est donc fausse et cela met presque du baume au cœur dans la perspective totalement délirante de l’apparition d’un director’s cut => with a slice of Goldsmith in it (et avec le recul, je ne me souviens pas d’avoir lu ou entendu la moindre réflexion de Mc Tiernan au sujet de la bande-originale de Revell, ce qui pourrait aller dans le sens de cette info).

Sérieux, essayez ça avec n’importe quoi d’autre, je vous garantis, ça marche pas

« La musique doit être intemporelle, comme une peinture. Si une toile est trop ancrée dans son époque, elle perd un peu sa forme universelle. La musique, c’est pareil. »
James Horner sur la musique de « Titanic ».

Une citation qui cherchait à expliquer l’utilisation de ses foutus synthé dans la bande-originale. Sur le cas du « 13e Guerrier », alors que le score de Revell est justement à cheval entre sonorités tribales, très marquées dans le temps et la géographie (malheureusement « celtisante », d’ailleurs), et recours aux effets électroniques, un peu comme Horner dans « Titanic » (chanteuse soliste, Sissel chez Horner, Lisa Gerrard chez Revell, synthé en veux-tu en voilà, uilleann pipes, flûtes irlandaises…), le travail de Goldsmith répond finalement plus à la musique telle que décrite par Horner dans cette citation, laquelle explique, à mon avis, pourquoi le score retenu par Crichton est meilleur. Son classicisme, son thème facile à retenir, lui confère justement une capacité à transcender les intentions de Mc Tiernan. Quand le réalisateur colle à l’humain et à la terre, les envolées épiques de Goldsmith commencent déjà à raconter la légende, rappelant constamment que c’est dans le réel qu’elles prennent leur source.
Quelque part, cela renvoie aux échanges entre Buliwyf et Ibn sur l’écrit au début et à la fin du film :
« –Can you draw sounds ?
Draw sounds ? Yes, I can draw sounds. And I can speak them back. »
Puis
« –A man might be thought wealthy if someone were to draw the story of his deeds, that they may be remembered.
Such a man might be thought wealthy indeed.« 

Or c’est précisément là où nous conduit la partition de Goldsmith, qui confère plus qu’une identité, une certaine universalité au film, qui aurait été plus difficile à atteindre avec le score de Revell, plus expérimental, plus exigeant, moins porteur. Relatant les pseudos origines historiques de la légende Beowulf, « Le Treizième Guerrier » gagne beaucoup avec une bande-originale propre à incarner le caractère universel du poème épique, seule garantie de sa survivance. Or, dans son approche, Mc Tiernan vient précisément mettre en relief cette donnée essentielle de toute oeuvre : l’humain, thème on ne peut plus universel.

Postérité.

Aussi bancal et globalement considéré comme une sombre bouse à peine digne d’essuyer les slashs (tongs en belge, ndld) des frères Dardennes, « Le 13e Guerrier » a pourtant laissé sa marque dans le cinéma des années 2000.

Pour être parfaitement honnête, c’est sans doute plus Mc Tiernan et son virage amorcé sur « Une Journée en Enfer » qui aura fait des petits. Mais « Le 13e Guerrier » se réclamant de la même école, je persiste à dire et à croire qu’il aura eu et a encore une influence sur certaines productions, même hexagonales.

Le toujours excellent « Ciné-club de Mr. Bobine », dans un diptyque consacré au « 13e Guerrier » mettait en avant la filiation entre le film de Mc Tiernan et « Le Seigneur des Anneaux » de Peter Jackson. Certes, on l’aura vu au début de ce long billet, les liens entre les deux œuvres sont évidents, et à rechercher dans la matrice que fut « Beowulf » pour Tolkien et Crichton. Au-delà de ça, il me semble délicat d’affirmer que le premier a eu une réelle influence sur la façon de filmer le second. Le langage de Peter Jackson peut difficilement être comparé à celui employé par Mc T. Heureusement d’ailleurs, car j’imagine assez mal une mise en scène du « Seigneur des Anneaux » au look quasi documentaire. La saga de Tolkien se prête à mon avis peu à ce genre de parti pris (encore que, comme par hasard, certaines scènes dans le Rohan emprunte au style visuel du « 13e Guerrier »).

En revanche, la façon dont Peter Jackson a abordé la production de son film peut se rapprocher de celle de Mc Tiernan. L’un comme l’autre font le choix d’un maximum de réalisme dans les décors, allant jusqu’à faire tout construire ou presque : Comté, gouffre de Helm, Edoras… Tout en exploitant au maximum les décors naturels, canadiens dans le « 13e Guerrier », néo-zélandais dans « Le Seigneur des Anneaux ».
Avec cette même idée maîtresse : faire ressentir la vérité de l’univers dépeint à l’écran. Dans les deux cas, une réussite totale (enfin presque chez PJ parce que désolée hein, mais sa représentation des Elfes JE M’EN REMETS TOUJOURS PAS).

Dans le beau pays qui est le nôtre, berceau du cinéma et de la glorieuse cérémonie des Césars (cherchez l’erreur), « Le 13e Guerrier » a aussi laissé sa marque. Bon, certes pas dans les plus truculentes productions signées Jaoui/Bacri où chez Josée Dayan, faut pas non plus rêver, mais dans le cinéma de genre, en revanche…

Prenez par exemple « Le Pacte des Loups » du trop rare Christophe Gans, et bien il s’inspire, et ce très ouvertement puisque son réalisateur n’hésite pas à le clamer sur tous les toits, du film de Mc Tiernan. Jusqu’à copier le plan en vue subjective de la petite fille qui fuit le danger (dans « Le 13e Guerrier », cette vue était à l’origine celle d’un Wendol sur l’enfant, mutée par la magie des réécritures et remontages en une vue d’Ibn sauvant la gamine, mais bref). Et souvenez-vous de l’arrivée de Fronsac dans le Gévaudan, sous la pluie et dans la boue, du souci de Gans de recourir au maximum aux éclairages naturels, de cette ambiance lourde et poisseuse, de son arrivée au château accompagné d’un étranger (son Ibn à lui, en quelque sorte), et sa mission : tuer le monstre, puis sa « mère » (ici se sera un père, en la personne de Vincent Cassel, avec son bras carrément monstrueux, qui ferait presque écho si j’avais l’esprit tordu au gom jabbar de la Mère de Wendols), sans parler du bûcher de Mani…

Et prenez cet autre film de Vikings, le lolesque « Pathfinder » de Marcus Niespel. Un long métrage chatoyant racontant comme des méchants Vikings sont venus déboiter de gentils Indiens dans la forêt. Un film dont l’imagerie emprunte plus au « Seigneur des Anneaux » qu’au « 13e Guerrier », je vous l’accorde, mais qui présente tout de même des Vikings sapés comme des Wendols : un comble.

Plus récent encore, « L’Aigle de la Neuvième Légion » de Kevin Mc Donald, n’hésite pas à épouser les mêmes partis pris que Mc T dans de nombreuses scènes, avec ses caméras à l’épaule, ses éclairages forestiers superbes, et le look organique de l’image lors du voyage au-delà du mur d’Hadrien.

Des exemples qui doivent pouvoir se multiplier pour un peu que l’on ait la culture ciné et le coup d’œil qui vont bien (et je suis pas trop équipée pour, d’ailleurs, je sens que mes exemples de filiation doivent pouvoir se démonter facilement => donner le bâton pour se faire battre, j’adore).

Et comme nous sommes en pleine ère du transmédia, tout ça, ce tour d’horizon des petits du « 13e Guerrier » ne saurait être complet sans citer les emprunts de Bethesda au film de Mc Tiernan, lorsque le studio développe « The Elders Scrolls V : Skyrim », un jeu qui se passe tout entier chez un genre de Vikings, où tu peux adopter le même chien que Buliwyf, où le premier personnage sympa qui te parle ressemble assez étrangement à Herger, et où, en version originale, la voix du jarl Ulfric est celle de Vladimir Kulich… Pas sûre que se soit tout à fait un hasard…

Sources.

La France est le pays qui compte le plus grand nombre de zélotes du « Treizième Guerrier », lesquels ont, merci le web, largement contribué à une véritable enquête, portée entre autre par l’excellent site conancompletist/eatersofthedead (un site que vous connaissez forcément depuis quelques années déjà si vous vous intéressez à ce film), mine d’informations, sur laquelle on peut passer des heures sans s’ennuyer une seconde, dont l’auteur a largement contribué à produire le Graal cinéphilique qu’est l’édition BluRay du « Treizième Guerrier ».


Mon précieux……….

L’Allemagne était jusqu’ici le seul pays à avoir nanti le film d’une édition HD, mais la France ne faisait qu’attendre son heure. Et cela valait carrément le coup. Outre les images « inédites » (déjà vues mille fois sur la toile) accompagnant le coffret, on trouve un superbe livret de 40 pages consacré à démolir la légende que les années ont contribué à construire autour du director’s cut de Mc Tiernan et de ses prétendues 2h40 de durée. Livret qui fait également le point sur les scènes coupées, les arcs oubliés, la production chaotique et le duel à mort entre Mc T et Crichton avant pendant et après le tournage.
Il s’avère l’indispensable complément aux bonus du BluRay, composés d’interviews de John Mc Tiernan (datant de la promotion de « Basic », mais où il s’est montré particulièrement bavard au sujet de son film maudit), de ses directeurs artistiques, Wolf Kroeger, et de la photographie, Peter Menzies Jr. (très enrichissants et qui permettent d’apprécier encore plus, si possible, le film et sa beauté âpre), le co-scénariste Warren Lewis, Antonio Banderas (qui surkiffe les anecdotes de tournage à la con, des interventions pas toujours indispensables), et Vladimir Kulich (spectateur et victime malheureuse du conflit Mc T/Crichton, mais qui revient avec beaucoup de recul sur le sujet).
Le documentaire de 52 minutes relate la production tourmentée, les conflits qui apparaissent dès la pré-production, la crispation de Mc Tiernan sur la fin qu’il aurait voulue, les choix de Crichton, ceux de Mc Tiernan (dont le passage sur les partis pris de réalisation sont passionnants)…
Au-delà du cas particulier du « Treizième Guerrier », apparait toute la complexité et la fragilité d’un film en général. Pour reprendre les mots de Mc Tiernan : « Un film est un processus synthétique, ce n’est pas la vision d’un seul homme.« 

Un documentaire complémentaire de celui sur les décors et la lumière, que j’aurais presque préféré voir intégré dans un seul et même montage (toujours des histoires de montage, décidément…).

Des compléments sympathiques, voir indispensables : les 12 guerriers.
Alors là, chapeau les mecs d’avoir pensé à inclure ce point de « détail » qui change tout et pointe du doigt une très grosse carence du film, à savoir l’absence totale de caractérisation des guerriers de Buliwyf. Grâce à ces petites fiches d’identité, on découvre complètement l’équipe, ce qui permet, au visionnage du film, d’y jeter un oeil nouveau. Tout en se demandant si l’absence de la quasi-totalité de l’équipe à l’écran est une faute de Crichton ou de Mc T. Cette édition ne répond pas à la question que ce bonus pose. Un bref passage dans une interview de Vladimir Kulich laisse cependant entendre que présenter les 12 guerriers n’était de toute façon pas vraiment prévu au programme du tournage. Mais dans le même temps, les scènes coupées du voyage semblent indiquer qu’une ébauche de travail a été faite dans ce sens.
Ce film est merveilleux : plus on en apprend, plus on se pose de questions.

Une belle interview de Mc Tiernan datant de 2011.
Physiquement, Mc T fait de la peine. On le croirait au bout du rouleau, même quand il évoque un futur film qui ne verra en fait jamais le jour. Pas pressé de s’épancher sur sa propre carrière, il évoque plutôt les films des autres, convoquant le souvenir de séquences l’ayant profondément marqué au cinéma. Toujours avec un choix précis des mots, une grande acuité, il décrypte ce qui le fascine chez Bertolucci, Kubrick, Godard (personne n’est parfait).
On imagine l’équipe de tournage en train de réaliser cette interview envoyant un ninja inspecter chaque tiroir de son ranch pour tenter d’y dénicher les bobines du director’s cut du « 13e Guerrier », mais bon, on devra se contenter d’un entretien cinéphile de très haute tenue, où, et ça, c’est terrible, Mc Tiernan, tisse un parallèle (forcément volontaire) entre lui et Barry Lyndon, expliquant que le film de Kubrick est porté par une peur profondément irlandaise de l’élévation suivie de la chute, une chute orchestrée par le système. S’il parle de système colonial britannique en évoquant le film de Kubrick, impossible de ne pas faire le lien avec l’affaire Pellicano et ses problèmes avec les studios, qui ont fini par précipiter sa chute.
Aussi passionnant que triste.

En prime, quelques petits choses sympas en vrac.
Un bonus sur Ibn Fadlan, le vrai.
Des images inédites du tournage, ainsi que des interviews plateau, le tout sur près d’une demi-heure. Sympa, mais moins intéressant que le premier documentaire (bien qu’on y découvre les versions longues de certaines scènes du montage final, et des résurgences de story line disparues). Un document pour les collectionneurs hard core prêts à tout pour voir toujours MOOOOOOOAAAAAR du film (comme votre serviteuse).

Les commentaires trivia.
Une petite option à activer pour profiter comme des petits fous d’anecdotes de tournage PENDANT le visionnage du film. Une séance commenté que je recommande pour votre 3e séance, après celle de la découverte et celle où vous allez commencer à voir le film dans le film. Un grand moment de bonheur, de 1h48, à renouveler sans modération.

Le film en lui-même, présenté en version HD, tabasse du marcassin. Comprenez que depuis la séance en salle, je n’avais revu ce film qu’en DvD, édition qui avait le mérite d’exister mais qui est une sombre merde (sombre au sens premier du terme) comparé à cette version. Là, tu redécouvres le somptueux éclairage de la scène de la forêt. Et ceux des intérieurs. Et celui du grand hall. Bref, tu retrouves l’expérience vécue en salle pour ton plus grand bonheur.
Ensuite, tu sors sur ton balcon crier ta joie et tu sacrifies ton Dvd aux éléments, pour la gloire d’Odin.
En un mot : caymagnifique.

« Voyez ceci, je vois la fin de ce dossier trop long et sans intérêt sauf si tu es un fan boy/girl de cet obscur film vu par trois pélos il y a 15 ans et qui ne passionne que les fans hard core déviants de Vikings et de Mc Tiernan, mais pourquoi je suis encore en train de lire ce truc, en plus j’ai fini mon sandwich ?« 

Ben j’en sais rien moi, parce que tu es aussi déviant que moi, ou alors tu adores mes logorrhées et dans ce cas, je te serrerais bien dans mes petits bras sauf que c’est pas possible vu qu’on s’aime par écrans interposés.

Oui, donc, il est temps de conclure. Faut rentrer chez vous les gens, même si le royaume de Hrothgar c’est super sympa (si…).

Défendre « Le 13e Guerrier », c’est pas facile tous les jours. Souvent parce que face aux évidentes carences du film, j’ai tendance moi-même à parfois me dire qu’il est indéfendable. Or rien ne serait plus faux.

Parce que même massacré au montage, calibré pour devenir un film grand public, mais gore, mais grand public quand même, dénaturé et allégé, « Le Treizième Guerrier », seul regard que nous aurons jamais sur « Eaters of the Dead », demeure un grand film. Une grande histoire qui colle à la terre comme la boue aux bottes de ces guerriers, qui dépasse son sujet pour offrir une fresque humaine, se hisse souvent et sans problème à la hauteur d’un modèle comme « Les Sept Samourais », réinvente la façon de faire un film « historique », se voit nanti d’un casting exceptionnel, film qui peu importe ses défauts, emporte encore et toujours toute mon admiration, mon affection et mon envie de le revoir, encore et encore parce que je cherche toujours à y apercevoir le montage originel, que je ne peux que deviner, sans jamais l’approcher.
Une sorte de fascination qui trouve son miroir dans celle que ressent Ibn à l’égard de l’impénétrable Buliwyf.

Note :

PS : et c’est ainsi que je m’en vais prendre un congé bien mérité de quelques jours. Quand je reviendrai, vous aurez un joli billet sur « Des Hommes sans Loi », un film dans lequel même les chandails peuvent rendre un homme totalement badass.

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