La rétro : « Nid de Guêpes » de Florent Emilio Siri.

Alors que viennent de sortir les éditions Bluray et DvD de « Cloclo », de Florent Emilio Siri, je me suis dis, « tiens, espèce de grosse loche apathique, si tu faisais un petit billet sur un autre de ses film qui ne soit pas « L’Ennemi Intime » parce que tous tes lecteurs en ont ras la coiffe que tu leur en causes en glissant des messages à peine subliminaux sur la nécessité pour eux de voir ce film » => ceux qui ne l’ont pas encore fait, dénoncez-vous, païens !

Dont acte, avec ce billet de la catégorie non-officielle approuvée par le haut conseil d’approbation approbante du parti unique qui règne ici céans, j’ai nommé la glorieuse et désormais certainement pas aussi attendue que mes reviews de « Game of Thrones », catégorie « la rétro ».

Une rétro qui finira un jour ou l’autre par s’enrichir du billet écrit depuis fort longtemps sur « Skyrim » et que je n’ai toujours pas trouvé le moyen de publier. Lorsque je le ferai, soyez en sûrs, Bethesda éditera « The Elders Scrolls XII », et mon billet tombera alors à point nommé.

Mais trêve de bavardage, vous êtes ici, amis, étrangers venus de terres lointaines (« stooooooop la citation d’Elrond !!!!« ), pour entendre parler poésie, échanges de coups de feu virils entre Nadia Farès et des Albanais, meilleur rôle de Sami Naceri ever, et yamakazi en kit.

Vous êtes venus contempler le cinéma français de genre, et vous voilà saisis d’effroi devant la bête. Une expérience qui n’est pas sans rappeler une rencontre avec Big Foot.

Alors attention les yeux, je vais atteindre ici devant vous, avec une vivesse jamais égalée encore sur ces pages, le point « John Mc Tiernan » : Florent Emilio Siri se hisse en effet à sa hauteur dans ce huis clos d’action qui ne sacrifie jamais le spectacle à l’intensité dramatique et vice versa. Tout ça en empruntant au western, au cinéma de Carpenter (« Nid de Guêpes » est un remake non officiel d’ « Assaut »), avec un détour par le film de monstre. Hop.

La grande réussite de « Nid de Guêpe » c’est son efficacité. Oui, je vous vois loler et invoquer Captain Obvious, mais attendez la suite ! « Efficacité » au sens de concision, je dirais même plus, d’affutage. Que se soit dans le scénario ou dans la réalisation d’une propreté extrême, il n’y a pas un bout qui dépasse. Ce qui permet de composer des personnages extrêmement solides d’un bout à l’autre du film, en se payant le luxe de tous les introduire sans un seul dialogue ou presque. Ainsi la relation entre les personnages de Sami Naceri et de Benoit Magimel existe d’un bout à l’autre du film, et se consolide au gré de l’intrigue. Du début à la fin ou presque, on découvre, par touches, je devrais même dire par images, la nature des liens unissant les personnages. Dans la paire citée au dessus, au détour d’un tatouage, d’un échange de regard dans leurs dernière scène. Dans le cas du personnage de Nadia Farès et de celui de l’Italien, l’affaire est remarquablement bien pliée en deux scènes. Et un dialogue laconique. Au final, il n’y a guère que le personnage du yamakazi qui souffre d’un défaut de caractérisation, et cela ne rate pas : sa sortie de scène m’a totalement laissée indifférente.

Dans ce souci permanent de caractériser par l’image les protagonistes de son huis-clos (en celà, il rejoint et égale Mc T => tu le sens passer mon GROS compliment ?), Florent Emilio Siri n’oublie pas de développer une action au service de laquelle le film est tout entier tendu. Cela commence par la photographie, carrément classieuse pour un film de ce genre, avec de magnifiques éclairages (mais c’est une constante chez Siri que de soigner à mort sa photo), provoquant un contraste violent avec l’ombre dans laquelle se terrent les assaillants (casqués de lunettes infrarouges, telles des créatures de la nuit, on y reviendra), contraste que l’on retrouve avec le son, s’évanouissant après chaque fusillade pour céder la place à un silence oppressant.

L’amour du réalisateur pour les plan-séquences s’illustre ici par un long travelling arrière qui ouvre, en quelque sorte, les hostilités, dans la scène de l’accident sur l’autoroute. Une façon élégante de préfigurer le chaos à venir, avec ces images de corps ensanglantés et de véhicules brisés, qui par ce plan ininterrompu créent le malaise : pas d’ellipse, pas de contre champs, aucun voile pudique sur le massacre, auquel le spectateur, comme les personnages plus tard, ne peuvent se soustraire. En quelques secondes, alors que les véhicules du GIGN prennent la bretelle, nous sommes mis face à l’inéluctabilité de la catastrophe à venir, que sanctionne cette dernière image sur l’impact de la balle dans le front du conducteur du bus. Un effet dans le fond simple (enfin, je ne veux pas parler de l’infrastructure à mettre en place pour tourner ce type de plan => casse-tête), mais d’une efficacité parfaite.

Ayant une culture du western au-delà du pauvre (oui, je ne suis qu’une grosse tâche…), je me garderai bien de quelque commentaire que ce soit sur cette dimension du film. Bien que je l’ai vue, elle ne m’a fondamentalement pas marquée, au contraire du côté film de monstre de « Nid de Guêpe ».
Très tôt, le film assimile les Albanais à des créatures monstrueuses. Ils sont une menace furtive, tapie dans l’ombre, qui surgit de la nuit. Réduits la majorité du temps à des silhouettes vagues ou à des plans fugaces sur des jambes, des fusils levés, ils apparaissent enfin masqués, arborant tous le même uniforme, ne dévoilant jamais un visage, ni même un morceau de peau. Au final, on hésiterait presque à dire s’ils sont ou non humains (leur caractérisation m’a semblé prendre le chemin inverse de celle des Wendols dans « Le Treizième Guerrier », par exemple, ces derniers passant de la bête à l’homme, ici, on ira de l’homme à la bête). Ce casque leur confère d’ailleurs la capacité sur-humaine de voir dans l’obscurité, élément qui leur est étroitement associé.
Une filiation semble s’imposer d’elle-même, celle avec « Alien », premier et deuxième opus en particulier. Même concept de siège opposant une poignée de résistants à une horde grouillante et vraisemblablement plus puissante qu’eux, cousinage assez marqué entre le personnage de Nadia Farès et Vasquez, même les scènes où Pascal Grégory déplace les grues évoquent un peu la manière dont James Cameron traite les machines dans « Aliens »…
S’ajoute à celà la présence oppressante du parrain albanais, le Mc Guffin de notre histoire, qui dépasse cette condition en devenant rapidement la figure inquiétante et malsaine de l’ogre, masse de haine tournée toute entière contre les femmes.

Le film acquière ainsi une dimension quasi mythologique, qui ne fait que renforcer le sentiment de malaise, d’angoisse qui sourd de chaque image. Intégré dans un rythme allant crescendo (et on a eu avec « Cloclo » la confirmation que Florent Emilio Siri est passé maître dans l’art de gérer la montée en puissance d’un récit), toujours tourné vers l’action, avec cette volonté de livrer non pas une oeuvre forcément über introspective à quintuple niveau de lecture, mais bien un film d’action pur et dur, acquérant son caractère multidimensionnel de par la simplicité même de son intrigue (le meilleur moyen selon moi de traiter de plusieurs sujets à la fois).


« Nid de Guêpes » à sa sortie annonçait déjà la très grande maîtrise technique de Florent Emilio Siri et préfigurait sa capacité à faire du très grand cinéma. Une marche atteinte avec « L’Ennemi Intime » sur laquelle « Cloclo » l’a confortablement installé.

Ah, et si vous n’avez vu ni « L’Ennemi Intime », ni « Cloclo », vous savez ce qu’il vous reste à faire :p

Note : **/*

PS : Et la prochaine fois dans cette catégorie, dans très peu de temps, un grooooos billet. Enfin, un loooong billet. Vous allez souffrir. Et si vous êtes pas trop manche, vous savez déjà de quoi cela va causer.

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