Entre ici, Jack Slater !

Enfin, la quête de l’été touche à sa fin. Le parcours du combattant débuté avec « Blanche Neige et le Chasseur » avait presque manqué de s’arrêter sur ce titre, tant ses qualités nanardesques surpassaient très largement la concurrence. Sauf que « Abraham Lincoln… » s’est avéré bien décevant à ne pas trop savoir que faire de son sujet, et « Total Recall » carrément inoffensif.
Il ne me restait donc plus qu’à attendre comme le messie ce qui s’annonçait comme le point culminant de la saison, « The Expendables 2 », dont la bande annonce était déjà un des plus jouissifs moments de cinéma de l’année (non, j’exagère à peine). Inquiétude malgré tout avant la projection, considérant que le premier volet des aventures de Stallone & Botox ne m’avaient pas totalement emballée. Mais la promesse de voir Schwarzenegger arracher la portière d’une Smart était pour moi largement suffisante.

Et donc…

Et donc ça tabasse. Au propre comme au figuré. Que Stallone ait abandonné la réalisation pour se consacrer uniquement à son rôle s’avère une excellente idée surtout lorsqu’il abandonne sa caméra entre les mains de Simon West. Pas le plus grand metteur en scène de tous les temps, mais un type qui connaît suffisamment ses gammes et les a assez répétées fin ’80 début ’90 pour coller à 200% au projet « Expendables » et en faire un second volet à la hauteur de toutes nos espérances.

Je ne suis pas du genre à me rouler par terre de plaisir dès qu’un esthète se prend l’envie de réaliser un film « à l’ancienne », sauf qu’en l’espèce, en matière de film d’action, force est de reconnaître que le style ’80 claque violemment. Un style qui n’est pas ici un stupide décalque de la façon de faire de l’époque, mais bien un réemploi de codes archi connus qui font se sentir devant « The Expendables 2 » comme à la maison. Simon West cadre, tout le temps, même quand ça gigote dans tous les sens, sans recourir à la shaky cam, et même avec des plans assez longs, sans tenter de dynamiser les scènes d’action par un montage épileptique.

Quelque part, entre les massacres de centaines de figurants borduriens, les explosions de chars et les sacrifices héroïques d’hydravion qu’on fait plonger la tête la première dans du plutonium, il y a dans « The Expendables 2 » une note d’intention similaire au premier volet, bien que dans celui-ci, on sente moins la volonté de Sly de se poser deux minutes pour réfléchir à sa condition. Pourtant, l’esprit demeure, l’envie de rendre sa noblesse à un genre totalement tombé en désuétude. Loin d’être parfait, parfois boursouflé par une imagerie over the top, « The Expendables » enchaînait malgré tout les morceaux de bravoure (comme Stallone d’ailleurs, à son âge, mettre autant de pains dans la gueule entre deux cascades même pas doublées, ça impose le respect) et collait à ce qui est et restera à jamais sa marque de fabrique : ne rien lâcher, jamais.

Si « The Expendables 2 » ne peut pas se vanter de présenter une histoire plus alambiquée que son prédécesseur, il peut en revanche s’enorgueillir d’avoir cette fois un vrai méchant qui tient la route. Autant l’agent de la CIA dans le premier film était assez transparent au bout du compte, et les tentatives de creuser le personnage du colonel Tapioca pas vraiment abouties, autant ici, le personnage de Jean Vilain (avec un nom aussi awesome, qui de mieux pour l’interpréter que Jean-Claude Van Damme, franchement ?) ne présente pas vraiment d’autre psychologie que ce qui est annoncé par son patronyme. Pour faire très simple, il est un genre de Darth Barney Ross, et devient donc de fait, sa parfaite Némésis.

Tout le film est finalement à cette image, porté par un scénario extrêmement efficace dont les éléments s’enchaînent avec une grande fluidité, le tout dopé par un très puissant carburant nommé « facilité scénaristique », laquelle se pardonne aisément lorsque la dite facilité s’appelle Chuck Norris.

C’est bien là d’ailleurs que le film passe la marche sur laquelle il avait à mon avis lourdement buté dans le premier volet. Dans la fameuse scène de l’église, tout entre Stallone et Schwarzenegger sonnait faux, de l’entrée en scène de ce dernier à la dernière réplique («-C’est quoi son problème ? », «-Il veut devenir président. ») => lourd, lourd, lourd, et sans doute un peu lourd.

Ici, dans la scène finale du combat dans l’aéroport, on frise le même ridicule sauf que… comment dire… L’effet semble décuplé par la volonté manifeste du film de ne pas vraiment présenter que ses personnages, mais aussi de glisser subtilement vers un mode auto-dérision qui n’est pas sans rappeler « Last Action Hero ».
Aussi, quand Chuck Norris apparaît après avoir massacré à lui tout seul une cinquantaine de mafieux plus un char avec juste un fusil, s’avance au ralenti sur du Ennio Morricone, puis balance des Chuck Norris facts à la tronche de Stallone, c’est tellement gros que ça passe.
Mieux que les quarante douze « je reviendrai », « je suis revenu » de Schwarzie, même si bon, le voir revenir armé d’une foreuse en traversant un mur, ça sonnait tellement comme la version hard core with mooooooaaaaaar ballz de la scène du commissariat dans « Terminator » que dans le fond, c’était tout aussi bas du front que jouissif.

Il est par contre évident que c’est sur cet aspect là que « The Expendables 2 » sortira par les yeux de certains, en risquant la surenchère dans le référentiel et en prenant un virage méta certes assumé, mais pas toujours facile à défendre (l’échange de répliques entre Willis et Schwarzenegger, par exemple… bah…).

A côté de ça, le film nous en met carrément plein la tête. En se payant le luxe d’être plus efficace dans la description des relations entre les personnages pendant les scènes d’action que pendant les scènes de dialogue. Modèle du genre, l’ouverture de malade mental que nous offre Simon West qui malgré deux trois effets spéciaux bien moches (heureusement, ils sont très peu employés et leur qualité discutable semble presque la marque de fabrique de la franchise), emballe des scènes d’action de très bonne tenue (le combat de Jet Li dans la cuisine, sur un long plan, avec une poêle à frire, s’il vous plait, l’équipe qui défonce les murs avec un bélier appelé « Knock Knock » => juste pour la blague ou juste pour la blague avec en bonus une pitite référence à « Predator » ?, l’évasion avec l’hydravion qui défonce un barrage, le zodiac couvert par le sniper qui explose littéralement les têtes des mécréants puis la fuite en jet ski puis……. Non, sérieux, cette ouverture, il faut la voir pour y croire), et pose en quelques minutes à peine les rapports entre Ross et Christmas et entre Ross et Billy, relation qui deviendra le cœur de l’intrigue par la suite.

Bien que l’on puisse avoir le sentiment que certains membres de l’équipe passent au second plan, au risque d’être oubliés, les dynamiques de groupe fonctionnent bien, correctement présentées dans les scènes plus calmes et bien réinvesties dans l’action.

Le final, entre le gunfight de l’aéroport convoquant rien de moins que Schwarzenegger, Willis et Norris dans la même scène, chacun dans son style bien à lui : Norris DPS distance, Willis en fufu et Schwarzenegger tout en force brute (dans ce numéro mi-Terminator mi-Jack Slater qu’il maîtrise si bien), assorti d’un duel entre Stallone et Van Damme, dans une pénombre où la lumière sert à découper les silhouettes massives des combattants (et là, d’un coup, tu en revois des images de bons vieux actioners de l’époque) dans un affrontement généreux au final burné dont tu ne peux même plus rêver au cinéma aujourd’hui, s’avère à la hauteur de ce que l’ouverture avait promis.

Plaisir régressif certes, généré pour et par un fan service assumé, pas trop envahissant et jamais prétexte à se foutre de la gueule du spectateur qui en aura pour son argent, voir un peu plus (je payerai un supplément rien que pour revoir la scène où Statham, déguisé en prêtre, explose des Borduriens avec son Opinel, condamnant Lasko le Protecteur à terminer sa carrière au sein du Pugnus Dei à faire des confitures).

Note : **

PS : Queuah ? Vous connaissez pas « Lasko le Protecteur », premier prix du Festival WTF ? Une série que seule l’Allemagne pouvait inventer ! Florilège dans vos faces de mécréants.

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